Textes tirés du
Nouveau Testament
Les Epîtres
non pauliniennes
1. L'Epître aux Hébreux
Quiconque
lit attentivement cette "épître", ou "lettre" aux Hébreux a plutôt
l'impression de se trouver devant une prédication ou un discours.
Certes, les tout derniers versets du chap. 13 - avec les salutations
qu'ils contiennent - peuvent faire penser à la conclusion d'une lettre.
Mais le début ne comporte ni indication de l'auteur ni salutation au(x)
destinataire(s) (comme cela était pourtant habituel à l'époque).
Ce
texte a peut-être été rédigé en Italie. En tout cas, il s'adresse à des
chrétiens exposés à l'impopularité, voire à une hostilité, croissante -
au point que certains sont tentés d'abandonner leur foi chrétienne.
On peut y distinguer deux parties principales (entrecoupées d'appels pressants):
- La première partie (jusqu'à 10,8) met en évidence la grandeur suprême du Christ, supérieur aux prophètes, aux
anges, à Moïse et à Josué, aux grands-prêtres de l'ancienne Alliance;
son sacrifice, accompli une fois pour toutes est supérieur aux nombreux
sacrifices de l'ancien Israël
-
La seconde partie encourage les auditeurs à persévérer dans la foi, en
regardant les croyants du Premier Testament, et en gardant leurs
regards fixés sur Jésus, pour supporter comme eux et comme lui l'opposition.
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• Hé 1,1-6
Contrairement
aux idoles muettes, Dieu parle. Pendant longtemps, il a eu recours à
des intermédiaires. "Dans ces jours où nous sommes", il a envoyé dans
le monde son propre Verbe, "expression parfaite de son être", de son
dessein et de sa volonté.
Remarques:
Verset 1.
• τοῖς πατράσιν- à nos pères: c'est-à-dire au peuple juif des générations passées, dont les chrétiens se considèrent comme les héritiers.
• ἐν τοῖς προφήταις - par les prophètes: le mot est ici à prendre au sens large et désigne tous ceux par qui Dieu s'est manifesté dans le Premier Testament.
Verset 2.
• ἐπ᾿ ἐσχάτου τῶν ἡμερῶν τούτων- dans ces temps qui sont les derniers: c'est-à-dire la période finale de l'histoire qu'a inaugurée la venue du Christ; voir 1Co 10,11.
• κληρονόμον πάντων- héritier de toutes choses: en tant qu'héritier,
- il succède à tous les prophètes et accomplit leur message;
- il possède et domine tout ce qu'il a créé (voir Ps 2,7-8).
• καὶ τοὺς αἰῶνας ἐποίησεν- il a aussi créé le monde: comparer Pr 8, 22-31; Jn 1,1-3; Col 1,16.
Verset 3.
• χαρακτὴρ τῆς ὑποστάσεως αὐτοῦ- l'empreinte de sa personne: le mot "χαρακτήρ charaktēr"
désigne le "signe gravé", l' "empreinte"; il souligne la correspondance
parfaite qui existe entre le Fils et l'être même de Dieu.
<- Dans la plupart des représentations occidentales de la Trinité, le
Père et le Fils ont le même visage; quant à sa représentation
iconographique, elle se fonde sur le thème de "l'hospitalité d'Abraham"
avec ses "trois personnages semblables" ->
D'où la supériorité de cette révélation dernière sur celles d'autrefois, évoquées au verset 1.
• φέρων τὰ πάντα- soutenant toutes choses: voir Col 1,17.
• καθαρισμὸν τῶν ἁμαρτιῶν ἡμῶν- la purification des péchés: cette idée sera développée plus loin (en Hé 7 par ex., où le Fils est présenté comme le grand-prêtre par excellence).
• ἐν δεξιᾷ τῆς μεγαλωσύνης - à la droite de la majesté divine:
- le terme μεγαλωσύνη megalôsunê a pour sens premier "grandeur, majesté", et pour sens dérivé "divinité", voire "Dieu" lui-même;
-
être "à la droite de quelqu'un" est une position d'honneur; être "à la
droite de Dieu" est donc une position d'immense honneur et d'autorité
(comparer à Ps 110,1, texte très souvent cité en Hé).
Verset 4.
• τῶν ἀγγέλων- aux anges:
- "ἄγγελος an'gelos", dérivé du verbe "ἀγγέλλω an'gellō - annoncer"désigne d'abord tout messager; la traduction-transcription "ange" est seconde.
-
Les "anges" occupaient une grande place dans le judaïsme du Ier siècle
(sans doute sous l'influence des civilisations proche-orientales de
l'époque), qui les avait hiérarchisés et classés. Proches de YHWH, ils
reçoivent de lui des missions précises et importantes; on considère par
exemple qu'ils ont participé au don par Dieu de la Loi (Hé 2,2 reprend cette idée).
- Dans Hé (voir par ex. Hé 1,14),
c'est particulièrement leur rôle en faveur des croyants qui est mis en
avant: ils sont présents à toutes les étapes de l'accomplissement du
plan de Salut divin. En établissant ici la supériorité du Fils sur les
anges, l'auteur de l'épître établit du même coup sa supériorité sur la
Loi.
• ὄνομα- un nom: ne pas oublier que "השׁםhaShêm - le Nom" est l'une des appellations utilisées en hébreu pour désigner YHWH sans prononcer le nom divin; ce "ὄνομα- nom" est donc par définition "διαφορώτερον παρ᾿ αὐτοὺς - plus excellent que le leur", puisque c'est "השׁםhaShêm - le Nom" divin.
Verset 5.
• υἱός μου εἶ σύ, ἐγὼ σήμερον γεγέννηκά σε - Tu es mon Fils, Je t'ai engendré aujourd'hui: citation littérale de la traduction grecque du Ps 2,7:
בני אתה אני היום ילדתיך׃
LXX: Υἱός μου εἶ σύ, ἐγὼ σήμερον γεγέννηκά σε.
C'est la formule d'intronisation du Messie-Roi (rappel: dans les civilisations Proche-Orientales anciennes, le roi devient le fils adoptif d'un dieu, ce qui le divinise à partir de son intronisation; dans la Bible, le roi devient le fils adoptif d'YHWH, le Dieu unique; mais s'agissant du Christ, il est de tout temps le Filsde Dieu).
• ἐγὼ ἔσομαι αὐτῷ εἰς πατέρα, καὶ αὐτὸς ἔσται μοι εἰς υἱόν - Je serai pour lui un père, et il sera pour moi un fils: citation littérale de la traduction grecque de 2S 7,14:
אני אהיה־לו לאב והוא יהיה־לי לבן
LXX: ἐγὼ ἔσομαι αὐτῷ εἰς πατέρα, καὶ αὐτὸς ἔσται μοι εἰς υἱόν.
La
promesse faite à David et à sa descendance (un règne éternel) avait une
portée qui dépassait de toute évidence la succession normale des rois
issus de David. Le peuple juif y avait donc vu la promesse de la venue
d'un Roi différent des autres, le Messie, en qui s'accomplirait cette
prophétie (cf. Ez 34,23-24).
Verset 6.
• τὸν πρωτότοκον - le premier-né: voir Col 1,15; dans le Premier Testament, "בּכורbekôr - premier-né,
aîné" est le titre porté par celui qui a le plus haut rang: le roi
d'Israël portait ainsi le titre de "fils premier-né de Dieu", ce qui
signifiait "le plus élevé des rois de la terre".
• προσκυνησάτωσαν αὐτῷ πάντες ἄγγελοι Θεοῦ - Que tous les anges de Dieu se prosternent devant lui: voir Ps 97,7; et surtout citation presque littérale de la glose grecque (ou d'un passage hébreu perdu) de Dt 32,43:
LXX: ἐνισχυσάτωσαν αὐτῷ πάντες ἄγγελοι θεοῦ.
Cette application au Fils de paroles adressées à Dieu dans le Premier Testament révèle son rang divin et son unité avec le Père.
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• Hé 2,9-11
Solidaire
des hommes et serviteur du dessein de son Père, le Christ a scellé, par
sa souffrance, l'Alliance qui conduit à la gloire.
Les "Hébreux" à qui s'adresse cette épître sont
des juifs convertis qui passent par une grave crise de doute et de
découragement. L’auteur leur "remonte le moral" en dirigeant
leur regard vers le Christ qui a porté le judaïsme à son
accomplissement.
La Lettre nous occupera pendant un mois, jusqu’à la fin de l’année
liturgique. Elle s’adapte à la dominante de ces dernières semaines par
sa méditation de la liturgie céleste et éternelle.
A ces Hébreux découragés l’auteur montre un Christ qui partage leur souffrance pour la faire déboucher dans la gloire.
Jésus est proche de nous, dit-il. Citant le psaume 8,6, il montre
comment Jésus avait été, dans son incarnation, abaissé un peu
au-dessous des anges. Ce "un peu" signifie aussi : "pour un peu de temps"
(Jn 14,19). Il a fait l’expérience de la mort. Il est de la même race
que nous. Il n’a pas honte de nous appeler ses frères: voyez comme il a
partagé notre sort... Mais pour le retourner !
Car Dieu, qui ne veut pas
nous laisser à la dérive, qui veut une multitude de fils à conduire
jusqu’à la gloire définitive, a d’abord mené Jésus à la perfection
de la gloire, il l’a ressuscité.
Regardez donc ce Jésus: par son abaissement, sa mort, par sa
résurrection, sa gloire, il est à l’origine de notre salut. Il est
notre vrai libérateur. Regardez-le avec confiance, suivez-le avec
courage.
Toutes les idéologies humaines "calent" devant la souffrance et la
mort. La foi, elle, les assume pour les dépasser. Comme il est bon,
réconfortant de regarder ce Christ qui est "de notre côté": nous ne
sommes pas seuls dans nos épreuves, nos lassitudes. Il est là, avec
nous. Déjà, il a forcé la porte par laquelle nous pourrons, à sa suite,
entrer dans notre réussite définitive, dans la gloire.
Nous te rendons grâce, Père. Car le Christ, dans sa Pâque, son
passage de la souffrance à la gloire, a fait une œuvre merveilleuse.
Nous voici libérés, appelés à partager sa gloire (première préface des
dimanches).
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• Hé 4,12-13.
"La parole de Dieu" désigne ici le Christ (cf. le
Λογος chez saint Jean), Verbe fait chair qui fait connaître la volonté du Père.
Impossible de tricher avec cette "Parole vivante", souvent décapante, toujours salutaire!
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• Hé 4,14-16.
Une ferme proclamation
de foi: tous ceux qui mettent leur confiance en Jésus, le Fils de Dieu
fait homme, sont assurés d'avoir, par lui et avec lui, accès auprès de
Dieu.
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• Hé 5,1-6.
Le
Christ est le Médiateur parfait entre le ciel et la terre parce que,
dans sa personne, Dieu et l'homme sont intimement et pour toujours
unis.
Il ne s'est pas arrogé lui-même son sacerdoce, qui n'est pas non plus d'institution humaine: il le tient de son origine divine.
•L'épître aux Hébreux cite Ps 110,4:
אתה־כהן לעולם על־דברתי מלכי־צדק׃
ici, en 5,6, mais également en 7,17;21:
συ ιερευς εις τον αιωνα κατα την ταξιν μελχισεδεκ
"Tu es prêtre pour toujours selon l'ordre de Melchisédech"
• "Selon l'ordre de Melchisédech": parce que ce "roi de Salem" et "prêtre du Très-Haut" (Gn 14,18):
מלכי־צדק מלך שלם [...] כהן לאל עליון׃
n'appartient à aucune lignée sacerdotale connue: il est "απατωρ αμητωρ αγενεαλογητος - sans père, sans mère, sans généalogie".
•Le nom de Melchisédech signifie "מלךroi צדקde justice" (sur la Tsedaka, voir en cliquant ici): Hé 7,2. Et Hé 7,2 continue en précisant qu'il est "מלך roi שלםde Salem", et, en jouant sur les différentes vocalisations possibles en hébreu, que cela signifie "מלך roi de שלםshalom= paix".
•Melchisédech
est donc une préfiguration du Christ - prêtre et roi, mais pas à la
façon d'Israël, car - si le roi devait être de la lignée de David,
comme l'est le Christ - les prêtres devaient descendre d'Aaron (cf. Hé 7,11).
• Toute
la section Hé 5,1 - 7,28 développe le thème général suivant: le Christ est le grand-prêtre parfait,
- choisi par Dieu et non de sa propre initiative (Lecture d'aujourd'hui: 5,1-6);
-
cette perfection - acquise au prix de son obéissance dans la souffrance
- fait de lui le Sauveur de ceux qui lui obéissent (5,7-10);
- [puis
vient un développement des reproches que l'auteur de l'épître fait à
ses lecteurs (paresse et immaturité spirituelles: 5,11-6,3; situation
dramatique de celui qui a commencé dans la foi puis abandonne le
Seigneur: 6,4-8; mais se lecteurs se ressaisiront et persévéreront dans
leur effort: 6,9-12];
- l'exemple d'Abraham souligne la fidélité de Dieu à ses promesses: le croyant peut s'appuyer sur cette certitude: 6,13-20;
- Melchisédech n'a
pas de lignée; il bénit Abraham et reçoit de lui la dîme: sa prêtrise
est donc supérieure au système de la Loi, et en cela elle annonce celle
du Christ: 7,1-10;
- le Christ,
prêtre dans la lignée de Melchisédech, est donc le grand-prêtre éternel
et parfait, nommé par serment, intercesseur devant Dieu; il abroge le
système lévitique, qui était imparfait: 7,11-25;
- le passage atteint son sommet lorsque le Christ nous est présenté comme sacrifice-sacrificateur choisi, qui s'offre lui-même, en un sacrifice saint, parfait, unique, définitif :7,26-28.
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• He 5, 7-9
Ce passage se situe dans la première partie de l'épître (voir l'introduction ci-dessus) : ce
n'est pas en héros impassible que Jésus est entré librement dans sa
Passion, mais en Fils qui a appris à dire "que ta volonté soit faite", et nous a enseigné à faire de même pour notre Salut.
Pour
aider ses auditeurs à surmonter leur découragement, l'auteur ne se
contente pas de paroles réconfortantes. Il évoque avec réalisme la
difficile condition des chrétiens dans le monde, et précise le but de l'oeuvre du Christ: par sa mort, il a rendu possible ce qu'aucun sacrifice ne pouvait accomplir. Les auditeurs sont invités alors à prendre place dans la grande foule des témoins de Jésus-Christ, l'auteur du "salut éternel" pour "tous ceux qui lui obéissent".
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• Hé 9,11-15
Avec beaucoup de finesse,
l’auteur de la Lettre aux Hébreux (voir l'introduction ci-dessus) montre les rapports entre la foi chrétienne
et la tradition biblique antérieure relative au culte : rites et
sacrifices, sacerdoce, sanctuaire de Dieu au milieu de son peuple.
L’épistolier (ou le prédicateur ?) fait ici référence à
un rite de la grande fête juive du Yom – Kippour, Jour du Grand Pardon, telle
que pratiquée avant la destruction du Temple. Ce jour-là, et celui-là
exclusivement, le grand-prêtre pénétrait dans le « saint des saints »,
lieu de la présence de Dieu dans le Temple, une première fois avec du sang de taureau
pour ses propres fautes, puis, une seconde fois, avec du sang de bouc, pour les
fautes du peuple.
Le mystère du Salut opéré par
le Christ s’en trouve remarquablement éclairé : « entré une fois pour
toutes dans le sanctuaire du ciel », le Christ, en s’offrant lui-même, a
obtenu pour tous les hommes la purification intérieure que préfigurait –
autrefois – l’aspersion rituelle du sang des animaux immolés (voir Ex
24,3-8 et page « Le sang dans la Bible »); il a scellé une Alliance
qui n’aura plus besoin d’être renouvelée. ___________________________________________________________________________
• Hé 9,24-28
Au "Jour des expiations",Yom Kippour, le grand prêtre entrait dans le "Saint des saints", la partie la plus sacrée du Temple (voir en cliquant ici), où il procédait à un sacrifice d'animaux; il ressortait pour faire une aspersion du peuple avec leur sang (voir "Le sang dans la Bible").
Ensuite un bouc, symboliquement chargé de tous les péchés du peuple,
était envoyé dans le désert (d'où l'expression "le bouc émissaire").
Le
Christ, lui, est entré une fois pour toutes dans le sanctuaire du ciel,
après avoir versé son propre sang pour libérer l'humanité entière de
ses fautes.
Mort comme tous les hommes, il apparaîtra "une seconde fois", "pour le salut de ceux qui l'attendent".
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• Hé 10,5-10
Par
l'obéissance de toute sa vie, le Verbe fait chair est offrande parfaite
au Père. "Par lui, avec lui et en lui", le peuple saint présente à
Dieu, "partout dans le monde, une offrande pure".
Remarques :
Versets 5-7.
θυσίαν καὶ προσφορὰν οὐκ ἠθέλησας, σῶμα δὲ κατηρτίσω μοι· ὁλοκαυτώματα καὶ περὶ ἁμαρτίας οὐκ εὐδόκησας·
τότε εἶπον· ἰδοὺ ἥκω, ἐν κεφαλίδι βιβλίου γέγραπται περὶ ἐμοῦ, τοῦ ποιῆσαι, ὁ Θεός, τὸ θέλημά σου.
Tu n'as voulu ni sacrifice ni offrande, Mais tu m'as formé un corps;
Tu n'as agréé ni holocaustes ni sacrifices pour le péché.
Alors j'ai dit: Voici, je viens (Dans le rouleau du livre il est question de moi) Pour faire, ô Dieu, ta volonté: L'auteur de l'épître met dans la bouche du Christ le Ps 40,7-9:
זבח ומנחה לא־חפצת אזנים כרית לי עולה וחטאה לא שׁאלת׃
אז אמרתי הנה־באתי במגלת־ספר כתוב עלי׃
לעשׂות־רצונך אלהי חפצתי ותורתך בתוך מעי׃
LXX
(en bleu ce qui a été textuellement repris par l'auteur de l'épître,
qui connaissait de toute évidence pratiquement par cœur cette
traduction du psaume):
θυσίαν καὶ προσφορὰν οὐκ ἠθέλησας, ὠτία δὲ κατηρτίσω μοι· ὁλοκαύτωμα καὶ περὶ ἁμαρτίας οὐκ ᾔτησας.
τότε εἶπον Ἰδοὺ ἥκω, ἐν κεφαλίδι βιβλίου γέγραπται περὶ ἐμοῦ·
τοῦ ποιῆσαι τὸ θέλημά σου, ὁ θεός μου, ἐβουλήθην καὶ τὸν νόμον σου ἐν μέσῳ τῆς κοιλίας μου.
Ce sont les paroles du juste serviteur de Dieu
qui se réjouit du salut divin, et qui sait que c'est la consécration
pleine et entière d'une vie - plutôt que des sacrifices d'animaux - que
Dieu agrée.
Verset 6.
ὁλοκαυτώματα - holocaustes (le substantif, au singulier dans le texte des LXX: ὁλοκαύτωμα,vient de ὅλος - tout entier, et de καίω brûler):
l'holocauste est un sacrifice au cours duquel la victime est
entièrement consumée sur l'autel; dans les "sacrifices de communion" au
contraire, une partie de la chair de la victime était brûlée, et le
reste consommé par les prêtres et les fidèles dans un repas sacré. Le
Lévitique décrit longuement les différents rituels de sacrifices.
Verset 7.
ἐν κεφαλίδι βιβλίου ͂ - dans le rouleau du livre:
- Textuellement, le substantif κεφαλίς désigne chacune des "poignées" qui sont à l'extrémité (de κεφαλήképhalè, la tête => "céphalée", "encéphalite", "ECG: électroencéphlogramme", etc.) du bâton sur lequel le rouleau (ici du Sefer Tora') est enroulé; par extension, le mot a fini par désigner le "rouleau" lui-même.- Ici l'expression désigne vraisemblablement le Premier Testament dans son ensemble, dont Jésus est l'accomplissement.
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• Hé 10,11-14;18
Une
nouvelle expression de la supériorité absolue du sacerdoce de Jésus
Christ: tandis que les prêtres "debout" devant Dieu doivent offrir sans
cesse les mêmes sacrifices, il est, lui, "assis pour toujours à la
droite de Dieu" parce qu'il a accompli - une fois pour toutes - le sacrifice dont il ne lui reste qu'à distribuer les fruits.
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2. L'Epître de saint Jacques
1. Canonicité.
L'épître de Jacques ne fut reçue que progressivement dans l'Eglise.
Si sa canonicité ne semble pas avoir posé de problème en Egypte, où Origène la cite comme Ecriture inspirée, Eusèbe de Césarée, au début du IVème siècle, reconnaît qu'elle est encore contestée par certains. Dans les Eglises de langue syriaque, elle est introduite dans le Canon du Nouveau Testament au cours du IVème siècle.
En Afrique, elle est inconnue de Tertullien et de Cyprien; le catalogue de Mommsen (vers 360) ne la contient pas encore.
A
Rome, elle ne figure pas dans le Canon de Muratori, attribué à saint
Hippolyte (vers 200); si l'on a un temps pensé que cette épître avait
été citée par saint Clément de Rome et par l'auteur du Pasteur d'Hermas,
on reconnaît de plus en plus aujourd'hui que ces affinités s'expliquent
par l'utilisation de sources communes, et par le fait que les auteurs
devaient affronter des difficultés analogues (cf. infra).
Elle ne s'imposera dans l'ensemble des Eglises d'Orient et d'Occident que vers la fin du IVème siècle.
2. L'auteur.
Quand les Eglises acceptent la canonicité de cette épître, elles identifient communément son auteur avec Jacques "le Mineur", "frère du Seigneur", au rôle marquant dans la première communauté de Jérusalem dont il fut l'une des "colonnes", martyrisé en 62. Il est distinct de Jacques, fils de Zébédée,
qu'Hérode Agrippa Ier fit décapiter en 44. Il était le frère de Jean,
l'un des Douze, et l'un des quatre premiers appelés (avec son frère,
ainsi que Simon-Pierre et André).
Mt 10,2sqq parle aussi de Jacques, fils d'Alphée.
L'un
de ces "Jacques" est-il l'auteur de cette épître? Ou encore une autre
personne portant ce nom? ou se réclamant de celui-ci?
Si son auteur
avait réellement été "le frère du Seigneur", considéré comme le premier
évêque de Jérusalem, proche du Christ, personnage de tout premier plan,
on comprend mal la difficulté que cette épître a eue pour s'imposer
comme canonique.
D'autre
part, elle a été rédigée directement en grec - avec toutes les qualités
de la rhétorique hellénistique: élégance, richesse de vocabulaire,
phrases très construites. Difficile d'imaginer ce style sous le calame
d'un Galiléen... sinon avec l'aide d'un disciple hellénisant - mais
rien ne permet d'étayer cette conjecture.
Enfin
et surtout, comme on l'a vu plus haut, cette épître présente de
nombreuses analogies avec des textes de la fin du Ier ou du début du
IIème siècles - en particulier la première lettre de Clément de Rome et
Le Pasteur d'Hermas.
En conséquence, de nombreux exégètes placent la composition de cette épître vers la fin du Ier siècle, voire le début du IIème.
Le
caractère archaïque de sa christologie s'expliquerait alors - non par
l'antiquité de sa rédaction - parce qu'elle émanerait de milieux
judéo-chrétiens héritiers de la pensée de Jacques, frère de Jésus qui,
repliés sur eux-mêmes (en particulier à cause des persécutions),
seraient restés fermés aux développements de la théologie chrétienne
primitive.
3. Le contenu.
L'épître de Jacques contient une série de directives pratiques adressées "ταις δωδεκα φυλαις ταις εν τη διασπορα- aux Douze tribus de la Diaspora" (1,1), c'est-à-dire très vraisemblablement à tous les chrétiens d'origine juive dispersés dans le monde hellénistico-romain.
Dans
un langage vivant et énergique, aux images frappantes, l'auteur leur
écrit pour dénoncer la façon dont ils se comportent tant dans leurs
relations mutuelles que vis-à-vis des non-chrétiens.
Jacques évoque d'abord la sagesse: elle vient de Dieu, et doit lui être demandée avec une foi entière (1,2-8).
Après quoi les instructions concernent successivement
- la pauvreté et la richesse;
- les épreuves et les tentations;
- la vraie religion, qui doit se traduire par les actes (1,9-27).
L'auteur s'en prend ensuite vigoureusement à toute discrimination dans la communauté (2,1-13).
Puis il aborde ce qu'on peut considérer comme le thème fondamental de sa lettre: la relation entre la foi et les actes (2,14-26).
Dans un passage plein de comparaisons expressives, il dénonce ensuite les maux commis par la langue (3,1-12), et revient au thème de la véritable sagesse (3,13-18).
Il réprimande sévèrement les gens
- qui causent des disputes,
- qui sont amis du monde,
- qui s'arrogent le droit de juger leurs frères;
et il attaque les riches qui exploitent leurs employés (4,1 - 5,6).
Pour terminer, il recommande la patience, la prière persévérante, et l'entraide spirituelle (5,7-20).
L'exigence posée par cette sorte de lettre circulaire est donc claire: il ne suffit pas de croire théoriquement à la Bonne Nouvelle de Jésus; il faut que la foi s'exprime dans les comportements car "η πιστις χωρις εργων νεκρα εστιν - la foi sans les actes est morte" (2,26).
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• Jc 2,1-5
La
manière dont se tiennent les réunions d'un groupe, la place reconnue
aux uns et aux autres, révèlent en particulier le type de relations qui
règnent entre les membres, leurs éventuelles inégalités ou - au
contraire - le respect et la considération dont chacun est l'objet.
Il
en va de même dans l'assemblée liturgique, image la plus visible de
l'Eglise, où les différences de condition sociale ne doivent pas entrer
en ligne de compte.
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• Jc 2,14-18.
La question du rapport entre la foi et les œuvres s'est posée très tôt.
La
lettre de Jacques ne la résout pas: elle répond simplement à ceux qui
estiment que la foi sans les œuvres suffit pour être sauvé.
Paul quant à lui conteste ceux qui - à l'inverse - pensent devoir le salut à leurs seules bonnes actions (Rm 1,16 - 8,39)
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• Jc 3,16-4,3.
Comme la foi, la "sagesse qui vient de Dieu"
- se traduit en actes.
- Droiture, paix, tolérance, justice, miséricorde en sont les fruits.
- Elle s'oppose à la convoitise, source de tous les maux.
- La prière qu'elle inspire est exaucée, parce qu'elle demande les vrais biens.
"Vous ne pouvez servir Dieu et l'argent" dit
Jésus (Mt 6,24). Ils sont donc à plaindre, ceux qui ont des richesses,
car, s'ils n'y prennent garde, cette possession risque de les
"posséder" et de mettre en péril leur appartenance au Seigneur et leur
avenir éternel.
Jésus n’a cessé de le dire, c’est du cœur que proviennent les
pensées et les intentions qui inspirent et qualifient les actes. Mais il faut compter
aussi avec le corps, maîtriser ses pulsions. On doit aussi lutter contre la
séduction des idoles, dont l’une des plus dangereuses et des plus voraces est
l’argent (cf. Mt 6,24) : ceux
qui possèdent des richesses se trouvent spécialement en danger de se perdre…
Tout cela, Jésus l’a enseigné non seulement en paroles, mais en actes :
accueillant à tous, il s’est fait pauvre jusqu’à se dépouiller de sa divinité (cf. Ph 2,6) pour nous enrichir de sa
pauvreté…
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3. Les Epîtres de saint Pierre
• 1P
1,8-12a
L’Evangile proclame l’accomplissement
des promesses annoncées par les prophètes, et la venue du Sauveur dont Jean
Baptiste, le dernier d’entre eux, a préparé le chemin.
Nous n’en sommes pas
moins encore au temps de la foi et de l’espérance de ce qui doit advenir.
Cette espérance est
tellement assurée qu’elle doit déjà nous faire tressaillir d’allégresse.
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• 2P 1,16-19
"Nous avons vu le Seigneur ressuscité"- diront les Apôtres pour accréditer leur prédication.
"Nous l'avons contemplé sur la montagne de la Transfiguration, et nous avons entendu la voix venue du ciel" proclame de même Pierre; "écoutez donc ce que nous annonçons: notre message vient d'En-Haut".
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4. Les Epîtres de saint Jean
• 1Jn 2,1-5a
-
rejeter le péché ;
-
s’attacher aux assurances qui donnent la foi ;
-
aimer Dieu pour lui ressembler.
C’est le premier qui sert ici de point de départ : le péché faisant
perdre la ressemblance de Dieu (voir pages sur la Genèse, 1 et 2), il faut l’éviter
à tout prix – mais ne pas désespérer en cas de chute : Jésus, le Juste
offert pour les péchés du monde entier, est notre Défenseur auprès du Père.
A propos du mot « défenseur » :
il traduit le mot grec « παρακλητος –
celui qui est appelé auprès » ; or, à part ici, où ce mot désigne le Christ, victime expiatoire pour tous
les péchés du monde, le mot « Paraclet » désigne couramment l’Esprit-Saint, qui
- rend le Christ présent auprès de ses disciples (Jn 14,15-16);
- rend vivante la Parole du Christ (Jn 14,26);
- rend témoignage au Christ (Jn 15,26).
Ce mot, en particulier, permet d’effectivement attribuer cette épître à
saint Jean – car il est uniquement
johannique. On ne le trouve en effet, outre ici et dans les passages susmentionnés, qu’en
Jn 16,7.
Voir l’étude détaillée de 1Jn 2,3-6 en cliquant ici. ________________________________________________________________________________________
• 1Jn 3,1-3.
Seule
la foi permet de reconnaître le Fils de Dieu dans l'homme Jésus, et la
condition d'enfants de Dieu dans celle des disciples.
Le retour du Christ rendra manifeste son identité profonde et, du même coup, ce que sont "dès maintenant" les chrétiens.
Cette
certitude et cette espérance donnent aux disciples la force d'agir avec
assurance, et de marcher vers "ce qui ne paraît pas encore clairement",
en dépit de l'hostilité et des contradictions du monde.
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• 1Jn 3, 1-2;21-24
Notre
Père des cieux ne nous confère pas seulement le don merveilleux de la
vie: il nous donne part à sa propre vie. Il nous comble de son amour et
de ses grâces.
Remarques :
Verset 1
• τέκνα Θεοῦ -enfants de Dieu: voir Jn 1,12 et remarques sur ce verset à cette page. • αὐτόν -celui-ci: = Dieu
Verset 22.
• ὃ ἐὰν αἰτῶμεν - Quoi que ce soit que nous demandions: nous avons un libre accès en sa présence, notre demande s'accorde avec sa volonté et son désir (voir Jn 14,13; 15,7; 1Jn 5,15).
Verset 23.
• καθὼς ἔδωκεν ἐντολὴν ἡμῖν - selon la recommandation qu'il nous a donnée: sa volonté est exprimée par deux commandements: la foi dans le Christ, et l'amour mutuel.
Verset 24.
• ἐκ τοῦ Πνεύματος - par l'Esprit : l'Esprit suscite la foi (voir 1Jn 4,2) et l'amour (voir ci-dessus, v.23); il donne ainsi au croyant l'assurance de son appartenance à Dieu (1Jn 3,19).
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• 1Jn 3, 18-24
"Croire et aimer, voilà la Vie !"
Troisième thème de la Première lettre de saint Jean : la charité
fraternelle « non en paroles mais en actes », critère ultime de
l’appartenance à Dieu, de la communion avec lui fondée sur le don de
l’Esprit ; la fidélité aux commandements et la foi en Jésus – garanties de
la prière exaucée et de la paix du cœur.
Le mot « cœur » est très fréquemment employé dans la Bible (voir
la page consacrée à ce thème en cliquant ici). Il peut désigner ce que nous nommons
l’âme, la conscience, l’intime de nous-mêmes. Mais il est aussi question des
pensées, des projets, des sentiments, des intentions – bonnes ou mauvaises.
Dieu connaît les secrets des cœurs : « il sonde les reins et les cœurs ».
Mais Dieu ne nous espionne pas, ne nous surveille pas : il connaît les
raisons de nos actes, ne se laisse pas prendre aux apparences. Il nous connaît
mieux que nous nous connaissons nous-mêmes.
Et c’est Lui qui donne aux hommes un cœur fidèle, un cœur droit et sincère,
qui les comble de joie au plus profond d’eux-mêmes.
"Dieu plus grand que notre cœur."
Cependant, avoir « le cœur en paix » - εμπροσθεν αυτου πεισομεν
τας καρδιας ημων (littéralement : devant Lui nous assurerons nos cœurs), comme
l’écrit Jean (verset 19), ne nous empêche pas de connaître des interrogations
inquiètes sur notre valeur devant le Seigneur. La Foi de l’apôtre Jean vient nous
apaiser : « si notre cœur nous condamne, Dieu est plus grand que
notre cœur » - εαν καταγινωσκη ημων η καρδια […] μειζων εστιν ο θεος της
καρδιας ημων (verset 20) : une des phrases les plus merveilleuses du Nouveau
Testament !
L’interprétation catholique de ce verset diverge nettement de celle qu’en
donna Calvin : Dieu mieux que nous encore connaît nos péchés ;
craignons donc la sévérité de son jugement…
Non, pour nous, Dieu est plus
indulgent que notre propre conscience ; Il est plus grand que notre cœur par
sa miséricorde : car Dieu est Amour, Dieu
n’est qu’Amour !
Il nous reste (verset 23) à avoir foi en Jésus (notre accompagnateur, notre consolateur): πιστευσωμεν τω ονοματι
του υιου αυτου ιησου χριστου « croyons au nom de son Fils Jésus Christ »
– et à nous aimer les uns les autres (la paix est inconciliable avec la jalousie, les rancœurs, les injures...):
αγαπωμεν αλληλους « aimons-nous les uns les autres »… à nous aimer εν
εργω και αληθεια « en action et en vérité » (verset 18)!
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• 1Jn 4,7-10.
En raison de son origine divine, l’amour fraternel dont il est ici question est
le critère ultime de la connaissance intime de Dieu.
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• 1Jn 4,11-16
Connaître le Dieu
invisible, c’est croire en son amour infini, manifesté par l’envoi de son Fils comme Sauveur du monde.
La charité
fraternelle est à la fois le signe et le gage de l’union à Dieu, de
la communion avec l’Esprit qui unit le Père et le Fils.
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• 1Jn 5, 1-6
Ce passage rappelle les conséquences et les exigences de la foi au Christ.
Une brève, mais riche variation en forme de contrepoint
autour de quelques thèmes particulièrement chers à saint Jean : foi, amour
de Dieu, filiation divine des croyants ; obéissance aux commandements ;
victoire du Christ et des croyants sur l’esprit du monde ; don et
témoignage de l’Esprit Saint.
Il faut lire et relire chaque affirmation et, au fur et à
mesure qu’elle résonne, revenir aux précédentes – en évitant par-dessus tout de
chercher à les schématiser : ce serait gravement réducteur !
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