LA TERRE ET SA CRÉATION
DANS LE PROCHE-ORIENT
ANCIEN
(3)
3 – La création du monde à
Ugarit.
31 – Généralités [83].
311– Découverte
du site d’Ugarit [84]:
Texte 31:
« La découverte
du site de Ras Shamra sur la côte syrienne, à environ 10 km au nord de Lattaquié,
est due au hasard. En 1929, à la suite de la découverte fortuite d’une tombe
située en bord de mer, des fouilles furent entreprises, à l’initiative de René
Dussaud, par Claude F.-A. Schaeffer dans la baie de Minet el-Beida. Ces
fouilles livrèrent des installations du Bronze récent (fin 13ème-début 12
s. av. J.-C.).
Très vite, il apparut
aux fouilleurs que ce site portuaire devait dépendre d’un site plus important
situé non loin à l’intérieur des terres. L’intérêt se porta alors sur un grand
tell situé à 800 m
de la mer et désigné alors comme la "colline du fenouil" (Ras
ech-Chamra), selon G. Saadé (Ougarit, 1979, p. 36). Ce nom a été transcrit sous
la forme de Ras Shamra dans le premier rapport archéologique, et le toponyme
est aujourd’hui celui qui sert à désigner le site, tant dans la littérature
archéologique que dans la toponymie locale.
La
première campagne de fouille révéla alors immédiatement l’intérêt exceptionnel
du site en livrant une série de textes inscrits en caractères
cunéiformes sur des tablettes d’argile dans une langue jusque-là inconnue. Les années qui
suivirent ont permis d’une part l’extension du chantier et la découverte d’une
ville, que l’on a dès lors identifiée comme l’ancienne Ougarit,
capitale d’un royaume du même nom, au Bronze récent. Cette ville comprend,
bien sûr, des habitations, mais aussi des palais, des temples, tout un réseau
de rues, etc. D’autre part ces fouilles ont fait progresser nos connaissances
sur ce petit royaume, qui possédait sa propre langue, l’ougaritique (groupe des
langues ouest-sémitiques). Cette langue utilise un système d’écriture
particulier : le cunéiforme alphabétique. Celui-ci a
servi à noter des comptes, des archives, une riche correspondance entre
marchands, ainsi qu’un ensemble exceptionnel de textes mythologiques. Il est destiné
à un usage interne au pays d’Ougarit. Mais les documents qui témoignent des relations
du royaume d’Ougarit avec ses voisins plus ou moins lointains (Babylonie,
Assyrie, empire hittite, petits états du Levant, Égypte, Chypre, etc.) sont
rédigés en akkadien, la langue internationale de l’époque, qui utilise le
système d’écriture cunéiforme syllabique, originaire de Mésopotamie. Les fouilles
ont fourni naturellement un grand nombre d’objets de la vie quotidienne
(céramique, outils, parures…) qui nous apprennent beaucoup sur la civilisation
du Levant ancien. Il s’agit souvent d’objets humbles, mais les documents
exceptionnels sont aussi très nombreux (vases en or, mobilier d’ivoire, stèles
liées aux cultes locaux…)
Les fouilles sur le
tell de Ras Shamra ont été menées dans un premier temps par Claude F.-A.
Schaeffer, l’inventeur du site, avec une interruption due à la seconde guerre
mondiale entre 1939 et 1948. La direction du site a ensuite été reprise par
Henri de Contenson entre 1972 et 1974, par Jean Margueron de 1975 à 1976, puis
par Marguerite Yon de 1978 à 1998. La mission est devenue syro-française en
1999, co-dirigée par Yves Calvet et Bassam Jamous. » [85]
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Notes:
[83] Traductions, présentation et notes d’après Jesus-Luis Cunchillos,
dans le Supplément au Cahier Evangile
n°38 : « La création du monde et de l’homme d’après les
textes du Proche-Orient ancien », sauf 311 :
[84] Yves
CALVET avec la participation de Caroline Sauvage,
dans Histoire des Découvertes du Royaume
d’Ougarit avec la participation de Caroline Sauvage
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312– Alors que l’Egypte et la Mésopotamie ont fourni les deux plus importantes
cultures – et donc le plus grand nombre de monuments et de textes – aux
IIIème-IIème millénaires av. J.-C., Ugarit n’était alors qu’une cité-état
comme beaucoup d’autres, à l’âge du Bronze récent (1600-1185 av. J.-C.).
Pourtant,
malgré le peu de traces tangibles qui nous en reste, nous pouvons affirmer que
son univers est infiniment plus proche de celui de la Bible
que ceux de l’Egypte et de la Mésopotamie :
3121
– Plus proche géographiquement (cf. 311) :
3122
– Ugarit fait partie du monde méditerranéen ; outre ses rapports
commerciaux avec l’Egypte, la Crète, Chypre, etc., cela implique une culture
agraire, un climat, des usages alimentaires, etc., et donc des structures
mentales, similaires à ceux des pays bibliques ;
3123
–la langue ugaritiqueappartient au même groupe de langues sémitiques(le sémitique
nord-occidental) que l’hébreu, alors que l’akkadien
appartient au sémitique oriental ; les fouilles de Ras-Shamra nous ont
permis une meilleure compréhension de la pensée et de l’hébreu du Premier Testament.
313– Ugarit a également donné aux biblistes
une meilleure connaissance de la religion « cananéenne »
de l’époque de l’Exode (XIIIème s. av. J.-C.), en particulier sur Ba’al (dieu
de la fertilité-fécondité) et son culte [86].
Les mythes ugaritiques du cycle de Ba’al – plus anciens que la Bible – nous
permettent de mieux apprécier ce qui était vraiment cananéen, et ce qui était
interprétation hébraïque dans la religion du dieu Ba’al : les Hébreux, semble-t-il, appelaient couramment l'Eternel בעלי
–
B’L-Y "Mon Baal" (= mon Maître) au temps
d'Osée (Os. 2,18), mais le Seigneur refusait ce titre; sans doute à
cause de la confusion que son usage pouvait provoquer avec le baalisme
interdit.
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Note:
[86] « … Au moment de commencer mes études [supérieures], j’ai fait une
expérience « révélatrice » : en vacances à Paris, je suis allé
visiter les Antiquités orientales du musée du Louvre. Là, dans une vitrine
consacrée aux déxouvertes du site syrien d’Ougarit, j’ai aperçu la fine
statuette en bronze doré d’un élégant jeune homme à la posture de combattant,
d’allure égyptienne. Sur l’étiquette, j’ai lu avec stupeur :
« figurine du dieu Baal ». Quoi ! C’était lui, l’idole dont
parle la Bible ? J’ai réalisé que les auteurs des textes bibliques avaient
en tête des figurines de ce type et non les gravures baroques des Bibles
illustrées, montrant des statues terrifiantes dans des paysages de chaos et de
sacrifices d’enfants – l’univers esthétique dans lequel moi, trente siècles
plus tard, je baignais. » Othmar Keel, interrogé dans
l’article « Les belles images du
monde oriental éclairent le texte biblique », Le Monde de la Bible n°167 (sept.-oct. 2005)
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314– En revanche, nous ne possédons à ce jour aucun texte sur une quelconque cosmogonie
cananéenne.
Cependant, nous devons tenir compte de quelques expressions éparses,
dans divers mythes ; et d’un texte qui nous renseigne sur la conception et
la naissance des deux dieux Shahar (l’Aurore) et Shalim (le crépuscule).
Par
ailleurs, le mythe des luttes entre Ba’al et Yam (la mer)
pourrait aussi être la reprise du thème des luttes primordiales, similaires aux
luttes le Mardouk et Tiamat en Mésopotamie.
32 – Expressions
isolées.
321– Ces expressions
isolées permettant d’imaginer ce que les Ugaritains croyaient sur les origines.
Texte 32:Le dieu El
(dieu suprême du panthéon ugaritique) habitait :
« au confluent des
deux fleuves,
à la source même des deux abîmes ».
3211- Ceci est un langage cosmogonique : El vit aux origines des
abîmes, et des fleuves qui les entourent.
On pense immédiatement
- au récit P de
la Genèse biblique : תהום Tehom et המים Ha-Maim = le chaos aqueux (Gn1,2): évoquent les « abîmes » ;
- et au récit J :ונהר יצא מעדן = « et un fleuve sortait
de l’Eden »: évoque « les
fleuves ».
3212- Les deux expressions conjuguées suggèrent deux branches d’un fleuve qui
embrasserait la terre et le firmament, ce qui peut faire penser à Gn
1,7:
ויעש אלהים את־הרקיע ויבדל בין המים אשר מתחת לרקיע ובין המים אשר מעל לרקיע
"Et Dieu fit l'étendue, et sépara les eaux qui sont au-dessous de l'étendue, d'avec les eaux qui sont au-dessus de l'étendue"
3213- On rapprochera aisément le nomdu
dieu El de : אל– El, pluriel אלהים Elohim, deux des
noms de Dieu (cf.
« ‘Immanu-El », Emmanuel, « Dieu avec nous »).
3214- D’ailleurs, du dieu El, comme de יהוה
– YHWH, il est dit qu’il est « sage » ; or la
sagesse est une caractéristique du dieu créateur (cf. les textes égyptiens et mésopotamiens).
322– Au dieu El,
on attribue aussi l’épithète :
Texte 33: bny bnwt =
« créateur des choses créées ».
El serait donc
l’être créateur à Ugarit, comme יהוה
– YHWH en Israël.
Par
ailleurs, on sait que – dans sa lutte contre la religion cananéenne – יהוהa pris beaucoup de caractéristiques du dieu El, avec lequel il s’est
assimilé sans difficulté (voir le § précédent, sur le nom).
323- Au dieu El,
on attribue encore l’épithète
Texte 34: ab adm =
« père de l’humanité ».
On
remarquera que le mot désignant en ugaritique l’humanité, adm,
est le même que dans la Bible : האדם– H-Adm,
l’humain (cf. note
76) ; on rapprochera cette expression, par ex., de Gn 2-3.
On
peut aussi comprendre ab adm = « protecteur de l’humanité »,
ce qui est aussi un rôle dévolu à Dieu, dans les récits de vie des Patriarches
par ex.
324– Si l’on tient compte du fait que le verbe bny (créer) relève de la
même racine que bn (fils), et que ab
signifie père, si l’on rapproche les deux expressions bny bnwt =
« créateur des choses créées » et ab adm =
« père de l’humanité », on remarque :
3241
– que les deux mots « père » et « fils » sont les mêmes en
ugaritique et en hébreu :
ab <=> אב
– AB =
père
bn <=> בן
–
BN = fils ;
3242– que les deux expressions ugaritiques bny bnwt et ab adm sont en fait exactement parallèles.
33 – Textes.
331– Comme nous l’avons vu en 314, le seul mythe de création
que nous possédions à ce jour est celui narrant l’origine de Shahar et Shalim - voir ci-dessous, 332).
En
quoi ce texte
rituel de fécondité (les textes rituels sont reconnaissables
à leurs nombreuses reprises et redites) est-il intéressant pour nous ?
3311– parce qu’il confirme le rôle créateur d’El, entrevu dans les
expressions isolées du 32 ;
3312
– parce qu’il serait très réducteur de limiter les récits bibliques de la
création aux seuls chapitres 1-3 de la Gn ; en réalité, les 11
premiers chapitres de la Gn traitent des problèmes posés lors de la
période « créatrice » par la persistance des mythes cananéens en
Israël et Juda ; par ex. Gn 6, 4 fait allusion au mythe de la
naissance des dieux :
Texte 35:
הנפלים היו בארץ בימים ההם וגם אחרי־כן אשר יבאו בני האלהים
אל־בנות האדם וילדו להם המה הגברים אשר מעולם אנשי השם׃
Ce verset, assez peu
clair si on omet les mythes païens formant le contexte de celui-ci, est ainsi
traduit, de façon relativement conventionnelle, par la TOB :
« En ces jours, les géants étaient sur la terre et ils
y étaient encore lorsque les fils de Dieu vinrent trouver des filles d’hommes et
eurent d’elles des enfant. Ce sont les héros d’autrefois, ces hommes de
renom. »
Et Ostervald (rév.1996) traduit:
« Les géants étaient sur la terre, en ce temps-là, et aussi dans la
suite, parce que les fils de Dieu venaient vers les filles des hommes,
et elles leur donnaient des enfants: ce sont ces hommes puissants qui,
dès les temps anciens, furent des gens de renom. »
Quant à la BJ, elle «traduit»:
« Les Nephilim [87] étaient sur la terre en ces jours-là et aussi dans la
suite quand les fils de Dieu s'unissaient aux filles des hommes et
qu'elles leur donnaient des enfants; ce sont les héros du temps jadis,
ces hommes fameux. »
En revanche, la Bible
en français courant, suivant son but de facilitation de la lecture des
Textes, est nettement plus explicite et plus proche du sens du texte, même si
elle s’éloigne de sa traduction littérale :
« C’était l’époque où il y avait des géants
sur la terre – il en resta même plus tard. Ceux-ci étaient les héros de
l’Antiquité, aux noms célèbres ; ils étaient nés de l’union des habitants
du ciel avec les filles des hommes.»
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Note:
[87] Les « Néphilim »
sont vraisemblablement des héros « à l’antique » (i.e. « croisements » entre
divinités et humains), comme le dit la suite de la phrase, contre lesquels Dieu
doit affirmer sa suprématie (les hébreux seront à plusieurs reprises tentés de
retourner aux « idoles » - cf.
l’épisode du veau d’or, pourtant en principe destiné à honorer Dieu, tout comme
« les sacrifices et holocaustes » dont Dieu ne voulait pas, car trop
représentatifs des cultes païens). On traduit très souvent ce mot par
« Géants », ou on ne le traduit pas, se contentant de le
translittérer comme ici.
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332– La
naissance des dieux Shahar et Shalim.
Texte 36:
« … Au bord de la
mer,
El s’avancera au bord
de l’océan,
il saisira les deux
femmes …
et le membre d’El
s’allongera comme la mer,
le membre d’El comme
le flot [88],
le membre d’El sera
long comme la mer,
le membre d’El comme
le flot.
El saisit les deux
femmes
il saisit, met dans sa
maison.
Mais la verge d’El
s’abaisse,
la tension de son
membre languit. …
Il tire dans le ciel un oiseau [89]
il plume, met sur le charbon.
El ! Comme les
femmes sont belles !
Si les deux femmes s’écrient :
« O époux, époux,
ta verge s’abaisse,
la tension de ton
membre languit »,
alors, que l’oiseau rôtisse au feu,
et (quand) tu l’auras rôti sur les
charbons,
les deux femmes les
femmes d’El,
les femmes d’El, et
pour toujours.
Mais si les deux femmes
s’écrient :
« O papa, papa, ta verge s’abaisse,
la tension de ton
membre languit »,
alors, que l’oiseau rôtisse au feu,
et (quand) tu l’auras rôti sur les
charbons,
les deux filles les
filles d’El,
les filles d’El, et
pour toujours.
Et voici que les deux
femmes s’écrient :
« O époux, époux,
ta verge s’abaisse,
la tension de ton
membre languit »,
alors, que l’oiseau rôtisse au feu,
et (quand) tu l’auras rôti sur les
charbons,
les deux femmes les femmes d’El,
les femmes d’El, et pour toujours.
El
s’incline, baise leurs lèvres ;
voici:
leurs lèvres sont douces,
douces
comme des grenades.
Après le baiser, la conception,
(après) l’étreinte et les ardeurs, …
elles enfantent Shahar et Shalim.
On porte la nouvelle à
El :
« Que m’a-t-on
donné comme enfant ? »
« Shahar et
Shalim »
« Apportez une
offrande à la Dame Shapash [90]
et aux étoiles… »
El
s’incline, baise leurs lèvres ;
voici:
leurs lèvres sont douces.
Après
le baiser, la conception,
les
deux femmes viennent à terme et enfantent,
elles enfantent les
dieux gracieux qui fendent la mer, enfants de la mer,
qui s’allaitent à la
pointe du sein.
On porte la nouvelle à
El :
« Qu’a-t-on
enfanté ? »
« Les dieux
gracieux qui fendent la mer, enfants de la mer,
qui s’allaitent à la
pointe du sein.
Ils ont placé une
lèvre sur la terre,
une lèvre vers les
cieux.
Les oiseaux du ciel
entrent dans leur bouche,
ainsi que les poissons
de la mer.
En hâte, on met
morceau sur morceau,
de droite et de
gauche, dans leur bouche,
et ils ne se
rassasient pas [91]! »
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Notes:
[88] Comme en hébreu, le verbe être est souvent omis.
[89] Tout ce qui va concerner ensuite l’oiseau constitue un rite de fécondité.
[90] Divinité solaire ; la naissance de l’Aurore et du Crépuscule ont en effet
contribué à meubler, avec Shapash et les étoiles, le cosmos.
[91] Les
dieux ont besoin des offrandes des hommes pour être rassasiés :
les produits de la nature ne leur suffisent pas.
-------
333- Les luttes
primordiales.
Comme nous l’avons vu dès le début de cet
article, la cosmogonie biblique ne se réduit pas aux trois, ni même aux onze
premiers chapitres de la Bible : on trouve une grande partie de cette
cosmogonie dans les Ps – certes sous la forme de versets, d’expressions,
isolés dans un contexte différent ; mais ils nous informent de la
« mémoire »de conceptions
du monde parfois très anciennes chez leurs auteurs.
L’un des thèmes
cosmogoniques anciens les plus fréquents est celui des
« luttes primordiales », décrites à l’origine entre un dieu et des
monstres marins.
Or dans
le texte suivant, Ba’al doit affronter Yam (la mer).
Sans opposer Ba’al à El, comme l’on fait certains auteurs, on peut dire que
Ba’al a affronté Yam pour établir sa supériorité divine ; or que ce récit
narre
- le conflit entre le dieu de l’orage et de la pluie contre la mer,
- ou les luttes d’un
peuple côtier contre les forces marines,
il illustre les
continuelles luttes d’influence entre les dieux en vue d’établir leur domination
sur un peuple, afin de justifier un culte (voir, par ex., le
texte ci-dessus et la note 91).
Texte 37:
(Ba’al est livré au
pouvoir de la mer et médite sa vengeance).
« *** Yam, je détruirai
son séjour,
contre Yam, je lierai
Nahar [92];
mais ici les épées sont rouillées. »
…
Et Kothar-Khasis [93] répond :
« Je te dis, ô
Prince Ba’al,
je te déclare, ô
Chevaucheur des nuées :
voici ton ennemi, ô
Ba’al,
voici ton ennemi, tu
frapperas,
voici ton adversaire,
tu massacreras.
Tu reprendras ta royauté éternelle,
ta souveraineté perpétuelle. »
Kothar fabrique
deux massues
et il proclame leur nom :
« Ton nom est
Yagrush [94];
Yagrush, chasse Yam,
chasse Yam de son
trône,
Nahar du siège de sa
domination.
Puisses-tu t’élancer
de la main de Ba’al
comme un épervier
d’entre ses doigts ;
frappe le Prince Yam à
l’épaule,
le Juge Nahar sur la
poitrine ! »
La massue s’élance de
la main de Ba’al
comme un épervier
d’entre ses doigts ;
elle frappe le Prince
Yam à l’épaule,
le Juge Nahar sur la
poitrine ;
mais Yam reste fort,
il ne s’affaisse pas,
ses articulations ne
faiblissent pas, sa figure ne se défait pas.
Alors Kothar fabrique
deux massues
et il proclame leur nom :
« Ton nom est
Ayyamur [95];
Ayyamur, expulse Yam,
expulse Yam de son
trône,
Nahar du siège de sa
domination.
Puisses-tu t’élancer
de la main de Ba’al
comme un épervier
d’entre ses doigts ;
frappe le Prince Yam
au crâne,
le Juge Nahar au
front ! »
La massue s’élance de
la main de Ba’al
comme un épervier
d’entre ses doigts ;
frappe le Prince Yam
au crâne,
le Juge Nahar au
front ;
Yam s’écroule, il tombe
à terre,
ses articulations
faiblissent, sa figure se défait.
Ba’al traîne Yam et le
démembre, il achève le juge Nahar.
Athtart
[96] apostrophe par son nom :
« Disperse-le, ô
très puissant Ba’al,
disperse-le, ô
Chevaucheur des nuées,
car le Prince Yam est
notre captif,
le Juge Nahar est
notre captif. ***
Oui, Yam est mort et
Ba’al va régner,
oui, la joie est
véridique*** »
(la fin du texte est
très lacunaire).
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Notes:
[92] Littéralement : « le Fleuve », autre nom de
Yam.
[93] Dieu artisan : orfèvre, forgeron, architecte…
[94] Littéralement : « Qu’elle chasse ! »
[95] Littéralement : « Qu’elle expulse ! »
[96] Divinité – sans doute guerrière