Messes du Temps de Pâques
(Années B)
Introduction au
Troisième Dimanche de Pâques
C’est en vain que l’on chercherait à déterminer le nombre exact des
apparitions du Ressuscité.
Par ailleurs, on ne peut considérer comme négligeables les différences entre
les divers récits précis et circonstanciés des Évangiles, du Livre des Actes
des Apôtres et des Lettres de Paul.
En fonction de son propos et de son expérience personnelle, chaque auteur a
fait son propre choix parmi les témoignages transmis par la tradition orale. Il
a retenu plutôt tel détail que tel autre, mis l’accent sur certains points,
certains aspects qui l’ont davantage frappé, qu’il a considérés comme plus
importants ou plus significatifs pour le kérygme, son annonce de la Pâque
du Christ. Parfois, il concentre en un seul récit et de façon personnelle des
éléments provenant de plusieurs sources, parce que ces éléments lui semblent
ainsi mieux rendre compte de l’événement pascal. C’est en particulier le cas pour
saint Luc, qui a écrit afin que son lecteur « se rende bien compte de la
solidité des enseignements reçus » (Lc 1,3).
La manière dont il rapporte ce qui est advenu aux disciples d’Emmaüs « après la mort de Jésus, le soir du
premier jour de la semaine » s’avère sur ce point exemplaire. Luc a,
manifestement, vu dans cette expérience singulière une sorte de parabole du
cheminement progressif de la foi pascale en ceux qui prennent lentement
conscience de la nouvelle et mystérieuse présence du Ressuscité auprès des
siens (Lc 24,13-35). Mais le récit ne s’achève pas là.
Les deux disciples retournent à Jérusalem, pour faire part aux Apôtres et à
leurs compagnons de ce qui s’est passé. Et soudain Jésus lui-même est présent
au milieu d’eux. Cette unique apparition, pour ainsi dire « officielle »,
que Luc a retenue récapitule le sens et
la portée de toutes les manifestations pascales du Christ :
-
il s’est montré à ceux qu’il a choisis pour leur faire
voir, toucher même, la réalité de son corps ressuscité ;
-
il a ouvert ses disciples au sens des Écritures, pour qu’ils
soient en mesure d’annoncer qu’elles avaient leur accomplissement dans sa Pâque ;
-
enfin, il a institué les Apôtres témoins de sa résurrection.
C’est, de fait, ce que Pierre a proclamé avec force dès le jour de la Pentecôte
(Première Lecture). En Jésus Christ, le Juste, « nous avons un
défenseur devant Dieu » écrit de son côté saint Jean (Deuxième Lecture),
qui exhorte les disciples à garder fidèlement la parole et les commandements du
Seigneur, parce qu’ainsi « l’amour de Dieu atteint vraiment en eux la
perfection ».
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Introduction au
Quatrième Dimanche de Pâques
Dimanche dit "du Bon Pasteur" - Dimanche des Vocations
Tout berger expérimenté connaît ses brebis et peut distinguer, parmi toutes les
autres, celles qui lui appartiennent.
De leur côté, les brebis reconnaissent la voix de leur maître ou son coup de
sifflet, et elles obéissent à son appel.
Un bon berger veille sur son troupeau avec attention, le protège contre les
dangers qui le menacent, repère et soigne les brebis malades, entoure de
sollicitude les plus faibles et les jeunes agneaux.
Il est donc normal que l’image du Bon
Pasteur tienne une grande place dans la Bible – comme dans la littérature de tous
les peuples de tradition pastorale – et que Jésus ait repris cette image
biblique. (Sur ce thème, voir page "Le berger dans la Bible") Mais il n’établit pas une comparaison, en disant : « Je me
comporte comme un bon berger » ; il proclame, de façon métaphorique : « Je
suis le Bon Pasteur », celui dont les autres ne sont que des figures ;
celui qui, seul, conduit les siens vers la Vérité et la Vie, avec une autorité que
nul autre ne possède, parce que le Père l’a envoyé, et lui a confié ses brebis.
L’allégorie du Bon Pasteur est donc –
avec celle de la Vigne – l’un des grands textes de Révélation transmis par saint
Jean. (Evangile)
Bon Pasteur, Jésus l’a été au point
de donner sa propre vie pour ses brebis. « En-dehors de lui, il n’y a pas
de salut. Son nom, donné aux hommes, est le seul qui puisse sauver » dit
saint Pierre devant le grand conseil. Il rassemble dans l’unité, comme un seul
troupeau, ceux que le Père lui a donnés ; il est, selon une autre image biblique, la pierre d’angle sur laquelle s’édifie
la communauté des fils de Dieu, dont tous les hommes sont appelés à faire
partie. (Première Lecture)
Dès lors, les mots « troupeau » et « brebis » n’évoquent
absolument pas une masse de disciples sans personnalité, qui suivent leur
berger et lui obéissent en bêlant – mais des disciples pleins de confiance : « Voyez comme il est grand,
l’amour dont le Père nous a comblés […] Lorsque le Fils de Dieu paraîtra, nous serons
semblables à lui parce que nous le verrons tel qu’il est » écrit saint Jean.
(Deuxième Lecture)
C’est ce que réalise et préfigure l’assemblée liturgique convoquée et réunie
par le Bon Pasteur qui est à sa tête. Il nourrit de son corps et de son sang
ceux qui ont entendu sa voix ; il les conduit pas à pas vers le Père, il
les envoie vers les brebis qui n’ont pas encore entendu l’appel du Berger…
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Introduction au
Cinquième Dimanche de Pâques (B)
« Moi, je suis ». Dans l’Évangile selon saint Jean, ces mots
introduisent une révélation solennelle sur l’identité du Fils de Dieu venu dans
le monde pour sauver les hommes. Ils retentissent ainsi comme un appel profond
à croire en Jésus pour devenir enfants de Dieu.
C’est ainsi qu’il dit : « Moi
je suis » - εγω ειμι (Jn 8,58) « le Pain de la vie » - ο
αρτος της ζωης (Jn 6,35), « le Pain vivant » - ο αρτος ο ζων (Jn
6,51), « la Porte » - η θυρα (Jn 10,9), « le Bon Pasteur »
- ο ποιμην ο καλος (Jn 10,11 ; évangile de dimanche dernier ; cf. pages suivantes, en cliquant ici et
ici), « le Chemin, la Vérité et la Vie » - η οδος και η αληθεια και η
ζωη (Jn 14,6).
Plusieurs de ces métaphores (et non comparaisons : Jésus ne dit pas :
« je suis comme… ») se
trouvent déjà dans l’Ancien Testament, en particulier celle de la vigne :
de nombreux textes de genres littéraires différents l’utilisent pour parler du
peuple choisi par Dieu, entouré par son amour fidèle de soins attentifs et persévérants,
mais qui l’a souvent déçu en ne donnant pas les fruits de justice et de
sainteté attendus.
Mais dans l’Évangile de Jean, Jésus se dit lui-même la vigne, la « vraie Vigne » dont le Père est le
vigneron. L’image renvoie à ce qu’il a proclamé ailleurs (Jn 14,6) :
il est la Vie, celle qui vient de Dieu, son Père, en qui il « est » -
εγω εν τω πατρι και ο πατηρ εν εμοι εστιν : « moi je suis dans le
Père et le Père est en moi » (Jn 14,10), la source de toute vie « depuis
le commencement » - εν αρχη - (Jn
1,1ssqq – « Prologue de Jean »). Il a le pouvoir de la donner à tous
ceux qui croient en lui. Comme des sarments vigoureux pleins de sève, ceux qui
demeurent attachés à lui portent en abondance des fruits pour la Vie éternelle.
Désormais, tous les hommes sans distinction peuvent être greffés – par la Foi –
sur le Cep vivant et vivifiant. Ils forment ensemble l’Eglise que le Père ne
cesse de purifier pour en accroître la fécondité à l’infini. (Evangile)
L’appartenance à cette Vigne se reconnaît à la vérité de l’amour fraternel –
né de l’amour du Père manifesté en Jésus, son Enfant, diffusé par l’Esprit
Saint, et dont chacun, selon sa vocation propre, est appelé à témoigner « avec
assurance » (comme Paul, converti, dans la Première Lecture).
L’existence chrétienne comme la vie de l’Eglise se trouvent ainsi intégrées dans
la dynamique des relations qui unissent le Père, le Fils et l’Esprit Saint –
malgré les épreuves, les infidélités, les échecs qu’on déplore, car « Dieu
est plus grand que notre cœur, et il connaît toute chose ». (Deuxième Lecture).
De cet admirable échange, l’Eucharistie est à la fois le signe et le gage.
A méditer:
De Sainte Catherine de Sienne - (1347-1380), tertiaire dominicaine, docteur de l'Église, co-patronne de l'Europe - Le Dialogue, 23:
Le maître de la vigne
[Sainte Catherine a entendu Dieu lui dire] :

« Toute créature
douée de raison possède en elle-même une vigne, qui est
la vigne de son
âme. C'est la volonté, par le libre arbitre, qui est l'ouvrier de cette
vigne durant le temps de la vie ; passé ce temps, elle n'y peut plus
faire aucun travail ni bon ni mauvais, mais
pendant la vie, elle peut
cultiver sa vigne dans laquelle je l'ai envoyée. Cet ouvrier de l'âme a
reçu de moi une telle force qu'il n'est ni démon ni autre créature qui
puisse la lui enlever, s'il s'y oppose. C'est
dans le baptême qu'il a
reçu cette force et en même temps le glaive de l'amour de la vertu et
de la haine du péché.
C'est pour cet amour et cette haine,
pour l'amour
de vous et en haine du péché, qu'est mort mon Fils unique, en répandant
pour vous tout son sang. Et c'est cet amour de la vertu et cette haine
du péché que vous trouvez dans le saint baptême qui vous rend la vie
par la force de son sang...

«
Arrachez donc les ronces des péchés mortels et plantez des vertus...,
ayez la contrition, le dégoût du péché et l'amour de la vertu ; alors
vous recevrez les fruits du sang de mon Fils. Vous ne pourrez pas les
recevoir si vous ne vous disposez pas à devenir de bons sarments unis
au cep de la vigne, mon Fils, qui a dit : « Moi, je suis la vraie
vigne, mon Père est le vigneron, et vous, les sarments » (Jn 15,1.5).
«
Telle est la vérité. C'est bien moi qui suis le vigneron, puisque toute
chose qui possède l'être est venue et vient de moi. Ma puissance est
insondable et par ma puissance et ma force je gouverne tout l'univers,
si bien que rien n'est fait ni ordonné en dehors de moi. Oui, je suis
le vigneron ; c'est moi qui ai planté la vraie vigne, mon Fils unique,
dans la terre de votre humanité pour que vous, les sarments unis à
cette vigne, vous portiez des fruits. »
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Introduction au
Sixième Dimanche de Pâques (B)
Aimer et être aimé : le désir le plus profond, le besoin le plus vital
de l’homme et de la femme dès la plus tendre enfance, et à tous les âges de la
vie.
Mais qu’est-ce que l’amour ? Bien des réponses, ou plutôt des
tentatives de réponses ont été données à cette question – sans jamais donner
pleinement satisfaction. L’amour, comme la vie, échappe à toute tentative de
définition qui exprimerait totalement sa nature propre – irréductible à toute
autre. Le mot est, par ailleurs, des plus galvaudés ; la quête d’amour
peut même entraîner sur des voies qui conduisent à la dépravation, voire au
crime.
Pourtant saint Jean rapporte, dans son Evangile, que Jésus « à l’heure
où il passait de ce monde à son Père » a dit à ses disciples :
« Ce que je vous commande, c’est de vous aimer les uns les autres ».
Et l’apôtre « que Jésus aimait » écrit, dans sa Première Lettre,
« aimons-nous les uns les autres, puisque l’amour vient de Dieu. Tous ceux
qui aiment sont enfants de Dieu, et ils connaissent Dieu. Celui qui n’aime pas
ne connaît pas Dieu, car dieu est amour ». « Aimer » est donc en
quelque sorte – au cœur du Testament du Seigneur – le mot qui récapitule tout
son enseignement.
Mais il faut s’entendre sur le sens que ce mot a pris en passant du
vocabulaire usuel au vocabulaire chrétien.
« Dieu est Amour » (1Jn 4,8). « Aimer » signifie
dès lors avoir les mêmes sentiments que Dieu, agir gratuitement, se comporter
comme Jésus – et, pour tout dire, entrer dans la communion qui unit de toute
éternité le Père, le Fils, et le Saint-Esprit. Voilà pourquoi cet amour, divin
dans son origine, révélé par ce qu’a fait le Seigneur – et singulièrement par
sa mort – donne de produire un fruit qui « demeure ».
Telle est la Bonne Nouvelle que l’Eglise et les chrétiens doivent annoncer
au monde entier – non seulement en paroles, mais aussi et surtout en actes.
Car, en raison de son amour infini, « Dieu ne fait pas de différences
entre les hommes ». Il accueille avec une égale bienveillance tous ceux
qui l’adorent, font ce qui est juste, c'est-à-dire sont animés en tout par un
amour semblable au sien. Tous ont accès au même baptême, sont appelés à
recevoir l’Esprit que le Seigneur ressuscité a envoyé d’auprès du Père, à partager
le Pain de la Vie et la Coupe du Salut dans l’Eucharistie – sacrement de
l’amour de Dieu et de la charité fraternelle universelle.
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Introduction au
Septième Dimanche de Pâques (B)
(Dans les pays où le
jeudi de l’Ascension n’est pas férié,
L’Ascension du Seigneur et son exaltation à la droite du
Père donnent à la Résurrection une dimension et une portée qui concernent
directement
-
le temps où nous vivons,
-
la condition des disciples sur cette terre,
-
et le déploiement de l’Histoire du Salut.

En quittant les siens, Jésus leur a dit de ne pas s’éloigner
de Jérusalem, mais d’y
attendre de recevoir ce que le Père avait promis :
leur prochain baptême dans l’Esprit Saint (
Ac 1,4-5, lecture de l’
Ascension).
Ces paroles ont dû leur paraître assez énigmatiques – puisque certains lui ont
alors demandé : « Est-ce maintenant que tu vas rétablir la royauté en
Israël ? » (
Ac 1,6).
Mais ils se sont conformés à ses consignes. Bien plus, « réunis
au nombre d’environ cent vingt » – un chiffre qui étonne à ce moment-là –
ils ont vite songé à l’avenir. Sur la proposition de Pierre, ils ont pris le
soin de reconstituer le groupe initial des Douze que Judas avait quitté. Dans la
prière, l’assemblée a demandé au Seigneur de désigner lui-même celui qui devait
être, avec les Apôtres, témoin de sa résurrection. Le recours au tirage au sort
peut nous paraître, aujourd’hui, un procédé bizarre pour un tel choix ;
plus tard, les Apôtres et la communauté auront conscience d’être habilités à
investir des frères d’une mission – mais cela se fera toujours dans un climat liturgique,
et après invocation du Seigneur et de l’Esprit. En cela aussi, les disciples se
montreront fidèles à l’enseignement et à l’exemple de Jésus.
Avec lui, ils avaient régulièrement participé aux célébrations du Temple, en particulier les jours de pèlerinage, ainsi qu’aux
réunions hebdomadaires de la synagogue*.
Les évangélistes rapportent aussi que Jésus
se retirait souvent dans la solitude pour prier durant des nuits entières. Certains
ont surpris quelques bribes de sa prière, à Gethsémani et sur la Croix.
Enfin l’Evangile
selon saint Jean (Jn 17,1-26) rapporte la longue prière (souvent appelée
« sacerdotale ») faite par Jésus à haute voix après le dernier repas
pris avec ses Apôtres, « à l’heure où il passait de ce monde à son Père ».
L’extrait de cette vibrante intercession lu aujourd’hui révèle le Seigneur « monté
au ciel » tel qu’il est éternellement pour nous.
Il prie afin qu’en lui,
par lui et comme lui, nous vivions unis au Père dans la communion fraternelle
de ses disciples, auxquels l’Esprit assure lien et cohésion.
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* C’est pourquoi je m’efforce de toujours revenir à ces
sources : il est essentiel pour des chrétiens de connaître les prières et rites juifs – qui sont les mêmes que ceux que Jésus observait – pour comprendre ses enseignements, ses
prières et les nôtres, ses gestes liturgiques et les nôtres.
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