Au service de l'Ecriture - Yvette Mailliet le Penven




Les Épîtres de saint Paul

(4)





Les épîtres "pastorales"

     Les deux lettres à Timothée forment avec la lettre à Tite un ensemble dénommé, depuis le XVIIIe siècle, les « épîtres pastorales », qui traitent toutes trois des vertus nécessaires aux chefs de communauté pour assumer leurs responsabilités.
     Les deux premières sont adressées à Timothée, né à Lystres, en Lycaonie, d’un père grec et d’une mère juive. En bon pharisien, Paul, entreprenant son deuxième voyage missionnaire, n’hésite pas à le faire circoncire (Ac 16,1-3; 2 Tm 1-5). Timothée fut associé aux principales étapes de la vie de Paul; celui-ci, pendant son ultime captivité, alors qu’il attendait sa mise à mort, tournait encore ses pensées vers son « enfant aimé » (2 Tm 1,2; 4,9).
   
    L’objet principal des trois lettres pastorales vise l’organisation et la direction des Églises, qui ont le plus urgent besoin d’être consolidées. Elles s’analysent ainsi:
    Première lettre à Timothée:
I.  Salutations (1,1-2).
II.  Le combat contre les fausses doctrines (1,3-7).
III.  Le rôle de la Tora et la vocation de Paul (1,8-20).
IV.  La direction d’une communauté (2,1-3,16).
V.  Les souffles errants (4,1-16).
VI.  Les relations du chef et de sa communauté (5,1-6,2).
VII.  Conclusions et salutation finale (6,3-21).
    Deuxième lettre à Timothée (reprend et développe des thèmes voisins):
I.  Salutations (1,1-5).
II.  Souffrir pour l’Annonce (1,6-2,13).
III.  Éviter le verbiage profane (2,14-4,5).
IV.  Le testament de Paul (4,6-18).
V.  Salutations finales (4,19-22).
    Plus brève, la lettre à Tite est ainsi composée:
I.  Salutations (1,1-4).
II.  Les vertus d’un chef (1,5-16).
III.  Ce qui convient à l’enseignement sain (2,1-3,11).
IV.  Salutations finales (3,12-15).
    L’influence de ces trois lettres pastorales demeure profonde dans la vie quotidienne des Églises; elles y ont introduit des idées qui inspirent aussi l’organisation du culte synagogal tel qu’il fut prévu par les pharisiens: permettre l’évolution et les progrès d’une foi vivante, sans empêcher l’infusion de l’esprit, et sans compromettre la stabilité de la communauté.
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Sur la Lettre à Tite

On ne sait pas grand chose sur Tite, jamais mentionné dans les Actes; il était d’origine païenne, et comme tel incirconcis. Nous savons d'après la lettre aux Galates qu'il faisait déjà partie des proches de Paul au moment de la fameuse réunion de Jérusalem vers l'année 50 ; Paul parle encore de lui à plusieurs reprises dans plusieurs de ses lettres: il accompagne Paul à Jérusalem quand il y défend le droit des goïm de ne pas être soumis à toutes les mitsvot, et il est aussi avec lui au cours de son deuxième voyage missionnaire.
Il a été chargé par Saint Paul d'organiser la communauté des Chrétiens en Crète : mais, quand Paul lui-même a-t-il fondé cette communauté ? Où et quand a-t-il connu Tite ? On ne le sait pas 

Quant à la Crète, Luc raconte, également dans les Actes des Apôtres, que le bateau qui transportait Paul prisonnier à Rome pour y être jugé, a fait escale dans un endroit appelé « Beaux Ports » au sud de l'île. Luc ne parle pas de la naissance d'une communauté chrétienne à cette occasion. Et Tite ne faisait pas partie de l'expédition. Après bien des péripéties, ce voyage s'est terminé comme prévu à Rome où Paul a été pendant deux ans en résidence surveillée.
Généralement, on suppose que cette première captivité romaine s'est soldée par une libération ; Paul aurait alors entrepris un quatrième voyage missionnaire ; et c'est au cours de ce quatrième voyage qu'il aurait évangélisé la Crète.
Apparemment, la chose n'était pas aisée : car les Crétois avaient très mauvaise réputation au temps de Paul. Et c'est un poète du pays, Epiménide de Cnossos, au VIème siècle av.J.C., qui les traitait de « Crétois, perpétuels menteurs, bêtes méchantes, panses malfaisantes ». Or Paul, en le citant, dit « ce témoignage est vrai »... Et c'est cette communauté chrétienne toute neuve que Tite est chargé d'organiser!
Cette lettre à Tite contient donc les conseils du fondateur de la communauté à celui qui en est désormais le responsable.
On sait que, pour des raisons de style, de vocabulaire et même de vraisemblance chronologique, beaucoup des spécialistes des épîtres pauliniennes pensent que cette lettre à Tite (comme les deux lettres à Timothée, d'ailleurs) a été écrite seulement à la fin du Ier siècle, c'est-à-dire trente ans environ après la mort de Paul, mais dans la fidélité à sa pensée et pour appuyer son œuvre.
Quelle que soit l'époque à laquelle cette lettre a été rédigée, il faut croire que les difficultés des Crétois persistaient !
A propos de contenu, cette lettre à Tite est particulièrement courte, trois chapitres seulement (composition: cf. supra).

• Tt 2,11-14

Révélation d'un Dieu qui fait grâce, qui offre le Salut à tous, qui conduit nos vies vers le bonheur sans fin, la Nativité du Seigneur réoriente le cours de l'histoire et le sens de nos vies.

La célébration de cette Manifestation divine tourne nos regards vers la perspective de se bonheur sans fin...

Remarques:
Après avoir donné à Titus/Tite en 2,1-10 ses recommandations concernant diverses catégories de fidèles, Paul développe ici le thème de la grâce, source de Salut.
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• Tt 2, 11-14; 3,4-7

La Théophanie de Dieu Père et Esprit en faveur du Fils qui eut lieu sur les bords du Jourdain a inauguré l'ultime étape de l'Histoire du Salut.
Ceux que Dieu fait renaître par le bain du baptême et renouvelle dans l'Esprit Saint possèdent dès aujourd'hui les arrhes du Royaume qu'ils reçoivent en héritage.

Traduction et remarques :

Traduction et remarques :
Tout ce qui précède et ce qui suit les passages lus aujourd'hui consiste en recommandations extrêmement concrètes à l'intention des membres de la communauté de Crète, vieux et jeunes, hommes et femmes, maîtres et esclaves, responsables qui se doivent d'être irréprochables; si Paul insiste sur ce dernier point, c'est certainement qu'il y avait encore beaucoup à faire!

Chapitre 2.
Verset 11.
᾿Επεφάνη γὰρ ἡ χάρις τοῦ Θεοῦ ἡ σωτήριος πᾶσιν ἀνθρώποις,
Car la grâce de Dieu, source de salut pour tous les hommes, a été manifestée.
᾿Επεφάνη - a été manifestée: en Jésus-Christ, voir v.14. De ce verbe "ἐπιφαίνω épiphainô - paraître au-dessus" dérive le substantif "ἐπιφάνεια épiphanéia" (cf. v.13), sur lequel a été calqué notre mot "Épiphanie".
᾿Επεφάνηἡ χάρις τοῦ Θεοῦ -la grâce de Dieu a été manifestée: autrement dit:"Dieu s'est fait homme".
πᾶσιν ἀνθρώποις -pour tous les hommes:le monde attend de nous ce témoignage; il ne s'agit pas de mérites à acquérir, mais de témoignage à porter. Le mystère de l'Incarnation va donc jusque-là: Dieu veut le salut de toute l'humanité, pas seulement le nôtre!  Mais il attend notre collaboration pour cela. Désormais la face du monde est changée, et donc aussi notre comportement. Encore faut-il nous prêter à cette transformation, comme nous le montrent les versets suivants.

Verset 12.
παιδεύουσα ἡμᾶς, ἵνα ἀρνησάμενοι τὴν ἀσέβειαν καὶ τὰς κοσμικὰς ἐπιθυμίας σωφρόνως καὶ δικαίως καὶ εὐσεβῶς ζήσωμεν ἐν τῷ νῦν αἰῶνι, 
Elle nous enseigne à renoncer à l'impiété et aux convoitises mondaines, et à vivre dans le siècle présent selon la sagesse, la justice et la piété,

Verset 13.
προσδεχόμενοι τὴν μακαρίαν ἐλπίδα καὶ ἐπιφάνειαν τῆς δόξης τοῦ μεγάλου Θεοῦ καὶ σωτῆρος ἡμῶν ᾿Ιησοῦ Χριστοῦ,
en attendant la bienheureuse espérance, et la manifestation de la gloire de notre grand Dieu et Sauveur Jésus Christ,
• προσδεχόμενοι - en attendant: cette "attente", les croyants l'affirment, « puisque c'est une promesse de Dieu, c'est une certitude ! ».
ἐπιφάνειαν τῆς δόξης ᾿Ιησοῦ Χριστοῦ - la manifestation de la gloire de Jésus Christ: lors de son retour, au dernier jour, sa gloire sera manifestée de façon évidente, tout comme sa grâce, source de Salut, a été manifestée lors de son incarnation (v.11).
τοῦ μεγάλου Θεοῦ καὶ σωτῆρος ἡμῶν ᾿Ιησοῦ Χριστοῦ͂ - de notre grand Dieu et Sauveur Jésus Christ: certaines traductions (Louis Segond par ex.)
disent "de notre grand Dieu et de notre Sauveur..."; mais étant donné
- le contexte théologique: le retour glorieux de Jésus-Christ,
- et la construction grammaticale de la phrase: un seul article "του" mis en quelque sorte en "facteur commun" aux deux groupes nominaux coordonnés par "καὶ"͂, 
c'est bien Jésus-Christ qui est appelé "notre grand Dieu".
On peut reconnaître ici une phrase que le prêtre prononce à chaque Eucharistie, après le Notre Père : « Nous espérons le bonheur que tu promets et l'avènement de Jésus-Christ notre Sauveur ». Comme bien souvent, ce et signifie « c'est-à-dire ». Il faut entendre « Nous espérons le bonheur que tu promets, qui est l'avènement de Jésus-Christ notre Sauveur ». Ce n'est pas une manière de nous voiler la face sur les lenteurs de cette transformation du monde, c'est un acte de foi : nous osons affirmer que l'amour du Christ aura le dernier mot.
Cette certitude, cette attente sont le moteur de toute liturgie: au cours de la célébration, les Chrétiens ne sont pas des gens tournés vers le passé mais déjà un seul homme, debout, tourné vers l'avenir (= à-venir).

Verset 14.
᾿ὃς ἔδωκεν ἑαυτὸν ὑπὲρ ἡμῶν, ἵνα λυτρώσηται ἡμᾶς ἀπὸ πάσης ἀνομίας καὶ καθαρίσῃ ἑαυτῷ λαὸν περιούσιον, ζηλωτὴν καλῶν ἔργων.
qui s'est donné lui-même pour nous, afin de nous racheter de toute iniquité, et de se faire un peuple qui lui appartienne, purifié par lui et zélé pour les bonnes œuvres.

Chapitre 3.
Verset 4.
᾿ὅτε δὲ ἡ χρηστότης καὶ ἡ φιλανθρωπία ἐπεφάνη τοῦ σωτῆρος ἡμῶν Θεοῦ,
Mais, lorsque la bonté de Dieu notre Sauveur et son amour pour les hommes ont été manifestés,
ὅτε- lorsque: la traduction liturgique omet cette conjonction - ce qui dénature le sens et la structure de la phrase, puisque le début du verset 5 est la proposition principale: "Lorsque la bonté de Dieu notre Sauveur et son amour pour les hommes ont été manifestés, il nous a sauvés".

Verset 5.
᾿οὐκ ἐξ ἔργων τῶν ἐν δικαιοσύνῃ ὧν ἐποιήσαμεν ἡμεῖς, ἀλλὰ κατὰ τὸν αὐτοῦ ἔλεον ἔσωσεν ἡμᾶς διὰ λουτροῦ παλιγγενεσίας καὶ ἀνακαινώσεως Πνεύματος ῾Αγίου,
il nous a sauvés, non à cause des œuvres de justice que nous aurions faites, mais selon sa miséricorde, par le baptême de la régénération et le renouvellement du Saint Esprit,
οὐκ ἐξ ἔργων τῶν ἐν δικαιοσύνῃ ὧν ἐποιήσαμεν ἡμεῖς -il nous a sauvés, non à cause des œuvres de justice que nous aurions faites: le Salut est une œuvre de Dieu, fondée sur sa bonté et son amour (ou sa grâce, v.7). Comp. Ep 2,8-9.
διὰ λουτροῦ παλιγγενεσίας -par le baptême de la régénération: littéralement "le bain de la nouvelle naissance, de la re-naissance". L'image du bain décrit une purification spirituelle (cf. l'importance du Miqvé, bain rituel de purification dans le rituel juif), opérée par l'Esprit Saint: l'action ainsi décrite est l'œuvre de régénération, de renouvellement, effectuée par l'Esprit de Dieu. L'image du bain (Miqvé, baptême) décrit une purification spirituelle.
Le baptême est une mort par rapport au péché - voir théologie des icônes à cette page; Rm 6,4-14; Jn 3,5).

Verset 6.
οὗ ἐξέχεεν ἐφ᾿ ἡμᾶς πλουσίως διὰ ᾿Ιησοῦ Χριστοῦ τοῦ σωτῆρος ἡμῶν,
qu'il a répandu sur nous avec abondance par Jésus Christ notre Sauveur,
ἐξέχεεν πλουσίως -il a répandu avec abondance: comp. Jl 3,1-2; Ac 2,17-18. La vie chrétienne est - du commencement à la fin - conduite par l'Esprit.
Dans les vv.5-6 sont mentionnées les trois Personnes de la Trinité:
- οὗ - qu(e): pronom relatif dont l'antécédent est "Πνεύματος ῾Αγίου - du Saint Esprit", au verset 5; la traduction liturgique explicite en remplaçant le système {principale avec antécédent + subordonnée relative} par deux indépendantes, et le relatif par la reprise de l'antécédent: "Cet Esprit".
- ἐξέχεεν il a répandu: verbe dont le sujet (non exprimé en grec par un pronom, mais uniquement par la désinence) est "Dieu [le Père]"  annoncé an verset 4; la traduction liturgique l'explicite également.
- διὰ ᾿Ιησοῦ Χριστοῦ par Jésus Christ.
le Père a répandu sur nous l'Esprit par le Fils.

Verset 7.
ἵνα δικαιωθέντες τῇ ἐκείνου χάριτι κληρονόμοι γενώμεθα κατ᾿ ἐλπίδα ζωῆς αἰωνίου.
afin que, justifiés par sa grâce, nous devenions, en espérance, héritiers de la vie éternelle.

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• Tt 3,4-7

Naître à une vie nouvelle dans l'Esprit, recevoir en espérance l'héritage des fils: quel merveilleux cadeau de Noël offert par Dieu!

Remarques:

Verset 4.
ὅτε - Lorsque: la traduction liturgique omet cette conjonction - ce qui dénature le sens et la structure de la phrase, puisque le début du verset 5 est la proposition principale: "Lorsque la bonté de Dieu notre Sauveur et son amour pour les hommes ont été manifestés, il nous a sauvés".

Verset 5.
οὐκ ἐξ ἔργων τῶν ἐν δικαιοσύνῃ ὧν ἐποιήσαμεν ἡμεῖς, ἀλλὰ κατὰ τὸν αὐτοῦ ἔλεον - non à cause des œuvres de justice que nous aurions faites, mais selon sa miséricorde: le Salut est une œuvre de Dieu, reposant sur sa bonté et son amour (sur "sa grâce" au verset 7).
διὰ λουτροῦ παλιγγενεσίας - par le bain de régénération "διὰ  [...] ἀνακαινώσεως Πνεύματος ῾Αγίου - par le renouvellement du Saint Esprit".
La "purification" est la mort par rapport au péché, que symbolise aussi le baptême (cf. Rm 6,4-14).

Verset 6.
ἐξέχεεν ἐφ᾿ ἡμᾶς πλουσίως - il a répandu sur nous avec abondance: la vie chrétienne est, du commencement à la fin, une vie conduite par l'Esprit.
Comparer à Jl 3,1-2 et à Ac 2,17-18.
• οὗ ἐξέχεεν [...] διὰ ᾿Ιησοῦ Χριστοῦ - qu'il a répandu [...] par Jésus Christ: dans ce verset, on peut noter l'évocation de la Trinité:

"Le Père répand son Esprit par le Fils".
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