Au service de l'Ecriture - Yvette Mailliet le Penven

Introduction aux Textes des

Messes du Temps de Carême



2ème dimanche de Carême - B


La 1ère Lecture (Gn 22,1-2;9a;10-13;15-18) et le Ps (115,10;15-19) sont très étroitement liés.
 
1- En effet, la 1ère Lecture a été écrite vers 700 av.J.-C., alors qu’Abraham a vécu vers 1850 av.J.-C. ; ses auteurs, lecteurs et auditeurs connaissent donc parfaitement l’issue de ce récit ; ils savent, comme il est dit dans le Ps qu’ « il en coûte au Seigneur de voir mourir les siens », et que Dieu demande non un sacrifice sanglant, mais « un sacrifice d’action de grâce ».

2- Mais tous savent aussi que le peuple d’Israël a été confronté aux cultes des peuples voisins ; ainsi, pour les Mésopotamiens, les dieux étaient les rivaux des hommes, et pour les Cananéens, ils étaient avides de sacrifices humains.
Ils savent également que même le peuple élu s’est parfois laissé aller à de telles extrémités.
Ainsi, au VIII siècle av.J.-C., donc à peu près au moment de la rédaction de la Gn, le roi de Juda, Achaz, a-t-il sacrifié son propre fils – croyant ainsi pouvoir sauver son royaume…
Et de nombreux autres textes du Premier Testament (Lv, Dt, Jg, etc.) font allusion à ce genre de sacrifices, réprouvés par Dieu

3- Sachant que ce qui est ici traduit en français par « tu offriras [ton fils] en sacrifice » signifie littéralement, en hébreu « tu l’élèveras, tu le feras monter en élévation », et sans nous laisser induire en erreur par la traduction « mettre à l’épreuve », nous devons donc lire ou écouter ce récit avec le cœur plein de la Foi, de la confiance en Dieu dont a toujours fait preuve Abraham, lui dont le nom même signifie l’Alliance que Dieu a tissée avec lui, avec son peuple, avec nous...
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4ème dimanche de Carême - B

Ce dimanche encore, nous allons trouver une grande cohérence, et une progression, entre les Textes de la Liturgie de la Parole.
 
• Pour comprendre la 1ère Lecture ( 2Ch 36,14-16;19-23) et le Psaume, il faut savoir qu’ en 598 av. J.-C. le roi de Babylone, Nabuchodonosor s’était déjà rendu maître de Jérusalem, pillant et saccageant le Temple, et opérant une déportation massive des élites. A la tête des « anawim », le « petit reste », les petites gens laissées au pays, il place Sédécias, qui régnera de 598 à 587.
Mais Sédécias n’obéit ni à Dieu (malgré les avertissements des prophètes) ni à Nabuchodonosor… et ce dernier, en 587, fait à nouveau le siège de Jérusalem. Ce siège dure 18 mois, au terme desquels les Babyloniens achèvent la destruction de Jérusalem et déportent la presque totalité du peuple.
 Pourtant, à son tour, Nabuchodonosor est écrasé par les Perses du roi Cyrus (« Kurush » en perse, « Koresh » en hébreu) qui entrent dans Babylone en octobre 539. Il renvoie dans leur pays d’origine tous les peuples déplacés ; en 538, il promulgue l’édit qui met officiellement fin à la captivité des Juifs, favorise la reconstruction du Temple de Jérusalem et le retour des vases sacrés dans ce dernier.
Aussi Cyrus est-il considéré comme un instrument de Dieu, annoncé par le prophète Jérémie ; ce dernier avait, comme tous les prophètes, rappelé la Loi de Dieu au peuple qui la transgressait, et annoncé les malheurs qui s’abattraient sur lui s’il ne se convertissait pas. On peut d’ailleurs noter que ce verbe « se convertir » signifie étymologiquement « se (re)tourner vers » ; nous retrouverons cette notion dans l’Evangile : comme les hébreux au désert devaient « se tourner vers » le serpent d’airain pour être sauvés, nous devons « nous tourner vers » le Christ élevé sur la Croix et exalté dans la Gloire (cf. notes sur Le serpent d'airain et Le Christ, "élevé"  en cliquant ici)

 • On pourra être surpris de trouver encore, dans ce texte tardif, relecture d’autres textes plus anciens (ceux de Samuel et des Rois), le terme de « colère » de Dieu ; c’est le contexte historique qui exige ce genre de discours – car le danger de l’idolâtrie, voire des sacrifices sanglants, était encore présent. Cependant, pour l’auteur des Chroniques, l’histoire du Temple est le symbole  de l’histoire du peuple, le culte doit y être célébré pour maintenir la cohésion religieuse et politique du peuple. Et il affirme surtout deux choses :
-         Dieu reste toujours le « Dieu des pères », fidèle à son peuple malgré les infidélités de celui-ci, infidélités qui risquent de le jeter dans la ruine ;
-         et quand le peuple est dans la ruine, s’il se repent,  Dieu l’en sort toujours, car « rien n’est impossible à Dieu ».
 
• Dernière remarque : on parle de « 70 ans ». Or, si l’on calcule bien, l’Exil aura duré, au plus 60 ans pour les premiers déportés (de 598 à 538), 50 ans pour la majorité du peuple.
La citation attribuée au prophète Jérémie est en fait la synthèse de deux passages, l’un effectivement tiré de Jérémie, l’autre du Lévitique.
-          Jérémie parle de « 70 ans », au sens d’une vie d’homme ; le Ps 90 dit ainsi « 70 ans, c’est la durée de notre vie, 80 si elle est vigoureuse ».
-         Le Lévitique en revanche ne précise pas la durée de l’Exil, mais il lui donne le sens de la réparation de tous les sabbats profanés par le peuple. L’année dite « sabbatique » était une année de repos pour la terre, une année de jachère – et, selon la Loi, elle avait lieu tous les 7 ans (comme le Sabbat tous les 7 jours). L’Exil serait donc pour la Terre Promise une sorte de sabbat forcé – 70, multiple de 7.
Le Chroniste fait donc la synthèse entre ces deux idées : une génération selon Jérémie, la compensation des sabbats selon le Lévitique.
En outre, ces 70 ans correspondent certainement pour lui, qui axe sa réflexion sur le Temple et le culte qui y est rendu, à une durée précise : de 585 (587, début du siège de Jérusalem ; 18 mois de siège ; destruction complète du Temple en 585) à 515 (reconstruction effective du Temple par Zorobabel), le culte a bien été interrompu 70 ans !
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Quant au Psaume 137/136, il parle au passé : c’est donc que le peuple est de retour d’Exil.
Il évoque les brimades subies, et le refus de ce qui aurait été un véritable parjure, une profanation : chanter des chants religieux comme de vulgaires chansons, sur un sol étranger, pour des incroyants !
Après ce retour, on a pris l’habitude de célébrer chaque année la date anniversaire de la chute de Jérusalem par une journée de pénitence et de deuil, avec une célébration pénitentielle dans le Temple.
 
Ce Psaume, toujours très souvent cantilé chez nos frères juifs, a pour « sous-titre » liturgique Chant de l’exilé.


La phrase « Si je t’oublie, Jérusalem… est le titre de plusieurs œuvres.
 

Ce Psaume a été repris sous la forme de negro-spiritual, « By The Rivers Of Babylon » car il évoquait la situation des esclaves africains déportés en Amérique du Nord, et celle de leurs descendants, victimes de ségrégation raciale.
(Il a même fait un succès disco-pop dans les années 70 !)
 
De même, cette condition d’exilé peut évoquer celle de tous les croyants en butte aux railleries, brimades, voire aux persécutions du monde qui les entoure.
 
Mais elle évoque également, dans une perspective eschatologique, la condition du croyant « exilé » sur cette terre « de ténèbres », attendant la Lumière de Dieu (image que nous allons retrouver dans l’Évangile), après sa mort d’abord, mais surtout lorsqu’il rejoindra la « Jérusalem Céleste » célébrée par Saint Jean dans l’Apocalypse.
De nombreux mystiques donneront également des relectures de ce Psaume, par exemple Saint Jean de la Croix, vers 1570, lors de son emprisonnement (cliquer ici)
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