Au service de l'Ecriture - Yvette Mailliet le Penven
Textes tirés du Nouveau Testament:
les Épîtres






1. Les Épîtres de saint Paul






Paul est né à Tarse entre 5 et 10 de l’ère chrétienne (Ac 22,3; et aussi 9,11.30;11,25; 21,39). Capitale historique de la Cilicie, la cité avait joui d’un statut privilégié à l’époque hellénistique puis lorsqu’elle fut conquise par les Romains en 66/67 avant l’ère chrétienne. Une importante communauté juive lui donne sa coloration particulière lorsque Shaoul (= le « Demandé »), vient au monde dans une famille juive pratiquante. Il est normalement circoncis à l’âge de huit jours et apprend à lire dans la Tora': pour lui la parole deYHWH est un livre qui vit chaque jour en lui et autour de lui au rythme des shabbats, des fêtes bibliques et des rites synagogaux. Son père tient à faire de lui un docteur de la Loi et l’envoie à Jérusalem étudier aux pieds de Rabban Gamali‘él l’Ancien. Paul, chaque ligne de ses lettres l’atteste, en restera marqué durant sa vie entière. Et toute son existence, même après avoir quitté la secte des pharisiens pour adhérer à "Iéshoua‘ bèn Iosseph - Jésus-fils-de-Joseph", il continuera à pratiquer, en bon pharisien, et jusqu’à sa mort, la religion de ses pères. Paul est par surcroît parfaitement hellénisé. Sa famille, probablement aisée, a dû lui donner les meilleurs maîtres de la ville et son insertion dans le monde païen est facilitée par le fait qu’il jouit du privilège d’être, comme l’était Flavius Josèphe, citoyen romain nanti des tria nomina: son nom complet pourrait avoir été Caius Julius Paulus.
    Hébreu, grec, romain: il porte en lui les ferments d’une contradiction éclatante dans sa manière d’être, de penser, de s’exprimer. Né au cœur d’un conflit de cultures et de civilisations, il est, à longueur de vie, un homme conflictuel, jusque dans sa manière de ressentir l’univers: la lumière contre les ténèbres, l’esprit contre la chair, la foi contre les œuvres. Il est ainsi un polémiste né, qu’il se batte dans le camp des pharisiens ou, après sa conversion, qu’il porte la parole du Messie jusqu’au bout du monde. Son conflit personnel trouve alors sa solution dans la foi absolue en Iéshoua‘ le Messie, ce Jésus-Christ qu’il annonce aux nations: en lui, il n’est plus Juif ni Grec, homme ni femme, homme libre ni esclave, riche ni pauvre. Tout est un en un, par le miracle de l’amour crucifié et ressuscité dont Jésus constitue la parfaite incarnation.
    Ainsi libéré, Paul, ébloui, entreprend de convertir le monde à la foi nouvelle. Il importe d’autant plus d’élucider ce point qu’il est le plus souvent estompé par l’exégèse traditionnelle.

    En effet, Shaoul de Tarse a, plus que tous, souffert des confusions nées après le tragique renversement des situations, issu du désastre de 70 (voir page sur le Temple et Ticha BeAv). Sa pensée prend une signification diamétralement différente selon qu’elle est ou non interprétée par rapport aux réalités politiques et spirituelles qui précédèrent la destruction du Temple et du peuple d’Israël. Mais, bien que Paul ait probablement été décapité à Rome, par les Romains, vers l’an 66, sa pensée, à cause peut-être du rôle déterminant qu’elle a joué dans la formation de l’Église, est constamment interprétée comme si elle avait été formulée après le désastre de 70.
Cela est vrai pour la plupart des exégètes chrétiens, insuffisamment attentifs aux réalités internes du monde juif comme à la révolution provoquée en Israël par le traumatisme de son écrasement par Rome.
Cela est également vrai pour les adversaires juifs de l’apôtre des Gentils, sans doute peu soucieux de s’informer de la chronologie paulinienne et qui voient en Paul l’ennemi d’Israël, l’auteur du schisme judéo-chrétien, le principal responsable des malheurs que ce schisme ­ et les mesures antijuives qu’il a inspirées ultérieurement à l’Église ­ a valus aux Juifs qui avaient échappé au génocide perpétré par l’Empire romain.
Une rigoureuse analyse des faits, compte tenu de leur contexte historique, aboutirait de part et d’autre à une plus juste appréciation de la vie et de l’œuvre d’un des plus puissants génies juifs de l’histoire.
    À la différence d’une importante fraction du judaïsme hellénisé, Paul n’a jamais rompu avec ses racines hébraïques et rabbiniques, et il resta inébranlablement fidèle jusqu’à la mort à YHWH et au peuple d’Israël: comme ce fut le cas pour Jésus, il fut condamné à mort par les Romains en tant que juif rebelle.
Malgré l’antilégalisme qu’on lui prête systématiquement sans trop se soucier de la signification réelle de ses analyses sur la foi et la loi, Paul est resté toute sa vie un Juif fervent et pratiquant. Il trouvait dans les communautés juives de la diaspora un accueil généralement ouvert. La chronologie de ses voyages est fixée en fonction des fêtes juives. Les résistances que les pharisiens, quand ils le peuvent, opposent à son action étaient normales dans l’affrontement général des sectes de son temps; ils s’opposaient avec autant d’énergie aux enseignements des sadducéens, des esséniens ou à la propagande des zélotes. De nos jours encore un rabbin, de quelque obédience qu’il soit, orthodoxe, conservateur ou libéral, n’est jamais accueilli sans réserve ni sans risques dans la synagogue d’une tendance qui n’est pas la sienne!
    Quel que soit l’antilégalisme de Paul, celui-ci devait paraître moins grave aux yeux des maîtres du pharisaïsme que l’allégorisme systématique de Philon, par exemple. Paul, de toute manière, n’a jamais rompu et n’a jamais demandé aux Juifs de rompre avec la pratique des mistvot, ou commandements de la Tora'. Il souhaitait par-dessus tout que cette pratique ne s’exerce jamais sans l’adhésion de la foi et de l’amour (Rm 13,8-10). Même au regard des rabbis les plus intransigeants, la pratique des mistvot n’était obligatoire que pour les Hébreux, et non pour les païens.
    Paul est passionnément en quête d’une solution qui permette la réconciliation des Hébreux et des nations, sans fermer devant ces dernières, par trop d’exigences, les portes du Royaume. Lui-même circoncit Timothée, le fils d’une juive et d’un gentil, fidèle en cela à la stricte définition de la loi des pharisiens. Au retour d’une de ses missions dans la diaspora, il entend prouver ostensiblement qu’il se conduit en observateur fidèle des mistvot et, publiquement, il célèbre au Temple de Jérusalem les rites traditionnels de la purification.
    Paul est plus profondément juif lorsqu’il fait de l’histoire, et plus particulièrement de l’histoire de son peuple, le fondement de sa pensée théologique: les chapitres 9 à 11 de la lettre aux Romains constituent l’une des apologies les plus éloquentes d’Israël. Le rejet dont il parle n’est pas encore une notion théologique retirée des réalités de la vie, ou plaquée sur elles, comme conséquence du mythe obsessionnel du déicide, ce qu’il deviendra dès les IIème et IIIème siècles, et plus lourdement encore au IVème siècle après la conversion de Constantin. Le rejet d’Israël est alors, davantage qu’un slogan antisémite, la lourde, la cruelle réalité politique dans laquelle les Juifs se débattent sous le joug de Rome. Paul finira par mourir lui aussi, victime des Romains impérialistes et païens, en tant que Juif, en tant que fils d’Israël et qui servait un autre roi que César, Jésus, un autre Dieu que les dieux de Rome, YHWH.
    Pendant des siècles l’Empire romain, après avoir écrasé Israël et rasé Jérusalem, allait persécuter les chrétiens avec la même férocité. Et l’on se prend à rêver d’un dialogue entre César et le Christ ou Paul, comparable à celui de Moïse avec Pharaon dans l’Exode...

    Treize lettres constituent l’édifice théologique dont l’imagerie ne cesse d’interpeller, au-delà de leurs destinataires, l’humanité entière, posant devant elle les problèmes les plus décisifs, ceux de la vie et de la mort et, au-delà de la mort, d’une résurrection qui permette ­ et déjà sur terre ­ la contemplation du royaume de Dieu.
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   L'épître ou lettre est un document écrit employé en tant que moyen de communication entre des personnes séparées par la distance.
    On trouve occasionnellement des lettres dans la Bible hébraïque (2 S 11, 14-15; 1 R 21,8-10).
      Les treize lettres pauliniennes, la lettre aux Hébreux (et les sept épîtres de Jacques, Pierre, Jean et Jude pour les catholiques), constituent, avec les Évangiles, les Actes des Apôtres et l’Apocalypse, le Nouveau Testament.
   Voici deux mille ans, chez les Grecs, chez les Romains comme chez les Hébreux, la lettre est écrite non plus sur des tablettes d’argile, mais sur des feuilles de papyrus ou sur des morceaux de parchemin, pliés ou roulés (voir ci-dessous). Elles sont scellées avant d’être envoyées par courrier privé à leur destinataire. Le service postal officiel dans l’Empire romain (cursus publicus) était en effet réservé aux besoins de l’administration et ne se chargeait pas du courrier des particuliers.
   
     Les lettres de Paul, comme les autres écrits du Nouveau Testament, ne peuvent être datées que bien approximativement. Voici, en fonction des critères internes ou externes qui ont pu être réunis en la matière, les dates auxquelles les différentes lettres ont pu être écrites, ainsi que le lieu vraisemblable de leur rédaction:
1ère et 2ème aux Thessaloniciens - à ­ Corinthe: ­ 50/51
Philippiens - à ­ Éphèse: ­ 55/57
Galates - à ­ Éphèse: ­ 55/57
1ère aux Corinthiens - à ­ Éphèse(?): ­ 55/57
2ème aux Corinthiens - en­ Macédoine: ­ 55/57
Romains - à ­ Corinthe: ­ 57/58
Colossiens - à ­ Rome (?): ­ 61/63
Éphésiens - à ­ Rome (?): ­ 61/63
Philémon - à ­ Rome (?): ­ 61/63
1ère à Timothée - en ­ Macédoine (?): ­ 63/65
Tite - en­ Macédoine (?): ­ 63/65
2ème à Timothée - à ­ Rome (?): ­ 64/66
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Paul et ses scribes
       À la toute fin de la lettre aux Romains, au milieu des dernières salutations que Paul offre à différents membres de la communauté chrétienne de Rome, surgit une phrase plutôt curieuse : « Moi aussi, Tertius, qui ai écrit cette lettre, je vous salue. » (Rm 16,22).
     Qui est ce Tertius? N’est-ce donc pas Paul qui a écrit cette lettre? Eh bien non : Paul n’écrivait pas ses lettres lui-même.
     Pourquoi? On a la réponse à la fin de la lettre aux Galates où on peut lire une autre notice insolite, cette fois rédigée de la propre main de Paul : « Voyez quels gros caractères ma main trace à votre intention » (Ga 6,11). En d’autres mots : Paul écrivait mal. Lui-même estimait que sa calligraphie était si grossière qu’il préférait faire écrire ses épîtres par quelqu’un d’autre.
     Il faut se rappeler que dans l’Antiquité, seule une minorité de la population savait écrire. Dans le monde juif, on valorisait la lecture des Écritures saintes, l’apprentissage de la lecture était donc sans doute assez répandu. Mais savoir écrire était réservé àune classe d’érudits qu’on appelle les scribes, ou secrétaires. Ils étaient les spécialistes de l’écriture.
     Pour écrire ses lettres, Paul faisait donc appel à des scribes. On connaît le nom d’au moins deux d'entre eux: Tertius, pour la lettre aux Romains, et Sosthène, mentionné au tout début de la première lettre aux Corinthiens (1Co 1,1).
     Comment procédaient-ils? Paul dictait le contenu de la lettre qu’il voulait faire rédiger, et le scribe prenait des notes, sur une tablette de cire par exemple. Ensuite le scribe s’installait avec tout son matériel d’écriture (calame, encre, et papyrus ou parchemin), et écrivait la lettre de Paul . À la fin de la lettre, Paul pouvait ajouter de sa propre main un petit mot qui avait la valeur d’une signature, une façon de dire : ce n’est pas moi qui ai écrit la lettre, mais j’en approuve le contenu.
     On peut lire une notice de la sorte à la fin de la deuxième lettre aux Thessaloniciens : « Ce salut est de ma main, à moi Paul. C’est le signe qui distingue toutes mes lettres. Voici mon écriture. » (2Th 3,17). Dans ce cas-ci, pourtant, ce n’est probablement pas Paul qui a rédigé cette notice, mais  plus vraisemblablement un de ses disciples. Cette notice aurait été ajoutée à la lettre afin de lui donner de la crédibilité.
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    L'épître aux Romains

    Rome, capitale de l’Empire, avait une importante communauté juive au sein de laquelle se forma progressivement, enrichie par l’arrivée d’immigrants appartenant à la religion nouvelle, une communauté chrétienne, constituée par des Hébreux et par des païens convertis. Paul écrit sa lettre aux uns et aux autres, fidèle à sa pensée selon laquelle le Messie Jésus a effacé les frontières qui séparent les hommes et les peuples.
    Rome était le point de mire vers lequel se tournaient les regards de tous les hommes concernés par les problèmes politiques et religieux de leur siècle. Paul souhaitait depuis longtemps s’arracher à l’Asie pour, dépassant les frontières de l’Achaïe, se rendre en Occident et jusqu’en Espagne, espérait-il. C’est ainsi que, se trouvant à Corinthe, vers l’an 58, il écrit cette lettre pour préparer les Romains à sa visite.
    Voici ses thèmes:
I.  Salutations préliminaires (1,1-15);
II.  L’annonce du salut, thème fondamental de la lettre (1,16-8,39); la justification par la foi, qui est une adhésion à Dieu et à son Messie:
  a)  hors de cette adhésion, les Hébreux comme les païens subissent la colère de Dieu (1,18-3,20);
  b)  l’adhésion à Dieu, source de salut d’Adâm à Jésus, le Roi-Messie; l’adhésion d’Abrahâm (chap. 4); l’humanité, d’Adâm à Jésus (chap. 5); le baptême (le miqvé des Juifs)  fait participer à la mort et à la résurrection de Jésus (chap. 7); le pouvoir libérateur du Souffle sacré, l'Esprit saint (chap. 8).
III.  Le mystère des Juifs et des Gentils dans l’économie du salut universel (chap. 9 à 11):
  a)  Paul, fils d’Israël (9, 1-5);
  b)  le sens de l’élection et la volonté de YHWH (9,6-24);
  c)  la promesse divine concerne l’humanité entière (9,25-29);
  d)  la déchéance politique et spirituelle d’Israël résulte de la primauté donnée à la loi sur la foi (9,30-10,21);
  e)  cette déchéance n’est ni totale ni définitive: un reste, comprenant Paul lui-même, reviendra (11, 1-10);
  f)  la déchéance d’Israël a ouvert aux Gentils les portes du salut (11,11-16);
  g)  l’arbre et ses racines (11, 17-24);
  h)  la réconciliation d’Israël et des nations, condition du salut universel (11,25-36).
IV.  La dernière partie de la lettre, de portée éthique, traite de la tora' d’amour (12,1-15,13):
  a)  la consécration de soi à Dieu et aux autres (12,1-13);
  b)  l’amour des ennemis (12,14-21);
  c)  l’obéissance aux pouvoirs établis (13,1-7);
  d)  l’amour est la sommation de tous les ordres de Dieu (13,8-10);
  e)  l’approche du salut (13,11-14);
  f)  le droit d’être différent (14,1-15,13).
V.  Remarques conclusives (15,14-16,27).
    Ajoutons ici que certains commentateurs ont cru voir dans le chapitre 16 une lettre adressée à la communauté d’Éphèse: ce chapitre aurait été annexé à un exemplaire de la lettre aux Romains, recopié à l’intention des Éphésiens.

    La pensée paulinienne est si riche, si dense dans son expression qu’on ne saurait la résumer sans la trahir. La lettre aux Romains a joué un rôle décisif dans le développement de la dogmatique chrétienne. Augustin en fait son arme principale dans sa polémique antipélagienne; Luther et Calvin s’appuient sur elle pour attaquer en ses assises une certaine théologie chrétienne. De nos jours, le commentaire qu’en a donné Karl Barth a ouvert de nouvelles perspectives à la pensée chrétienne. Neuves demeurent les analyses que Paul propose sur les rapports de la mistva et de l’adhésion à YHWH, ainsi que sa vision du procès d’un salut universel ayant pour nœud la nécessaire réconciliation d’Israël et des nations.
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• Rm 5,1-5.

Le salut est un don de Dieu obtenu non par les œuvres, mais par la foi au Christ et grâce à la présence  de l'Esprit en nous.
L'intervention des Personnes divines dans l'économie du salut se trouve ici énoncée de manière explicite: tout bien vient du Père, par le Fils, dans l'Esprit - gage de l'amour de Dieu dans le cœur des croyants.

Sur ce texte:
Sur Saint Paul, les épîtres, et l'épître aux Romains, voir àcette page.
Plan de l'épître:
1.Partie doctrinale:
1.1.Adresse; introduction; l'Évangile, les Juifs et les Goïm: 1,1-17.
1.2.Les Juifs et les Goïm, coupables devant Dieu: 1,18 - 3,20.
1.3.Le salut par la foi en Jésus Christ, pour les Juifs et les Goïm: 3,21 - 4,25.
1.4.La vie nouvelle dans le Christ, sans la Loi mais par l'Esprit: 5,1 - 8,38.
1.5.Le projet divin pour les Juifs et les Goïm: 9,1 - 11,39.
2. Partie parénétique:
2.1.Vivre l'unité dans l'amour: 12,1 - 15,13.
2.2.Projets; salutations: 15,14 - 16,27.
Sur Rm 5,1-11:
Après avoir montré, au moyen de deux vérités fondamentales, ce qui unit les croyants de toute origine (leur état commun de pécheurs, et leur unique et commun moyen de salut), Paul débute ici une nouvelle étape de sa réflexion qui s'étendra jusqu'en 8,39: les croyants d'origine juive et non-juive (voir cette page) sont unis dans une vie commune par l'Esprit et par une même espérance. En effet, étant en règle aux yeux de Dieu par la foi, les croyants ont la Paix avec Dieu par le Christ: ils ne sont plus sous la colère divine et peuvent se réjouir de l'espérance de la gloire de Dieu - dont la certitude est nourrie par l'Amour divin que l'Esprit Saint met en eux. La démonstration de la réalité de cet amour a été la mort de Jésus pour les hommes, alors qu'ils étaient encore pécheurs. Désormais justifiés, les croyants seront sauvés de la colère divine.

Verset 1.
Δικαιωθέντες οὖν ἐκ πίστεως εἰρήνην ἔχομεν πρὸς τὸν Θεὸν διὰ τοῦ Κυρίου ἡμῶν ᾿Ιησοῦ Χριστοῦ, 
Étant donc justifiés par la foi, nous avons la paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus Christ,
οὖν - donc: Paul entame ici une nouvelle étape de sa démonstration (voir ci-dessus). 
Les chap. 5-8 constituent une unité comme le montre - entre autres - l'introduction dans les vv. suivants des thèmes de l'espérance, de la souffrance, de la gloire, de la vie et de l'Esprit, thèmes que développeront ces chapitres.
On remarquera, également, dans ces chap. l'abandon quasi-total des mots "foi" et "croire" (33 occurrences dans les chap. 1-4; 3 occurrences dans les chap.5-8).
On notera encore une reprise (en 8,18-39) des données de 5,1-11.
Δικαιωθέντες - Étant justifiés: Voir 1,17.
εἰρήνην - la paix: Il ne s'agit pas du sentiment de paix, mais d'une situation objective devant Dieu. Les croyants ne sont plus sous la colère de Dieu (vv.9-10).
ἔχομεν - nous avons: Certains manuscrits donnent "εἰρήνην ἔχωμεν - ayons la paix"
(Codex Sinaiticus par ex.)->

Verset 2.
δι᾿ οὗ καὶ τὴν προσαγωγὴν ἐσχήκαμεν τῇ πίστει εἰς τὴν χάριν ταύτην ἐν ᾗ ἑστήκαμεν, καὶ καυχώμεθα ἐπ᾿ ἐλπίδι τῆς δόξης τοῦ Θεοῦ.
à qui nous devons d'avoir eu par la foi accès à cette grâce, dans laquelle nous demeurons fermes, et nous nous glorifions dans l'espérance de la gloire de Dieu.
τῇ πίστει - par la foi: Cette expression est absente de certains manuscrits, comme l'indiquent Wescott-Hort/Nestlé-Aland; elle est présente dans Codex Sinaiticus.
τῆς δόξης τοῦ Θεου - de la gloire de Dieu: On retrouve ici le thème de la gloire, déjà abordé au chap.1, et qui sera repris en 8,28-39.

Versets 3-4.
οὐ μόνον δέ, ἀλλὰ καὶ καυχώμεθα ἐν ταῖς θλίψεσιν, εἰδότες ὅτι ἡ θλῖψις ὑπομονὴν κατεργάζεται,
Bien plus, nous nous glorifions même des afflictions, sachant que l'affliction produit la persévérance,
ἡ δὲ ὑπομονὴ δοκιμήν, ἡ δὲ δοκιμὴ ἐλπίδα,
la persévérance [produit] la victoire dans l'épreuve, et cette victoire [produit] l'espérance.
καυχώμεθα ἐν ταῖς θλίψεσιν - nous nous glorifions des afflictions: Non parce que la souffrance serait bonne en soi, mais à cause des fruits que le croyant peut en tirer (voir 1P 1,6-7; Jc1,2-4): la persévérance, le dépassement des difficultés, et l'espérance.

Verset 5.
ἡ δὲ ἐλπὶς οὐ καταισχύνει, ὅτι ἡ ἀγάπη τοῦ Θεοῦ ἐκκέχυται ἐν ταῖς καρδίαις ἡμῶν διὰ Πνεύματος ῾Αγίου τοῦ δοθέντος ἡμῖν.
Or l'espérance ne trompe point, parce que l'amour de Dieu est répandu dans nos cœurs par le Saint Esprit qui nous a été donné.
διὰ Πνεύματος ῾Αγίου - par le Saint Esprit: Première mention de l'œuvre de l'Esprit et de l'amour de Dieu dans Rm.
τοῦ δοθέντος ἡμῖν - qui nous a été donné: l'espérance du chrétien se fonde sur l'amour de Dieu, démontré objectivement par la mort du Christ (v.6sqq, voir aussi 8,35;39).
Dans l'expression "ἡ ἀγάπη τοῦ Θεοῦ - l'amour de Dieu", il s'agit donc bien, comme le montrent les vv.6-8, de l'amour de Dieu pour nous (valeur subjective du génitif "τοῦ Θεοῦ": "l'amour que Dieu éprouve": "Dieu" est le sujet, celui qui pose l'acte d'amour) - et non, comme le comprennent certains, de notre amour pour Dieu (valeur objective du génitif: "l'amour que nous éprouvons pour Dieu": "Dieu" serait alors objet d'amour).
L'Esprit est donné à tous les croyants comme conséquence de leur justification; c'est par lui que l'amour de Dieu est répandu en eux.
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• Rm 8,8-17.

Morts au péché, "héritiers" avec le Christ, promis à une résurrection semblable à la sienne: telle est la condition nouvelle des croyants, qu'atteste l'Esprit. C'est lui qui murmure en nos cœurs les mots de la prière reçue du Seigneur. Il vient au secours de notre faiblesse, pour que nous puissions surmonter les tentations de la "chair". Il nous donne de vivre dans la liberté des enfants de Dieu.

Le contexte:
Sur Paul, les épîtres et l'Épître aux Romains, voir ci-dessus.
Sur Rm 8,1-17:
Il n'y a, pour ceux qui appartiennent à Jésus Christ, plus de condamnation - car ce que la Loi exige d'eux se trouve accompli grâce au sacrifice de Jésus et à l'action de l'Esprit en eux. Le croyant n'est donc plus dans le camp de l'homme livré à lui-même, incapable de mettre la Loi en pratique, et voué à la mort: il vit par l'Esprit, il est conduit par l'Esprit, c'est de l'Esprit que vient son espérance et son assurance; c'est à lui qu'il se doit, car il est fils de Dieu, héritier du Père et cohéritier du Fils, même s'il lui faut, pour un temps, passer par la souffrance.

Traduction et notes:

Verset 8.
οἱ δὲ ἐν σαρκὶ ὄντες Θεῷ ἀρέσαι οὐ δύνανται.
Or ceux qui vivent selon la chair ne sauraient plaire à Dieu.
οἱ δὲ ἐν σαρκὶ ὄντες - Or ceux qui vivent selon la chair: Voir Ga 5,3. La "chair" et l' esprit" ne sont pas deux natures qui s'opposeraient entre elles dans le croyant, mais deux principes auxquels les hommes peuvent ou non se soumettre (v.12).

Verset 9.
ὑμεῖς δὲ οὐκ ἐστὲ ἐν σαρκὶ, ἀλλ ἐν πνεύματι, εἴπερ Πνεῦμα Θεοῦ οἰκεῖ ἐν ὑμῖν. εἰ δέ τις Πνεῦμα Χριστοῦ οὐκ ἔχει, οὗτος οὐκ ἔστιν αὐτοῦ.
Pour vous, vous ne vivez pas selon la chair, mais selon l'esprit, si du moins l'Esprit de Dieu habite en vous. Si quelqu'un n'a pas l'Esprit du Christ, il ne lui appartient pas.
εἰ δέ τις Πνεῦμα Χριστοῦ οὐκ ἔχει...  - Si quelqu'un n'a pas l'Esprit du Christ...: Toute personne n'ayant pas l'Esprit n'appartient pas au Christ; ceci implique que tout croyant a l'Esprit (v.10).
Voir aussi v.4. Paul n'oppose pas certains croyants qui ne vivraient pas dans la dépendance de l'Esprit à d'autres qui auraient une relation particulière avec ce dernier. Il oppose:
- ceux qui vivent à la manière de l'homme livré à lui-même, ceux qui n'ont pas l'Esprit (vv.4;5;9); qui tendent à la mort (v.6); qui haïssent Dieu et ne peuvent se soumettre à la Loi (v.7; voir 7,13-25);
- à ceux qui ont l'Esprit, qui vivent de l'Esprit, et non plus à la manière des hommes livrés à eux-mêmes (vv.4;5;9); ils tendent à la vie et à la paix (v.6; voir 5,1).
Tout ce passage (vv.5-17) ne consiste pas en une exhortation à vivre selon l'Esprit, mais en une description et une explication de l'œuvre de l'esprit, qui donne la vie à ceux qui étaient morts.

Verset 10.
εἰ δὲ Χριστὸς ἐν ὑμῖν, τὸ μὲν σῶμα νεκρὸν δι᾿ ἁμαρτίαν, τὸ δὲ πνεῦμα ζωὴ διὰ δικαιοσύνην.
Et si le Christ est en vous, le corps, il est vrai, est mort à cause du péché, mais l'esprit est vie à cause de la justice.
• εἰ δὲ Χριστὸς ἐν ὑμῖν - Et si le Christ est en vous: C'est par l'Esprit que le Christ demeure dans le croyant car l'Esprit est "l'Esprit du Christ" (v.9; voir Jn 14,16-18;23). Paul ne confond pas le Christ et l'Esprit, comme s'ils étaient deux manifestations interchangeables de Dieu.
διὰ δικαιοσύνην - à cause de la justice: Comme nous avons été libérés de toute condamnation grâce à Jésus Christ (v.1), l'Esprit peut, sans empêchement, devenir notre "vie": sa visée - la vie et la paix (v.6) - peut devenir effective en nous par les fruits qu'il produit (voir Ga 5,22). Mais cette tendance de l'Esprit vise plus qu'une transformations intérieure: elle se concrétisera dans notre résurrection (v.11), même si notre corps a pour l'heure encore à souffrir de la mort (voir v.23).

Verset 11.
εἰ δὲ τὸ Πνεῦμα τοῦ ἐγείραντος ᾿Ιησοῦν ἐκ νεκρῶν οἰκεῖ ἐν ὑμῖν, ὁ ἐγείρας τὸν Χριστὸν ἐκ νεκρῶν ζῳοποιήσει καὶ τὰ θνητὰ σώματα ὑμῶν διὰ τοῦ ἐνοικοῦντος αὐτοῦ Πνεύματος ἐν ὑμῖν.
Et si l'Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d'entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité le Christ d'entre les morts rendra aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous.
εἰ δὲ τὸ Πνεῦμα τοῦ ἐγείραντος ᾿Ιησοῦν - Et si l'Esprit de celui qui a ressuscité Jésus: On remarquera la formulation explicitement trinitaire:
- τὸ Πνεῦμα:l'Esprit;
- τοῦ ἐγείραντος: de celui qui a ressuscité = le Père (voir 1,4);
- Ιησοῦν: Jésus = le Fils.

Verset 12.
 ῎Αρα οὖν, ἀδελφοί, ὀφειλέται ἐσμέν οὐ τῇ σαρκὶ τοῦ κατὰ σάρκα ζῆν·
Ainsi donc, frères, nous ne devons pas à la chair de vivre selon la chair.
κατὰ σάρκα ζῆν - vivre selon la chair: Paul appelle les chrétiens de Rome à vivre ce qu'ils sont (voir 6 et 12,1-2): ils n'ont pas de dette envers "la chair", ils n'ont de dette qu'envers l'Esprit, source de leur vie (v.10). C'est pourquoi,au v.13, l'apôtre précise qu'il ne faut pas se tromper de créancier: il s'agit de faire le choix qu'imposent nos "obligations"(v.12), non de vivre à la manière de l'homme livré à lui-même, ce qui entraîne la mort, mais de vivre selon l'Esprit, ce qui produit la vie. Or tel est le choix que devraient faire ceux qui sont conduits par l'Esprit car ils sont "fils" (v.14) et non plus "esclaves" (v.15).

Verset 13.
 εἰ γὰρ κατὰ σάρκα ζῆτε, μέλλετε ἀποθνῄσκειν· εἰ δὲ πνεύματι τὰς πράξεις τοῦ σώματος θανατοῦτε, ζήσεσθε.
Si vous vivez selon la chair, vous mourrez; mais si par l'Esprit vous faites mourir les actions du corps, vous vivrez,

Verset 14.
ὅσοι γὰρ Πνεύματι Θεοῦ ἄγονται, οὗτοι εἰσιν υἱοὶ Θεοῦ.
car tous ceux qui sont conduits par l'Esprit de Dieu sont fils de Dieu.
ἄγονται - sont conduits: L'emploi du passif souligne que l'Esprit lui-même rend capable de ne pas vivre à la manière de l'homme livré à lui-même.
υἱοὶ Θεοῦ - fils de Dieu: Privilège d'Israël dans le PT (Dt 14,1; Os 11,1). Voir v.15 et note.

Verset 15.
οὐ γὰρ ἐλάβετε πνεῦμα δουλείας πάλιν εἰς φόβον, ἀλλ᾿ ἐλάβετε πνεῦμα υἱοθεσίας, ἐν ᾧ κράζομεν· ἀββᾶ, ὁ πατήρ.
Et vous n'avez point reçu un esprit de servitude, pour être encore dans la crainte; mais vous avez reçu un Esprit d'adoption, par lequel nous crions: Abba! Père!
υἱοθεσίας - d'adoption: L'adoption était une pratique courante dans le monde hellénistico-romain. Les enfants adoptifs avaient les mêmes droits que les enfants "biologiques", y compris les droits à l'héritage (que l'on pense à la succession des empereurs romains!) familial (voir v.23; 9,4; Ga 4,5).
Par l'envoi de "son propre Fils" (v.3), le Père s'est acquis un peuple de fils (v.29): tout ce qui est au Fils est à eux (v.17 et note), ce dont l'Esprit est le gage (vv.14;23; Ep 1,14). Ce statut d'adopté par Dieu introduit chaque croyant dans une relation de liberté avec son Père.
ἀββᾶ, ὁ πατήρ - ܐܒܐ ܐܒܘܢ - Abba! Père!: Le terme araméen ܐܒܐ signifie "cher père"(voir Ga 4,6); c'est celui que Jésus employait dans sa prière. C'est à la fois un terme d'affection, de respect et de confiance, qui souligne notre privilège d'enfants de Dieu. Allusion possible à Lc 11,2.

Verset 16.
αὐτὸ τὸ Πνεῦμα συμμαρτυρεῖ τῷ πνεύματι ἡμῶν ὅτι ἐσμὲν τέκνα Θεοῦ.
L'Esprit lui-même rend témoignage à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu.
αὐτὸ τὸ Πνεῦμα συμμαρτυρεῖ τῷ πνεύματι ἡμῶν - L'Esprit lui-même rend témoignage à notre esprit: L'un des privilèges du croyant est cette œuvre intérieure de l'Esprit qui produit en lui l'humble assurance de l'adoption par le Père.

Verset 17.
εἰ δὲ τέκνα, καὶ κληρονόμοι, κληρονόμοι μὲν Θεοῦ, συγκληρονόμοι δὲ Χριστοῦ, εἴπερ συμπάσχομεν ἵνα καὶ συνδοξασθῶμεν.
Or, si nous sommes enfants, nous sommes aussi héritiers: héritiers de Dieu, et cohéritiers du Christ, si toutefois nous souffrons avec lui, afin d'être glorifiés avec lui.
συγκληρονόμοι - cohéritiers: Cet héritage est lié à la "gloire" du Christ, à laquelle nous aurons part. Il concerne la participation au Royaume éternel à venir, que Jésus établira sur la nouvelle terre, lors de la résurrection (v.23; voir Mt 5,5).
εἴπερ συμπάσχομεν - si toutefois nous souffrons avec lui: Voir vv.18-30.
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• Rm 8,14-17 

L’Esprit, la plus mystérieuse des Personnes divines, se manifeste par son action, invisible  dans le monde, mais sensible dans le cœur de l’homme. Il fait de nous des enfants de Dieu. Par lui, nous crions vers Dieu en l’appelant « notre Père ». Il nous introduit dans la communion de la Sainte Trinité.
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• Rm 8,22-27

Les chrétiens vivent dans un état de tension : sauvés, mais en espérance seulement ; promis à la délivrance des entraves de leur condition mortelle, mais encore dans un monde marqué par le péché.
C’est d’un véritable enfantement qu’il s’agit : douloureux, certes, mais dont l’heureuse issue ne fait aucun doute.
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• Rm 10,8-13.

Ce qu'annonçait Dt 30,11-14 a son accomplissement en Jésus, Parole de Dieu venue en ce monde, ressuscité proche de qui conque croit en lui.
C'est par la foi au Christ que nous sommes sauvés..

Traduction et remarques :
Sur la section Rm 10,5-13:
Paul prouve l'opposition entre la justice de la Loi et celle de la foi en se référant à la Loi mosaïque elle-même!
Le principe de justification qui gouverne la Loi, comme le montre en 10,5 la citation de Lv 18,5, est l'obéissance à ce qu'elle exige.
La foi, quant à elle, permet à l'homme d'être déclaré juste en se confiant en ce que Dieu a fait pour lui, et lui a donné de savoir pour être sauvé (Dt 30,12-14).
Tout comme - dans le P.T. - l'homme pouvait parvenir à la vie (Dt 30,15) en recevant humblement la Loi, révélée par le Seigneur, dans un cœur renouvelé (Rm 10,8 - voir ci-dessous, et remarque), aujourd'hui encore c'est en recevant avec foi le message de l'Évangile, de la Bonne Nouvelle, de Jésus Christ que l'on parvient au Salut (Rm 10,6-10). Car l'Écriture le déclare: tous ceux qui croient seront sauvés (Rm 10,11), et ce chemin de salut est le même pour tous les hommes car le Seigneur étend sa bonté à tous ceux qui font appel à lui.

Verset 8.
ἀλλὰ τί λέγει; ἐγγύς σου τὸ ῥῆμά ἐστιν, ἐν τῷ στόματί σου καὶ ἐν τῇ καρδίᾳ σου· τοῦτ᾿ ἔστι τὸ ῥῆμα τῆς πίστεως ὃ κηρύσσομεν.
Que dit-elle donc? La parole est près de toi, dans ta bouche et dans ton coeur. Or, c'est la parole de la foi, que nous prêchons.
ἐγγύς σου τὸ ῥῆμά ἐστιν, ἐν τῷ στόματί σου καὶ ἐν τῇ καρδίᾳ σου -La parole est près de toi, dans ta bouche et dans ton coeur: Citation de Dt 30,14:
כי־קרוב אליך הדבר מאד בפיך ובלבבך לעשׂתו׃
"Car la parole est tout près de toi, dans ta bouche et dans ton coeur, afin que tu la mettes en pratique". Trad. LXX: "ἔστιν σου ἐγγὺς τὸ ῥῆμα σφόδρα ἐν τῷ στόματί σου καὶ ἐν τῇ καρδίᾳ σου καὶ ἐν ταῖς χερσίν σου αὐτὸ ποιεῖν - la parole est tout près de toi, dans ta bouche et dans ton coeur et dans tes mains, afin de la mettre en pratique".
τῆς πίστεως -de la foi: Certains sont surpris par l'interprétation de Paul, car le Dt affirme explicitement que la parole est celle de la Loi (Dt 30,11). Cependant, le contexte du passage souligne que les Juifs n'ont pas encore reçu "לב לדעת - un coeur pour comprendre" (Dt 29,3); il faudra que leur coeur soit "circoncis" (voir les pages sur "le coeur dans la Bible", et en particulier celle-ci) par YHWH pour qu'ils puissent l'aimer de tout leur coeur et trouver ainsi la vie (Dt 30,6;15). Le coeur devra être changé, la Loi devra y être inscrite pour que les hommes puissent la mettre en pratique (Jr 31,33; 32,40; Ez 36,26-27). Telle est la "Parole" dont parle Dt 30,14; il s'agit donc bien de "celle de la foi", qui reçoit la Loi "dans le coeur". Or ceci est précisément ce qui s'opère quand on en l'Évangile (Rm 10,9). 

Verset 9.
ὅτι ἐὰν ὁμολογήσῃς ἐν τῷ στόματί σου Κύριον ᾿Ιησοῦν, καὶ πιστεύσῃς ἐν τῇ καρδίᾳ σου ὅτι ὁ Θεὸς αὐτὸν ἤγειρεν ἐκ νεκρῶν, σωθήσῃ·
Si tu confesses de ta bouche le Seigneur Jésus, et si tu crois dans ton coeur que Dieu l'a ressuscité des morts, tu seras sauvé.
ἐν τῷ στόματί σου -de ta bouche: La confession "de la bouche" est ici mentionnée en premier, avant la foi, parce que Paul respecte l'ordre de la citation de Dt 30,14.
La formule de l'apôtre reprend peut-être une ancienne confession de foi utilisée lors du baptême.
ὁ Θεὸς αὐτὸν ἤγειρεν ἐκ νεκρῶν -Dieu l'a ressuscité des morts: Sur la résurrection, voir Rm 1,14; 4,24-25.

Verset 10.
καρδίᾳ γὰρ πιστεύεται εἰς δικαιοσύνην, στόματι δὲ ὁμολογεῖται εἰς σωτηρίαν.
Car c'est en croyant du coeur qu'on parvient à la justice, et c'est en confessant de la bouche qu'on parvient au salut,
• καρδίᾳ γὰρ [...]στόματι δὲ -du coeur [...] de la bouche: Ici, Paul rétablit l'ordre "normal" selon sa pensée: la foi "par le coeur" est centrale, la confession "par la bouche" n'en est qu'une manifestation.

Verset 11.
λέγει γὰρ ἡ γραφή· πᾶς ὁ πιστεύων ἐπ᾿ αὐτῷ οὐ καταισχυνθήσεται.
selon ce que dit l'Écriture: Quiconque croit en lui ne sera point confus.
πᾶς ὁ πιστεύων ἐπ᾿ αὐτῷ οὐ καταισχυνθήσεται -Quiconque croit en lui ne sera point confus: Citation de Is 28,16d:
המאמין לא יחישׁ׃
"Celui qui la (la "pierre d'angle") prendra pour appui n'aura point hâte de fuir". Trad. LXX: "ὁ πιστεύων ἐπ᾿ αὐτῷ οὐ μὴ καταισχυνθῇ - celui qui lui fait confiance ne faillira (= tombera) pas".
Le verbe καταισχύνω kataïskhunō implique à la fois la notion de "tomber" et celle de "honte, disgrâce, déshonneur"; alors que le verbe-racine hébreu 
חוּשׁ khûsh implique celles de "partir" et de "hâte".
Ce verset d'Isaïe a déjà été cité en Rm 9,33; mais comme on le voit, il est introduit par un ajout: "πᾶς - quiconque", peut-être inspiré de Jl 3,5, cité au v.13 (voir plus bas). Cet ajout souligne l'universalité du message du salut par la foi en Jésus Christ (v.12).

Verset 12.
οὐ γάρ ἐστι διαστολὴ ᾿Ιουδαίου τε καὶ ῞Ελληνος· ὁ γὰρ αὐτὸς Κύριος πάντων, πλουτῶν εἰς πάντας τοὺς ἐπικαλουμένους αὐτόν· 
Il n'y a aucune différence, en effet, entre le Juif et le Grec, puisqu'ils ont tous un même Seigneur, qui est riche pour tous ceux qui l'invoquent.
οὐ γάρ ἐστι διαστολὴ ᾿Ιουδαίου τε καὶ ῞Ελληνος -Il n'y a aucune différence, en effet, entre le Juif et le Grec:
- Le "Grec" désigne soit l' "hellénisant", c'est-à-dire soit le Juif non religieux ou religieux "en façade", soit le "goï", le non-Juif (voir page "Juifs et Goïm selon saint Paul").
- Tout comme il n'y a pas de différence entre Juifs et non-Juifs en matière de péché et de jugement (Rm 1,16; 3,22), il n'y en a pas non plus en matière de salut par la foi en Jésus (Rm 4,9).
 
Verset 13.
πᾶς γὰρ ὃς ἂν ἐπικαλέσηται τὸ ὄνομα Κυρίου σωθήσεται.
Car quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé.
εἰκῇ ἐπιστεύσατε - vous auriez cru en vain: Citation tirée de Jl 3,5a:
 כל אשׁר־יקרא בשׁם יהוה ימלט
"Quiconque invoquera le nom de YHWH-Adonaï sera sauvé". Trad. LXX: "πᾶς, ὃς ἂν ἐπικαλέσηται τὸ ὄνομα κυρίου, σωθήσεται".

Ce verset est également cité par Pierre lors de la Pentecôte (Ac 2,21).
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Les épîtres aux Corinthiens

Sur Corinthe et ses habitants :

Corinthe est une ville grecque proche de l’isthme du même nom. Détruite en 146 av. J.-C., elle a été reconstruite par César en 44 av. J.-C. La ville devient capitale de la province impériale d’Achaïe. Gallion, demi-frère de Sénèque, en est proconsul au temps de Paul (Ac 18,12-17). Sa population est très cosmopolite et connaît un grand essor, en raison de ses deux ports (Lechaion et Cenchrées). On y trouve toutes sortes de religions : son temple d’Aphrodite est célèbre, il y a une colonie juive et sa synagogue, une communauté chrétienne (plutôt remuante !) fondée par Paul s’y développe et reçoit une correspondance de l’apôtre : les épîtres aux Corinthiens.

Sur les épîtres aux Corinthiens :
Elles étaient au moins au nombre de quatre, deux se sont perdues (allusions en 1Co 5,9 et 2Co 2,3 à des sujets n’apparaissant pas dans les deux épîtres que nous connaissons).
Paul les a envoyées d’Ephèse en 54-56 après Jésus-Christ, en réponse à des questions posées par écrit ou par des intermédiaires, ou encore à certaines de ses interventions apostoliques.

Les grands thèmes :
1Co : 
-          Le Christ crucifié et ressuscité est le seul fondement de tout (chapitres 1-4 et 15). -          Appartenir au Christ (chapitres 5-7).
-          Conscience, connaissance, liberté et amour (chapitres 8-10).
-          L’Assemblée chrétienne : rôle des femmes, Eucharistie, charismes (chapitres 11-14).
2Co :
-          Le ministère apostolique (chapitres 1-7).
-          Collecte pour l’Eglise de Jérusalem (chapitres 8-9).
-          La faiblesse, paradoxale autorité du ministère apostolique (chapitres 10-13).
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• 1Co 3,9b-11;16-17.

Heureux ceux qui édifient des sanctuaires vivants fondés sur le Christ et habités par l'Esprit! Malheur à qui occasionne leur chute!
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• 1Co 10,1-6;10-12.

Événement fondateur du Peuple de Dieu, sans cesse relu, médité, commenté par les auteurs bibliques, l'Exode est riche d'enseignements inépuisables toujours d'actualité. Aujourd'hui, c'est le Christ qui marche à notre tête et, sur la route de l'exode des derniers temps, nous donne son corps et son sang en nourriture. Évitons le péché dont les eaux du baptême nous ont libérés, pour entrer dans la Terre promise et participer à la Pâque éternelle.


Sur ce passage:
Sur Paul et les Corinthiens, voir plus haut.
Sur la section 1Co 8,1 - 11,1:
Paul aborde un problème soulevé par les Corinthiens (et que nous avons déjà évoqué à propos de 1Co 12,22, voir plus bas), celui des viandes sacrifiées aux idoles. Est-il possible ou non pour des chrétiens d'en manger? L'argumentation de Paul est longue, le problème devait donc être important dans l'Eglise: l'apôtre ne se contente pas d'une réponse rapide, d'un commandement sans nuance. Il aborde la question à la fois d'un point de vue externe (le rapport des croyants au paganisme) et interne (le rapport entre les chrétiens "forts" et "faibles").
Il commence par énoncer un principe fondamental (qui évoque son discours sur la sagesse, en 1-4): la connaissance peut conduire à l'orgueil, alors que l'amour fait grandir dans la foi (8,1-13).
Pour bien faire comprendre cet enseignement, Paul donne comme exemple sa propre attitude par rapport à un enjeu qui a divisé les Corinthiens à son sujet: la question du soutien financier à son ministère. Malgré l'incompréhension des Corinthiens riches qui désiraient jouer le rôle de mécènes auprès de l'apôtre, Paul a volontairement renoncé aux droits légitimes qui étaient les siens, pour que cette question d'argent ne soit pas un obstacle à l'annonce de l'Évangile (9,1-27).
Puis, citant l'exemple des Hébreux dans le désert, il soulève un second enjeu que pose le problème des viandes sacrifiées aux idoles: il met en garde contre l'idolâtrie, et le risque spirituel que représente la participation aux repas dans les locaux des temples païens (10,1-22).
En conclusion, Paul rappelle que les chrétiens ont toute liberté de manger ce qu'ils veulent, avec reconnaissance - mais que cette liberté doit être mise au service de la seule gloire de Dieu et du bien des autres (10,23 - 11,1).
Le contexte socio-historique est utile pour comprendre la portée du problème de ces viandes sacrifiées aux dieux païens dans les temples lors de certaines fêtes. Elles étaient ensuite consommées dans des locaux souvent attenants à ces temples, dans diverses circonstances de la vie sociale: banquets de fête (même non-religieux, par ex. fête de la cité ou de famille), de signature de contrats, etc. Le fait de ne pas participer à ces banquets s'opposait donc souvent aux conventions sociales, familiales et/ou économiques. Les membres les plus aisés de l'Eglise étaient ainsi les plus concernés par ce problème, et ils justifiaient souvent leur participation à ces banquets par leur maturité et leurs connaissances religieuses.

Traduction et remarques :

Verset 1.
Οὐ θέλω δὲ ὑμᾶς ἀγνοεῖν, ἀδελφοί, ὅτι οἱ πατέρες ἡμῶν πάντες ὑπὸ τὴν νεφέλην ἦσαν, καὶ πάντες διὰ τῆς θαλάσσης διῆλθον,
Frères, je ne veux pas que vous ignoriez que nos pères ont tous été sous la nuée, qu'ils ont tous passé au travers de la mer,
οἱ πατέρες ἡμῶν - nos pères: Les chrétiens de Corinthe étaient dans leur grande majorité d'origine païenne; mais pour Paul ils font partie des héritiers spirituels de l'Israël du Premier Testament (voir Rm 11,17-22).
ὑπὸ τὴν νεφέλην - sous la nuée: Paul fait allusion à la colonne de fumée qui a guidé les Hébreux à travers le désert après leur sortie d'Egypte (Ex 13,21-22).
διὰ τῆς θαλάσσης - au travers de la mer: La mer des Roseaux, dont les eaux s'étaient écartées pour laisser passer les hébreux à pied sec (Ex 14,22-29).

Verset 2.
καὶ πάντες εἰς τὸν Μωϋσῆν ἐβαπτίσαντο ἐν τῇ νεφέλῃ καὶ ἐν τῇ θαλάσσῃ,
qu'ils ont tous été baptisés en Moïse dans la nuée et dans la mer,
εἰς τὸν Μωϋσῆν - en Moïse: Certaines traductions préfèrent dire "pour" Moïse; ce qui se justifie grammaticalement (εἰς + accusatif exprime le but, le mouvement vers qq'un ou qq ch.) et théologiquement. Moïse est pour Paul une préfiguration du Christ, ce qui suggère de quelle manière on peut comprendre le baptême "pour" le Christ (Rm 6,3: εἰς Χριστὸν): le baptême est un engagement à suivre le Christ (1P 3,21), à être "pour" lui; c'est une confession de foi du chrétien et de sa détermination à obéir à son Seigneur, à s'efforcer de vivre en "allant vers lui", en l'imitant.
•  ἐν τῇ νεφέλῃ καὶ ἐν τῇ θαλάσσῃ - dans la nuée et dans la mer: La "nuée" symbolise la venue de l'Esprit lors du baptême, la "mer" l'Eau de ce même baptême.

Verset 3.
καὶ πάντες τὸ αὐτὸ βρῶμα πνευματικὸν ἔφαγον,
qu'ils ont tous mangé le même aliment spirituel,
τὸ αὐτὸ βρῶμα πνευματικὸν - le même aliment spirituel: Cette allusion à la manne (voir à cette page) tombée du ciel pendant la traversée du désert par le peuple d'Israël (Ex 16,35). La manne et l'eau du rocher (v.4) sont souvent associés comme symboles du Pain et du Vin de l'Eucharistie (évoquée en 1Co 10,16-17).

<- La Récolte de la manne - Anonyme, surnommé le "Maître de la Manne" - vers 1470 - Huile sur bois - Douai, Musée de la Chartreuse.

Verset 4.
καὶ πάντες τὸ αὐτὸ πόμα πνευματικὸν ἔπιον· ἔπινον γὰρ ἐκ πνευματικῆς ἀκολουθούσης πέτρας, ἡ δὲ πέτρα ἦν ὁ Χριστός·
et qu'ils ont tous bu le même breuvage spirituel, car ils buvaient à un rocher spirituel qui les suivait, et ce rocher était le Christ.
ἐκ πνευματικῆς ἀκολουθούσης πέτρας - ils buvaient à un rocher spirituel qui les suivait: Ex 17,5-6; Nb 20,7-11. L'image de l'accompagnement vient de la répétition de l'événement à quarante ans d'intervalle; selon certains exégètes, Jésus lui-même aurait fait allusion à cet événement en Jn 7,38: "Celui qui croit en moi, des fleuves d'eau vive couleront de son sein, comme dit l'Écriture".

Verset 5.
ἀλλ᾿ οὐκ ἐν τοῖς πλείοσιν αὐτῶν εὐδόκησεν ὁ Θεός· κατεστρώθησαν γὰρ ἐν τῇ ἐρήμῳ.
Mais la plupart d'entre eux ne furent point agréables à Dieu, puisqu'ils périrent dans le désert.
ἐν τοῖς πλείοσιν αὐτῶν - la plupart d'entre eux: Des adultes qui avaient quitté l'Égypte, seuls Josué et Caleb (כלב בן־יפנה ויהושׁע בן־נון - Caleb, fils de Jephunné, et Josué, fils de Nun - Nb 14,30) sont entrés dans le Pays promis (Nb 14,22-24;28-38; Jos 1,1-2).
Tous les Hébreux avaient fait l'expérience des bénédictions de Dieu; pourtant, pour "la plupart" ils sont morts "dans le désert": ceci devrait servir d'avertissement pour les Corinthiens (v.6).
 
Verset 6.
ταῦτα δὲ τύποι ἡμῶν ἐγενήθησαν, εἰς τὸ μὴ εἶναι ἡμᾶς ἐπιθυμητὰς κακῶν, καθὼς κἀκεῖνοι ἐπεθύμησαν.
Or, ces choses sont arrivées pour nous servir d'exemples, afin que nous n'ayons pas de mauvais désirs, comme ils en ont eu.
τύποι - exemples: Ce mot τύπος tupos (-> "type"; de même au v.11), "exemple", est l'un des mots (par ex. en Rm 5,14) par lesquels le NT décrit la façon dont certains événements du PT préfigurent Jésus Christ et ce qu'il apporte; ainsi les vv.2-3, ci-dessus. 

Verset 10.
μηδὲ γογγύζετε, καθὼς καὶ τινὲς αὐτῶν ἐγόγγυσαν καὶ ἀπώλοντο ὑπὸ τοῦ ὀλοθρευτοῦ.
Ne murmurez point, comme murmurèrent quelques-uns d'eux, qui périrent par l'exterminateur.
μηδὲ γογγύζετε - Ne murmurez point: Le verbe γογγύζωgon'guzō signifie effectivement "murmurer"; mais il traduit (ainsi que ses composés) l'hébreu לוּןlûn ou לין  lı̂yn qui signifie "murmurer contre", "se plaindre de" (par ex. en Ex 16,2; Nb 11,1; 14,27;36; 17,6; Jos 9,18) - en particulier s'agissant des récriminations des Hébreux au désert.
ὑπὸ τοῦ ὀλοθρευτοῦ - par l'exterminateur: Voir Ex 12,23:
 ועבר יהוה לנגף את־מצרים וראה את־הדם על־המשׁקוף ועל שׁתי המזוזת ופסח יהוה על־הפתח ולא יתן המשׁחית לבא אל־בתיכם לנגף׃
Quand YHWH-Adonaï passera pour frapper l'Égypte, et verra le sang sur le linteau et sur les deux poteaux, YHWH-Adonaï passera par-dessus la porte, et il ne permettra pas à l'exterminateur d'entrer dans vos maisons pour frapper (LXX: τὸν ὀλεθρεύοντα).
On peut noter que ce passage distingue Dieu de l’« exterminateur », alors que dans la suite (Ex 12,29)Dieu semble agir lui-même.
En tout état de cause, l' "exterminateur" est l'envoyé de Dieu chargé d'exécuter la sentence de mort qui frappe ceux qui ont péché contre sa Loi et son Alliance.

Verset 11.
ταῦτα δὲ πάντα τύποι συνέβαινεν ἐκείνοις, ἐγράφη δὲ πρὸς νουθεσίαν ἡμῶν, εἰς οὓς τὰ τέλη τῶν αἰώνων κατήντησεν.
Ces choses leur sont arrivées pour servir d'exemples, et elles ont été écrites pour notre instruction, à nous qui sommes parvenus à la fin des temps.
τύποι - πρὸς νουθεσίαν ἡμῶν - exemples - pour notre instruction: Voir note sur v.6.
En participant aux banquets organisés dans les locaux des temples païens (chap.8), certains Corinthiens risquaient d'avoir vis-à-vis du Christ l'attitude que les Hébreux avaient eue vis-à-vis du Père. Ils se mettent eux-mêmes dans une situation périlleuse:
- par leur orgueil, pour les "gens qui savent" qu'ils peuvent participer à ces banquets parce qu'ils sont "surs" de leur foi chrétienne (voir 8,1-2);
- par leur "faiblesse de conscience", pour ceux dont la foi n'est pas bien affermie, et qui se culpabilisent de leur participation à ces banquets (voir 8,7);
- pour tous, enfin: "l'homme éclairé" se met en situation doublement périlleuse, par manque d'humilité, et surtout d'amour envers les chrétiens "les plus faibles"; ces derniers sont mis en situation périlleuse parce qu'ils risquent de "courir à leur perte" en retombant dans l'idolâtrie (voir 8,10-13; ci-dessus, l'introduction à ce passage, et, plus bas, la note sur 1Co 12,22)...
... Et plus on se "croit debout", plus on risque "de tomber"... de haut! (v.12)
εἰς οὓς τὰ τέλη τῶν αἰώνων κατήντησεν - à nous qui sommes parvenus à la fin des temps: Pour le NT, depuis la venue du Christ les "temps derniers" ont été inaugurés, car ce sont "les temps" de l'accomplissement (voir par ex. Ac 2,7; Ga 4,4; Hé 1,2; 1P 1,20; 1Jn 2,18)

Verset 12.
῞Ωστε ὁ δοκῶν ἑστάναι βλεπέτω μὴ πέσῃ.
Ainsi donc, que celui qui croit être debout prenne garde de tomber!
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• 1Co 11,23-26

Ce récit de l’institution eucharistique – le plus ancien de ceux que rapporte le Nouveau Testament – est  reçu comme « tradition qui vient du Seigneur » à l’époque où Paul a évangélisé Corinthe (sans doute en 50-51). On y reconnaît, presque mot pour mot, la manière dont nous faisons Eucharistie – qui était donc déjà, pour l’essentiel, celle des toutes premières assemblées chrétiennes.

Sur ce texte:
Sur Paul; les épîtres; Paul et les Corinthiens: voir plus haut.
Sur 1Co 11,2-34:
Paul aborde, à partir du chap.11, plusieurs questions concernant la vie de la communauté, et en particulier de son culte:
- les relations entre les hommes et les femmes, 2-16;
- le repas du Seigneur, 17-34;
- la pratique des dons de l'Esprit, 12,1 - 14,40.
Il fonde ses recommandations sur le bien commun: amour fraternel et édification de la communauté; mais il a aussi le souci du témoignage que l'Église donne à ceux qui n'en font pas partie. Contrairement à ce que pensent les Corinthiens, le culte n'est pas un rassemblement d'individus, mais un acte communautaire dans lequel chacun a sa place, et auquel chacun est appelé à participer (les hommes comme les femmes, les riches comme les pauvres).
L'enseignement de Paul sur les hommes et les femmes (2-16) cherche à rectifier, semble-t-il, la compréhension erronée des Corinthiens concernant la différenciation sexuelle, qui est liée à leur mauvaise perception du rôle du corps dans le salut. Certains, en effet, semblaient vouloir abolir toute différenciation. C'est pourquoi Paul cherche à souligner que l'ordre créationnel est maintenu dans l'œuvre libératrice de Dieu, et que dans l'Église hommes et femmes doivent intervenir en respectant ce qu'ils sont. Les tensions entre les Corinthiens s'expriment de manière particulièrement aiguë lors des repas pris en commun au cours desquels était célébrée la Cène (17-34). La solidarité fraternelle qui aurait dû caractériser ces moments de confession de foi dans le Christ, leur unique sauveur, était remplacée par des pratiques égoïstes, qui étalaient au grand jour les disparités qui existaient entre les Corinthiens. C'est pourquoi Paul rappelle le sens du Repas du Seigneur et en tire des leçons pour réformer la pratique des Corinthiens.

Traduction et notes:

Verset 23.
ἐγὼ γὰρ παρέλαβον ἀπὸ τοῦ Κυρίου, ὃ καὶ παρέδωκα ὑμῖν, ὅτι ὁ Κύριος ᾿Ιησοῦς ἐν τῇ νυκτὶ ᾗ παρεδίδετο ἔλαβεν ἄρτον
En effet j'ai reçu du Seigneur ce que je vous ai enseigné; c'est que le Seigneur Jésus, dans la nuit où il fut livré, prit du pain
παρέλαβον ἀπὸ τοῦ Κυρίου - j'ai reçu du Seigneur: La tradition que Paul va rappeler dans les vv. qui suivent trouve son origine dans les paroles de Jésus lui-même; voir Mt 26,26sqq; Mc 14,22-25; Lc 22,15-20.

<- La Communion des Apôtres - Fra Angelico - vers 1450 - Museo di San marco, Florence.

Verset 24.
καὶ εὐχαριστήσας ἔκλασε καὶ εἶπε· λάβετε φάγετε· τοῦτό μού ἐστι τὸ σῶμα τὸ ὑπὲρ ὑμῶν κλώμενον· τοῦτο ποιεῖτε εἰς τὴν ἐμὴν ἀνάμνησιν.
et, après avoir rendu grâces, le rompit, et dit: Ceci est mon corps, qui est rompu pour vous; faites ceci en mémoire de moi.

Verset 25.
ὡσαύτως καὶ τὸ ποτήριον μετὰ τὸ δειπνῆσαι λέγων· τοῦτο τὸ ποτήριον ἡ καινὴ διαθήκη ἐστὶν ἐν τῷ ἐμῷ αἵματι· τοῦτο ποιεῖτε, ὁσάκις ἐὰν πίνητε, εἰς τὴν ἐμὴν ἀνάμνησιν.
De même, après avoir soupé, il prit la coupe, et dit: Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang; faites ceci en mémoire de moi toutes les fois que vous en boirez.
ἡ καινὴ διαθήκη - la nouvelle alliance: Sur cette expression, voir Jr 31,31-34 et note à cette page.
En partageant le pain et le vin, les chrétiens de Corinthe affirmaient leur appartenance au peuple de la "nouvelle alliance"; or leur comportement égocentrique niait le résultat de l'œuvre du Christ.
εἰς τὴν ἐμὴν ἀνάμνησιν - en mémoire de moi: Litt. "en vue de mon souvenir". Comp. Ex 12,14.

Verset 26.
ὁσάκις γὰρ ἐὰν ἐσθίητε τὸν ἄρτον τοῦτον καὶ τὸ ποτήριον τοῦτο πίνητε, τὸν θάνατον τοῦ Κυρίου καταγγέλλετε, ἄχρις οὗ ἂν ἔλθῃ.
Car toutes les fois que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous annoncez la mort du Seigneur, jusqu'à ce qu'il vienne.
καταγγέλλετε - vous annoncez: L'Eucharistie est avant tout un moment de confession de foi des croyants, qui expriment leur attachement au Seigneur.
ἄχρις οὗ ἂν ἔλθῃ - jusqu'à ce qu'il vienne: L'Eucharistie est prise en l'absence physique du Seigneur, en souvenir de son œuvre, et dans l'attente de son retour.
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• 1Co 12, 4-11.

L'Esprit Saint qui agit au sein de la communauté et dans les cœurs est à l'origine de toutes les fonctions et de tous les charismes. Il assure leur unité dans la diversité, en vue du bien de tous.
A Corinthe, grande ville cosmopolite (voir ci-dessus, l'introduction aux épîtres aux Corinthiens), fleurissaient cultes dévoyés et sectes en tous genres.
Ce que dit saint Paul aux chrétiens qui vivaient dans un tel environnement n'a rien perdu de son actualité...

Traduction et remarques :

Verset 4.
Διαιρέσεις δὲ χαρισμάτων εἰσί, τὸ δὲ αὐτὸ Πνεῦμα·
Il y a diversité de dons, mais le même Esprit;
χαρισμάτων - de dons: Le substantif grec χάρισμα charisma, qui peut se traduire par "don de la grâce divine", et qui a directement donné notre nom "charisme" est précisément dérivé du nom χάρις charis, désignant dans le vocabulaire biblique grec la "grâce divine". 
En 1Co 1,7, Paul disait aux Corinthiens qu'il ne leur manquait "aucun don de la grâce divine", donc que tout ce qu'ils avaient reçu venait de Dieu (comp. 1Co 4,7): ces dons ne sont donc pas des signes de spiritualité, dont les Corinthiens pourraient se vanter.
Pourtant il doit revenir ici (et tout au long des chap.12-14) sur cette question des dons, des charismes - signes de la grâce de Dieu (comp. v.11). 

Verset 5.
καὶ διαιρέσεις διακονιῶν εἰσι, καὶ ὁ αὐτὸς Κύριος·
diversité de ministères, mais le même Seigneur;
διακονιῶν - de ministères: Le substantif grec διακονία diakonia, qui peut se traduire par "ministère", et qui a directement donné notre nom "diaconie" (même famille que "diacre", "diaconat") désigne l'ensemble des services que les charismes permettent d'accomplir.

Verset 6.
καὶ διαιρέσεις ἐνεργημάτων εἰσίν, ὁ δὲ αὐτὸς ἐστι Θεός, ὁ ἐνεργῶν τὰ πάντα ἐν πᾶσιν.
diversité d'opérations, mais le même Dieu qui opère tout en tous.
Θεός - Dieu: La formulation des vv.4-6
- repose sur un parallélisme typiquement sémitique: si Paul écrit en grec, il pense en Juif, donc en hébreu;
- est trinitaire (et le parallélisme insiste sur l'égalité des trois Personnes): verset 4 - l'Esprit; verset 5 - le Fils; verset 6 - le Père.

Verset 7.
ἑκάστῳ δὲ δίδοται ἡ φανέρωσις τοῦ Πνεύματος πρὸς τὸ συμφέρον.
Or, à chacun la manifestation de l'Esprit est donnée pour l'utilité commune.
ἑκάστῳ - à chacun: Comp. 1P 4,10. Paul souligne la diversité qui existe nécessairement au sein de l'Eglise, et qui reflète la diversité qui existe en Dieu lui-même (vv.4-6). Les charismes sont forcément divers, puisqu'ils sont accordés à "chacun" individuellement, mais trouvent leur unité
- en leur source commune: l'Esprit,
- en leur but: le bien commun.

Verset 8.
ᾧ μὲν γὰρ διὰ τοῦ Πνεύματος δίδοται λόγος σοφίας, ἄλλῳ δὲ λόγος γνώσεως κατὰ τὸ αὐτὸ Πνεῦμα,
En effet, à l'un est donnée par l'Esprit une parole de sagesse; à un autre, une parole de connaissance, selon le même Esprit;
• λόγος σοφίαςͅ - une parole de sagesse: Les autres listes de "dons de l'Esprit" (1Co 12,28-30; Rm 12,6-8; Ep 4,11-12) montrent qu'ici Paul n'a pas l'intention d'être exhaustif, mais qu'il veut seulement donner un aperçu de la diversité qu'il vient d'affirmer, aux vv.4-7.
σοφίαςͅ - de sagesse; γνώσεως - de connaissance: La σοφία sophia (voir chap. 1-4) et la γνῶσις gnôsis étaient précisément ce que les Corinthiens se vantaient de posséder (voir par ex. 3,18; 8,1).

Verset 9.
ἑτέρῳ δὲ πίστις ἐν τῷ αὐτῷ Πνεύματι, ἄλλῳ δὲ χαρίσματα ἰαμάτων ἐν τῷ αὐτῷ Πνεύματι,
à un autre, la foi, par le même Esprit; à un autre, le don des guérisons, par le même Esprit;
πίστις - la foi: Non pas au sens où tous les chrétiens l'exercent, mais de façon particulière, et/ou face à un besoin précis (comp. 13,2).
 
Verset 10.
ἄλλῳ δὲ ἐνεργήματα δυνάμεων, ἄλλῳ δὲ προφητεία, ἄλλῳ δὲ διακρίσεις πνευμάτων, ἑτέρῳ δὲ γένη γλωσσῶν, ἄλλῳ δὲ ἑρμηνεία γλωσσῶν· 
à un autre, le don d'opérer des miracles; à un autre, la prophétie; à un autre, le discernement des esprits; à un autre, la diversité des langues; à un autre, l'interprétation des langues.
γένη γλωσσῶν- la diversité des langues: Ce don, et celui d'interprétation, seront tout particulièrement traités au chap.14 (voir en part. 14,2) ainsi que celui de prophétie (voir en part. 14,1;3).

Verset 11.
πάντα δὲ ταῦτα ἐνεργεῖ τὸ ἓν καὶ τὸ αὐτὸ Πνεῦμα, διαιροῦν ἰδίᾳ ἑκάστῳ καθὼς βούλεται.
Un seul et même Esprit opère toutes ces choses, les distribuant à chacun en particulier, comme il le veut.
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• 1Co 12, 12-30.

"L'Église, corps du Christ dont nous sommes les membres".
Il est indispensable que chacun remplisse correctement sa fonction propre.
Dans leur diversité, tous contribuent au bon et harmonieux fonctionnement de l'ensemble.
Aucun ne doit être considéré comme inférieur. Dès lors, hiérarchie des charismes et des fonctions ne signifie nullement supériorité des personnes qui en bénéficient ou les exercent.

Traduction et remarques :

Verset 12.
Καθάπερ γὰρ τὸ σῶμα ἕν ἐστι καὶ μέλη ἔχει πολλὰ, πάντα δὲ τὰ μέλη τοῦ σώματος τοῦς ἑνός, πολλὰ ὄντα, ἕν ἐστι σῶμα, οὕτω καὶ ὁ Χριστός·
Car, comme le corps est un et a plusieurs membres, et comme tous les membres du corps, malgré leur nombre, ne forment qu'un seul corps, ainsi en est-il de Christ.
τὸ σῶμαἕν ἐστι καὶ μέλη ἔχει πολλὰ - le corps est un et a plusieurs membres:
Dans l'Antiquité, l'image du corps était très habituellement utilisée pour décrire un groupe social, et notamment pour inciter chacun à rester à sa place.
Mais cette image du corps pour parler de l'Eglise est typiquement paulinienne: voir Ep 1,22-23; 2,16; 5,23;30; Col 1,18; 3,15.
Ici Paul utilise plutôt la comparaison du corps pour souligner
- la nécessaire diversité au sein de l'Eglise (vv.12-19);
- la dépendance de chaque membre de l'Eglise à l'égard des autres (vv.20-25).
C'est pourquoi il serait regrettable de ne donner que la "lecture brève" du texte liturgique(alors que les vv.25-26, par ex., sont particulièrement importants), puisqu'elle ne propose que les vv.12-14 et 27, ce qui tronque fortement l'expression de l'idée de Paul: l'unité du peuple de Dieu, dans le respect de la diversité des capacités de chacun, trouve son fondement dans le Christ. Voir Rm 12,5; Ep 4,1-16; Col 2,19.

Verset 13.
καὶ γὰρ ἐν ἑνὶ Πνεύματι ἡμεῖς πάντες εἰς ἓν σῶμα ἐβαπτίσθημεν, εἴτε ᾿Ιουδαῖοι εἴτε ῞Ελληνες, εἴτε δοῦλοι εἴτε ἐλεύθεροι, καὶ πάντες εἰς ἓν Πνεῦμα ἐποτίσθημεν.
Nous avons tous, en effet, été baptisés dans un seul Esprit, pour former un seul corps, soit Juifs, soit Grecs, soit esclaves, soit libres, et nous avons tous été abreuvés d'un seul Esprit.
Ελληνες - Grecs: Ici, Paul utilise ce terme pour désigner les non-Juifs, les "גוים goïm", et pas seulement les personnes de nationalité grecque.
πάντες εἰς ἓν Πνεῦμα ἐποτίσθημεν - nous avons tous été abreuvés d'un seul Esprit: Voir Mt 3,11; Jn 1,33; Ac 1,5. Cette expression renvoie avant tout à l'œuvre historique et initiale de l'Esprit qui, donné à la Pentecôte, a séparé les "vrais Juifs" de ceux qui l'étaient uniquement de naissance pour former, à partir de ce "reste fidèle" d'Israël, le germe du peuple de Dieu de la fin des temps, qui jouira de l'accomplissement des promesses de Dieu (Ac 2,26-17). Les Samaritains (Ac 8,16-17), baptisés et "nés de nouveau" à la manière des croyants du Premier Testament, reçoivent ensuite l'Esprit de Pentecôte - qui intègre dans le peuple de Dieu - par l'imposition des mains de Pierre et Jean, puis les païens, les "גוים goïm" (Ac 10,44; 11,15) ont à leur tour reçu l'Esprit.
Depuis lors, chaque croyant est intégré - comme par une Pentecôte personnelle - à ce peuple de l'Esprit, ce "seul corps" où les différences ancestrales ou sociales (l'expression "εἴτε δοῦλοι εἴτε ἐλεύθεροι - soit esclaves, soit libres"implique un renversement complet des mentalités) ne comptent plus. Comp. Ga 3,28.
ἐποτίσθημεν - nous avons été abreuvés: Comp. Jn 7,37,39.

Verset 14.
καὶ γὰρ τὸ σῶμα οὐκ ἔστιν ἓν μέλος, ἀλλὰ πολλά.
Ainsi le corps n'est pas un seul membre, mais il est formé de plusieurs membres.

Verset 15.
ἐὰν εἴπῃ ὁ πούς, ὅτι οὐκ εἰμὶ χείρ, οὐκ εἰμὶ ἐκ τοῦ σώματος, οὐ παρὰ τοῦτο οὐκ ἔστιν ἐκ τοῦ σώματος;
Si le pied disait: "Parce que je ne suis pas une main, je ne suis pas du corps", ne serait-il pas du corps pour cela?

Verset 16.
καὶ ἐὰν εἴπῃ τὸ οὖς, ὅτι οὐκ εἰμὶ ὀφθαλμός, οὐκ εἰμὶ ἐκ τοῦ σώματος, οὐ παρὰ τοῦτο οὐκ ἔστιν ἐκ τοῦ σώματος;
Et si l'oreille disait: "Parce que je ne suis pas un œil, je ne suis pas du corps", ne serait-elle pas du corps pour cela?

Verset 17.
εἰ ὅλον τὸ σῶμα ὀφθαλμός, ποῦ ἡ ἀκοή; εἰ ὅλον ἀκοή, ποῦ ἡ ὄσφρησις;
Si tout le corps était œil, où serait l'ouïe?
S'il était tout ouïe, où serait l'odorat?

Versets 15-17.
On remarquera que, pour filer sa métaphore, Paul emploie un procédé typique de la rhétorique sémitique (même s'il écrit en grec!): les parallélismes- voir note sur 1Co 12,6.

Verset 18.
νυνὶ δὲ ὁ Θεὸς ἔθετο τὰ μέλη ἓν ἕκαστον αὐτῶν ἐν τῷ σώματι καθὼς ἠθέλησεν.
Maintenant Dieu a placé chacun des membres dans le corps comme il a voulu.

Verset 19.
εἰ δὲ ἦν τὰ πάντα ἓν μέλος, ποῦ τὸ σῶμα;
Si tous étaient un seul membre, où serait le corps?
• τὸ σῶμα- le corps: Comme celle du corps humain, la diversité de l'Eglise est bonne et nécessaire. Or les Corinthiens étaient particulièrement tentés par l'exercice du "parler en langues" et par la prophétie (voir 1Co 14), au détriment des autres charismes et fonctions.

Verset 20.
νῦν δὲ πολλὰ μὲν μέλη, ἓν δὲ σῶμα.
Maintenant donc il y a plusieurs membres, et un seul corps.

Verset 21.
οὐ δύναται δὲ ὁ ὀφθαλμὸς εἰπεῖν τῇ χειρί· χρείαν σου οὐκ ἔχω· ἢ πάλιν ἡ κεφαλὴ τοῖς ποσί· χρείαν ὑμῶν οὐκ ἔχω.
L'œil ne peut pas dire à la main: "Je n'ai pas besoin de toi"; ni la tête dire aux pieds: "Je n'ai pas besoin de vous".
ὁ ὀφθαλμὸς- L'œil: Ici, l'œil, qui appartient à la tête, représente l'un des membres de l'Eglise, qui a besoin de tous les autres membres.
Ailleurs (Ep 1,22-23; 4,11-16; Col 1,18), Paul affinera son image, et parlera du Christ comme étant la tête du corps qu'est l'Eglise.

Verset 22.
ἀλλὰ πολλῷ μᾶλλον τὰ δοκοῦντα μέλη τοῦ σώματος ἀσθενέστερα ὑπάρχειν ἀναγκαῖά ἐστι,
Mais bien plutôt, les membres du corps qui paraissent être les plus faibles sont nécessaires; 
τὰ δοκοῦντα μέλη τοῦ σώματος ἀσθενέστερα- les membres du corps qui paraissent être les plus faibles:Les membres de l'Eglise qui sembleraient (à leurs propres yeux ou à ceux des autres) les plus insignifiants sont indispensables et méritent même une attention toute particulière (voir vv.23-24).
Contrairement à ce que pensent certains, tous n'ont pas le même niveau de connaissances; ceux qui ont davantage de connaissances doivent les utiliser pour le bien commun - et doivent en particulier veiller:
- à mettre leurs charismes au service de ceux qui ont le moins de connaissances ou de capacités;
- à ne pas choquer (même lorsqu'ils savent agir à bon droit) ces derniers par leurs comportements.
En 1Co 8, par exemple, Paul expose le problème des viandes sacrifiées aux idoles.
Certains chrétiens de Corinthe, parce qu'ils savaient que les divinités païennes n'existent pas, ne se gênaient pas pour participer à des repas "sociaux" (mariages, conclusions d'affaires, etc.) qui se tenaient dans des salles attenantes à des temples païens, et où l'on mangeait les viandes des bêtes sacrifiées aux dieux du panthéon hellénistico-romain. Paul n'est pas opposé à cette pratique en tant que telle. En revanche, il ne veut pas que des "plus faibles" soient interpellés par cette participation - il craint surtout que ces derniers ne pensent: "puisque des chrétiens en vue participent à des banquets où l'on mange les viandes des idoles, c'est que le culte de celles-ci n'est pas incompatible avec le christianisme", et que les "plus forts" ne fassent donc ainsi retomber les "plus faibles" dans l'idolâtrie.

Verset 23.
καὶ ἃ δοκοῦμεν ἀτιμότερα εἶναι τοῦ σώματος, τούτοις τιμὴν περισσοτέραν περιτίθεμεν, καὶ τὰ ἀσχήμονα ἡμῶν εὐσχημοσύνην περισσοτέραν ἔχει·
et ceux que nous estimons être les moins honorables du corps, nous les entourons d'un plus grand honneur. Ainsi nos membres les moins honnêtes reçoivent le plus d'honneur, 

Verset 24.
τὰ δὲ εὐσχήμονα ἡμῶν οὐ χρείαν ἔχει. ἀλλ᾿ ὁ Θεὸς συνεκέρασε τὸ σῶμα, τῷ ὑστερούντι περισσοτέραν δοὺς τιμήν,
tandis que ceux qui sont honnêtes n'en ont pas besoin. Dieu a disposé le corps de manière à donner plus d'honneur à ce qui en manquait,

Verset 25.
ἵνα μὴ ᾖ σχίσμα ἐν τῷ σώματι, ἀλλὰ τὸ αὐτὸ ὑπὲρ ἀλλήλων μεριμνῶσι τὰ μέλη.
afin qu'il n'y ait pas de division dans le corps, mais que les membres aient également soin les uns des autres.
ᾖ σχίσμα- la division: Le problème des divisions au sein de l'Eglise corinthienne a déjà été évoqué en 1Co 1 10-12 et 11,18, par ex. mais il apparaît tout au long de la lettre. A noter que la transcription française de ce nom est notre substantif "schisme".

Verset 26.
καὶ εἴτε πάσχει ἓν μέλος, συμπάσχει πάντα τὰ μέλη, εἴτε δοξάζεται ἕν μέλος, συγχαίρει πάντα τὰ μέλη.
Et si un membre souffre, tous les membres souffrent avec lui; si un membre est honoré, tous les membres se réjouissent avec lui.
On remarquera que ce verset magnifique, et essentiel dans la réflexion paulinienne sur les rapports ecclésiaux, est à nouveau construit sur un parallélisme parfait.

Verset 27.
῾Υμεῖς δέ ἐστε σῶμα Χριστοῦ καὶ μέλη ἐκ μέρους. 
Vous donc, vous êtes le corps de Christ et ses membres, chacun pour sa part.
ἐστε σῶμα Χριστοῦ- vous êtes le corps de Christ: Certains traduisent "vous êtes un corps appartenant au Christ" - en appliquant plus précisément l'image à l'Eglise locale de Corinthe.

Verset 28.
῾ Καὶ οὓς μὲν ἔθετο ὁ Θεὸς ἐν τῇ ἐκκλησίᾳ πρῶτον ἀποστόλους, δεύτερον προφήτας, τρίτον διδασκάλους, ἔπειτα δυνάμεις, εἶτα χαρίσματα ἰαμάτων, ἀντιλήμψεις, κυβερνήσεις, γένη γλωσσῶν.
Et Dieu a établi dans l'Église premièrement des apôtres, secondement des prophètes, troisièmement des enseignants, ensuite ceux qui ont le don des miracles, puis ceux qui ont les dons de guérir, de secourir, de gouverner, de parler diverses langues.
ἀποστόλους,  προφήτας,  διδασκάλους͂- des apôtres, des prophètes, des enseignants: Voir Ep 4,11. Paul cite en particulier ces dons parce qu'ils sont essentiels pour la croissance de l'Eglise.
ἀποστόλους - des apôtres: Paul se présente lui-même comme "apôtre", qui est la transcription du grec "ἀπόστολος" (par ex. en 2Co 1,1). Ce terme signifie littéralement "envoyé".
Dans le Nouveau Testament, ce terme est employé,
- au sens fort, pour désigner les Douze (Mt 10,2-42; Ac 1,21-23 par ex.); Paul se l'applique car il est comme eux "serviteur" et "prophète" de la "Nouvelle Alliance", "ambassadeur" plénipotentiaire de Dieu, chargé d'expliciter le sens de l'œuvre du Christ, et responsable comme eux de la rédaction d'un "Nouveau Testament", canon normatif de la vie sous cette "Nouvelle Alliance";
- dans un sens moins fort, pour désigner, par ex., certains collaborateurs de Paul et fondateurs d'Églises (Ac 14,4;14; Rm 16,7 par ex.).
προφήτας - des prophètes: Leur ministère, distinct de celui des apôtres, consiste, prosaïquement, à appliquer avec pertinence l'enseignement biblique et apostolique aux situations précises et aux circonstances particulières rencontrées par leurs auditeurs. La question de leur "inspiration" (directe ou non) par Dieu est discutée; Paul exhorte à recevoir les "prophéties inspirées" avec un esprit critique (1Th 5,20-21).
διδασκάλους͂- des enseignants: Ceux qui prêchent l'Évangile et l'expliquent; ce ministère semble être plus local, exercé au sein d'une Église, d'une communauté. Ce sont vraisemblablement ceux que Paul appelle ailleurs "responsables d'Église" ou "en Église". Voir aussi Ac 20,28.

Verset 29.
μὴ πάντες ἀπόστολοι; μὴ πάντες προφῆται; μὴ πάντες διδάσκαλοι; μὴ πάντες δυνάμεις;
Tous sont-ils apôtres? Tous sont-ils prophètes? Tous sont-ils docteurs? Tous ont-ils des pouvoirs?
On remarquera que ce verset est à nouveau construit sur une série de parallélismes parfaits.

Verset 30.
μὴ πάντες χαρίσματα ἔχουσιν ἰαμάτων; μὴ πάντες γλώσσαις λαλοῦσι; μὴ πάντες διερμηνεύουσι;
Tous ont-ils le don des miracles? Tous ont-ils le don des guérisons? Tous parlent-ils en langues? Tous interprètent-ils?
μὴ : Cette particule interrogative grecque implique une réponse négative. On peut ainsi l'expliciter par "Évidemment, non!"
On remarquera la structure très élaborée de ce verset:
- ses trois segments commencent par la particule "μὴ", suivie du sujet "πάντες - tous";
- le premier comporte un verbe, "ἔχουσιν" + un complément à deux termes, "χαρίσματα ἰαμάτων";
- le deuxième, un verbe, "λαλοῦσι" + un complément à un terme, "γλώσσαις ";
- le troisième un verbe seul "διερμηνεύουσι".
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• 1Co 12,31 - 13,13.

Superbe exemple de "correction fraternelle": Paul reprend un à un tous les défauts des Corinthiens pour leur montrer leur manque d'amour, de "charité".
La charité fraternelle inspirée par l'amour de Dieu est au-dessus de tout, la plus grande des vertus - on pourrit dire "la seule vertu", en tout cas celle qui donne leur valeur à toutes les autres: sans charité, aucune pratique, aussi spirituelle soit-elle, n'a de sens.
Cette hymne bien connue se divise en trois parties: la supériorité absolue de la charité; ses œuvres; sa pérennité.  

Traduction et remarques :

Chapitre 12.

Verset 31.
ζηλοῦτε δὲ τὰ χαρίσματα τὰ κρείττονα. καὶ ἔτι καθ᾿ ὑπερβολὴν ὁδὸν ὑμῖν δείκνυμι. 
Aspirez aux dons les meilleurs. Et je vais encore vous montrer une voie par excellence.
Voir 14,1;5. Cette phrase est une transition entre la péricope précédente (1ère partie de la phrase) à laquelle il va souvent se référer, et la suivante (2nde partie). Après avoir relevé à plusieurs reprises les tensions que connaît l'Eglise de Corinthe, Paul offre la voie par excellence vers l'unité.

Chapitre 13.

Verset 1.
᾿Εὰν ταῖς γλώσσαις τῶν ἀνθρώπων λαλῶ καὶ τῶν ἀγγέλων, ἀγάπην δὲ μὴ ἔχω, γέγονα χαλκὸς ἠχῶν ἢ κύμβαλον ἀλαλάζον.
Quand bien même je parlerais dans les langues des hommes et des anges, si je n'ai pas la charité, je suis un airain qui résonne, ou une cymbale qui retentit.
• ταῖς γλώσσαις τῶν ἀγγέλων- dans les langues des anges: Selon certains, les "langues inconnues" que se targuaient de parler les Corinthiens (voir 14,2) seraient à distinguer du phénomène d'Ac 2,4 (où les apôtres parlaient des langues auparavant inconnues d'eux, mais comprises par certains de leurs auditeurs); à Corinthe, il s'agirait de phénomènes extatiques (peu étonnants, étant le milieu païen dans lequel ils évoluaient et où l'on faisait grande place à ce genre de phénomènes: pythies, transes, oracles, etc.) au cours desquels les Corinthiens proféreraient des sons inintelligibles - assimilés par eux à la "langue des anges".
Selon d'autres, l'expression ταῖς γλώσσαις τῶν ἀνθρώπων καὶ τῶν ἀγγέλων - dans les langues des hommes et des anges serait simplement une tournure hyperbolique pour signifier "toutes les langues, même les plus improbables"; d'après d'autres enfin, cette expression soulignerait par l'adjonction des "anges" la nécessité de l' "ἀγάπη agapê, la charité, l'amour de l'autre".
• χαλκὸς ἠχῶν- un airain qui résonne: Noter d'abord que le verbe ἠχέω
êchéô, résonner, est à l'origine de notre substantif "écho".
Paul fait ici allusion aux marmites d'airain déposées devant certains temples païens (retrouvées par les archéologues à Dordone, près de Corinthe); ces marmites se touchant, on frappait la première et le son se transmettait de l'une à l'autre: le son ainsi obtenu, une sorte de murmure, était interprété comme le langage des dieux, qui auraient ainsi rendu leurs oracles. (La locution "airain de Dordone" était devenue, ailleurs en Grèce, le synonyme de "vains bavardages").
Cette allusion de Paul justifierait la première interprétation pour l'expression "langue des anges": les Corinthiens, imprégnés de culture païenne, se contenteraient d'appliquer à leurs pratiques un vocabulaire plus "chrétiennement correct".

Verset 2.
καὶ ἐὰν ἔχω προφητείαν καὶ εἰδῶ τὰ μυστήρια πάντα καὶ πᾶσαν τὴν γνῶσιν, καὶ ἐὰν ἔχω πᾶσαν τὴν πίστιν, ὥστε ὄρη μεθιστάνειν, ἀγάπην δὲ μὴ ἔχω, οὐδέν εἰμι.
Et quand bien même j'aurais le don de prophétie, la science de tous les mystères et toute la connaissance, quand j'aurais même toute la foi, jusqu'à transporter des montagnes, si je n'ai pas la charité, je ne suis rien.
On notera que Paul reprend ici divers charismes qu'il a déjà évoqués dans la péricope précédente (en particulier 12,28-30).
• προφητείαν - le don de prophétie: Voir 14,3. Comme dans le PT, ce mot, dans le NT, recouvre des réalités diverses:
- "prophétiser", c'est annoncer ce qui va arriver (Ac 11,27-28; 21,10);
- mais, le plus souvent, c'est aider les autres à grandir dans la foi (= "édification"), les encourager, les réconforter en appliquant à des situations concrètes l'enseignement de la vérité biblique; cette activité s'accompagnant d'une action de "révélation" par l'Esprit (14,26;30); cette part devait être d'autant plus importante que le NT n'était pas encore totalement rédigé;
- certains "prophètes" du NT semblent avoir exercé un ministère plus institutionnel (Ep 4,11);
- et les apôtres sont appelés par Paul "les prophètes de la nouvelle Alliance (Ep 2,20).
τὰ μυστήρια πάντα - tous les mystères: Voir 2,7.
πᾶσαν τὴν γνῶσιν - toute la connaissance: Voir 1,5; 8,1ssq (le problème des viandes: voir note sur 12, 22-24: ceux "qui savent" doivent agir avec amour pour ne pas choquer, voire faire tomber ceux "qui ne savent pas", ou "savent moins"; sinon leur "connaissance" est imparfaite, puisqu'ils ignorent l'amour); 12,8 et note.
πᾶσαν τὴν πίστιν - toute la foi: Voir 12,9 et note; Mc 11,23.

Verset 3.
καὶ ἐὰν ψωμίσω πάντα τὰ ὑπάρχοντά μου, καὶ ἐὰν παραδῶ τὸ σῶμά μου ἵνα καυθήσομαι, ἀγάπην δὲ μὴ ἔχω, οὐδὲν ὠφελοῦμαι.
Et quand bien même je distribuerais tous mes biens pour la nourriture des pauvres; quand bien même je livrerais même mon corps pour être brûlé, si je n'ai pas la charité, cela ne me sert de rien.
• ἐὰν ψωμίσω πάντα τὰ ὑπάρχοντά μου - quand bien même je distribuerais tous mes biens pour la nourriture des pauvres: Allusion à la pratique de l'aumône de la צדקה, visant à redresser les injustices humaines pour rétablir la justice divine (voir à cette page).
ἐὰν παραδῶ τὸ σῶμά μου ἵνα καυθήσομαι - quand bien même je livrerais même mon corps pour être brûlé: Allusion au martyre. Mais cette phrase présente une difficulté scripturaire, les manuscrits donnant plusieurs formes verbales différentes:
- Tischendorf (1864-1894) donne καυχθσωμαι - forme impossible;
- Wescott-Hort (1881) donne καυχησωμαι, qui viendrait de καυχάομαι
"(se) vanter", ce qui explique que l'on trouve (Bible du Semeur par ex.) "Si même je sacrifiais tous mes biens, et jusqu'à ma vie, pour aider les autres, au point de pouvoir m'en vanter"; cette version est syntaxiquement satisfaisante pour ce qui concerne la forme verbale, mais oblige à donner une traduction peu satisfaisante par rapport à la structure de la phrase grecque;
- Textus Receptus (Stephens, 1550; Scrivener, 1894) et Byzantine (rev. 2000) donne καυθησωμαι, qui devrait être rattaché au verbe καίω "brûler" - bien plus satisfaisant pour le sens et la structure générale de la phrase, mais difficile à justifier pour la forme verbale... sauf si l'on envisage la possiblité d'une correction en grec vernaculaire, ou "κοινηKoïnè".
Or on peut noter que le Codex Sinaiticus (milieu du IVème siècle; le plus ancien manuscrit complet de la Bible, le PT étant donné dans la version de la LXX et le NT précisément en κοινη; il se trouve au monastère Sainte-Catherine, Sinaï - d'où son nom) donne καυχησωμαι.
<- Ce verset dans le Codex Sinaiticus. On remarquera que les mots ne sont pas séparés et qu'ils sont coupés en fin de ligne, qu'il n'y a pas de ponctuation, que les caractères sont apparentés aux majuscules du grec classique, mais avec quelques différences; ainsi, l' Ω le Σ (sigma) a la forme de notre C. Le verbe incriminé se trouve en fin de 5ème ligne.

Verset 4.
῾Η ἀγάπη μακροθυμεῖ, χρηστεύεται, ἡ ἀγάπη οὐ ζηλοῖ, ἡ ἀγάπη οὐ περπερεύεται, οὐ φυσιοῦται,
La charité est patiente, elle est pleine de bonté; la charité n'est point envieuse; la charité ne se vante point, elle ne s'enfle point d'orgueil,
Η ἀγάπη- La charité : A la jalousie des Corinthiens (3,3), à leur fierté (3,21; 4,7; 5,3), à leur orgueil (4,6;18-19; 8,1), à leur comportement inadmissible ou inconvenant (5,1-2; 6,12-20; 11,3-15;20-22), à leur égocentrisme (10,24), Paul oppose la "charité", l'amour, qui "n'est pas envieuse, ne se vante point, ne s'enfle point d'orgueil","ne fait rien de malhonnête, ne cherche point son intérêt" (v.5)

Verset 5.
οὐκ ἀσχημονεῖ, οὐ ζητεῖ τὰ ἑαυτῆς, οὐ παροξύνεται, οὐ λογίζεται τὸ κακόν,
elle ne fait rien de malhonnête, elle ne cherche point son intérêt, elle ne s'irrite point, elle ne soupçonne point le mal,
οὐ λογίζεται τὸ κακόν - elle ne soupçonne point le mal: Le verbe ayant plusieurs acceptions, on peut comprendre "elle ne voit pas le mal", "elle ne tient pas compte du mal" (d'où la traduction liturgique: "n'entretient pas de rancune"); mais aussi "elle ne trame pas le mal", cf. Za 7,10; 8,17.
 
Verset 6.
οὐ χαίρει ἐπὶ τῇ ἀδικίᾳ, συγχαίρει δὲ τῇ ἀληθείᾳ·
elle ne se réjouit point de l'injustice, mais elle se réjouit de la vérité;

Verset 7.
πάντα στέγει, πάντα πιστεύει, πάντα ἐλπίζει, πάντα ὑπομένει.
elle excuse tout, elle croit tout, elle espère tout, elle supporte tout.

Verset 8.
Η ἀγάπη οὐδέποτε πίπτει. εἴτε δὲ προφητεῖαι, καταργηθήσονται· εἴτε γλῶσσαι, παύσονται· εἴτε γνῶσις, καταργηθήσεται.
La charité ne périt jamais. Les prophéties prendront fin, les langues cesseront, la connaissance disparaîtra.

Verset 9.
ἐκ μέρους γὰρ γινώσκομεν καὶ ἐκ μέρους προφητεύομεν·
Car nous connaissons en partie, et nous prophétisons en partie,

Verset 10.
ὅταν δὲ ἔλθῃ τὸ τέλειον, τὸτε τὸ ἐκ μέρους καταργηθήσεται.
mais quand ce qui est parfait sera venu, ce qui est partiel disparaîtra.
τὸ τέλειον- ce qui est parfait: Paul rappelle à ses lecteurs que la perfection est encore à venir...
Leur connaissance et leur expérience de l'Esprit ne font qu'entrevoir ce qui sera - et donc cesseront lorsque ce qu'elles entrevoient sera effectivement venu.
- Certains voient dans cette "perfection" l'achèvement de la révélation apostolique ("la foi transmise une fois pour toutes", cf. Jd 3), et pensent donc que les dons du Seigneur (par ex. le "parler en langues" et la prophétie) ont cessé depuis lors.
- Cependant, cette "perfection" semble viser le temps de l'établissement définitif du Royaume de Dieu (vv.12-13; voir 15,28), où nous "verrons directement" (v.12; voir Mt 5,8; 1Jn 3,2).

Verset 11.
ὅτε ἤμην νήπιος, ὡς νήπιος ἐλάλουν, ὡς νήπιος ἐφρόνουν, ὡς νήπιος ἐλογιζόμην· ὅτε δὲ γέγονα ἀνήρ, κατήργηκα τὰ τοῦ νηπίου.
Lorsque j'étais enfant, je parlais comme un enfant, je pensais comme un enfant, je raisonnais comme un enfant; lorsque je suis devenu homme, j'ai fait disparaître ce qui était de l'enfant.
ὡς νήπιος- comme un enfant: De même que le passage de l'enfance à l'état adulte marque un changement important, le passage du monde présent au monde eschatologique, à venir, verra la disparition de tout ce qui est imparfait (notamment dans le domaine de la connaissance).

Verset 12.
βλέπομεν γὰρ ἄρτι δι᾿ ἐσόπτρου ἐν αἰνίγματι, τότε δὲ πρόσωπον πρὸς πρόσωπον· ἄρτι γινώσκω ἐκ μέρους, τότε δὲ ἐπιγνώσομαι καθὼς καὶ ἐπεγνώσθην,
Aujourd'hui nous voyons au moyen d'un miroir, d'une manière obscure, mais alors nous verrons face à face; aujourd'hui je connais en partie, mais alors je connaîtrai comme j'ai été connu.
δι᾿ ἐσόπτρου- au moyen d'un miroir: Paul applique à l'eschatologie chrétienne une image classique chez les philosophes grecs, en particulier socrato-platoniciens.

Verset 13.
νυνὶ δὲ μένει πίστις, ἐλπίς, ἀγάπη, τὰ τρία ταῦτα· μείζων δὲ τούτων ἡ ἀγάπη. 
Maintenant donc ces trois choses demeurent: la foi, l'espérance, la charité; mais la plus grande de ces choses, c'est la charité.

<- "Croix camarguaise" (sur l'église des Saintes-Maries-de-la-Mer) symbolisant des trois vertus cardinales: la croix figure la foi, l'ancre l'espérance, et le cœur la charité. Les tridents aux extrémités de la croix sont ceux qu'utilisaient traditionnellement les gardians pour diriger leurs troupeaux.

μένει - demeurent: Ce sont la foi, l'espérance et la charité qui nous introduisent, dès "maintenant", dès le temps présent, dans les réalités qui "demeurent", celles de l'au-delà - et que notre "connaissance", elle, ne peut appréhender que de façon indirecte et partielle (v.12).
C'est pourquoi, alors que les épîtres du NT ne reprochent jamais à un chrétien ou à une Église de ne pas posséder tel ou tel don miraculeux, elles ne cessent d'inviter les chrétiens à croire, à espérer, et à aimer.
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• 1Co 15,1-11.

Pour être sauvé, il faut garder dans toute sa pureté la Bonne Nouvelle, l'Évangile, qui constitue le cœur du "Symbole des Apôtres" - et ne jamais oublier que tout ce qu'on peut faire de bien doit être attribué à la grâce de Dieu.

Traduction et remarques :
Cette péricope a pour thème la foi salvatrice; elle sert d'introduction au chapitre 15, sur la résurrection.

Verset 1.
Γνωρίζω δὲ ὑμῖν, ἀδελφοί, τὸ εὐαγγέλιον ὃ εὐηγγελισάμην ὑμῖν, ὃ καὶ παρελάβετε, ἐν ᾧ καὶ ἑστήκατε,
Je vous rappelle, frères, l'Évangile que je vous ai annoncé, que vous avez reçu, dans lequel vous avez persévéré,

Verset 2.
δι᾿ οὗ καὶ σώζεσθε, τίνι λόγῳ εὐηγγελισάμην ὑμῖν εἰ κατέχετε, ἐκτὸς εἰ μὴ εἰκῇ ἐπιστεύσατε.
et par lequel vous êtes sauvés, si vous le retenez tel que je vous l'ai annoncé; autrement, vous auriez cru en vain.
εἰκῇ ἐπιστεύσατε - vous auriez cru en vain: La foi s'appuie sur la révélation et l'œuvre, historiques, de Jésus Christ (voir vv.3-4;6 et notes).
Une foi dont le contenu ne correspondrait à celui de l'Évangile que Paul a prêché serait vaine (comparer par exemple, lors de récents sondages, aux personnes qui disent être chrétiennes, mais ne pas croire pas à la Résurrection). La gravité d'un tel rappel annonce la gravité du sujet que Paul va aborder dans ce chapitre.

Verset 3.
παρέδωκα γὰρ ὑμῖν ἐν πρώτοις, ὃ καὶ παρέλαβον, ὅτι Χριστὸς ἀπέθανεν ὑπὲρ τῶν ἁμαρτιῶν ἡμῶν κατὰ τὰς γραφάς,
En effet, je vous ai enseigné avant tout, comme je l'avais aussi reçu, que Christ est mort pour nos péchés, selon les Écritures;
παρέδωκα ὑμῖν [...] παρέλαβον -Je vous ai enseigné [...] j'avais reçu: Comp. 11,23. L'emploi de ces deux verbes, "παραλαμβάνω - je reçois" (déjà au v.1) et "παραδίδωμι - je transmets" décrivant la transmission d'une tradition pourrait indiquer que Paul, dans ce qui va suivre, se réfère à une confession de foi de l'Église primitive.
En tout cas, nous avons bien ici un résumé de l'essentiel de la foi chrétienne.
κατὰ τὰς γραφάς  -selon les Écritures: Voir Lc 24,46. Référence, par ex., à Ps 22 et Is 52,13 - 53,12; également à Ez 4,1-8 (le prophète porte le péché et la condamnation de la communauté); Za 13,7 (le berger d'Israël est frappé).

Verset 4.
καὶ ὅτι ἐτάφη, καὶ ὅτι ἐγήγερται τῇ τρίτῃ ἡμέρᾳ κατὰ τὰς γραφάς,
qu'il a été enseveli, et qu'il est ressuscité le troisième jour, selon les Écritures;
ἐγήγερται τῇ τρίτῃ ἡμέρᾳ κατὰ τὰς γραφάς - il est ressuscité le troisième jour, selon les Écritures:
- Noter l'insistance sur "κατὰ τὰς γραφάς - selon les Écritures": Jésus est bien le Messie annoncé tout au long du premier Testament.
-Référence, par ex., à Ps 16,9-11; également à Os 6,2 ("le troisième jour").

Verset 5.
καὶ ὅτι ὤφθη Κηφᾷ, εἶτα τοῖς δώδεκα·
et qu'il est apparu à Képhas, puis aux Douze.
Κηφα - Képhas: Κηφᾶς Kēphas, transcription en grec d'un mot araméen d'origine chaldéenne, כּף kêpha (hébreu כּף kêph, de même sens): "le roc, la pierre".
- En fait, il s'agit de Simon-Pierre.
- Il portait le nom hébreu שׁמעון shim‛ôn - Syméon, signifiant "(YHWH) a entendu", et transcrit en grec Σίμων Simôn - Simon.
- Dans la communauté chrétienne, il était surnommé כּףKépha.
- Ce surnom est, dans le NT (rédigé - faut-il le rappeler? - en grec) tantôt transcrit de l'araméen en grec (Κηφᾶς- forme usuelle chez Paul), tantôt traduit en grec sous la forme de Πέτρος Petros
- Les évangiles l'appellent soit Σίμων Simon (Lc 5,10 par ex.), soit Πέτρος Pierre, ou encore Σίμων Πέτρος (Lc 5,8 par ex.), Jean manifestant une prédilection pour cette dernière forme.
- Il est vraisemblable que le surnom de "Roc" lui avait été donné en raison de ses qualités de force, de fidélité, de stabilité.
- Matthieu est le seul évangéliste à rapporter la promesse de Jésus: "Je te dis que tu es Pierre, et que sur cette pierre je bâtirai mon Église" (Mt 16,18) après la confession de foi de Simon; et la tournure même de la phrase implique que ce dernier portait déjà ce surnom avant que le Christ ne l'utilise pour indiquer à Pierre sa mission; on pourrait dire "Simon, tu es surnommé "Pierre/le Roc" pour tes qualités, et c'est pourquoi je te choisis pour être la pierre de fondation de mon Église".
•  τοῖς δώδεκα - aux Douze: Terme "technique" pour désigner les Apôtres, même si lors de la Résurrection ils n'étaient plus que onze (cf. Lc 24,33; Jn 20,24 et Vulgate, qui traduit ici undecim).
Voir Lc 24,36-49; Jn 20,19-23sqq. 
 
Verset 6.
ἔπειτα ὤφθη ἐπάνω πεντακοσίοις ἀδελφοῖς ἐφάπαξ, ἐξ ὧν οἱ πλείους μένουσιν ἕως ἄρτι, τινὲς δὲ καὶ ἐκοιμήθησαν·
Ensuite, il est apparu à plus de cinq cents frères à la fois, dont la plupart sont encore vivants, et dont quelques-uns sont morts.
ἐπάνω πεντακοσίοις ἀδελφοῖς ἐφάπαξ -à plus de cinq cents frères à la fois: Voir peut-être Mt 28,16-20.
ἕωςἄρτι -encore: Littéralement, "jusqu'à maintenant". Paul a le souci de souligner l'historicité de la résurrection de Jésus.

Verset 7.
ἔπειτα ὤφθη ᾿Ιακώβῳ, εἶτα τοῖς ἀποστόλοις πᾶσιν·
Ensuite, il est apparu à Jacques, puis à tous les apôtres.
τοῖς ἀποστόλοις πᾶσιν -à tous les apôtres: Voir Lc 24,50-52; Ac 1,9-12. Selon certains, cette expression désignerait un groupe plus large que celui des Douze; cependant, puisque Paul cite cette apparition après celle au seul Jacques (Ac 12,17 où Jacques est cité pour la première fois - il est l'un des piliers de l'Eglise de Jérusalem), on peut penser qu'il s'agit bien des Douze.

Verset 8.
ἔσχατον δὲ πάντων ὡσπερεὶ τῷ ἐκτρώματι ὤφθη κἀμοί.
Après eux tous, il m'est aussi apparu à moi, comme à l'avorton;
τῷ ἐκτρώματι -à l'avorton:
- Ce terme est généralement traduit par "avorton", sous-entendant "le moins que rien"; c'était effectivement le sobriquet que ses adversaires (Juifs ou chrétiens) avaient donné à Paul.
- Mais ce terme désignait en fait l'enfant dont la mère était morte en le mettant au monde. L'image est alors très belle et très forte: contrairement aux autres Apôtres, Paul a été appelé après la mort du Christ - on pourrait même dire que Jésus est mort "pour donner la vie" à Paul (et à tous les pécheurs).
- Dans l'une ou l'autre des deux interprétations, Paul rappelle avec humilité la légitimité de son apostolat et la grâce de Dieu à son égard.

Verset 9.
᾿Εγὼ γάρ εἰμι ὁ ἐλάχιστος τῶν ἀποστόλων, ὃς οὐκ εἰμὶ ἱκανὸς καλεῖσθαι ἀπόστολος, διότι ἐδίωξα τὴν ἐκκλησίαν τοῦ Θεοῦ·
car je suis le moindre des apôtres, je ne suis pas digne d'être appelé apôtre, parce que j'ai persécuté l'Église de Dieu.

• ἀπόστολος -apôtre: Paul est conscient d'être certes un "apôtre", mais avec un caractère particulier.
Contrairement aux Douze, il n'a pas été présent auprès de Jésus durant son ministère terrestre (Ac 1,21-22).
Son passé de persécuteur et son appel "après coup" (v.8) font de lui le "prototype" des païens qui se convertissent (1Tm 1,15), qui ne bénéficient du salut qu'en vertu de la seule grâce de Dieu.
Cette humilité de Paul n'est pas feinte - comme le prouve le v.10. S'il est fier de ses racines juives (voir à cette page), il n'est pas fier de son passé par rapport aux chrétiens!
Par ces remarques concernant son propre ministère, Paul répond peut-être à des critiques portées par certains Corinthiens (voir 1Co 9,3)

Verset 10.
χάριτι δὲ Θεοῦ εἰμι ὅ εἰμι· καὶ ἡ χάρις αὐτοῦ ἡ εἰς ἐμὲ οὐ κενὴ ἐγενήθη, ἀλλὰ περισσότερον αὐτῶν πάντων ἐκοπίασα, οὐκ ἐγὼ δὲ, ἀλλὰ ἡ χάρις τοῦ Θεοῦ ἡ σὺν ἐμοί.
Par la grâce de Dieu je suis ce que je suis, et sa grâce envers moi n'a pas été vaine; loin de là, j'ai travaillé plus qu'eux tous, non pas moi toutefois, mais la grâce de Dieu qui est avec moi.

Verset 11.
εἴτε οὖν ἐγὼ εἴτε ἐκεῖνοι, οὕτω κηρύσσομεν καὶ οὕτως ἐπιστεύσατε.
Ainsi donc, que ce soit moi, que ce soient eux, voilà ce que nous prêchons, et c'est ce que vous avez cru.
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• 1Co 15,12; 16-20.

La foi en la résurrection du Christ et des morts est le fondement sûr de l'espérance chrétienne. Notre sort est indissociablement lié à celui du Seigneur Jésus.

Traduction et remarques :

Verset 12.
Εἰ δὲ Χριστὸς κηρύσσεται ὅτι ἐκ νεκρῶν ἐγήγερται, πῶς λέγουσι τινες ἐν ὑμῖν ὅτι ἀνάστασις νεκρῶν οὐκ ἔστιν;
Or, si l'on prêche que Christ est ressuscité des morts, comment quelques-uns parmi vous disent-ils qu'il n'y a point de résurrection des morts?
ἀνάστασις νεκρῶν οὐκ ἔστιν - il n'y a point de résurrection des morts: Certains Corinthiens, influencés par la philosophie grecque (qui valorisait l'âme au détriment du corps), pensaient avoir déjà le Salut par la vie de l'Esprit; ne percevant pas l'importance du corps dans le plan de la rédemption divine, ils niaient la résurrection corporelle future, pensaient être déjà entrés en possession de la vie glorieuse à venir - et n'attendaient plus que l'abandon du corps lors de la mort. Voir 1Co 4,8.
Leur espoir était non de "revêtir" le corps de résurrection, mais de se "dévêtir" de leur corps physique et de devenir totalement "spirituels" (voir 2Co 5,4-5)

Argumentation du passage (versets 14-18):
"Si Christ n'est pas ressuscité",
1.la prédication chrétienne est vaine (v.14);
2.la foi chrétienne est une illusion (v.17) sans objet (v.14);
3.les morts sont définitivement perdus (v.18)

Verset 16.
᾿εἰ γὰρ νεκροὶ οὐκ ἐγείρονται, οὐδὲ Χριστὸς ἐγήγερται·
Car si les morts ne ressuscitent point, le Christ non plus n'est pas ressuscité. 

Verset 17.
εἰ δὲ Χριστὸς οὐκ ἐγήγερται, ματαία ἡ πίστις ὑμῶν· ἔτι ἐστὲ ἐν ταῖς ἁμαρτίαις ὑμῶν.
Et si Christ n'est pas ressuscité, votre foi est vaine, vous êtes encore dans vos péchés,

Verset 18.
ἄρα καὶ οἱ κοιμηθέντες ἐν Χριστῷ ἀπώλοντο.
et par conséquent aussi ceux qui sont morts dans le Christ sont perdus. 

Verset 19.
εἰ ἐν τῇ ζωῇ ταύτῃ ἠλπικότες ἐσμὲν ἐν Χριστῷ μόνον, ἐλεεινότεροι πάντων ἀνθρώπων ἐσμέν.
Si c'est dans cette vie seulement que nous espérons en Christ, nous sommes les plus malheureux de tous les hommes.
 
Verset 20.
Νυνὶ δὲ Χριστὸς ἐγήγερται ἐκ νεκρῶν, ἀπαρχὴ τῶν κεκοιμημένων ἐγένετο.
Mais maintenant, le Christ est ressuscité des morts, il est les prémices de ceux qui sont morts.
ἀπαρχὴ - les prémices: Les "prémices" sont les premiers fruits de la moisson, que l'on offrait au Seigneur (en particulier lors de la fête de Chavouot), mais aussi le premier-né (dans les troupeaux), et le fils aîné que l'on "rachetait" à YHWH (voir page sur la Présentation de Jésus au Temple); le Christ, comme les "prémices", annonce et garantit la moisson à venir.
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• 1Co 15,20-27a

Chacun à son rang, tous revivront parce que le Christ, chef de l'humanité nouvelle, et ressuscité d'entre les morts, a ouvert la route de la vie qui ne finit pas. Ce qui est aujourd'hui objet de foi et d'espérance apparaîtra un jour en pleine lumière.
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2Co 5,14-17

Celui qui connaît du Christ par la foi 
-         se souvient de son œuvre de salut,
-         a conscience d’être devenu en lui une créature nouvelle,
-         le met au centre de toute son existence,
-         et fixe le regard sur le monde nouveau et déjà là qui, un jour, se révèlera en pleine lumière.
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• 2Co 5,17- 19.

Dieu offre à tous les hommes la grâce de devenir, en Jésus Christ et par lui, créatures nouvelles dans un monde nouveau.Encore faut-il se laisser réconcilier. 
Naturalisés citoyens des cieux, ceux qui s'attachent au Christ sans partage verront leur pauvre corps transfiguré à l'image du corps glorieux du Ressuscité le jour où il reviendra. Leur attente ne sera pas déçue.

Sur ce texte:
Sur Paul: Voir à cette page.
Sur Paul et les Corinthiens: Voir plus haut.
Ce passage dans la section 2Co 5,11 - 6,13:
- Le sentiment de révérence que éprouve pour le Seigneur et qui le motive dans son ministère devrait donner de la fierté aux Corinthiens: 5,11-15.
- Mais c'est, par-dessus tout, l'amour du Christ qui est la source de sa consécration. Paul présente sa mission comme celle d'un ambassadeur annonçant l'irruption de la nouvelle création dans le monde présent. Celui qui est uni au Christ fait l'expérience d'une nouvelle relation avec Dieu (réconciliation) et avec les autres (ce ne sont plus les critères humains qui comptent): 5,16-19.
- En adhérant au message divin de réconciliation, les Corinthiens montreront que la grâce qu'ils ont reçue n'a pas été sans effet: 5,20-6,2.
- A ceux qui le critiquent, Paul montre de façon saisissante comment sa persévérance appuie son ministère: 6,3-10.
- Il ouvre son cœur à ses lecteurs, et les invite à faire de même à son égard: 6,11-13.

Traduction et notes:

Verset 17.
ὥστε εἴ τις ἐν Χριστῷ, καινὴ κτίσις· τὰ ἀρχαῖα παρῆλθεν, ἰδοὺ γέγονε καινά τὰ πάντα·
Ainsi, si quelqu'un est dans le Christ, il est unedevenues nouvelles.
ἐν Χριστῷ - dans le Christ: C'est à dire "uni au Christ".
εἴ τις ἐν Χριστῷ, καινὴ κτίσις͂ͅ - si quelqu'un est dans le Christ, il est une nouvelle créature: Dans les deux membres de cette phrase, le verbe est sous-entendu, ce qui la rend plus frappante; le nom κτίσις ktisis peut se traduire par "créature" ou "création"; c'est d'ailleurs ce dernier sens qu'a choisi la traduction hébraïque du NT: בּריאה berı̂y'âh.
τὰ ἀρχαῖα παρῆλθεν - Les choses anciennes sont passées: Le péché et la mort spirituelle ont été vaincus (même s'ils gardent parfois encore un certain pouvoir) par le Christ.
La traduction liturgique est beaucoup trop explicite par rapport au grec - tant
- par l'emploi du substantif "monde" pour traduire les deux adjectifs au neutre pluriel, ce qui est toujours une expression à la fois très vague et très globalisante (on pourrait traduire "tout ce qui est ancien [...] tout ce qui est nouveau"),
- que par l'ajout de l'adverbe "déjà",
- et par l'emploi du verbe "naître" pour traduire le verbe γίνομαι ginomaï, ce qui est une extrapolation puisque celui-ci signifie "devenir"
ἰδοὺ - voici: Sorte de "ponctuation" du discours, comme הנּהhinnêh en hébreu.

Verset 18.
τὰ δὲ πάντα ἐκ τοῦ Θεοῦ τοῦ καταλλάξαντος ἡμᾶς ἑαυτῷ διὰ ᾿Ιησοῦ Χριστοῦ καὶ δόντος ἡμῖν τὴν διακονίαν τῆς καταλλαγῆς,
Et tout cela vient de Dieu, qui nous a réconciliés avec lui par le Christ, et qui nous a donné le ministère de la réconciliation.
τὴν διακονίαν τῆς καταλλαγῆς - le ministère de la réconciliation: Voir 1,1; 3,6 et note sur 1Co 12,28 sur le rôle des apôtres, leur "ministère". Sur le thème de la "réconciliation", voir Rm 5,10. Certains voient dans la "réconciliation" la disparition de l'hostilité aussi bien du côté de l'homme que du côté de Dieu; mais selon Mt 5,23-24, il s'agit plutôt de la disparition de l'hostilité du côté de celui qui a été offensé.
On doit ajouter qu'ici, comme en Rm 5,10 et Col 1,21-22, la "réconciliation" est une œuvre de Dieu, et qu'elle a été accomplie par la mort de Jésus Christ (Rm 5,10). Elle vient du fait que Dieu ne tient plus compte de nos faute: il change d'attitude envers nous et renonce à toute hostilité envers nous (il faut noter la notion de "colère" de Dieu en Rm 5,9) à cause de nos fautes; il nous accueille grâce au sacrifice du Christ. 

Verset 19.
ὡς ὅτι Θεὸς ἦν ἐν Χριστῷ κόσμον καταλλάσσων ἑαυτῷ, μὴ λογιζόμενος αὐτοῖς τὰ παραπτώματα αὐτῶν, καὶ θέμενος ἐν ἡμῖν τὸν λόγον τῆς καταλλαγῆς. 
Car Dieu était dans le Christ, réconciliant le monde avec lui-même, en n'imputant point aux hommes leurs offenses; et il a mis en nous la parole de la réconciliation.
Θεὸς ἦν ἐν Χριστῷ κόσμον καταλλάσσων ἑαυτῷ - Dieu était dans le Christ, réconciliant le monde avec lui-même: La "réconciliation avec Dieu" passe par le pardon des péchés, que Dieu efface grâce à l'œuvre du Christ (voir Rm 4,3-7).
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• 2Co 5,20- 6,2.

Se laisser réconcilier par Dieu, s'ouvrir à la grâce du pardon acquis par le Christ qui a pris sur lui le péché du monde pour nous "identifier à la justice", à la sainteté de Dieu: voilà à quoi exhorte le "temps favorable" du Carême.

Sur ce passage:
Sur Paul, les Corinthiens, et les épîtres voir à cette page.
Ce passage dans la section 2Co 5,11 - 6,13:
- Le sentiment de révérence que éprouve pour le Seigneur et qui le motive dans son ministère devrait donner de la fierté aux Corinthiens: 5,11-15.
- Mais c'est, par-dessus tout, l'amour du Christ qui est la source de sa consécration. Paul présente sa mission comme celle d'un ambassadeur annonçant l'irruption de la nouvelle création dans le monde présent. Celui qui est uni au Christ fait l'expérience d'une nouvelle relation avec Dieu (réconciliation) et avec les autres (ce ne sont plus les critères humains qui comptent): 5,16-19.
- En adhérant au message divin de réconciliation, les Corinthiens montreront que la grâce qu'ils ont reçue n'a pas été sans effet: 5,20-6,2.
- A ceux qui le critiquent, Paul montre de façon saisissante comment sa persévérance appuie son ministère: 6,3-10.
- Il ouvre son cœur à ses lecteurs, et les invite à faire de même à son égard: 6,11-13.

Traduction et remarques :

CHAPITRE 5.

Verset 20.
῾Υπὲρ Χριστοῦ οὖν πρεσβεύομεν ὡς τοῦ Θεοῦ παρακαλοῦντος δι᾿ ἡμῶν δεόμεθα ὑπὲρ Χριστοῦ, καταλλάγητε τῷ Θεῷ·
Nous remplissons donc les fonctions d'ambassadeurs pour le Christ, comme si Dieu exhortait par nous; nous vous en supplions au nom du Christ: Soyez réconciliés avec Dieu!
πρεσβευομεν Nous remplissons les fonctions d'ambassadeurs: Les apôtres sont les représentants plénipotentiaires de Dieu, parlant au nom du Christ ("ὑπὲρ Χριστοῦ " deux fois dans le verset): ils ont comme tâche, en particulier, d'expliciter "la foi qui a été transmise une fois pour toutes à ceux qui appartiennent à Dieu" et que contient le Nouveau Testament (voir Ep 6,20).

Verset 21.
῾τὸν γὰρ μὴ γνόντα ἁμαρτίαν ὑπὲρ ἡμῶν ἁμαρτίαν ἐποίησεν, ἵνα ἡμεῖς γενώμεθα δικαιοσύνη Θεοῦ ἐν αὐτῷ.
Celui qui n'a point connu le péché, il l'a fait devenir péché pour nous, afin que nous devenions en lui justice de Dieu.
τὸν γὰρ μὴ γνόντα ἁμαρτίαν- Celui qui n'a point connu le péché: Voir Rm 8,3; Hé 4,15.
ὑπὲρ ἡμῶν ἁμαρτίαν ἐποίησεν - [Dieu] l'a fait devenir péché pour nous: Le Christ a porté sur lui la peine qu'encourait notre péché, c'est-à-dire la mort (voir Ga 3,3). Certains comprennent "pour nous, [Dieu] l'a fait sacrifice pour le péché" (le "bouc émissaire" - voir Is 53,10).
 ἵνα ἡμεῖς γενώμεθα δικαιοσύνη Θεοῦ ἐν αὐτω- afin que nous devenions en lui justice de Dieu: Traduction littérale; autre traduction,  plus contestable (préposition "ἐν" traduite par "par", traduction de "ἡμεῖς γενώμεθα" un peu hasardeuse): "afin que, par [le Christ], la justice de Dieu se réalise en nous". La traduction liturgique "nivelle" le verset, en particulier par la répétition du verbe "identifier", qui n'existe pas dans l'original grec.

CHAPITRE 6.

Verset 1.
῾Συνεργοῦντες δὲ καὶ παρακαλοῦμεν μὴ εἰς κενὸν τὴν χάριν τοῦ Θεοῦ δέξασθαι ὑμᾶς·
Puisque nous travaillons ensemble, nous vous exhortons à ne pas recevoir la grâce de Dieu en vain.
 Συνεργοῦντεςδὲ - Puisque nous travaillons ensemble: Le travail de Paul et de ses disciples (ici les corinthiens) sont complémentaires, ils sont donc "collaborateurs" (sens étymologique littéral du verbe grec συν-εργέω sun-ergeō: "je travaille avec"; latin: cum + laborare -> col-laborer) et dépendent tous de l'œuvre de Dieu. Certains (dont la trad. liturgique) écrivent: "nous travaillons avec Dieu"; mais
1°/ cela suppose un complément "avec Dieu" sous-entendu;
2°/ or cela ne correspond pas à l'emploi absolu (= sans complément), très fréquent chez Paul, de ce verbe (Rm 16,3;9;21; 1Co 3,9; 2Co 1,24; 8,23; Ph 2,25; 4,3; Col 4,11; 1Th 3,2; Phm 1,24...) 
εἰς κενὸν-en vain: C'est en produisant dans le croyant le vouloir et le faire que la grâce agit en lui, le conduisant ainsi à répondre de manière responsable à son œuvre intérieure de libération du péché.

Verset 2.
῾λέγει γάρ· καιρῷ δεκτῷ ἐπήκουσά σου καὶ ἐν ἡμέρᾳ σωτηρίας ἐβοήθησά σοι· ἰδοὺ νῦν καιρὸς εὐπρόσδεκτος, ἰδοὺ νῦν ἡμέρα σωτηρίας·
Car il dit:
Au temps favorable je t'ai exaucé,
Au jour du salut je t'ai secouru.
Voici maintenant le temps favorable, voici maintenant le jour du salut.
καιρῷ δεκτῷ ἐπήκουσά σου καὶ ἐν ἡμέρᾳ σωτηρίας ἐβοήθησά σοι
Au temps favorable je t'ai exaucé,
Au jour du salut je t'ai secouru: Citation textuelle d'Is 49,8:
 בעת רצון עניתיך וביום ישׁועה עזרתיך
LXX: Καιρῷ δεκτῷ ἐπήκουσά σου καὶ ἐν ἡμέρᾳ σωτηρίας ἐβοήθησά σοι. Cette citation souligne la nécessité urgente d'accepter la grâce de Dieu, qui est offerte à tous, dans le temps présent, (i.e. depuis la venue du Christ). Les Corinthiens, en particulier - et tous les croyants, en général - sont invités à renouveler leur engagement à l'égard du Christ (voir aussi Ps 69,14; Is 55,6).
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2Co 8,7;9;13-15

Pour inciter les Corinthiens à venir en aide à l’Eglise de Jérusalem, saint Paul ne fait pas appel à leurs sentiments. Il leur dit « Souvenez-vous de la générosité du Christ ». Cela doit suffire à engager au partage des biens de tous ordres.

Depuis Pâques, la consigne de silence est levée. Il faut annoncer au monde entier ce que Jésus a accompli autrefois en présence seulement de quelque témoins qui – tout comme nous aujourd’hui – avaient encore du chemin à parcourir pour comprendre le mystère de la Croix et parvenir à la foi pascale.

Garder égoïstement pour soi les dons de la foi, de la parole et de la connaissance de Dieu serait gravement s’appauvrir !
Les communautés frileusement et jalousement repliées sur elles-mêmes finissent tôt ou tard par s’étioler.
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2Co 12,7-10

Paul, le persécuteur converti, a bénéficié de grâces et de révélations exceptionnelles. Données à l’apôtre, elles n’ont rien changé à la faiblesse de l’homme (voir introduction ci-dessus): la force dont il faisait preuve dans son ministère manifestait la puissance du Christ à qui seul il faut rendre grâce.

Paradoxalement, dit saint Paul, c’est dans la faiblesse des missionnaires que se manifeste avec le plus d’éclat la puissance du Christ.
L’église et les chrétiens peuvent compter sur la grâce du Seigneur…
Que cela leur suffise pour se lancer dans la Mission !


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