Les Épîtres de saint Paul
(2: Ga; Ep; Ph)
Lettre aux Galates
La lettre aux Galates, qui compte six chapitres et 149 versets, est la
troisième en date des lettres de Paul (vers 55/57); elle constitue un
des documents les plus significatifs de la manière de « l’apôtre des
Gentils » (les Gentils étant le nom longtemps donné aux non-Juifs, aux Goïm) et des plus révélateurs de la naissance de l’Église. Son
influence a été grande dans l’histoire de la chrétienté qui la range,
malgré sa relative brièveté, à la suite immédiate des lettres aux
Romains et aux Corinthiens; elle sert d’arme principale dans tous les
débats en faveur de la liberté de l’esprit contre les lourdeurs de tous
les légalismes.
L’adresse (1,1-10), relativement longue et solennelle, insiste sur
l’autorité divine de la mission de Paul. Les destinataires se voient
reprocher dès le début leur abandon de l’annonce de Jésus à la suite
de calomnies lancées contre Paul. La lettre que celui-ci leur écrit a
pour objet de les ramener à leur vocation, de prouver l’authenticité de
l’annonce nouvelle et d’établir l’autorité de Paul, envoyé du messie.
I. Dans son introduction, Paul avait déjà amorcé la défense de son
autorité apostolique (1,6-10): il poursuit son plaidoyer « pro domo »
(1,11-2,21) en affirmant que la condition apostolique qui est la sienne
ne doit rien aux hommes mais tout à Dieu.
La
question débattue ici encore est celle de savoir dans quelle mesure les
païens convertis à la foi messianique nouvelle seront tenus à
l’observance des mitvvot.
Ce problème se posait non seulement à l’Église
chrétienne naissante, mais à toutes les écoles et à toutes les sectes
d’Israël. Si la Tora' est révélée par YHWH, comment y adhérer
sans en suivre les commandements ? Suivant une tradition pharisienne,
Paul proclame la liberté des prosélytes: ils ne sont pas obligés de se
soumettre à toutes les obligations rituelles des Hébreux.
II. Sa thèse étant ainsi définie, Paul s’emploie à en démontrer
l’inébranlable solidité (3,1-4,31). Ce n’est pas l’observance des
mitsvot qui sauve, mais l’adhésion de l’homme à Dieu, à sa Tora',
à son Messie. Une première preuve en est donnée par les manifestations
charismatiques consécutives à la conversion des Galates (3,1-5).
Vient alors la démonstration scripturaire de l’argument (3,6-14).
L’histoire d’Abraham prouve que la foi procure aux païens de naissance
la plénitude des bénédictions divines. Suit l’argument juridique du
testament (3,15-18) et la définition de la nature de la mitsva qui est
un moyen d’accéder à la perfection et non une fin en soi.
Le thème de la liberté messianique peut alors se développer, que
Paul illustre par l’exemple des deux femmes d’Abrahâm (4,1-31). La
dernière partie de la lettre est consacrée aux implications éthiques de
ce message (5,1-6,10). Enfermer la communauté messianique nouvelle sous
le joug de la mitsva, fût-elle l’abrahamique circoncision, serait
amoindrir l’universalité du message.
La conclusion, écrite de la main de Paul, qui jusqu’ici avait dicté
sa lettre, revient sur le rejet des propagandistes qui veulent imposer
la circoncision aux païens convertis.
Avant d’ultimes salutations, Paul évoque la trace en son corps des souffrances de Jésus (6,11-18).
La critique s’évertue à cerner l’identité des adversaires de Paul en
Galatie: les commentateurs voient généralement en eux des
« judaïsants » s’opposant aux développements d’une doctrine nouvelle,
celle de l’Église naissante.
Cette perspective simplifie à l’extrême
les données d’un problème autrement complexe. Parler à l’époque de
« judaïsme » comme de la réalité monolithique qui deviendra la sienne
au cours des siècles n’a, à vrai dire, aucun sens, compte tenu de
l’extrême diversité des tendances non seulement des sectes diverses
mais, à l’intérieur de chaque secte, des écoles différentes.
Au sein de la communauté nouvelle, Pierre et Paul avaient des
opinions fort différentes sur la place à donner à la « Loi » dans
l’Église. Paul lui-même, en la matière, a une pensée fort nuancée dont
la subtilité échappe souvent aux analystes. En fait, la Tora' est pour
tous la parole de YHWH et nous assistons à Jérusalem, à
Antioche, en Galatie à l’effort de pensée qui permettrait l’entrée des
païens au sein du peuple de Dieu, sans que l’observance des
mistvot fasse obstacle à leur conversion.À ce problème théologique,
Paul apporte la réponse la plus complète et la plus élaborée qui soit
en voyant dans le Messie le fondement de l’unité entre païens et
Hébreux.
La lettre aux Galates constitue ainsi un document de première
importance, écrit par le principal agent de l’établissement de l’Église
hors de Terre sainte, en territoires hellénistiques et romains. En
dehors de sa valeur historique, elle constitue un témoignage
inestimable pour pénétrer dans l’intimité de la vie, de la pensée et
de la psychologie de l’apôtre des Gentils, illuminé par son appel
prophétique et messianique.
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• Ga 2,16;19- 21.
On est "justifié" par la foi, par le don de grâce que le Christ nous a acquise - non en considération de mérites personnels..
Dès lors, celui que Dieu justifie vit de la vie du Christ, et par lui.
Sur ce texte:
• Sur l'épître aux Galates: voir plus haut.• Sur Ga 2,15-21:
Pierre
comme Paul ont tous deux compris que seule la foi dans le Christ
permettait d'être "en règle" aux yeux de Dieu (vv.15-16).
Ce qui les oppose à Antioche est la question du rôle "ultérieur" de la Loi (vv.17-21).
Pour Paul, rétablir les règles alimentaires de la Loi, c'est de fait se
replacer sous le régime de celle-ci, et donc rejeter la grâce de Dieu
(v.21)!
En effet le Christ, par sa
mort, a été condamné à notre place, et nous a ainsi fait mourir à notre
culpabilité face à la Loi: nous sommes donc désormais libérés de son
régime, et nous pouvons - et devons! - vivre pour Dieu, dans la foi au
Christ et par son Esprit.
Telle est la vérité que Paul, de 3,1 à 6,10, va s'attacher à démontrer pour appeler les Galates à la vivre.
Traduction et notes:
Verset 16.
εἰδότες
δὲ ὅτι οὐ δικαιοῦται ἄνθρωπος ἐξ ἔργων νόμου ἐὰν μὴ διὰ
πίστεως ᾿Ιησοῦ Χριστοῦ, καὶ ἡμεῖς εἰς Χριστὸν ᾿Ιησοῦν
ἐπιστεύσαμεν, ἵνα δικαιωθῶμεν ἐκ πίστεως Χριστοῦ καὶ οὐκ ἐξ
ἔργων νόμου, διότι οὐ δικαιωθήσεται ἐξ ἔργων νόμου πᾶσα σάρξ.
Néanmoins,
sachant que ce n'est pas par les œuvres de la Loi que l'homme est
justifié, mais par la foi en Jésus Christ, nous aussi nous avons cru en
Jésus Christ, afin d'être justifiés par la foi dans le Christ et non
par les œuvres de La loi, parce que "nulle chair ne sera justifiée" par
les œuvres de la Loi.
• δικαιοῦται [...] δικαιωθῶμεν [...] δικαιωθήσεται - est justifié[...] que nous soyons justifiés [...] sera justifiée:
- Le verbe "δικαιόω dikaïoō" signifie en fait ici "être en règle avec Dieu".
- Sur le thème de la justification chez Paul, voir par ex. Rm 1,17; 3,24; 5,1: il s'agit de l'"l'acquittement" de celui qui est sous la colère et le jugement de Dieu.
- En fait, nous sommes ici devant un vocabulaire juridique, comme le montre Dt 25,1b:
והצדיקו את־הצדיק והרשׁיעו את־הרשׁע׃
LXX: καὶ δικαιώσωσιν τὸν δίκαιον καὶ καταγνῶσιν τοῦ ἀσεβοῦς.
"on absoudra l'innocent, et l'on condamnera le coupable".
Ce verbe δικαιόω, qui traduit l'hébreu "צדק tsâdaq" (voir cette page), signifie "déclarer innocent, acquitter" celui qui est reconnu non coupable dans un procès. - Dans les Ps,
les démêlés des Juifs avec leurs ennemis sont souvent comparés à un
procès, dont YHWH serait le juge: le psalmiste demande à l'Éternel de
le "déclarer juste", ou de lui "faire justice"; en lui donnant la
victoire sur ses ennemis, YHWH démontrera qu'il est innocent, et que
ses ennemis sont coupables. C'est donc comme s'il prononçait sur le
psalmiste un verdict de "justification" (voir par ex. Ps 7,9; 35,23; 43,1; 54,3).
-
Isaïe use de même de cette catégorie juridique pour évoquer le salut
eschatologique en le comparant à un verdict de justification dans un
procès: en sauvant son peuple, ou son Serviteur (voir cette page),
de ses ennemis qui l'oppriment, YHWH prononcera à l'encontre de ceux-ci
un verdict de culpabilité, et justifiera son peuple ou son Serviteur
(voir par ex. Is 45,8; 46,13; 48,18; 50,8; 51,5;8; 58,8; 59,17; 62,1-2). - Ces textes sont sans nul doute à l'arrière-plan du thème paulinien de la justification.
Néanmoins, il y a deux différences essentielles:
1.chez Paul, le procès n'est pas avec un adversaire humain, mais avec Dieu lui-même;
2.ceux qui sont "justifiés" ne sont pas innocents mais coupables (voir par ex. Rm 3,23-24; 4,5).
"Justifier" prend donc bien chez Paul le sens d'"acquitter" un coupable, de lui "conférer le statut de juste".
Ce verdict de justification sera prononcé lors du jugement dernier sur ceux qui ont foi en Dieu:
Le Jugement Dernier - Fra
Angelico - 1432-35 - Museo di San Marco, Florence.A
gauche (à la droite du Seigneur), les "justifiés" (détail ci-dessous),
hommes et femmes, qui appartiennent à toutes les
catégories sociales,et auxquels se mêlent les anges;
et à droite, les réprouvés.
mais il est d'ores et déjà offert à ceux qui croient (voir Jn 3,18; 5,24).
• διὰ πίστεως ᾿Ιησοῦ Χριστοῦ - par la foi en Jésus Christ: Le génitif "Ιησοῦ Χριστοῦ"
a ici une valeur objective ("Jésus Christ" est objet de "foi").
Pourtant, certains traducteurs lui donnent une valeur subjective, et
écrivent "la foi (ou la fidélité) de Jésus Christ" ("Jésus Christ"
serait le sujet du verbe "être fidèle").
Mais cette interprétation n'est pas cohérente avec le reste de la phrase:
- au plan sémantique, elle ne tient pas compte du parallélisme d'idées avec le membre qui suit: "nous avons cru (ou mis notre confiance) en Jésus Christ";
- au plan rhétorique, elle ne tient pas compte de la construction spéculaire des deux membres:
A.διὰ πίστεως ᾿- B.Ιησοῦ Χριστοῦ - X. καὶ ἡμεῖς - B'.εἰς Χριστὸν ᾿Ιησοῦν - A'. ἐπιστεύσαμεν, construction qui renforce le lien sémantique entre ces deux membres.
• οὐ δικαιωθήσεται [...] πᾶσα σάρξ- "nulle chair ne sera justifiée": Comp. Ps 143,2b:
כי לא־יצדק לפניך כל־חי׃
LXX: ὅτι οὐ δικαιωθήσεται ἐνώπιόν σου πᾶς ζῶν.
"Car aucun vivant ne sera justifié devant toi".
Verset 19.
ἐγὼ γὰρ διὰ νόμου νόμῳ ἀπέθανον, ἵνα Θεῷ ζήσω. Χριστῷ συνεσταύρωμαι·
car c'est par la Loi que je suis mort à la Loi, afin de vivre pour Dieu. J'ai
été crucifié avec le Christ;
• διὰ νόμου - par la Loi: Lorsque le Christ a porté à la place du croyant la peine exigée par la Loi pour le péché de ce dernier.
• νόμῳ ἀπέθανον - je suis mort à la Loi: Par la mort du Christ, le croyant meurt à la logique "pénale" de la Loi - ce que Paul explicitera en 3,12-13.
• Χριστῷ συνεσταύρωμαι - J'ai
été crucifié avec le Christ: Voir 6,14.
Par la mort de Jésus Christ sur la croix, dans la personne de son
représentant, le croyant est juridiquement mort au monde du péché. Il a
été libéré du régime de la Loi (par ex. la circoncision: 6,15) pour devenir par l'Esprit "une nouvelle créature" (6,15).
Verset 20.
ζῶ
δὲ οὐκέτι ἐγώ, ζῇ δὲ ἐν ἐμοὶ Χριστός· ὃ δὲ νῦν ζῶ ἐν
σαρκί, ἐν πίστει ζῶ τῇ τοῦ υἱοῦ τοῦ Θεοῦ τοῦ ἀγαπήσαντός
με καὶ παραδόντος ἑαυτὸν ὑπὲρ ἐμοῦ.
et si je vis, ce n'est plus moi qui vis,
c'est le Christ qui vit en moi; si je vis maintenant dans la chair, je
vis dans la foi au Fils de Dieu, qui m'a aimé et qui s'est livré
lui-même pour moi.
• ζῇ δὲ ἐν ἐμοὶ Χριστός - c'est le Christ qui vit en moi: Juridiquement,
le croyant n'est plus rien sous son propre nom; il n'a plus d'existence
"légale" que sous le nom du Christ qui lui a acquis le verdict
d'acquittement: la vie.
• ὃ δὲ νῦν ζῶ ἐν
σαρκί - si je vis maintenant dans la chair: Ce que le croyant est devenu "juridiquement", il est appelé à le vivre concrètement, "dans sa chair", dès "maintenant".
Verset 21.
Οὐκ ἀθετῶ τὴν χάριν τοῦ Θεοῦ· εἰ γὰρ διὰ νόμου δικαιοσύνη, ἄρα Χριστὸς δωρεὰν ἀπέθανεν.
Je ne rejette pas la grâce de Dieu; car si la justice s'obtient par la Loi, le Christ est donc mort en vain.
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• Ga 3,26- 29.
Le
baptême, sacrement de la foi, configure au Christ. Au sortir du bain
baptismal, les chrétiens sont revêtus d'un vêtement nouveau: le Christ.
Dès lors, plus de différences déterminantes et discriminantes entre les
croyants - tous enfants de Dieu dans l'unité d'un seul peuple.
Sur ce texte:
• Sur l'épître aux Galates: voir plus haut.
• Sur Ga 3,15-29:
Telles
les clauses d'un testament, les promesses de l'alliance divine conclue
avec Abraham et sa descendance dont le Christ est le représentant
(vv.15-16) ne peuvent être annulées par la Loi, survenue plusieurs
siècles plus tard (vv.17-18). Son rôle a été de révéler le péché des
hommes (vv.19-20), de prouver la culpabilité de tous (vv.21-22) et de
sauvegarder l'existence d'un peuple qui permettrait la venue du Messie (vv.23-24).
Mais
depuis la venue du Christ, dans l'union avec lui et sous le régime de
la foi, Juifs et païens qui ont forment désormais l'unique descendance
d'Abraham et jouissent des biens promis (vv.25-29).
Traduction et notes:
Verset 26.
Πάντες γὰρ υἱοὶ Θεοῦ ἐστε διὰ τῆς πίστεως ἐν Χριστῷ ᾿Ιησοῦ·
Car vous êtes tous fils de Dieu par la foi en Jésus Christ;
• Πάντες ἐστε- vous êtes tous: Même ceux qui n'étaient pas auparavant sous la garde de la Loi, i.e. les chrétiens d'origine païenne.
• Πάντες υἱοὶ Θεοῦ - tous fils de Dieu: Privilège d'Israël dans le PT (Ex 4,2-23; Os 11,1); sur le Fils et les fils, voir Ga 4,6-7 et notes plus bas.
Verset 27.
ὅσοι γὰρ εἰς Χριστὸν ἐβαπτίσθητε, Χριστὸν ἐνεδύσασθε.
vous tous, qui avez été baptisés pour le Christ, vous avez revêtu le Christ.
• εἰς Χριστὸν- pour le Christ: La préposition "εἰς" est suivie de l'accusatif; elle indique donc un mouvement "vers", une action "en vue de" (contrairement à la préposition "ἐν"
lorsqu'elle est - par ex. au v. précédent - suivie du datif; elle
indique alors un lieu où l'on est, dont on ne bouge pas: au v.26, la
foi est "ancrée", "fixée" dans le Christ); ici, on peut donc traduire:
- "baptisés en vue du Christ": le baptême permet d' "obtenir" le Christ, et donc, avec lui, la filiation par rapport à Dieu;
-
"baptisés pour le Christ", au sens où l'on est "pour" ou "contre"
quelqu'un; le baptême est l'expression de l'engagement à suivre le
Christ, de lui appartenir (Rm 6,3; 1P3,21); c'est ce que la traduction liturgique extrapole en écrivant que le baptême "unit au Christ";
-
certaines traductions donnent "baptisés dans le Christ" (par ex. Louis
Segond), mais il faudrait alors supposer que la préposition "dans"
implique un mouvement "à l'intérieur de"... ce qui est ici impossible!
Pour pouvoir traduire ainsi, il faudrait avoir "ἐν Χριστῷ".
• Χριστὸν ἐνεδύσασθε- vous avez revêtu le Christ: Réalité
dont le baptême est le témoignage. Le statut et l'identité du croyant
ne dépendent plus du régime de la Loi, mais de celui de la foi dans le
Christ, qui est son représentant devant Dieu (voir Ga 2,19-20 et notes plus haut). En Rm 5,12-21, Paul opposera le statut des hommes "en Adam" à celui des croyants "dans le Christ".
Par ailleurs, le chrétien est appelé à accorder de plus en plus sa vie ("Revêtez-vous du Seigneur Jésus Christ", Rm 13,14) avec son nouveau statut, sa nouvelle identité ("vous avez revêtu le Christ").
Verset 28.
οὐκ
ἔνι ᾿Ιουδαῖος οὐδὲ ῞Ελλην, οὐκ ἔνι δοῦλος οὐδὲ ἐλεύθερος, οὐκ
ἔνι ἄρσεν καὶ θῆλυ· πάντες γὰρ ὑμεῖς εἷς ἐστε ἐν Χριστῷ
᾿Ιησοῦ.
Il
n'y a plus ni Juif ni Grec, il n'y a plus ni esclave ni libre, il n'y a
plus ni homme ni femme; car tous vous êtes un en Jésus Christ.
• Sur le sens de ce v., voir la page "Juifs et Goïm selon saint Paul"; en effet ici "Grec" = "non-Juif", "goï", "païen".
• πάντες εἷςἐστε - tous vous êtes un: Le nouveau statut des hommes dans le Christ relativise les différences ethniques, sociales, et même créationnelles (cf. זכר ונקבה "mâle et femelle" en Gn 1,27)... On est ici bien loin de la prétendue misogynie de Paul!
Verset 29.
εἰ δὲ ὑμεῖς Χριστοῦ, ἄρα τοῦ ᾿Αβραὰμ σπέρμα ἐστέ κατ᾿ ἐπαγγελίαν κληρονόμοι.
Et si vous êtes au Christ, vous êtes donc la postérité d'Abraham, héritiers selon la promesse.
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• Ga 4,4-7
Une
ère nouvelle: le Fils de Dieu s'est fait homme pour élever les hommes à
la dignité de fils de Dieu. L'esprit qui a couvert Marie de son ombre
en témoigne dans nos cœurs.
Traduction intégrale et remarques:
Verset 4:
ὅτε
δὲ ἦλθεν τὸ πλήρωμα τοῦ χρόνου, ἐξαπέστειλεν ὁ Θεὸς τὸν
υἱὸν αὐτοῦ, γενόμενον ἐκ γυναικός, γενόμενον ὑπὸ νόμον,
Mais, lorsque les temps ont été accomplis, Dieu a envoyé son Fils, né d'une femme, né sous la loi,
• ὅτε[...]̀ ἦλθεντὸ πλήρωμα τοῦ χρόνου - lorsque les temps ont été accomplis: littéralement: "lorsque la totalité du temps est venue"; voir Ga 4,2 et Mc 1,15. Tout le Premier Testament pointe vers ce moment (voir Ga 3,16): allusion en particulier à Gn 17,
qui développe les promesses divines liées à l'Alliance d'YHWH avec
Abraham: possession de la terre de Canaan (v.8), importance numérique
de la postérité d'Abraham (v.6) incluant "une multitude de peuples"
(vv.4-6), et permanence de l'Alliance (v.7). C'est par le don de
l'Esprit à tous ceux qui croient que débute l'accomplissement de ces
promesses (voir Ga 3,14;29; et, ci-après, Ga 4,6-7) dans l'attente de la nouvelle terre (cf. Rm 4,13), préfigurée par le pays de Canaan.
• ἐξαπέστειλεν ὁ Θεὸς τὸν υἱὸν αὐτοῦ - Dieu a envoyé son Fils: voir v.6 et remarque.
Verset 5:
ἵνα τοὺς ὑπὸ νόμον ἐξαγοράσῃ, ἵνα τὴν υἱοθεσίαν ἀπολάβωμεν.
afin qu'il rachetât ceux qui étaient sous la loi, afin que nous reçussions l'adoption.
• ἐξαγοράσῃ - qu'il rachetât: littéralement, "ἐξαγοράζω exagorazô - payer pour libérer"; même verbe qu'en Ga 3,13.
• τὴν υἱοθεσίαν - l'adoption: ce que le Fil est de droit, le croyant le devient par adoption (vv.6-7; voir aussi Jn 17,21-26).
Verset 6:
῞Οτι
δέ ἐστε υἱοί, ἐξαπέστειλεν ὁ Θεὸς τὸ Πνεῦμα τοῦ υἱοῦ
αὐτοῦ εἰς τὰς καρδίας ἡμῶν, κρᾶζον· ἀββᾶ ὁ πατήρ.
Et parce que vous êtes fils, Dieu a envoyé dans nos coeurs l'Esprit de son Fils, lequel crie: Abba! Père!
• ἐστε - vous êtes: "vous"
= les pagano-chrétiens (chrétiens non-Juifs d'origine) de Galatie
(vv.6-10); opposés à v.3: "καὶ ἡμεῖς - Nous aussi" = les
judéo-chrétiens (chrétiens d'origine juive, comme Paul) - voir page "Juifs et Goïm chez saint Paul". • ἐξαπέστειλε- a envoyé: après la "mission" (au sens étymologique: "envoi") du Fils au v.4, Paul souligne celle de l'Esprit.
• ἀββᾶ - Abba: mot araméen, signifiant "cher père"; diminutif de "אב (hébreu 'âb, araméen 'ab) - père". Voir Rm 8,15.
Verset 7:
ὥστε οὐκέτι εἶ δοῦλος, ἀλλὰ υἱὸς· εἰ δὲ υἱὸς, καὶ κληρονόμος Θεοῦ διὰ Χριστοῦ.
Ainsi tu n'es plus esclave, mais fils; et si tu es fils, tu es aussi héritier par la grâce de Dieu.
• κληρονόμος - héritier: du Royaume de Dieu (cf. Ga 5,21).
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• Ga 5,1;13- 18.
Contrairement
au "service des hommes et de passions", le "service de Dieu" rend
d'autant plus libre qu'on s'y adonne davantage, plus exclusivement.
Sur ce texte:
• Sur l'épître aux Galates: voir plus haut.
• Sur Ga 4,21 - 5,1:
Prenant à témoin la Loi même à laquelle les Galates désirent se soumettre (4,21),
Paul tente de leur montrer qu'ils doivent se séparer de ceux qui sèment
le trouble parmi eux en insistant sur l'allégeance à la Loi et à
Jérusalem (4,28-30). Se fondant sur ce qu'il a montré précédemment (3,15-18) concernant Abraham et sa descendance, et s'appuyant (4,21-23;29-30)
sur le précédent des deux femmes et des deux fils du patriarche, il
établit une analogie entre les réalités qui ont présidé à leur
naissance (la seule force de l'homme pour l'un et la promesse divine
pour l'autre) et les dispositions divines qui régissent les rapports
entre Dieu et les hommes: la Loi et la promesse mise en œuvre par
l'Esprit (4,24-31).
Or, comme
autrefois aujourd'hui encore, que les enfants de la promesse se
séparent de ceux qui veulent les priver de leur héritage et les rendre
esclaves de la Loi (5,1).
• Sur Ga 5,2-12:
Après avoir souligné sa perplexité concernant les Galates (4,12-20), puis fondé sur l'Écriture la nécessité de rompre avec les partisans du régime de la Loi (4,21 - 5,1), l'apôtre attaque de front le message des judaïsants. C'est en effet la première fois depuis 3,1 qu'il mentionne le motif central de leur "évangile" (1,6): la nécessité de la circoncision (5,3;6;11), auquel il oppose l'Évangile de la foi au Christ mort en croix (5,5;6;11).
• Sur Ga 5,13-26:
La
liberté des Galates, qui leur a été acquise par le Christ, devrait les
conduire à se mettre au service les uns des autres - car tel est bien
le but fixé par Dieu aux hommes dans sa Loi: qu'ils aiment leur
prochain (5,13-14). Mais les faits (les tensions et les
jalousies, vv.15;26) prouvent l'échec des Galates dans leur recherche
légaliste de perfection (voir 3,3). Il leur faut choisir entre deux "maîtres: l'homme livré à lui-même ou le Saint Esprit (vv.16-25).
• Remarque: Le découpage et la traduction de la Lecture liturgique sont un peu curieuses, car
• elles disloquent (voir les trois séquences du passage, résumées ci-dessus) le texte de façon non-cohérente par rapport à la pensée paulinienne;
• elles font bon marché d'un point essentiel de cette dernière: la définition de la "σάρξ"chez Paul; or ce mot reçoit deux traductions différentes dans ce même passage: - au v.13, l' "égoïsme"
(ce qui va certes dans le sens des autres Lectures de la Messe du 13ème
dimanche TO C, mais constitue pour le moins un "faux-sens", sinon un
"contre-sens", par rapport au contexte),
- puis, sans plus d'explicitation, au v.16, la "chair"; avec en outre l'ajout d'un terme (les tendances "égoïstes" de la chair) qui ne figure pas dans le texte et "force" à nouveau le sens de celui-ci; et encore la "chair" au v.17.
• En outre, la séquence sur la vie, dirigée soit par l'homme livré à lui-même soit par l'Esprit, est présentée de façon incomplète.
Traduction et notes:
Verset 1.
τῇ ἐλευθερίᾳ οὖν, ᾗ Χριστὸς ἡμᾶς ἠλευθέρωσε, στήκετε, καὶ μὴ πάλιν ζυγῷ δουλείας ἐνέχεσθε.
C'est
pour la liberté que Christ nous a affranchis. Demeurez donc fermes, et
ne vous laissez pas mettre de nouveau sous le joug de la servitude.
• τῇ ἐλευθερία- pour la liberté: Voir plus haut, introduction à Ga 4,21-5,1.
Verset 13.
Υμεῖς
γὰρ ἐπ᾿ ἐλευθερίᾳ ἐκλήθητε, ἀδελφοί· μόνον μὴ τὴν
ἐλευθερίαν εἰς ἀφορμὴν τῇ σαρκί, ἀλλὰ διὰ τῆς ἀγάπης
δουλεύετε ἀλλήλοις.
Frères,
vous avez été appelés à la liberté, seulement ne faites pas de cette
liberté un prétexte de vivre selon la chair; mais rendez-vous, par la
charité, serviteurs les uns des autres.
• ἐπ᾿ ἐλευθερίᾳ - à la liberté: Voir plus haut, introduction à Ga 4,21-5,1 et le v.1.
• ἀφορμὴν - un prétexte: Paul a dû rencontrer souvent ce "prétexte", cette objection (voir par ex. Rm 6,15).
Verset 14.
ὁ γὰρ πᾶς νόμος ἐν ἑνὶ λόγῳ πληροῦται, ἐν τῷ, ἀγαπήσεις τὸν πλησίον σου ὡς σεαυτόν.
Car toute la Loi est accomplie dans une seule parole, dans celle-ci: Tu aimeras ton prochain comme toi-même.
• ἑνὶ λόγω ͅ- une seule parole: Le
principe qui gouverne le régime de la Loi veut que, pour être en règle
avec Dieu, l'homme doit la mettre en pratique tout entière et sans
jamais faillir (5,3).
Alors
que le croyant est libéré, par le Christ, de ce régime et de son
principe de justification devant Dieu: il vit sous le régime de la
grâce (5,4-5).
Cependant
la Loi, comme expression de la volonté de Dieu qui se cristallise
autour du commandement de l'amour, demeure valide pour le chrétien (5,23; 6,2).
Le verbe "πληρόω plēroō" signifiant "emplir", la phrase peut aussi être traduite "toute la Loi trouve pleinement son sens..."
Comp. Mt 22,36-40 // Mc 12,28b-31 // Lc 10,25b-28; Rm 13,8-10; Jc 2,8).
• ἀγαπήσεις τὸν πλησίον σου ὡς σεαυτόν- Tu aimeras ton prochain comme toi-même: Citation exacte de LXX pour en Lv 19,8: "אהבת לרעך כמוך - Tu aimeras ton prochain comme toi-même", également reprise en Mt 5,43; 19,19; 22,39; Mc 12,31;33; Lc 10,27; Rm 13,9; Jc 2,8.
Verset 15.
εἰ δὲ ἀλλήλους δάκνετε καὶ κατεσθίετε, βλέπετε μὴ ὑπ᾿ ἀλλήλων ἀναλωθῆτε.
Mais si vous vous mordez et vous dévorez les uns les autres, prenez garde que vous ne soyez détruits les uns par les autres.
• ἀλλήλους - ὑπ᾿ ἀλλήλων - les uns les autres - les uns par les autres: Voir 5,26;
par ces deux versets qui encadrent l'enseignement sur la vie dirigée
soit par l'homme livré à lui-même soit par l'Esprit (vv.16-25), Paul
renvoie à la situation des Galates, et généralise à partir de celle-ci.
Tel
est, en effet, ce que produit l'homme livré à lui-même dans sa
recherche de perfection même (la vanité, la provocation et la jalousie:
v.26): la Loi conduit alors au péché (voir 3,19; Rm 7,7-12).
Verset 16.
Λέγω δέ, Πνεύματι περιπατεῖτε καὶ ἐπιθυμίαν σαρκὸς οὐ μὴ τελέσητε.
Je dis donc: Marchez selon l'Esprit, et vous n'accomplirez pas les désirs de la chair.
Verset 17.
ἡ
γὰρ σὰρξ ἐπιθυμεῖ κατὰ τοῦ Πνεύματος, τὸ δὲ Πνεῦμα κατὰ τῆς
σαρκός· ταῦτα δὲ ἀντίκειται ἀλλήλοις, ἵνα μὴ ἃ ἂν θέλητε
ταῦτα ποιῆτε.
Car
la chair a des désirs contraires à ceux de l'Esprit, et l'Esprit en a
de contraires à ceux de la chair; ils sont opposés entre eux, afin que
vous ne fassiez point ce que vous voudriez.
• ἃ ἂν θέλητε- ce que vous voudriez: Les
vv.16-17 ne font pas allusion à un combat entre deux natures
antagonistes dans l'homme, mais soulignent la nécessité de choisir
entre l'homme en Adam (livré à lui-même et sous le régime de la Loi) et
l'Esprit qui "conduit" l'homme dans le Christ (v.18).
Noter que certaines traductions, pensant sans doute à Rm 7,14-25, interprètent (faisant ainsi un contre-sens sur la conjonction "ἵνα ", qui exprime le but; et extrapolant "le bien" de "ἃ", "ce que", "les choses que"): "c'est pourquoi vous ne faites pas le bien que vous voudriez".
Verset 18.
εἰ δὲ Πνεύματι ἄγεσθε, οὐκ ἐστὲ ὑπὸ νόμον.
Si vous êtes conduits par l'Esprit, vous n'êtes point sous la Loi.
• Πάντες - vous : Voir 3,3; 5,13 et note
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• Ga 6,14- 18.
Au terme de sa Lettre aux Galates,
saint Paul revient surce qui en a été le "leitmotiv": le chrétien doit
mettre son orgueil dans la seule croix du Christ, parce qu'elle est
pour tous l'unique source de salut.
Sur ce texte:
• Sur les épîtres pauliniennes, voir à cette page. • Sur Ga 6,11–18:
Concluant
sa lettre par quelques lignes écrites de sa propre main, et soulignant
ainsi l'importance de ses propos, l'apôtre reprend les grands thèmes
annoncés dès l'introduction de l'épître:
- son apostolat (la première personne employée aux vv.14;17; comp. 1,1);
- la création nouvelle dans le Christ (vv.14-15; comp. 1,4);
- le faux évangile de la circoncision, et le désir de plaire aux hommes ou à Dieu (vv.11-14; comp. 1,6-9;10).
La grâce et la paix divines, souhaitées pour les Galates dès la salutation (1,3) sont réservées à ceux qui suivent l'évangile "canonique" (6,16) et qui forment la descendance d'Abraham selon la foi, l'Israël de Dieu (v.16).
Traduction et notes:
Verset 14.
ἐμοὶ
δὲ μὴ γένοιτο καυχᾶσθαι εἰ μὴ ἐν τῷ σταυρῷ τοῦ Κυρίου
ἡμῶν ᾿Ιησοῦ Χριστοῦ, δι᾿ οὗ ἐμοὶ κόσμος ἐσταύρωται κἀγὼ τῷ
κόσμῳ.
Pour
ce qui me concerne, loin de moi la pensée de me glorifier d'autre chose
que de la croix de notre Seigneur Jésus Christ, par qui le monde est
crucifié pour moi, comme je le suis pour le monde!
• τῷ κόσμῳ - pour le monde: Voir 2,19 et note (à cette page).
Verset 15.
ἐν γὰρ Χριστῷ ᾿Ιησοῦ οὔτε περιτομή τί ἰσχύει οὔτε ἀκροβυστία, ἀλλὰ καινὴ κτίσις.
Car ce n'est rien que d'être circoncis ou incirconcis; ce qui est quelque chose, c'est d'être une nouvelle créature.
• καινὴ κτίσις- une nouvelle créature: Voir v.14; 2,19 et note; 2Co 5,17.
Verset 16.
καὶ ὅσοι τῷ κανόνι τούτῳ στοιχήσουσιν, εἰρήνη ἐπ᾿ αὐτοὺς καὶ ἔλεος, καὶ ἐπὶ τὸν ᾿Ισραὴλ τοῦ Θεοῦ.
Paix et miséricorde sur tous ceux qui suivront cette règle, et sur l'Israël de Dieu!
• τὸν ᾿Ισραὴλ τοῦ Θεοῦ- l'Israël de Dieu: Le peuple (distinct de l' "Israël selon la chair", voir 4,24-25; 1Co 10,18; Ph 3,3) formé de tous ceux qui croient, descendants d'Abraham par la foi; c'est-à-dire l'ensemble des chrétiens, qu'ils soient d'origine juive ou païenne, donc circoncis ou incirconcis.
Verset 17.
Τοῦ λοιποῦ κόπους μοι μηδεὶς παρεχέτω· ἐγὼ γὰρ τὰ στίγματα τοῦ Κυρίου ᾿Ιησοῦ ἐν τῷ σώματί μου βαστάζω.
Que personne désormais ne me cause plus de peine, car je porte sur mon corps les marques du Seigneur Jésus.
• τὰ στίγματα τοῦ Κυρίου ᾿Ιησοῦ- les marques du Seigneur Jésus:
- C'est-à-dire "les mêmes cicatrices que Jésus" ou "les cicatrices que j'ai reçues pour Jésus".
-
Ces cicatrices sont dues aux persécutions dont Paul, contrairement aux
judaïsants (voir v.12), a eu à souffrir - en particulier en Galatie (4,29; Ac 14,19).
En effet, à cette époque, les persécutions venaient essentiellement des Juifs (de Galatie: Ac 13,50; 14,2;5;19; Ga 1,13;23; 5,11; 6,12; 1Th 2,14-16); Paul fait des judaïsants galates les complices "objectifs" de ces persécutions (Ga 2,4; 5,1; 6,12).
- Ces cicatrices pour la cause du Christ valent selon Paul bien plus qu'une circoncision (v.13)!
Verset 18.
῾ ῾Η χάρις τοῦ Κυρίου ἡμῶν ᾿Ιησοῦ Χριστοῦ μετὰ τοῦ πνεύματος ὑμῶν, ἀδελφοί· ἀμήν.
Frères, que la grâce de notre Seigneur Jésus Christ soit avec votre esprit! Amen!
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L’épître aux Ephésiens
Sur Ephèse, ses
habitants et Paul:
Ephèse était la capitale de la
province romaine d’ « Asie » (actuellement, Asie Mineure,
Turquie d’Asie) et un port très important. La ville était célèbre par l’une des
sept merveilles du monde, son temple d’Artémis (d’ailleurs plus proche de
l’Astarté orientale que de la Diane latine). Paul, aidé de Priscilla et
Aquilas, en entreprend l’évangélisation ; il y reste deux ou trois ans. Il
prêche trois mois à la synagogue, puis loue l’école de Tyrannos.
Mais l’essor de la foi
chrétienne provoque une désaffection du culte d’Artémis – ce qui nuit
grandement à l’économie des nombreuses corporations qui en dépendaient. Un
orfèvre, Demetrius, spécialisé dans la fabrication de reproductions de statues
du temple d’Artemis, provoque alors une émeute contre Paul (Ac 19,24 –
20,1).
Sur l’épître aux Ephésiens :
Les grands thèmes :
-
Le Christ crucifié et ressuscité est le seul fondement de tout (chapitres 1-4
et 15).
-
Appartenir au Christ (chapitres 5-7).
-
Conscience, connaissance, liberté et amour (chapitres 8-10).
-
L’Assemblée chrétienne : rôle des femmes, Eucharistie, charismes
(chapitres 11-14).
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• Ep 1,3-14
La Lettre aux Ephésiens est un exposé d’ensemble
de la vision chrétienne de l’Histoire du Salut :
- le
Père est à l’origine et au terme de ce vaste mouvement dans lequel nous sommes
entraînés ;
- le Christ
est activement présent dans cette œuvre immense du Salut ;
- l’Esprit
Saint en conduit le développement et les avancées.
On a ici le schéma de toutes les actions de grâces,
en particulier celle de l’Eucharistie et celle de l’invocation (ou « épiclèse »)
qui accompagne la célébration des sacrements.
(Sur Ephèse, Paul et les Ephésiens, et sur cette épître, voir ci-dessus)
Commentaire rhétorique sur ce segment :
(de
Roland Meynet, in Traité de rhétorique biblique)
"J’ai pris l’habitude d’opposer la rhétorique biblique
– et plus largement sémitique – à la rhétorique gréco-romaine. Il existe
effectivement une différence nette entre les deux manières de s’exprimer, ce
que j’ai résumé en particulier par la formule : « le Grec démontre,
le Juif montre ». La binarité et la parataxe […] sont les caractéristiques
essentielles de la rhétorique biblique et sémitique. Les constructions
concentriques sont bien différentes des développements linéaires de la
rhétorique occidentale. Face à la toute-puissance de la rhétorique classique,
gréco-latine, qui, même dans le monde exégétique, a encore trop tendance à l’autosuffisance,
il était et il demeure essentiel non seulement d’affirmer mais surtout de montrer
qu’il existe une autre rhétorique. Il est indispensable de continuer à décrire
cette dernière et d’en relever les spécificités, en la distinguant par
conséquent de sa « rivale ».
Cela dit, il est inévitable de poser la question
des rapports entre ces deux rhétoriques dans certains textes de la Bible, au
premier chef ceux qui ont été écrits en grec. La culture grecque, son esprit,
ses catégories, sa logique, donc sa rhétorique, ont certainement exercé une
influence sur ceux qui, par la force des choses, se sont plus ou moins
inculturés dans le monde grec du seul fait qu’ils s’exprimaient dans sa langue.
Si la traduction de la Septante contient un grand nombre d’hébraïsmes, le
mouvement ne saurait avoir été à sens unique. Le livre de la Sagesse reste
fortement marqué par le parallélisme des membres ; toutefois ses
propositions sont souvent liées par des articulations logiques, ce qui est loin
d’être le cas dans les textes hébreux […]. Il suffit de lire à la suite le
prologue que le petit-fils de Jésus ben Sira a placé en tête de sa traduction
grecque du livre que son grand-père avait rédigé en hébreu, et le premier
chapitre du livre lui-même, pour voir la différence entre la complexité
syntaxique du grec et la simplicité paratactique de l’hébreu […]. La différence
est encore beaucoup plus sensible dans les longues périodes des Actes des Apôtres
et des épîtres deutéro-pauliniennes. […]
La
très longue bénédiction par laquelle commence la lettre aux Ephésiens (Ep
1,3-14) est certainement très loin de la parataxe hébraïque :
3. Béni soit le Dieu
et Père de notre Seigneur Jésus Christ, qui nous a bénis par toutes sortes de
bénédictions spirituelles, aux Cieux, dans le Christ 4. comme il nous a élus en
lui, dès avant la fondation du monde, pour que nous soyons saints et immaculés
en sa présence dans l’amour, 5. nous ayant choisis pour être ses fils adoptifs
par Jésus Christ, selon le bon plaisir de sa volonté, 6. à la louange de gloire
de sa grâce, dont il nous a gratifiés dans le Bien-aimé, 7. dans lequel nous trouvons
la rédemption, par son sang, la rémission des fautes, selon la richesse de sa
grâce, 8. qu’il nous a prodiguée, en toute sagesse et intelligence, 9. nous ayant
fait connaître le mystère de sa volonté, selon bienveillance, qu’il avait
formée en lui par avance, 10. pour le réaliser quand les temps seraient
accomplis, pour ramener toutes choses sous un seul Chef, le Christ, les êtres
célestes comme terrestres, 11. dans lequel aussi nous avons été mis à part,
désignés d’avance, selon le plan préétabli de Celui qui mène toutes choses au
gré de sa volonté, 12. pour être, à la louange de sa gloire, ceux qui ont par
avance espéré dans le Christ, 13. dans lequel vous aussi, après avoir entendu
la Parole de vérité, l’Evangile de votre salut, et y avoir cru, vous avez été
marqués d’un sceau par l’Esprit de la Promesse, cet Esprit Saint 14. qui
constitue les arrhes de notre héritage, et prépare la rédemption du Peuple que
Dieu s’est acquis, pour la louange de sa gloire.
On comprendra sans difficulté que les traducteurs –
même les mieux formés à la rhétorique gréco-latine – éprouvent le besoin de
couper cette unique période grecque en plusieurs phrases : la BJ la coupe en
sept phrases distinctes, la TOB en dix."
On
peut ajouter que la traduction liturgique coupe
cette période en 11 phrases ; comme les traductions Ostervald révisée
et Martin (qui coupent à peu près aux
versets), alors que Darby et L.Segond le font en 6 phrases seulement...
et que cette même période est un exercice d'analyse logique très
classique tant pour les professeurs de grec biblique que pour les
professeurs de français!...
On peut également noter, au verset 14, que la locution« εις επαινον της
δοξης αυτου -
pour la louange de sa gloire » corrige l’hendiadys de Ph 1,11 :
« εις δοξαν και επαινον θεου – pour la louange et la gloire de Dieu ».
(Je rappelle que l’hendiadys consiste à coordonner deux mots - substantifs ou verbes -
alors que sémantiquement l’un est subordonné à l’autre. C’est donc un cas de
binarité - figure typique de la rhétorique sémitique).
Ce fait tendrait à corroborer l’hypothèse selon laquelle - si la lettre aux Philippiens est sans conteste paulinienne - la lettre aux Ephésiens serait bien « deutéro-paulinienne », c'est à dire rédigée par un disciple de Paul, plus hellénisé que lui.
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• Ep 1,17-23
Dieu a déployé dans le Christ une puissance dont il nous est donné de
déjà bénéficier. Les mots se bousculent sous la plume de saint Paul, lorsqu’il
essaie d’écrire ce que représentent pour le Christ sa résurrection et son
intronisation à la droite de Dieu – ainsi que les incommensurables bienfaits
qui en découlent pour nous.
La prière de l’Apôtre se fait alors action de grâce,
« eucharistie » (sens étymologique), adressée au « Dieu de notre
Seigneur Jésus Christ », le Père qui a fait de son Fils « la tête de
l’Eglise, son corps ».
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• Ep 2,13-18
Un bel énoncé de la foi, aux allures d’hymne
liturgique.
En donnant sa vie pour tous les hommes, le Christ a
détruit ce qui les séparait. Il les réunit dans l’unité d’un même Esprit, et
les conduit ensemble à son Père.
Verset 13:
νυνὶ
δὲ - mais maintenant ; ἐν Χριστῷ Ἰησοῦ - dans le Christ Jésus ; ὑμεῖς
– vous ; οἵ - qui ; ποτε –
autrefois ; ὄντες – étant ; μακρὰν- loin ; ἐγγὺς – près ; ἐγενήθητε
– vous êtes devenus ; ἐν τῷ αἵματι – dans le sang ; τοῦ Χριστοῦ - du Christ.
« Mais maintenant, dans le Christ Jésus, vous qui
autrefois étiez loin êtes devenus proches dans le sang du Christ. »
Après
avoir évoqué – à travers celui de ses lecteurs – le passé de tout le monde païen,
Paul explique que le sang du Christ a opéré un rapprochement:
-
d’abord entre Juifs convertis (comme lui) et païens convertis (comme ses lecteurs):
Versets 14-15 :
Αὐτὸς
– lui ; γάρ – en effet ; ἐστιν – est ; ἡ εἰρήνη – la paix ;
ἡμῶν – de nous ; ὁ ποιήσας – lui ayant rendu ; τὰ ἀμφότερα – les deux ;
ἓν – un seul ; καὶ - et ; τὸ μεσότοιχον – le mur mitoyen ; τοῦ
φραγμοῦ - de la séparation ; λύσας – ayant dissout ; τήν ἔχθραν
– la haine ; ἐν τῇ σαρκί – dans la chair ; αὐτοῦ - de lui.
τὸν νόμον – la Loi ; τῶν ἐντολῶν –
des commandements ; ἐν δόγμασιν – par ordonnances ; καταργήσας – ayant
aboli ; ἵνα – afin que ; τοὺς δύο – les deux ; κτίσῃ - il crée ;
ἐν ἑαὐτῷ - en lui-même ; εἰς – vers ; ἕνα - un seul ; καινὸν – nouvel ; ἄνθρωπον
– humain ; ποιῶν – faisant ; εἰρήνην – la paix.
« En effet, il
est notre paix ; de deux il a fait un seul*, et dans sa chair il a détruit le mur de séparation**, la haine ; il a aboli la loi des
commandements d’observances – afin de créer en lui-même, des deux, une seule humanité
nouvelle*** en établissant la paix. »
-----
* Paul parle ici, de façon abstraite, de la fusion des Juifs
et des Gentils dans le Christ.
** La « haine » réciproque entre Juifs et Gentils
était symbolisée par le mur qui excluait les non-Juifs des parties religieuses du
Temple de Jérusalem en ne leur autorisant l’accès qu’à la cour extérieure (voir
page « le Temple de Jérusalem »). *** « L’homme nouveau », « l’humanité
nouvelle » que Dieu a recréée (cf.2Co 5,17sqq) en la personne du Christ ressuscité, « second Adam »
(1Co 15,45), après avoir tué en lui, sur la Croix, la race du « premier
Adam », corrompue par le péché (cf.Rm 5,12sqq ; 8,3 ; 1Co 15,21). Créée « dans la
justice et la sainteté de la vérité » (4,24), elle est « unique »
car en elle disparaissent toutes les divisions des hommes (Col 3,10sqq ;
Ga 3,27sqq).
Versets 16-18 :
καὶ - et ;
ἀποκαταλλάξῃ - il réconcilie ; τοὺς
ἀμφοτέρους – les uns et les autres ; ἐν – en ; ἑνὶ - un seul ;
σώματι - corps ; τῷ Θεῷ - en Dieu ;
διὰ - par ; τοῦ σταυροῦ - la croix ;
ἀποκτείνας – ayant tué ; τὴν ἔχθραν – la haine ; ἐν αὐτῷ - en elle ;
καὶ – et ;
ἐλθὼν – étant venu ; εὐηγγελίσατο **– il a annoncé ; εἰρήνην – la paix ;
ὑμῖν – à vous ; τοῖς μακρὰν – les au loin ; καὶ - et ; τοῖς ἐγγύς
– les auprès ;
ὅτι - parce que ; δι' αὐτοῦ - par lui ; ἔχομεν – nous avons ; τὴν
προσαγωγὴν - l’accès ; οἱ ἀμφότεροι
– les uns et les autres ; ἐν – en ; ἑνὶ - un seul ; πνεύματι – esprit ; πρὸς
– auprès de ; τὸν πατέρα – le père.
« Et il
réconcilie en Dieu les uns et les autres en un seul Corps* par la Croix, en elle il a tué la haine ;
et il est venu annoncer la paix**, à vous
qui étiez loin et à vous qui étiez près – parce que grâce à lui nous avons, les
uns et les autres, accès au Père dans un seul Esprit***. »
-----
* Ce « Corps unique » est d’abord le corps
individuel, physique, du Christ, sacrifié sur la Croix (Col 1,22sqq). Mais
c’est aussi le « Corps mystique » où se groupent tous les membres
enfin réconciliés (1Co 12,12sqq).
** Le Christ est venu, et ses Apôtres ont également prêché
en son nom l’Evangile (εὐ - ηγγελ - ίσατο : litt. « il
a annoncé la Bonne Nouvelle », « il a évangélisé », de εὐαγγελίζω [évan’gélidzo] : εὐ–bon ; αγγελ–annonce ; ίζω–je fais) du
salut et de la paix.
***
L’ « Esprit unique », le Saint Esprit, anime le Corps unique,
mystique, du Christ uni à son Eglise. Ayant transformé le corps ressuscité du Christ,
il se déverse sur les membres de son Eglise pour l’unir au Père. La structure
trinitaire est répétée au verset 22 : « Dans le Christ, vous êtes vous êtes tous ensemble intégrés à la
construction pour devenir une demeure de Dieu-Père par l’Esprit ».
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• Ep 3, 2-3a;5-6
L'Épiphanie
du Seigneur: fondement et exigence de l'annonce de l'Évangile à tous
les peuples auxquels, désormais, l'accès du Royaume est ouvert sans
autre condition que la foi au Christ.
Remarques :
1. Sur Paul, et sur la Lettre aux Ephésiens, voir à cette page. C'est le thème de l'apostolat de Paul (et des autres apôtres) qui domine dans les vv.2-13.
2. Ces versets sont constitués en grec de trois phrases, qui décrivent:
- la révélation aux apôtres du mystère de la réconciliation dans le Christ des Juifs et des "גוים goïm - ἔθνη ethnê (litt. nations)"- non-Juifs en vue de la formation d'un seul corps (vv.2-7; voir aussi 1,9-10 et 2,20, et page "Juifs et Goïm chez saint Paul"); - le rôle de Paul en tant qu' "apôtre des Gentils (= גוים - ἔθνη)", et la grâce qui a fait de lui le messager de cet "Evangile" (= "Bonne Nouvelle") de la réconciliation (vv.8-12);
- les souffrances de l'apôtre pour l'Evangile (v.13).
3. Sur ce dernier thème, il peut être intéressant de lire également le premier verset de cette péricope:
Τούτου χάριν ἐγὼ Παῦλος ὁ δέσμιος τοῦ Χριστοῦ ᾿Ιησοῦ ὑπὲρ ὑμῶν τῶν ἐθνῶν,
A cause de cela, moi Paul, le prisonnier du Christ Jésus pour vous païens...
• ὁ δέσμιος -le prisonnier: cette épître a vraisemblablement été rédigée lors de sa première captivité à Rome, en 61-62/63.
• ὑπὲρ ὑμῶν -pour vous:
Paul est en prison à cause de son ministère: sa prédication (notamment
l'annonce du Salut aux "païens" = non-juifs) a suscité une forte
hostilité à son égard (voir Ac 13,45; 22,21-23).
• Paul
interrompt sa phrase pour ouvrir, jusqu'à la fin du v.13, une
parenthèse dans laquelle il explique quelle est sa mission, et la
nature de l'annonce qu'il a reçu mission de proclamer.
Traduction intégrale du passage et remarques :
Verset 2:
εἴ γε ἠκούσατε τὴν οἰκονομίαν τῆς χάριτος τοῦ Θεοῦ τῆς δοθείσης μοι εἰς ὑμᾶς,
si du moins vous avez appris la responsabilité que Dieu, dans sa grâce, m'a confiée à votre égard.
• τὴν οἰκονομίαν [...] εἰς ὑμᾶς -la responsabilité [...] à votre égard: cette phrase indique que Paul n'écrit pas seulement pour l'Eglise d'Ephèse (où il avait séjourné trois ans: Ac 20,31,
et où l'on n'ignorait donc pas la responsabilité que Dieu lui avait
confiée) - mais pour que son épître "tourne" dans d'autres Églises,
plus jeunes, et où il est moins connu.
Verset 3:
ὅτι κατὰ ἀποκάλυψιν ἐγνώρισέ μοι τὸ μυστήριον, καθὼς προέγραψα ἐν ὀλίγῳ,
C'est par révélation que j'ai eu connaissance du mystère sur lequel je viens d'écrire en peu de mots.
• τὸ μυστήριον -le mystère: celui de la participation des גוים-ἔθνη-non-Juifs au Salut et aux privilèges du peuple de Dieu (voir page "Juifs et Goïm chez saint Paul"), cf. infra v.6. Cette participation avait été annoncée dans le Premier Testament par certaines prophéties (voir Col 1,26: "τὸ
μυστήριον τὸ ἀποκεκρυμμένον ἀπὸ τῶν αἰώνων καὶ ἀπὸ τῶν
γενεῶν - le mystère caché de tout temps et dans tous les âges")
Verset 4:
πρὸς ὃ δύνασθε ἀναγινώσκοντες νοῆσαι τὴν σύνεσίν μου ἐν τῷ μυστηρίῳ τοῦ Χριστοῦ,
En les lisant, vous pouvez vous représenter la compréhension que j'ai du mystère de Christ.
• τὴν σύνεσίν μου -la compréhension que j'ai:
Paul a conscience de sa mission d'apôtre; il ne manifeste pas de fausse
modestie, mais ne s'attribue aucun mérite: ce qu'il sait lui a été
révélé ("κατὰ ἀποκάλυψιν"
au v.3; voir aussi le v.5) par grâce (voir vv.7-8: "κατὰ τὴν δωρεὰν
τῆς χάριτος τοῦ Θεοῦ - selon le don de la grâce de Dieu").
Verset 5:
ὃ
ἑτέραις γενεαῖς οὐκ ἐγνωρίσθη τοῖς υἱοῖς τῶν ἀνθρώπων ὡς
νῦν ἀπεκαλύφθη τοῖς ἁγίοις ἀποστόλοις αὐτοῦ καὶ προφήταις
ἐν Πνεύματι,
Il
n'a pas été manifesté aux fils des hommes dans les autres générations,
comme il a été révélé maintenant par l'Esprit à ses saints apôtres et
prophètes.
• ἑτέραις γενεαῖςοὐκ ἐγνωρίσθη [...] ὡς νῦν -Il n'a pas été manifesté [...] dans les autres générations comme [...] maintenant: certains éléments du plan de Dieu se trouvaient déjà dans le Premier Testament (que Paul cite d'ailleurs très souvent, en particulier au sujet de la réunion des Juifs et des גוים-ἔθνη-non-Juifs dans un seul peuple de Dieu: Ep 2,17, mais aussi Rm 9,25; 10,20; 15,9-12; etc.) mais sans la clarté de la révélation qui a été donnée aux apôtres (cf. infra, sur v.6).Pour Paul, les apôtres font autorité en ce qui concerne le message de la Nouvelle Alliance.
• τοῖς ἁγίοις ἀποστόλοις αὐτοῦ -à ses saints apôtres: ce n'est pas seulement à Paul que le plan de Dieu a été révélé (voir 1Co 2,1;12-13).
• καὶ προφήταις -et prophètes: les apôtres sont aussi "prophètes" en tant que dépositaires des révélations divines (cf. Ep 2,20; 2Co 1,1).
Verset 6:
εἶναι
τὰ ἔθνη συγκληρονόμα καὶ σύσσωμα καὶ συμμέτοχα τῆς ἐπαγγελίας
αὐτοῦ ἐν τῷ Χριστῷ διὰ τοῦ εὐαγγελίου,
Ce
mystère, c'est que les païens sont cohéritiers, forment un même corps,
et participent à la même promesse en Jésus Christ par l'Évangile,
• συγκληρονόμα καὶ σύσσωμα καὶ συμμέτοχα-sont cohéritiers, forment un même corps, et participent à la même... : la répétition du préfixe prépositionnel "σύν sûn -
avec" (d'où dérive directement notre préfixe "syn-") met en valeur le
contenu du mystère, du plan "secret" de Dieu. Le Premier Testament
annonçait que des païens se tourneraient vers le Dieu d'Israël et
seraient sauvés (Gn 12,3; Is 2,1-4 par ex.); mais ces
textes étaient souvent interprétés comme prônant l'adhésion au
judaïsme, ou comme la découverte admirative par les גוים-non-Juifs du Dieu d'Israël. Le massage de Paul va plus loin: les גוים-ἔθνη-non-Juifs sont unis aux Juifs en un "même corps" ("σύσσωμα", de "σύν-" et "σῶμα sōma - le corps"), sans distinction d'origine.
▪ Ep 3,8-12 ;14-19
L’amour
incomparable, inimaginable du Christ a mis en pleine lumière celui de Dieu, infini, dont il nous est donné d’approcher
« en toute confiance ».
On ne peut que « se
prosterner » en adorant un tel mystère, que des hommes ont la mission d’annoncer.
Ils en seraient
totalement incapables, si le Père ne leur donnait « la puissance par
son Esprit ».
Le lyrisme de
ce texte lui donne l’allure d’une pièce liturgique.
__________________________________________________________________________
• Ep 4,1-6
Un résumé de l'Histoire du salut et de l'œuvre du Christ:
restaurer
- dans l'univers,
- dans le coeur de chacun,
- et entre les hommes,
l'unité brisée par le péché.
Tout cela ramassé dans une formule dense, facile à mémoriser, d'origine sans doute liturgique et vraisemblablement baptismale: « Un seul Corps et un seul Esprit, un seul Seigneur, une seule foi, un seul Dieu et Père de tous.»
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• Ep 4,1-16
C’est une sorte de testament spirituel que l’Apôtre Paul, en prison « à
cause du Seigneur » (il vaudrait mieux traduire « pour le Seigneur »,
ou encore « en communion avec le Seigneur »*), adresse aux Ephésiens.
« Descendu »
sur la terre et jusqu’à l’abîme de la mort, « monté » au ciel où il
est désormais à la droite de Dieu, le Christ a pris en charge l’univers entier pour
en faire une création nouvelle. Il distribue à chacun les dons multiples de l’Esprit.
Que les disciples du Seigneur, fidèles à la grâce qu’ils ont reçue, vivent dans
l’unité du Corps dont le Christ est la Tête et que chacun, selon sa
vocation, travaille activement à sa cohésion.
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* εγω ο δεσμιος εν κυριω – Littéralement : εγω – moi ;
ο δεσμιος – le prisonnier ; εν dans ; κυριω – le Seigneur.
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• Ep 4,30 - 5,2.
Fidélité à l'Esprit reçu lors du baptême, imitation du Père dans le Fils, dont toute l'action est inspirée par l'amour: telle est la morale chrétienne.
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• Ep 5,15-20.
L'Esprit Saint est la source de la sagesse et du discernement.
Que
les chrétiens lui ouvrent leur cœur et lui soient dociles. Ils sauront
alors comment se conduire dans ce monde - sans chercher à fuir leurs
responsabilités.
C'est également l'Esprit qui inspire la
prière, à commencer par celle de la liturgie, et l'action de grâce, qui
ne doit jamais cesser.
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Lettre aux Philippiens
Cette lettre, nul ne le conteste, a été écrite par Paul dont elle
porte le sceau, dans sa forme et son fond. Son unité a cependant été
discutée, et elle pourrait regrouper des textes différents:
remerciements pour un don reçu, appel à l’unité, polémique contre les
ennemis de la croix du Messie.
La ville de Philippes, en Macédoine, avait reçu la visite de
l’apôtre à plusieurs reprises (voir Ac 16,13-15 et 20,1-6). Paul
n’hésite donc pas à s’épancher personnellement auprès de correspondants
qu’il connaît et qu’il aime. Voici le plan de ce texte:
I. Salutations et introduction (1,1-11).
II. Réactions à la captivité de Paul (1,12-26).
III. Être digne de l’Annonce (1,27-2,18).
IV. Projets d’avenir (2,19-30).
V. La voie du salut (3,1-21).
VI. Ultimes exhortations et salutations finales (4,1-23).
Il reprend un thème courant en Israël: souffrir la persécution et le
martyre est insigne grâce. Polémiste ardent, Paul emploie toutes les
ressources de son génie à stigmatiser les ennemis de la croix du Messie
(3,18). Cette expression a suscité de nombreux commentaires. On ne
saurait en comprendre le sens sans penser aussi à ce que signifie la
croix pour Paul et ses contemporains: non pas le symbole de l’Église
triomphante, bien évidemment, mais un instrument de torture. Jésus,
vaincu sur terre, habite déjà le ciel où il accueille ses adeptes en
attendant de les établir dans le royaume sans frontière de YHWH:
jusque-là chacun doit persévérer dans la foi, dans la joie du salut. Le
motif de la joie parcourt ainsi toute cette lettre dont elle constitue
l’un des thèmes les plus émouvants, avec celui de l’universelle gloire
du Messie que chante l’hymne christologique (2,6-11).
Trois hypothèses
ont été avancées pour fixer le lieu de rédaction de cette lettre:
- Rome,
où Paul fut prisonnier à partir de 60,
- Césarée, où il fut incarcéré
vers 58-60,
- ou enfin mais moins probablement, Éphèse, où il fit de
tumultueux séjours vers 55-57. En tout cas, celui qui l’écrit est un captif,
et sa pensée est de celles qui se signent par le sang.
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• Ph 1,4-6; 8-11
Dieu est à l'origine et au terme de toute démarche de conversion.
Et c'est lui encore qui donne d'aller de progrès en progrès, dans la droiture, vers "le Jour du Christ".
Remarques :
Verset 4.
μετὰ χαρᾶς - "avec joie": première allusion à un thème important de l'épître. Paul donne en exemple, dans sa propre vie, une qualité qu'il aimerait voir chez ses lecteurs.
Verset 5.
ἐπὶ τῇ κοινωνίᾳ ὑμῶν εἰς τὸ εὐαγγέλιον
- littéralement: "à cause de la part que vous prenez à la Bonne
Nouvelle": Paul joue - ici et à plusieurs reprises - sur la part de
collaboration qu'ont les Philippiens à son ministère. Ils ont en effet
collaboré à l'évangélisation en soutenant financièrement l'apôtre (1,29-30; 4,16;18). Dans ce soutien fidèle et généreux (cf.2Co 8,1-3), Paul voit la preuve d'un partenariat de cœur entre l'Eglise de Philippes et lui-même. Voir aussi 4,10-20.
Verset 6.
ἄχρι ἡμέρας ᾿Ιησοῦ Χριστοῦ - "jusqu'au Jour de Jésus Christ":Paul transpose ici l'expression prophétique du "Jour d'YHWH".
Il discerne chez ses lecteurs l'action salvatrice de Dieu (leur générosité: 1,5 et leur fermeté dans l'épreuve: 1,28); donc, puisque Dieu a pris l'initiative de leur donner son salut, il ne laissera pas son œuvre inachevée (cf.1Co 1,8).
Quant
aux Philippiens, ils ont à s'insérer dans la logique de ce que Dieu est
en train de parfaire en eux, et à faire fructifier de leur côté ce
salut (cf. 2,12). Les nombreuses exhortations à la bonne conduite dans cette épître sont à comprendre dans ce sens.
Verset 9.
ἡ ἀγάπη ὑμῶν
- "votre amour": Paul ne précise pas l'objet de cet amour; on peut
penser qu'il s'agit - au sens général - de l'amour que Dieu a versé
dans le cœur des chrétiens par l'intermédiaire de l'Esprit Saint (cf.Rm 5,5): le chrétien aime parce qu'il a d'abord été aimé.
ἐν ἐπιγνώσει - "en connaissance": elle permet de mettre en œuvre cet amour de la bonne façon dans chaque situation. Elle s'acquiert en particulier par le moyen de l'enseignement biblique.
Dans le contexte, on peut penser que Paul prie pour qu'ils comprennent comment obéir au commandement divin d'amour mutuel (voir 4,2).
καὶ πάσῃ αἰσθήσει - "et en pleine intelligence": capacité de savoir quelle est la bonne conduite à tenir dans une situation donnée. Elle s'acquiert en particulier par l'expérience.
Verset 10.
εἰς - "en vue de": la prière de Paul pour le développement de l'amour par les Philippiens (verset 9) a deux objectifs:
- qu'ils puissent discerner ce qui est important;
- qu'ils soient purs et irréprochables.
τὰ διαφέροντα -
"les choses les meilleures": le discernement de ce qui est le meilleur
leur sera utile notamment face aux adversaires qui seront décrits au
chapitre 3.
εἰλικρινεῖς - "purs", "sincères": pleins de la sincérité, de l'honnêteté de celui qui est transparent devant Dieu et devant les autres.
ἀπρόσκοποι εἰς ἡμέραν Χριστοῦ - "irréprochables en vue du jour du Christ": c'est le jugement qui aura lieu au jour
du Christ qui dicte la nécessité de la pureté et du caractère
irréprochable de celui qui comparaîtra. Paul résume ces qualités au
verset suivant, comme "fruit de la justice" (sur l'importace de la צדקה "justice" dans la foi juive, voir cette page). Cependant, c'est hic et nunc, ici et maintenant qu'il faut développer ces qualités. Verset 11.
καρπὸν δικαιοσύνης - "le fruit de justice": métaphore
du verset 10 ("purs et irréprochables") sous la forme de l'image d'un
arbre qui porte du fruit de façon à rappeler que l'origine des œuvres
justes est en Dieu, et leurs fruits seront un jour pour lui. ___________________________________________________________________________
• Ph 2, 6-11
Fragment d'une très ancienne hymne liturgique.
D’abaissement en abaissement, jusqu’à la mort ignominieuse
sur la croix : tel est l’itinéraire pascal du Christ auquel Dieu « a
conféré le nom qui surpasse tous les noms ». C’est par une obéissance semblable, opposée à la désobéissance d’Adam, que nous
aurons part à la gloire de Jésus-Christ, le Seigneur.
- Abaissement volontaire de la condition divine à celle des hommes,
- mort sur une croix pour notre salut,
- exaltation dans la gloire du Père:
tel a été l'itinéraire pascal de Jésus-Christ.
Reconnaître en lui le Seigneur, c'est obtenir la vie.
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• Ph 3,8b-14.
Du
jour où il a été saisi par le Christ, saint Paul a mis en œuvre toute
son énergie pour s'élancer, sans un regard en arrière, sur la voie
ouverte par la grâce.
Tous
les avantages qu'on pouvait avoir ne sont rien par rapport à la
connaissance du Christ Jésus. Ce don inestimable - qu'on ne saurait
donc "mériter" - transforme radicalement la vie, lui donne un dynamisme
qui fait tout accepter avec joie, dans la certitude d'avoir, un jour,
part à la résurrection du Seigneur.
Communier déjà la puissance de sa résurrection est le bien suprême qu'on ne peut savourer dans l'inaction.
Sur ce passage:
• Sur Ph 3,1-21:
Après une longue série (1,27 - 2,30) d'exhortations, construite sur le thème de l'unité (en 4,2, on verra que cette épître - pourtant destinée à être lue en communauté, ce qui rappelle Phm
et indique que Paul prend le problème au sérieux - cite nommément deux
de ses anciennes collaboratrices dans cette communauté, Evodie et
Syntyche, maintenant opposées par un différend suffisamment grave pour
qu'il soit parvenu aux oreilles de l'apôtre; selon certains, ce
problème précis expliquerait l'importance du thème de l'unité dans
cette lettre), le ton change brutalement en 3,2: on passe de
l'exhortation fraternelle à la mise en garde contre les "mauvais
ouvriers" qui sont décrits avec des mots très durs; il s'agit de ceux
qui voulaient imposer aux chrétiens d'origine païenne (= non-juive) la
pratique de la Loi juive, en particulier la circoncision; il s'agit
soit d'un avertissement préventif de Paul (ils risquent d'arriver à
Philippes), ou d'un mise en garde (ils y sont déjà en petit nombre). A
la lumière de son expérience en d'autres lieux (par ex. en Galatie),
Paul craint que ces imposteurs ne viennent détourner les chrétiens de
Philippes, auxquels il est très attaché (aucune autre des Églises qu'il
a fondées ne semble avoir eu un souci missionnaire comme celle de
Philippes - cf. 4,15), du véritable Évangile. Or pour
les "missionnaires" judaïsants, la foi en Jésus Christ devait être
"complétée" par la pratique de la Loi: selon eux, les goïm devaient
d'abord devenir juifs pour être sauvés. Paul accentue sa mise en garde
en invoquant ses références juives irréprochables (même s'il les
considère par ailleurs comme une perte): Ph 3,4-6 est à ce sujet l'un de ses récits autobiographiques les plus précis (comp. Ga 1,13-24; 1Tm 1,12-16).
Si l'on considère que l'hymne christologique de Ph 2,6-11
occupe une place centrale dans cette épître, on peut relever quelques
points communs entre la biographie de Paul et l'exemple du Christ. En
effet, la vie de Paul, telle qu'elle est décrite dans cette lettre,
peut être résumée en trois points:
-
renoncement: il n'a pas cherché à profiter de son passé prestigieux; au
contraire, il y a renoncé et s'est fait serviteur de Jésus Christ;
-
prédication: ayant abandonné tout ce qui faisait sa crédibilité au sein
du monde juif, il est devenu, comme Jésus avant lui, prédicateur
itinérant;
- emprisonnement: comme son Seigneur et pour lui, Paul a connu emprisonnement et souffrance.
Paul
conclut de son témoignage que les privilèges humains, même les plus
remarquables, ne sont rien devant Dieu, et ne donnent certainement pas
le droit de se présenter devant lui la tête haute. La décision
d'acquittement ne peut venir que du Seigneur, par le moyen choisi par
lui (3,9).
Enfin,
pour éviter que son discours ne soit mal interprété, Paul souligne que
- s'il parle de "gagner le Christ", de "connaître le Christ", de
devenir "semblable à lui" - il n'a pas encore atteint le but (3,12-21): c'est une des caractéristiques de la maturité spirituelle que de savoir le reconnaître.
Traduction et remarques :
Verset 7.
ἅτινα ἦν μοι κέρδη, ταῦτα ἥγημαι διὰ τὸν Χριστὸν ζημίαν·
ces choses qui étaient pour moi des gains, je les ai regardées comme une perte, à cause de Christ.
• ζημίαν - une perte: Gagner
le Christ est, pour Paul, gagner l'essentiel (voir v.8); c'est pourquoi
il établit un bilan de gains et de pertes, avant d'en inverser les deux
colonnes à la lumière du Christ.
Verset 8.
ἀλλὰ
μενοῦνγε καὶ ἡγοῦμαι πάντα ζημίαν εἶναι διὰ τὸ ὑπερέχον τῆς
γνώσεως Χριστοῦ ᾿Ιησοῦ τοῦ Κυρίου μου, δι᾿ ὃν τὰ πάντα
ἐζημιώθην, καὶ ἡγοῦμαι σκύβαλα εἶναι ἵνα Χριστὸν κερδήσω
Et
même je regarde toutes choses comme une perte, à cause de l'excellence
de la connaissance de Jésus Christ mon Seigneur, pour lequel j'ai
renoncé à tout, et je les regarde comme de la boue, afin de gagner le
Christ,
• τὸ ὑπερέχον τῆς γνώσεως - l'excellence de la connaissance: Connaissance
"personnelle": savoir qu'il nous aime, l'aimer en retour - et aimer, à
cause de lui, tous ceux pour qui il est mort. Considérée comme
"excellente" (certaines traductions traductions extrapolent en écrivant
"le bien suprême"), la connaissance du Christ relativise pour Paul
toute autre attache - qu'il qualifie de "σκύβαλα", le σκύβαλον skubalon' étant littéralement le rebut que l'on jette aux chiens. Voir sa déclaration sur la vie et la mort, en 1,21sqq.
Les
vv. suivants élaborent le propos, pour faire de cette "connaissance"
une véritable identification au Christ souffrant, mort, et ressuscité
(v.10). La vie du Christ sert de modèle à l'expérience de Paul: comme
le Christ, il est prêt à aller jusqu'au sacrifice de lui-même.
Verset 9.
καὶ εὑρεθῶ ἐν αὐτῷ μὴ ἔχων ἐμὴν δικαιοσύνην τὴν ἐκ νόμου, ἀλλὰ τὴν διὰ πίστεως Χριστοῦ, τὴν ἐκ Θεοῦ δικαιοσύνην ἐπὶ τῇ πίστει,
et
d'être trouvé en lui, non avec ma justice, celle qui vient de la loi,
mais avec celle qui s'obtient par la foi dans le Christ, la justice qui
vient de Dieu par la foi,
• εὑρεθῶ ἐν αὐτῷ - être trouvé en lui: Sans doute en référence à la venue du Seigneur (3,20. Voir aussi 2,16).
• δικαιοσύνην - justice: Contraste entre "ἐμὴν δικαιοσύνην τὴν ἐκ νόμου - ma justice, celle qui vient de la loi", donc obtenue par l'obéissance; et une autre, "τὴν διὰ πίστεως - celle qui s'obtient par la foi", venant "Χριστοῦ- [du] Christ", et donc par extension "ἐκ Θεοῦ -
de Dieu". C'est avec cette justice-là que Paul peut envisager de
comparaître devant Dieu; car une "justice" acquise par des voies
humaines sera sans valeur devant lui (voir 2Co 5,21).
Verset 10.
τοῦ
γνῶναι αὐτὸν καὶ τὴν δύναμιν τῆς ἀναστάσεως αὐτοῦ καὶ τὴν
κοινωνίαν τῶν παθημάτων αὐτοῦ, συμμορφούμενος τῷ θανάτῳ
αὐτοῦ,
afin
de connaître Christ, et la puissance de sa résurrection, et la
communion de ses souffrances, en devenant conforme à lui dans sa mort,
pour parvenir,
• παθημάτων - souffrances: Il
ne s'agit pas, pour Paul, de souffrir pour souffrir; avoir part aux
souffrances du Christ est pour lui une image de la vie chrétienne: le
croyant est identifié à Jésus, en particulier dans ses souffrances,
dans sa mort et dans sa résurrection. Et comme la mort du Christ a
abouti à sa résurrection, les souffrances de Paul (des Philippiens, et
de tous les croyants) ne sont pas inutiles, car elles permettent à
d'autres d'accéder à la vie dans le Christ; en outre, à la fin, elles
porteront le fruit qu'est la résurrection (v.11). Comp. 2Co 4,7-12.
Verset 11.
εἴ πως καταντήσω εἰς τὴν ἐξανάστασιν τῶν νεκρῶν.
si je le puis par quelque moyen, à la résurrection d'entre les morts.
Verset 12.
Οὐχ ὅτι ἤδη ἔλαβον ἢ ἤδη τετελείωμαι, διώκω δὲ εἰ καὶ καταλάβω, ἐφ᾿ ᾧ καὶ κατελήμφθην ὑπὸ τοῦ Χριστοῦ ᾿Ιησοῦ.
Ce
n'est pas que je sois encore arrivé, ou que j'aie déjà atteint la
perfection; mais je cours, pour tâcher de saisir le prix, puisque moi
aussi j'ai été saisi par Jésus Christ.
• τετελείωμαι - j'aie atteint la perfection: Dans
les vv. qui suivent, Paul parlera aux Philippiens de la perfection, à
la fois comme d'un but dont il s'agit de se rapprocher et d'un prix
qu'il s'agit de remporter - mais aussi, et en même temps comme d'un but
déjà atteint (v.15): plus qu'une contradiction, il faut y voir un
équilibre à trouver entre le "déjà" et le "pas encore" du salut.
• διώκω - je cours: Paul compare la vie chrétienne à la course olympique. Cette image met en valeur la concentration nécessaire, et l'intensité de l'effort à fournir.
Verset 13.
ἀδελφοί,
ἐγὼ ἐμαυτὸν οὔπω λογίζομαι κατειληφέναι· ἕν δέ, τὰ μὲν ὀπίσω
ἐπιλανθανόμενος τοῖς δὲ ἔμπροσθεν ἐπεκτεινόμενος
Frères,
je ne pense pas l'avoir encore saisi; mais je fais une chose: oubliant
ce qui est en arrière et me portant vers ce qui est en avant,
Verset 14.
κατὰ σκοπὸν διώκω ἐπὶ τὸ βραβεῖον τῆς ἄνω κλήσεως τοῦ Θεοῦ ἐν Χριστῷ ᾿Ιησοῦ.
je cours vers le but, pour remporter le prix de la vocation céleste de Dieu en Jésus Christ.
• τὸ βραβεῖον - le prix: Le
vainqueur des compétitions grecques recevait une couronne (de persil,
puis, plus tard, de lauriers). Pour Paul, le prix c'est "d'être trouvé en lui" (v.9); autrement dit: le "prix", c'est le Christ.
• τῆς ἄνω κλήσεως - de la vocation céleste: Littéralement: "de l'appel d'en haut"; cet appel, qui vient "du haut" du ciel, est vraisemblablement à mettre en parallèle (métaphore filée) avec celui qui était lancé à la fin des épreuves olympiques, annonçant "du haut" de
l'enceinte sportive le nom du vainqueur, ses origines familiales, son
pays; l'athlète s'avançait alors pour recevoir sa couronne. ___________________________________________________________________________
• Ph 3,17 -4,1.
Naturalisés
citoyens des cieux, ceux qui s'attachent au Christ sans partage verront
leur pauvre corps transfiguré à l'image du corps glorieux du Ressuscité
le jour où il reviendra. Leur attente ne sera pas déçue.
Traduction et remarques :
• Sur Ph 3,1-21:voir ci-dessus.
CHAPITRE 3
Verset 17.
Συμμιμηταί μου γίνεσθε, ἀδελφοί, καὶ σκοπεῖτε τοὺς οὕτω περιπατοῦντας, καθὼς ἔχετε τύπον ἡμᾶς.
Soyez tous mes imitateurs, frères, et portez les regards sur ceux qui marchent selon le modèle que vous avez en nous.
• τοὺς οὕτω περιπατοῦντας, καθὼς ἔχετε τύπον ἡμᾶς- ceux qui marchent selon le modèle que vous avez en nous : Ce "nous" désigne bien entendu et d'abord Jésus (2,5-11); et, par extension, Paul lui-même (par ex. 1,4;25; 4,9), Timothée et Epaphrodite (2,22;25).
Verset 18.
πολλοὶ
γὰρ περιπατοῦσιν, οὓς πολλάκις ἔλεγον ὑμῖν, νῦν δὲ καὶ κλαίων
λέγω, τοὺς ἐχθροὺς τοῦ σταυροῦ τοῦ Χριστοῦ,
Car
il en est beaucoup qui marchent en ennemis de la croix de Christ, je
vous en ai souvent parlé, et j'en parle maintenant encore en pleurant.
• πολλοὶ γὰρ περιπατοῦσιν [...] τοὺς ἐχθροὺς τοῦ σταυροῦ τοῦ Χριστου- Car il en est beaucoup qui marchent en ennemis de la croix de Christ: Essentiellement ceux dont il a été question en 3,2 (voir introduction ci-dessus), la suite le confirmera.
Verset 19.
ὧν τὸ τέλος ἀπώλεια, ὧν ὁ θεὸς ἡ κοιλία, καὶ ἡ δόξα ἐν τῇ αἰσχύνῃ αὐτῶν, οἱ τὰ ἐπίγεια φρονοῦντες.
Leur
fin sera la perdition; ils ont pour dieu leur ventre, ils mettent leur
fierté dans ce qui fait leur honte, ils ne pensent qu'aux choses de la
terre.
• ὧν τὸ τέλος ἀπώλεια- Leur fin sera la perdition: Littéralement
"dont le but [est] la destruction"; c'est-à-dire qu'ils recevront un
autre "prix", après avoir couru vers un autre "but" que la plénitude du
salut en Jésus Christ (3,20).
• ἡ κοιλία- le ventre: Deux interprétations sont ici possibles.
- Certains, par analogie avec Rm 16,18, voient ici une allusion aux nombreuses prescriptions alimentaires (voir Lv 11 et cette page) auxquelles les judaïsants attachaient un grande importance (comp. Col 2,16;20-21).
-
Pour d'autres, ce serait une façon lapidaire d'évoquer la circoncision,
devenue une sorte d'idole - par opposition au culte rendu à Dieu en
Esprit.
La mention d'une "fierté" (δόξα) qui ne repose pas sur le Christ, et de pensées tournées vers "les choses de la terre" (τὰ ἐπίγεια) semble aller dans le même sens.
Verset 20.
ἡμῶν γὰρ τὸ πολίτευμα ἐν οὐρανοῖς ὑπάρχει, ἐξ οὗ καὶ σωτῆρα ἀπεκδεχόμεθα Κύριον ᾿Ιησοῦν Χριστόν,
Mais notre cité à nous est dans les cieux, d'où nous attendons aussi comme Sauveur le Seigneur Jésus Christ,
• τὸ πολίτευμα- la cité: Littéralement: "la citoyenneté"; voir 1,27.
Depuis l'installation de colons, retraités des armées romaines, à
Philippes, la ville jouissait du statut de "colonie" romaine, et ses
habitants du statut de "citoyens". Paul joue sur le droit de
citoyenneté (il était lui-même citoyen romain) en rappelant aux
chrétiens qu'ils sont aussi et d'abord citoyens du royaume de Dieu, et
que leur vie dans la société doit le refléter.
Verset 21.
ὃς
μετασχηματίσει τὸ σῶμα τῆς ταπεινώσεως ἡμῶν εἰς τὸ γενέσθαι
αὐτὸ σύμμορφον τῷ σώματι τῆς δόξης αὐτοῦ κατὰ τὴν
ἐνέργειαν τοῦ δύνασθαι αὐτὸν καὶ ὑποτάξαι αὐτῷ τὰ πάντα.
qui transformera
le corps de notre humiliation, en le rendant semblable au corps de sa
gloire, par le pouvoir qu'il a de s'assujettir toutes choses.
• τὸ σῶμα τῆς ταπεινώσεως ἡμῶν- le corps de notre humiliation: Parce
que sujet à la faiblesse et à la maladie, et accessible au péché. La
faiblesse de son corps rappelle au chrétien qu'il n'est pas encore au
bout du chemin (voir 3,12).
CHAPITRE 4
Verset 1.
῞Ωστε, ἀδελφοί μου ἀγαπητοὶ καὶ ἐπιπόθητοι, χαρὰ καὶ στέφανός μου, οὕτω στήκετε ἐν Κυρίῳ, ἀγαπητοί.
C'est
pourquoi, mes bien-aimés, et très chers frères, vous qui êtes ma joie
et ma couronne, demeurez ainsi fermes dans le Seigneur, mes bien-aimés!
• ἀδελφοί μου ἀγαπητοὶ καὶ ἐπιπόθητοι, χαρὰ καὶ στέφανός μου [...] ἀγαπητοί- mes bien-aimés, et très chers
frères, vous qui êtes ma joie et ma couronne, [...] mes bien-aimés: Confirmation de l'intimité particulière (1,7;8 - voir l'introduction ci-dessus) qui lie Paul à cette Église.
• χαρὰ καὶ στέφανός μου- ma joie et ma couronne: Cette expression équivaut à "titre de gloire" (2,16). Il s'agit, pour Paul, du fruit de son apostolat, au Jour du Seigneur.
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• Ph 4,4-7
Joie, sérénité "en toute circonstance", paix: des biens inestimables. Dieu est là: il exauce nos prières.
Verset 4.
• πάλιν ἐρω - je le répète: dans ce verset, Paul dit en effet deux fois "χαίρετε" ("Χαίρετε ἐν Κυρίῳ πάντοτε· πάλιν ἐρῶ, χαίρετε - Réjouissez-vous toujours dans le Seigneur; je le répète, réjouissez-vous"); mais il reprend également ce qu'il a écrit en 3,1. Une profonde joie continue d'habiter Paul dans cette fin de lettre (voir aussi 4,10).
Verset 5.
• τὸ ἐπιεικὲς ὑμῶν
- votre modération: ce terme, "ἐπιεικής" peut encore se traduire par
"douceur", "bonté"; il sous-entend une réaction positive face à une
situation qui, normalement, susciterait un désir de vengeance et de
revendication de ses droits. Mais le chrétien doit être au-delà de ce
désir - même si son attitude peut sembler étrange au "monde" (voir le
verset 7).
• ὁ Κύριος ἐγγύς - le Seigneur est proche: ultime référence à la venue du Christ exalté, "lorsque toute langue confessera sa seigneurie" (voir 2,11); il s'agit donc d'anticiper l'accomplissement de son règne par un comportement généreux envers les païens.
Verset 6.
• μηδὲν μεριμνᾶτε - ne vous inquiétez de rien: n'oublions pas que cette épître est écrite dans un contexte de persécution (cf.Mt 10,19 et Lc 12,11). Paul invite ses lecteurs à ne pas s'inquiéter, mais plutôt
1- à se rappeler que le Seigneur est proche (verset 5; voir aussi 3,20-21): c'est lui qui rendra justice (voir cette page) et qui redressera les torts; 2- à adopter une attitude de prière reconnaissante.
• τὰ αἰτήματα ὑμῶν γνωριζέσθω πρὸς τὸν Θεόν
- faites connaître vos besoins à Dieu: celui qui vit d'ores et déjà
sous le régime du Père s'en remet à Dieu en toutes choses; pour ceux
qui sont dans le Christ, ce règne est déjà une réalité même si elle
n'est encore qu'incomplète.
Verset 7.
• ἡ εἰρήνη - la paix: conséquence de la prière reconnaissante et opposé à l'anxiété du
verset 6, cette "paix" est le contentement intérieur donné par Dieu.
Elle est comme une sentinelle (φρουρέω "garder" appartient au langage
militaire et signifie précisément "monter la garde", "être une
sentinelle") pour le croyant et le protège des assauts de l'ennemi.
• ἡ ὑπερέχουσα πάντα νοῦν̓
- qui surpasse toute intelligence: elle surpasse tout ce qu'on peut
concevoir en raison de son origine divine, et en particulier parce
qu'elle apparaît là où on ne l'attend pas, dans une situation qui
normalement aurait dû susciter l'anxiété (voir l'idée, assez proche ,
du "réconfort" en 2Co 1,3-11).
Remarque: ce verset sert de conclusion à la prière su soir: "Que la Paix de Dieu, qui surpasse toute intelligence, garde nos cœurs et nos pensées dans le Christ Jésus. Amen".
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