Au service de l'Ecriture - Yvette Mailliet le Penven

Textes tirés du
Nouveau Testament





Les Évangiles


<- Broderie (fils d'or et d'argent sur velours) pour ornement liturgique - 1681 - Couvent patriarcal de Bzommar (Liban).

Cette belle broderie sur velours bleu ciel consiste en une croix à branches courbes qui présentent les symboles ailés des quatre évangélistes - tétramorphe de la vison d'Ézéchiel et "Quatre Vivants" de l'Apocalypse:
- en haut Matthieu sous la forme d'un homme;
- en bas Marc, sous celle d'un lion;
- à gauche Luc, sous celle d'un taureau;
- à droite Jean, sous celle d'un aigle.
Au centre, un texte arménien de dédicace.


    
L’habitude s’est imposée d’intituler la première partie du Nouveau Testament : « les Quatre Évangiles ». En fait, jusqu’au quatrième siècle, les chrétiens parlaient uniquement de l’« Évangile » ou, en hébreu, Bessora (en araméen Bessorta), l’unique Annonce de Jésus, distinguant ses quatre parties par référence à leurs auteurs, selon Matthieu, selon Marc, selon Luc et selon Jean. Ces quatre livres reflétaient en effet la tradition orale, puis écrite, des faits, des paroles et des gestes de la vie, de la mort et de la résurrection de Jésus.

      Jean le dit parfaitement: « Tout cela a été écrit pour que vous adhériez à Jésus, le Messie, Fils de Dieu, et pour qu’en adhérant vous ayez la vie en son nom » (Jn 20,31). Nous ne sommes donc pas en présence d’un livre d’histoire froidement objective, mais d’une Annonce, d’un kérygme, qui engage les adeptes de Jésus dans un combat à la vie, à la mort, dont dépend le salut d’Israël comme celui du monde.

    La similitude de structure des Évangiles synoptiques (Matthieu, Marc, Luc), aussi bien que leurs divergences occasionnelles, même à l’intérieur des textes parallèles, a inspiré l’hypothèse de l’utilisation réciproque, avancée pour la première fois par saint Augustin. Celui-ci supposait que Matthieu aurait, le premier, écrit son évangile; Marc l’aurait résumé, tandis que Luc se serait servi de l’un et de l’autre. Au début du IIème siècle, Papias, évêque de Hiérapolis en Phrygie, avait écrit, selon Eusèbe (Histoire ecclésiastique, III, 39, 6), que « Matthieu recueillit les paroles en langue hébraïque; chacun les interpréta comme il pouvait ». Ce témoignage ne manque pas d’ambiguïté. On s’est fondé sur lui, cependant, pour parler d’un évangile primitif écrit en araméen ou en hébreu, qui serait à la source de nos évangiles actuels. Il existe, cependant, une opinion fort répandue, celle qui admet la théorie des deux sources, l’une consistant dans l’Évangile de Marc, l’autre dans un document disparu, fait surtout de « logia - paroles » de Jésus, que l’on désigne par le sigle Q, de l’allemand « Quelle - source ».
    S’appuyant sur une rétroversion en hébreu des Évangiles, Robert L. Lindsey, suivi par David Flusser, revient à la thèse traditionnelle selon laquelle Matthieu est le premier des évangélistes.
________________________________________


   
Evangile selon
saint Matthieu

Les Pères de l'Eglise ont rattaché chacun des quatre évangélistes à l'un des "quatre Vivants" de l'Apocalypse entourant le Christ en gloire;saint Matthieu est représenté par un "fils d'homme", parce que son Evangile commence par la généalogie de Jésus.

Saint Matthieu symbolisé par le "fils d'homme":



Mosaïque - Mausolée de Galla Placidia - Ravenne ->






<- Plaque de reliure émaillée, XIIème siècle - Musée de Cluny, Paris.






Détail de broderie (fils d'or et d'argent sur velours) pour ornement liturgique - 1681 - Couvent patriarcal de Bzommar (Liban) ->




    L’opinion traditionnelle attribue le premier évangile à l’apôtre Matthieu (Mt 10,3; Mc 3,18; Lc 6,15; Ac 1,13), un publicain ou collecteur d’impôts (Mt 9, 9), que Marc (2,13) et Luc (5,27) appellent Lévi, et dont le nom hébreu était Matyah, diminutif de Matatyah ou de Matanyah, en araméen Mati ou Mataï. Il va sans dire que les critiques qui attribuent à ce livre une composition tardive ne voient dans ce nom qu’un procédé pseudépigraphique, l’auteur réel ayant voulu mettre son œuvre sous le patronage d’un apôtre. Certains font de cette œuvre le résultat du travail d’une équipe, appelée par eux « école de Matthieu ».
    La même incertitude règne parmi les exégètes quant à la date de l’œuvre, qu’ils fixent selon leurs tendances entre 60 et 115, date à laquelle Ignace d’Antioche cite le livre. Mais il semble qu’il faille retenir ici pour l’essentiel la thèse de John A. T. Robinson (Redating the New Testament, 1976) dont l’argumentation se fonde sur l’importance de 70, année de la destruction du Temple de Jérusalem. L’évangile de Matthieu n’aurait pu être écrit après cette date sans parler explicitement de cet événement.
    On ignore le lieu de composition de ce livre. On suppose qu’il est né en milieu judéo-chrétien, imprégné d’influences et de coutumes bibliques, mais où le grec était ordinairement parlé. Des exégètes ont suggéré la ville d’Antioche en Syrie, d’autres ont parlé de la Phénicie.
  
    Matthieu, en 1071 versets, résume la vie de Jésus, en insistant sur ce qui, dans cette vie, lui paraît être l’essentiel: son activité publique, sa mort et sa résurrection. Les quatre derniers jours de l’existence de Jésus sont racontés en 413 versets, les trente-trois ans qui précèdent l’étant en 658 versets.
    En voici la structure:
I.  Généalogie et naissance de Jésus: ch. 1-2.
II.  Le Précurseur et le baptême de Jésus. Retraite au désert: 3,1 - 4,11.
III.  Action publique de Jésus en Galilée et dans les régions avoisinantes: 4,12 - 20, 34. Cette section renferme quatre discours:
  1.  Sermon sur la montagne: 5,1- 7,29.
  2.  Instructions aux disciples: 11,5-42.
  3.  Sept paraboles: 13,1-52.
  4.  Règles de vie pour les disciples: ch. 18.
IVJésus à Jérusalem: ch. 21 - 25.
  1.  L’entrée messianique à Jérusalem: 21,1-22.
  2.  La prédication messianique: 21,23 - 22,46.
  3.  Contre les scribes et les pharisiens: ch. 23.
  4.  Cinquième discours: la fin arrive: ch. 24 - 25.
V. Passion, crucifixion et résurrection de Jésus: ch. 26 - 28.

    Systématique dans la composition générale de son œuvre, Matthieu l’est aussi dans sa manière de regrouper les thèmes: Jésus, évoqué dans les chapitres 5 - 7 en tant que grand maître de justice, est présenté, en un second volet décrivant dix miracles, comme un incomparable thaumaturge (8,1 - 9,34). La tension qui oppose Jésus aux autres familles spirituelles d’Israël est analysée en deux sections séparées (11,2 - 12,50; 21,23 - 23,39).

    Caractéristique est aussi le constant recours de Matthieu à la Bible hébraïque qui est pour lui le terme de référence suprême, d’où Jésustire toute son authenticité et toute sa légitimité. Tout est advenu pour accomplir ce qu’a dit YHWH par son prophète (1,22); cette formule revient, à quelques variantes près, en onze occurrences. Matthieu cite la Bible plus de soixante fois, sans compter les innombrables allusions qu’il y fait sans la mentionner explicitement; pour son auditoire averti, une simple phrase, un simple mot renvoient à la matrice biblique dont tout le Nouveau Testament porte l’ineffaçable empreinte.
    Même s’il la cite en grec, dans la version des LXX, ou librement en traduisant lui-même un texte qu’il connaît à peu près par cœur comme tous les lettrés d’Israël, l’auteur est très certainement imprégné d’hébraïsme. On le sent presque à chaque mot: même s’il écrit en grec, même s’il connaît bien l’araméen, il pense tout d’abord dans la langue de la Bible, en hébreu. Les parallélismes qui caractérisent le style de la Bible hébraïque sont cultivés par Matthieu au point de devenir un procédé. La comparaison entre Mt 7,24-27 et Lc 6,47-49 est significative à cet égard. Parallélismes, chiasmes, inclusions, recours aux mots ou sentences agrafes révèlent avec évidence un auteur hébreu, vivant, en milieu judéen, de l’enseignement de la Bible et des traditions des rabbis. Béda Rigaux l’a écrit très justement: « L’humus du premier évangile est sémitique, vétéro-testamentaire et palestinien. »

    Ces caractères se décèlent aussi dans l’emploi que Matthieu fait des nombres 2, 3, 5, 7. Il définit ainsi trois tentations ou épreuves (4,1-11); trois plantes: menthe, cumin, fenouil; trois vertus: justice, matricialité, adhérence; trois exemples de justice: justification, prière, jeûne (6,1-18); trois prières à Gat-Shemani (26,39-44); trois reniements de Pierre (26, 69-75); trois sentences sur l’arbre et ses fruits; il relate le baptême de Jésus en trois strophes de trois stiques et de neuf verbes parmi une trentaine de séries dominées par le nombre trois.
    Le sept, chiffre parfait pour les Hébreux, revient très fréquemment sous sa plume: caractéristique est la triple série de quatorze (7 x 2) générations des ancêtres de Jésus, correspondant aux multiples septénaires de l’Apocalypse.

    La matière propre de Matthieu ne comprend pas seulement la haggada midrashique de la communauté messianique naissante, mais bon nombre de textes messianiques interprétés dans des perspectives chrétiennes, selon une exégèse qui reflète souvent la méthodologie propre aux rabbis de Judée. Matthieu met l’accent sur l’annonce apocalyptique et eschatologique des triomphes ultimes d’un Messie de Gloire (voir notamment 25,31-46). Son annonce, de tous ses feux, éclaire la personne de Jésus, en qui il reconnaît le « Messie de notre justification ». Suivant des procédés fréquents dans l’exégèse rabbinique, Matthieu adapte, librement parfois, le texte prophétique qu’il cite dans le sens de la vérité qu’il veut enseigner.

    Matthieu, davantage que Marc, décrit en Jésus la majesté du Messie de Gloire. Il le fait par touches imperceptibles, éliminant de son récit tout ce qui peut rappeler cette humanité sur laquelle Marc, au contraire, insiste souvent. Il situe son Messie sur un plan résolument surnaturel; il souligne la grandeur de ses miracles qui le placent bien au-dessus de ses disciples et des foules:
- ceux-ci « s’approchent » du Seigneur et ce verbe revient 52 fois chez Matthieu alors qu’on le trouve seulement 10 fois chez Luc, 5 fois chez Marc et 10 fois dans les Actes;
- les disciples « se prosternent » devant lui, et ce verbe revient à treize reprises chez Matthieu, selon le nombre des attributs par lesquels YHWH se révèle à Moïse en Ex 34,6-7. Jésus est décrit comme le maître de justice, le rabbi miraculeux, le serviteur souffrant, le vainqueur enfin de la mort et du diable. Sa résurrection le situe à la droite d'YHWH et confirme sa vocation de sauveur d’Israël et de l’humanité.

    Le nom de Jésus revient cent cinquante fois sous la plume de Matthieu et quatre-vingt-une fois sous celle de Marc et celle de Luc. Il signifie en hébreu Yah sauve; il est celui qui sauvera son peuple de ses fautes (Mt 1,21). Mais Jésus est aussi pour l’évangéliste le Rabbi et le Seigneur, ce nom revenant quatre-vingts fois dans Matthieu. Le Fils de l’homme, le sauveur annoncé de l’humanité et d’Israël, la chrétienté naissante, à la suite des évangélistes, voit en lui le fils de Dieu. Cette expression en hébreu n’a pas et ne peut pas avoir le même sens qu’en grec.
- En hébreu, le mot "בּן bên" exprime une dépendance qui souvent n’est pas celle d’une filiation biologique. Par surcroît, dans l’univers biblique, Dieu est le père non seulement de tout homme mais de toute créature, de tout objet.
- Pour le Grec, au contraire, les dieux ne sont pas créateurs mais procréateurs, et "υἱός
uihos" désigne uniquement un lien de filiation biologique, celui du fils à son géniteur. Ainsi, derrière les questions de sémantique, il est nécessaire de percevoir les différences de la pensée et de son expression chez les Hébreux et chez les Grecs. Mais toute lecture du Nouveau Testament, y compris du corpus paulinien, souligne bien l’unité de l’univers spirituel et culturel des Hébreux, efface des frontières que les rivalités religieuses, aggravées par les grandes tragédies de l’histoire, avaient édifiées entre le monde juif et le monde chrétien.
    Restitué à son contexte historique et à son substrat sémitique, le Nouveau Testament, sans rien perdre de sa substance théologique, prend tout le relief d’une irrésistible authenticité. Comme la Genèse pour ce qui est de la Bible hébraïque, le livre de Matthieu constitue pour le Nouveau Testament la magistrale introduction.
________________________________________

Mt 1,1-25

Jésus a ses "origines" lointaines dans l'histoire très humaine de la promesse faite à Abraham, le "père des croyants": tel est le sens de sa "généalogie", un genre littéraire dont bien des subtilités nous échappent. Quant à son "origine" immédiate, elle est à la fois divine puisque Marie a été "enceinte par l'action de l'Esprit Saint", et humaine puisqu'il s'intègre dans la lignée de David dont Joseph était issu.

Ce passage dans l'évangile de Matthieu:

La première partie de l'Evangile selon Matthieu peut se décomposer en six sections - dont nous avons ici les deux premières: la généalogie de Jésus et l'annonce de sa naissance.
Matthieu (voir introduction ci-dessus) est un Juif lettré, dont l'évangile est rigoureusement structuré par une inclusion: à "Dieu est avec nous" dans l'introduction (Mt 1,23; voir ci-après) répond "Je suis avec vous" dans la conclusion (Mt 28,20). Ces deux expressions indiquent que la Bonne Nouvelle annoncée par Matthieu est celle du dévoilement progressif de l'Emmanuel.
Matthieu a peut-être d'abord rédigé son évangile en hébreu; c'est en tout cas ce qu'on écrit certains Pères de l'Eglise (en particulier
- Eusèbe citant Papias, né vers 70, Histoire ecclésiastique III,39,15-16; et citant Origène, H.E. VI,25,4;
- et Irénée, Contre les hérésies, III,1,1).
Quoi qu'il en soit, c'est chez lui, en ce qui concerne les synoptiques, que l'on trouve le plus grand nombre de citations explicites du Premier Testament (Matthieu: 62; Marc: 31; Luc: 26).
C'est que, pour lui, Jésus est celui en qui s'accomplit l'Ecriture. Ainsi, la deuxième section, l'annonce de la naissance de Jésus (Mt 1,18-25) décrit l'accomplissement d'Is 7,14 (et 8,8;10).
Cependant, la première section, la généalogie de Jésus, a une portée bien plus profonde: elle montre qu'en Jésus ne s'accomplit seulement pas telle ou telle annonce du Premier Testament, mais qu'il est lui-même l'accomplissement de l'histoire vétérotestamentaire

Remarques:

Verset 1.
Βίβλος γενέσεως - Généalogie: littéralement: "livre de la γένεσις - génésis - génération, famille". Matthieu reprend ici l'expression qu'utilise la LXX pour traduire l'hébreu "תולדותtôledôt", pluriel de "תּולדה tôledâh - génération, famille, origine, histoire,..." à propos "des cieux et de la terre" (Gn 2,4), et surtout en Gn 5,1:
זה ספר תולדת אדם
"Voici le livre de la postérité d'Adam"
Par ce rapprochement, Matthieu veut-il suggérer que Jésus est "le nouvel Adam"? Oui, sans nul doute, s'il avait en tête le texte hébreu...
Car, s'il avait en tête la traduction de ce verset par la LXX: "Αὕτη ἡ βίβλος γενέσεως ἀνθρώπων", littéralement: "Ceci [est] le livre de la γένεσις des hommes", cette interprétation est plus difficile! En effet, non seulement la LXX a choisi de traduire אדם par le nom commun "être humain" et non par le nom propre "Adam", mais elle l'a en outre considéré comme une sorte de générique, et a donc utilisé le pluriel grec...
Χριστοῦ - Christ: littéralement, "l'Oint"; traduction grecque de l'hébreu "משׁיח mâshı̂yakh - l'oint" qui dérive du verbe "משׁח  mâshach - oindre", et  a donné notre notre mot "Messie". Dans le Premier Testament, les rois (1S 16,1;13; 26,11), les prêtres (Ex 40,13-15; Lv 4,3), et parfois les prophètes recevaient l'onction en signe de consécration particulière au service de Dieu et de son peuple.
Le Christ, l'Oint par excellence, réunit ces trois fonctions en sa personne (cf. Mt 16,16).
υἱοῦ Δαυΐδ, υἱοῦ ᾿Αβραάμ - fils de David, fils d'Abraham:
- En mentionnant Abraham, Matthieu fait allusion à l'épisode fondateur de l'histoire d'Israël (Gn 12,1-3): les Juifs s'appelaient "les fils d'Abraham"; Jésus l'est par excellence puisque par lui la bénédiction promise sera donnée.
- En utilisant l'expression "fils de David", Matthieu emploie un titre messianique (Mt 16,16; 21,9;15), souvent utilisé par ceux qui implorent de Jésus une guérison (Mt 9,27; 15,22; 20,30-31). Ce titre désigne le Christ comme le roi d'Israël, héritier des promesses faites à David (2S 7,11-16).

Verset 5.
῾Ραχάβ (hébreu: רחב Râkhâb) - Rahab: littéralement, en hébreu: "la Fière"; voir Jos 2. Prostituée de Jéricho, elle accueille et protège les espions envoyés par Josué, ce qui lui vaut d'être épargnée lors de la prise de la ville (Jos 6,22-25). Elle est citée en Hé 11,31 comme un modèle de femme de foi.
Apparaissent aussi dans cette généalogie, ce qui est totalement inhabituel à l'époque:
- Au verset 3: Θάμαρ (hébreu: תּמרTâmâr) - Tamar: littéralement, en hébreu: "celle qui se tient Droite" (ou "le palmier"); voir Gn 38. Bru de Juda. Veuve, ne pouvant avoir d'enfant (son beau-frère Onan refuse de lui donner un enfant, ce qui va à l'encontre de la loi du lévirat: le Seigneur le fait mourir à cause de cette attitude, refus caractérisé de solidarité familiale), elle se déguise en prostituée pour se présenter à son beau-père; de là naissent deux jumeaux, ancêtres de la tribu de Juda.
- Au verset 5: ῾Ρούθ (hébreu: רוּתRûth) - Ruth:littéralement, en hébreu: "l'Amie, l'Associée"; voir la megillâh (litt. "le rouleau"), le livre de Ruth, en particulier Rt 4,13;18-22). Moabite, veuve d'un Juif, elle reste fidèlement auprès de sa belle-mère Noémi et s'attache au peuple d'Israël. Son beau-frère étant également mort, elle devient pour respecter la loi du lévirat l'épouse de Booz, parent de son mari. Ce récit, datant du temps d'Esdras, se situe en réaction contre une politique trop rigoureuse d'exclusion des mariages avec des femmes non-juives (Esd 10) - puisqu'il présente sous un jour très favorable une étrangère introduite dans la communauté d'Israël, et même dans la lignée royale et massianique (elle est l'arrière-grand'mère de David).
- Au verset 5: ἐκ τῆς τοῦ Οὐρίου- de la femme d'Urie: Beth-Sabée, בּת־שׁבע bath-sheba‛ littéralement, en hébreu: "Fille du serment"; voir commentaire du Ps 51 à cette page et 2S 11-12. Femme d'Urie, officier hittite de David, peut-être hittite elle-même, elle est séduite par David alors qu'Urie est en guerre. David fait mettre Urie en situation de péril extrême, il meurt au combat: David peut épouser Bethsabée, enceinte. Pour cette grave faute, David reçoit les réprimandes du prophète Nathân, l'enfant meurt, David n'achèvera pas le Temple. Bethsabée sera plus tard la mère de Salomon.

La mention de ces quatre
- femmes
- non-juives,
- et/ou qui se sont se sont trouvées en situation de grande impureté rituelle,
dans la généalogie de Jésus rappelle que tous ont été inclus dans le plan de Salut de Dieu de tout temps.
En outre, Matthieu veut peut-être aussi répondre aux rumeurs concernant les circonstances "troubles" de la naissance de Jésus en soulignant que, si celui-ci n'est en aucun cas un enfant illégitime, l'origine de certains de ses ancêtres royaux est liée à des situations moralement répréhensibles; or Dieu a agi en leur faveur: c'est pour sauver les pécheurs qu'il a envoyé son Fils (voir ci-après, verset 21).

Verset 16.
᾿Ιακὼβ δὲ ἐγέννησε τὸν ᾿Ιωσὴφ τὸν ἄνδρα Μαρίας, ἐξ ἧς ἐγεννήθη ᾿Ιησοῦς - Jacob engendra Joseph, l'époux de Marie, de laquelle est né Jésus: la construction de la phrase, en particulier l'emploi des voix verbales (ἐγέννησε et ἐγεννήθη sont respectivement l'aoriste - approximativement le passé-simple français, l'accompli hébreu - actif et passif du même verbe "γεννάω gennaô - procréer, engendrer" -> ἐγέννησε = il engendra; ἐγεννήθη = il fut engendré) suggère que si Joseph est le père "légal" de Jésus, Marie est la mère "physique" (sinon "biologique") de Jésus.
Les différences entre les généalogies selon Matthieu et selon Luc ont poussé certains à voir
- chez Matthieu, la généalogie de Jésus par Marie,
- chez Luc, sa généalogie par Joseph.
Cependant, à cause de Mt 1,16-20 d'une part, et de Lc 3,23;31 d'autre part, il semble préférable de voir chez les deux évangélistes une généalogie de "Jésus descendant de David par Joseph",
- celle de Matthieu (conforme au genre littéraire des généalogies royales du Premier Testament) étant "officielle";
- celle de Luc étant "biologique".

Verset 18.
᾿πρὶν ἢ συνελθεῖν αὐτοὺς - avant qu'ils eussent habité ensemble: les "fiancés" étaient juridiquement mariés , mais n'avaient pas encore de vie commune (si la Ketouva avait déjà été signée, ils n'étaient pas encore passés sous la Houpa à la synagogue - une page sera consacrée aux rites du mariage juif). Le mariage n'est pas encore public ni officiel.

Verset 19.
δίκαιος ὢν - qui était un homme de bien: littéralement "qui était juste". La droiture de Joseph l'incite à rompre les fiançailles et à épargner ainsi à Marie la honte d'une répudiation publique (et éventuellement un jugement pour adultère) après le mariage. La tradition juive permettait une séparation privée, en présence de deux témoins.

Verset 20.
ταῦτα δὲ αὐτοῦ ἐνθυμηθέντος - Comme il y réfléchissait: Joseph malgré tout craint de faire du tort à Marie; il n'a pas encore pris de décision ferme, il "pèse le pour et le contre", et cherche la meilleure solution pour elle.
ἄγγελος κυρίου - un ange du Seigneur: chez Matthieu, on assiste à l'intervention d'anges au début et à la fin du ministère de Jésus (Mt 1,20;24; 2,13;19; 28,2;5).
κυρίου - du Seigneur: la LXX traduit par κύριος kurios le tétragramme יהוה
κατ᾿ ὄναρ - en songe: voir aussi Mt 2,13;19;22.
παραλαβεῖν - prendre avec toi: par ce mariage, Jésus devient légalement fils de Joseph, et donc "fils de David".

Verset 21.
καλέσεις τὸ ὄνομα αὐτοῦ ᾿Ιησοῦν- tu lui donneras le nom de Jésus: Ἰησοῦς Iēsous est la transcription grecque de יהושׁוּעyehôshûa‛ = "YHWH [est/donne] le Salut", "YHWH sauve".
- Joseph en prénommant Jésus exercera une prérogative paternelle;
- le prénom de l'enfant à naître est en quelque sorte le "programme de sa vie";
d'où l'importance de cette consigne donnée par l'ange.


Verset 23.
ἰδοὺ ἡ παρθένος ἐν γαστρὶ ἕξει καὶ τέξεται υἱόν, καὶ καλέσουσι τὸ ὄνομα αὐτοῦ ᾿Εμμανουήλ- Voici, la vierge sera enceinte, elle enfantera un fils, et on lui donnera le nom d'Emmanuel, ce qui signifie Dieu avec nous: citation de la traduction grecque (LXX) d'Is 7,14:
הנה העלמה הרה וילדת בן וקראת שׁמו עמנו אל׃
ὅ ἐστι μεθερμηνευόμενον, μεθ᾿ ἡμῶν ὁ Θεός- ce qui signifie Dieu avec nous : citation de la traduction grecque (LXX) d'Is 8,8;10:
- עמנו אל‛immânû êl:invocation ("ô Emmanuel!") au verset 8;
- כי עמנו אלkîy‛immânû êl: explication de la force du peuple de l'Emmanuel au verset 10 ("Car Dieu est avec nous"); LXX traduit :עמנו אל par "μεθ᾿ ἡμῶν ὁ θεός - Dieu avec nous" au verset 8, et par "μεθ᾿ ἡμῶν κύριος ὁ θεός - le Seigneur Dieu est avec nous".
Jésus est le descendant miraculeux (le "אות 'ôth - signe" d'Is 7,14) de David (Is 11,1), celui qui
ויקרא שׁמו פלא יועץ אל גבור אביעד שׂר־שׁלום׃
"sera appelé Admirable, Conseiller, Dieu puissant, Père éternel, Prince de la paix" (Is 9,5).
Sur l'inclusion Mt 1,23 - Mt 28,20, voir ci-dessus, présentation de ce passage.

Verset 24.
ὁ ᾿Ιωσὴφ [...] ἐποίησεν ὡς προσέταξεν αὐτῷ ὁ ἄγγελος Κυρίου - Joseph [...] fit ce que l'ange du Seigneur lui avait ordonné: nouvelle manifestation de la droiture de Joseph: il obéit à la parole de Dieu, sa réputation dût-elle en souffrir.
Son respect pour l'œuvre de Dieu se voit aussi dans son attitude envers celle qui est pourtant juridiquement devenue son épouse, selon le verset 25.

• Mt 1,18-25

L’évangile selon Matthieu, soucieux de montrer en tout l’accomplissement de l’Écriture, préfère rapporter l’annonce faite non à Marie, mais à Joseph, puisque c’est par «Joseph, fils de David» que l’enfant se rattache aux promesses messianiques faites à la lignée de David. Mais la naissance virginale de Jésus n’en est pas moins fortement affirmée, à deux reprises. L’ancrage dans la Première Alliance se manifeste par le rappel de la Loi qui voulait que la femme adultère fût lapidée ; mais surtout par la citation de l’oracle mystérieux d’Isaïe qui trouve en cette annonce son accomplissement et par la figure même de Joseph qui, comme son ancêtre le patriarche, entend Dieu lui parler en songe et va, par son obéissance, collaborer au salut de son peuple (cf. Genèse 37-50). Mais la nouveauté toujours se révèle, dans l’esquisse de cette loi nouvelle d’amour, plus «juste» que les prescriptions légales ; et dans le double nom donné à l’enfant : Jésus, ‘Dieu sauve’ et Emmanuel ‘Dieu avec nous’. C’est bien «la genèse» de Jésus-Christ et, en lui, la genèse, l’enfantement d’un monde nouveau où se rejoignent l’homme et Dieu.
________________________________________

• Mt 5,1-12a

"Heureux!":
Ils sont du bon côté, ils sont bien placés!
Ils doivent donc se réjouir par avance, tous ceux qui ont l'assurance d'avoir une "grande récompense dans les cieux", ceux qui "ont lavé et purifié leurs vêtements dans le sang de l'Agneau" (cf. Ap 7,14).
Voilà ce que proclament les Béatitudes - qui ne font en aucune façon l'apologie de la pauvreté imposée, des persécutions subies, du mépris ou de la calomnie dont on est l'objet à cause du Christ...


Méditation - 1
(Voir aussi page: "Saint(e)s"?...)

     En ce dimanche où nous fêtons tous les saints, Dieu nous invite à contempler tous ceux et celles qui ont répondu à son amour en donnant l’entièreté de leur cœur et de leur vie. Contemplation non pas des saints pour eux-mêmes mais contemplation de l’amour vivifiant de Dieu dont a rayonné toute leur existence. Bien souvent, dans notre pensée, leur état bienheureux au ciel nous laisse supposer que leur vie fut sans histoire ou même parfois angélique sur terre. Au contraire ! En relisant leur histoire nous voyons que rien ne leur fut épargné mais leur confiance en Dieu leur a permis de dépasser humblement les obstacles. 

     Qu’est-donc qu’un saint ?

     Notre époque nous ramène systématiquement à une vision de l’homme uniquement centrée sur lui-même :
Nous devons être beau, intelligent, cultivé, capable de tout, excellent en tout domaine, forcené du travail, efficace en tout engagement. Et si nous n’avons pas la gloire, la richesse et la santé, nous faisons partie de cette humanité peu intéressante qui n’est destinée qu’à subir l’action de plus forts et dont la vie ne suscitera aucune évocation dans le livre des destins humains illustres. Oui, tout semble n’exister que pour exalter l’homme et amener l’humanité à se dépasser continuellement pour offrir comme seul devenir la nécessité d’être des surhommes adulés. Malheur à qui ne correspond pas à ces critères !

     Heureux les pauvres de cœur, heureux les doux, ceux qui ont faim et soif de justice, les miséricordieux, les cœurs purs, les pacifiques, les persécutés, les insultés à cause de moi, le Royaume des cieux sera leur récompense !

     Telles sont les paroles que nous adresse Jésus pour signifier le devenir de l’homme et indiquer celui qui pourra espérer être revêtu de la sainteté de Dieu.

     Contradiction flagrante avec l’esprit du monde : Jésus ne retient pas la force et la perfection en l’homme comme signe de salut, mais il désigne toutes les valeurs qui expriment la faiblesse de l’homme comme lieu de passage pour découvrir Dieu et accéder à sa sainteté : le Royaume sera à eux, ils seront consolés , ils obtiendront miséricorde, ils verront Dieu.

     Qu’est-ce donc qu’un saint ?

     Non l’homme parfait par lui-même mais celui qui devient parfait en Dieu grâce au Christ, celui dont l’amour laisse l’amour de Dieu devenir sa seule source de Vie.

     Merci Seigneur, d’inscrire ton amour dans le cœur de tant d’hommes et de femmes connus, reconnus par l’Église et aussi inconnus, sauf dans ton cœur. Ils nous montrent que, quoi que nous ayons fait, ta sainteté peut nous rejoindre et nous rendre saints.

     N’oublions pas de laisser Dieu devenir saint en nous.

     Pour conclure j’aimerais vous lire une traduction des béatitudes par le Père Stan Rougier, des Foyers de Charité de Marthe Robin, et qui expriment l’élan que Dieu attend de nous:

<- Sur Marthe Robin (et les Foyers de Charité), voir à cette page

1) Il est vraiment vivant, celui qui s’en remet à Dieu ; il est capable d’aimer.
2) Il s’accomplit, celui qui accepte ses limites ; il est entré au royaume de l’amour.
3) Il est vraiment vivant, celui qui a mal aux autres ; Dieu essuiera ses larmes
4) Il s’accomplit, celui que le souci de l’homme et de la gloire de Dieu ne laissent jamais tranquille ; il sera ébloui.
5) Il est vraiment vivant, celui qui déborde de tendresse ; la tendresse de Dieu débordera sur lui.
6) Il s’accomplit celui qui regarde les êtres tels qu’ils sont ; il verra Dieu tel qu’il est.
7) Il est vraiment vivant celui qui s’acharne à réconcilier les frères ennemis ; il sera né de Dieu.
(d'après le Père About, Radio-Vatican)

Méditation 2

Réflexion
1.Y a-t-il visage plus doux que celui de Mère Teresa de Calcutta, celui de Jean-Paul II, des religieuses cloîtrées, ou des malades qui offrent au Seigneur leurs souffrances ?
Celui qui a déjà croisé le regard d’une de ses personnes n’a jamais vu de visage plus serein, plus heureux. Celui qui connaît une personne qui vit les béatitudes en renonçant au monde et à ses plaisirs comprend pourquoi Jésus-Christ nous propose cet étrange chemin de bonheur.
Les béatitudes sont une des folies les plus illustres et les plus insolites de l’histoire de l’humanité. Mais, c’est une folie de Dieu : une folie qui apporte la joie dans cette vie et dans l’autre. Saint Paul nous dit : la folie de Dieu est plus sage que les hommes. ( 1 Corinthiens 1:25)
2.Bienheureux sommes-nous tous quand nous arrivons à vivre l’Evangile : quand, par pauvreté d’esprit, nous donnons l’aumône aux nécessiteux ; quand nous préférons être honnête plutôt que de gagner un sou de plus en fraudant ; quand nous préférons dire du bien du prochain plutôt que de le critiquer ; quand nous savons chasser de notre cœur tout rancœur, toute amertume et toute soif de vengeance ; quand nous regardons les autres avec des yeux innocents, sans préjugés et avec confiance.
3. Les béatitudes nous montrent que Jésus n’est pas venu pour nous juger mais pour nous montrer le chemin qui mène à Dieu. Ne limitons pas notre vie chrétienne à l’accomplissement de quelques règles strictes afin d’éviter le châtiment éternel. Jésus est venu pour nous apporter l’amour, pour que dès aujourd’hui nous commencions à en jouir et à le partager avec d’autres. Le chrétien qui vit ainsi découvre qu’il a dans son cœur le secret du bonheur, que le monde ignore.

Prière
Jésus, donne-moi de vivre selon tes béatitudes et de posséder ainsi la vraie joie.

Résolution
Revoir les béatitudes et essayer de vivre aujourd’hui l’une d’entre elles.
(d'après catholique.org)

Pour prolonger la méditation  

- Du Premier Testament :
- Ps 1,1: « Heureux l'homme qui ne marche pas selon le conseil des méchants, Qui ne s'arrête pas sur la voie des pécheurs, Et qui ne s'assied pas en compagnie des moqueurs. »
- Ps 31,2: « Heureux l'homme à qui l'Éternel n'impute pas d'iniquité, Et dans l'esprit duquel il n'y a point de fraude!. »
- Ps 33,9: « Sentez et voyez combien l'Éternel est bon! Heureux l'homme qui cherche en lui son refuge! . »
- Ps 39,5: « Heureux l'homme qui place en l'Éternel sa confiance, Et qui ne se tourne pas vers les hautains et les menteurs! . »
- Ps 40,2: « Heureux celui qui s'intéresse au pauvre! Au jour du malheur l'Éternel le délivre. »
- Ps 64,5: « Heureux celui que tu choisis et que tu admets en ta présence, Pour qu'il habite dans tes parvis! Nous nous rassasierons du bonheur de ta maison, De la sainteté de ton temple. »
- Ps 83,6: « Heureux ceux qui placent en toi leur appui! Ils trouvent dans leur coeur des chemins tout tracés.»
- Ps 88,16: « Heureux le peuple qui connaît le son de la trompette; Il marche à la clarté de ta face, ô Éternel! »
- Ps 93,12: « Heureux l'homme que tu châties, ô Éternel! Et que tu instruis par ta loi. »
- Ps 111,1: « Heureux l'homme qui craint l'Éternel, Qui trouve un grand plaisir à ses commandements. »
- Ps 143,15: « Heureux le peuple dont l'Éternel est le Dieu! »
- Ps 145,5: « Heureux celui qui a pour secours le Dieu de Jacob, Qui met son espoir en l'Éternel, son Dieu! »

- Du Nouveau Testament :
- Rm 8,11: « Je vous le dis en vérité, si vous aviez de la foi comme un grain de sénevé, vous diriez à cette montagne: Transporte-toi d'ici là, et elle se transporterait; rien ne vous serait impossible. »
- Ga 5,25 : « Vous êtes tous fils de Dieu par la foi en Jésus Christ. »

D'un théologien ancien : 
Bienheureux Jan van Ruusbroec (1293-1381), chanoine régulier, Les Sept Degrés de l'Amour 
Avec tous les saints
      Dans la vie éternelle, nous contemplerons avec les yeux de l'intelligence la gloire de Dieu, de tous les anges et de tous les saints, ainsi que la récompense et la gloire de chacun en particulier, en toutes manières que nous voudrons. Au dernier jour, au jugement de Dieu, lorsque nous ressusciterons avec nos corps glorieux par la puissance de notre Seigneur, ces corps seront resplendissants comme la neige, plus brillants que le soleil, transparents comme le cristal... Le Christ, notre chantre et maître de choeur, chantera de sa voix triomphante et douce un cantique éternel, louange et honneur à son Père céleste. Tous nous chanterons ce même cantique d'un esprit joyeux et d'une voix claire, éternellement et sans fin. La gloire de notre âme et son bonheur rejailliront sur nos sens et traverseront nos membres ; nous nous contemplerons mutuellement de nos yeux glorifiés ; nous entendrons, nous dirons, nous chanterons la louange de notre Seigneur avec des voix qui ne défailliront jamais.
      Le Christ nous servira ; il nous montrera sa face lumineuse et son corps de gloire portant les marques de la fidélité et de l'amour. Nous regarderons aussi tous les corps glorieux avec toutes les marques de l'amour avec lequel ils ont servi Dieu depuis le commencement du monde... Nos cœurs vivants s'embraseront d'un amour ardent pour Dieu et pour tous les saints...
      Le Christ, dans sa nature humaine, mènera le chœur de droite, car cette nature est ce que Dieu a fait de plus noble et de plus sublime. A ce chœur appartiennent tous ceux en qui il vit et qui vivent en lui. L'autre chœur est celui des anges ; bien qu'ils soient plus élevés de nature, nous les hommes nous avons davantage reçu en Jésus Christ avec qui nous sommes un. Lui-même sera le pontife suprême au milieu du chœur des anges et des hommes, devant le trône de la souveraine majesté de Dieu. Et il offrira et il renouvellera devant son Père céleste, le Dieu tout-puissant, toutes les offrandes qui furent jamais présentées par les anges et par les hommes ; sans cesse, elles se renouvelleront et continueront à jamais dans la gloire de Dieu.

- De théologiens modernes :
- A.M. Besnard, Homélie (1978) 
Quelle chose curieuse se passe ici. Tous ceux qui ont mis en pratique ce secret du bonheur ont vérifié son efficacité, si j'ose dire. Ceux-là nous les appelons les saints: il n'en est pas un qui n'ait avoué connaître la joie profonde. Aucune doctrine de vie ne peut présenter à son actif autant de témoignages palpables, enregistrables. S'il s'agissait d'un produit commercial, son succès serait immédiatement assuré. Mais non. Nous préférons chercher le bonheur par cent recettes qui n'ont jamais fait leurs preuves et ne les feront jamais, plutôt que d'essayer d'être tout bonnement disciples de Jésus.

- Jacques Maritain, Lettre à des Petits Frères de Jésus (1975)
Comme le Verbe incarné avait sur la terre une vie divine et humaine à la fois, de même les bienheureux au ciel sont entrés dans la vie divine par la vision, mais ils y mènent aussi [...] une vie humaine glorieuse et transfigurée. Il y a entre eux [... une] communication intellectuelle (sans parole bien sûr) dépendant du libre arbitre de chacun. Chaque bienheureux est maître des pensées de son cœur et les ouvre librement à qui il veut [...] Au ciel, il y a des événements qui se passent: de nouveaux bienheureux arrivent, arrivent constamment de la terre pour naître à la vie éternelle, ils sont accueillis par les autres, des amitiés s'établissent [...] Tout cela fait une fameuse histoire, dans une durée bien différente de notre histoire à nous. L'amour que les saints avaient sur la terre pour ceux qu'ils "aimaient", ils l'ont gardé au ciel, transfiguré, non aboli par la gloire [...] Vous vous rappelez le mot de sainte Thérèse de Lisieux: "Je veux passer mon ciel à faire du bien sur la terre". Ce mot va singulièrement loin, dans le sens qu'on pourrait appeler l'humanisme des saints, même au ciel.

- Gertrud von Le Fort, Hymnes à l'Eglise (1951) 
Tes saints sont comme des héros étrangers, et leurs visages sont comme une écriture inconnue.
__________________________________________________________________________


• Mt 17,1-9

Une série d'allusions établit un remarquable parallélisme entre Jésus sur la montagne de la Transfiguration et Moïse sur le Sinaï:
- de part et d'autre, trois témoins (Ex 34,29; Mt 17,1);
- comme celui de Moïse, le visage de Jésus rayonne d'une lumière étincelante (Ex 34,29; Mt 17,2);
- plus encore que Moïse, Jésus doit être écouté (Dt 18,15; Mt 17,5).
Il est en effet le nouveau Législateur, venu non pas abolir la Loi, mais l'accomplir et la porter à sa perfection (Mt 5,17).

Moïse, représentant la Loi, et Elie, représentant les Prophètes, lui rendent témoignage.

Illustrations: La Transfiguration

<- Détail d'une icône hexaptyque (= comportant six panneaux) - tempera (peinture à base de blanc d'œuf) et or sur bois - milieu du XIVème siècle.




Vue de l'abside de l'église du monastère de Sainte Catherine: mosaïque du VIème siècle;
debout Moïse; on aperçoit en haut à gauche une partie du buste et du visage d'Elie;
à genoux, on note la présence de Patriarches
(ici, Jacob);
tandis que les trois apôtres témoins de la Transfiguration (Pierre, celui que l'on distingue sur le cliché, Jacques le Majeur et Jean)
sont représentés prostrés et minuscules aux pieds du Christ ->

Dans les deux représentations, le Christ transfiguré est entouré d'une mandorle bleue, traversée par le rayonnement qui émane de son corps; Moïse, vieillard à la barbe grise, lève le doigt en signe d'enseignement.


Monastère du Mont Sainte-Catherine - Sinaï - Egypte.
__________________________________________________________________________

Mt 28, 16-20
 
        Mission universelle des Apôtres, 
-        don du baptême « au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit », 
-        promesse de la présence du Ressuscité « tous les jours jusqu’à la fin du monde »,donnent à ce récit évangélique une claire portée ecclésiale,d'autant que ces versets sont les derniers de l'Evangile de Matthieu.

 Pour prolonger la méditation

-        Versets du Nouveau Testament :
-        Mc 1,9-10 : « Au moment où il sortait de l’eau du Jourdain, Jésus vit le ciel se déchirer et l’Esprit descendre sur lui comme une colombe. Du ciel une voix se fit entendre : C’est toi mon Fils bien-aimé ; en toi j’ai mis tout mon amour. »
-        Lc 10, 21-22 : « Jésus exulta de joie sous l’action de l’Esprit Saint, et il dit : Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits ; » -        Rm 8,11 ;16-17 : « L’Esprit Saint lui-même affirme à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu. Puisque nous sommes ses enfants, nous sommes aussi ses héritiers : héritiers de Dieu, héritiers avec le Christ, si nous souffrons avec lui, pour être dans la gloire. » 
-        2Co 13,13 : « Que la grâce du Seigneur Jésus-Christ, l’amour de Dieu, et la communion de l’Esprit Saint soient avec vous tous. » 
-        1P 1,1-2 : « Moi, Pierre, Apôtre de Jésus-Christ, à vous qui êtes comme en exil – dispersés dans les provinces du Pont, de Galatie, de Cappadoce, d’Asie et de Bithynie – choisis selon le plan de Dieu le Père, dans l’Esprit qui sanctifie, pour obéir à Jésus-Christ et être purifiés par son sang. » 

-        Commentaires patristiques : 
-        De saint Cyrille d’Alexandrie, in Commentaire sur l’Evangile de Jean 11,7 :
« Le nom  de Père convient à Dieu plus proprement que le nom de Dieu : celui-ci est un nom de dignité, celui-là signifie une propriété substantielle […] Que ce nom de Père soit plus vrai et plus propre que celui de Dieu, le Fils lui-même nous le montre par l’emploi qu’il en fait. Il disait non pas « Dieu et moi », mais « Moi et le Père, nous sommes un »*. Et il disait aussi « C’est lui, le Fils que le Père a marqué de son empreinte »**. Mais quand il a prescrit à ses disciples de baptiser toutes les nations, il a expressément ordonné que cela se fasse non pas au nom de Dieu, mais « au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. »  
* Jn 10,30
** Jn 6,27
-         De saint Irénée de Lyon, in Démonstration de la prédication apostolique:
Voici quelle est la règle de notre foi, voici ce qui fonde notre édifice, voici ce qui donne fermeté à notre comportement.
D'abord : Dieu Père, incréé, illimité, invisible ; Dieu un, créateur de l'univers ; c'est le premier article de notre foi.
Deuxième article : le Verbe de Dieu, Fils de Dieu, Jésus Christ, notre Seigneur ; il a été révélé aux prophètes selon le genre de leurs prophéties et selon le dessein du Père ; par son entremise, tout a été fait ; à la fin des temps, pour récapituler toutes choses, il a daigné se faire homme parmi les humains, visible, palpable, pour ainsi détruire la mort, faire apparaître la vie et opérer la réconciliation entre Dieu et l'homme.
Et troisième article : l'Esprit Saint ; par lui, les prophètes ont prophétisé, nos pères ont appris les choses de Dieu et les justes ont été guidés dans la voie de la justice ; à la fin des temps, il a été répandu d'une manière nouvelle sur les hommes, afin de les rénover sur toute la terre, pour Dieu.     
C'est pourquoi le baptême de notre nouvelle naissance est placé sous le signe de ces trois articles. Dieu le Père nous l'accorde en vue de notre nouvelle naissance dans son Fils par l'Esprit Saint. Car ceux qui portent en eux l'Esprit Saint sont conduits au Verbe qui est le Fils, et le Fils les conduit au Père, et le Père nous accorde l'immortalité. Sans l'Esprit il est impossible de voir le Verbe de Dieu, et sans le Fils on ne peut pas approcher du Père. Car la connaissance du Père, c'est le Fils, et la connaissance du Fils se fait par l'Esprit Saint, et le Fils donne l'Esprit selon le bon plaisir du Père.

-        D’auteurs modernes :
-        De Paul Claudel  in Je crois en Dieu :
« Tout l’Ancien Testament ne fait que balbutier la première lettre du nom sacré (qui est aussi la première lettre de l’alphabet) : A, a – et c’est le Fils qui seul a été  rendu capable de l’achever et de le mettre dans notre bouche sous sa forme parfaite : Abba, Père ! Notre Père qui êtes aux cieux. »
-       Du P. François Varillon in La souffrance de Dieu :
« Je ne puis pas ne pas croire, sauf à être moi-même défaillant dans ma foi, que Dieu veut d’un vouloir éternel que l’humanité entière accède à la connaissance explicite de celui qu’il a envoyé, Jésus Christ. « Faites de toutes les nations des disciples »*. Il m’est donc permis de penser que toute lenteur paresseuse, toute négligence, tout défaut d’énergie pour faire connaître et aimer le Fils meurtrit le Père et contriste l’Esprit. Cela devrait suffire à nourrir en moi, gratuitement, une flamme. »
* Mt 28,19
-         De D. Cerbelaud in Vraiment, tu es un Dieu caché ! Variations théologiques sur le thème de l’intériorité (1983) :
« Quel est le noyau véritable de toute formule dogmatique ? Quel est le premier mode de la parole théologique ? Antérieurement à toute élaboration dogmatique, la première affirmation chrétienne est d’ordre liturgique. Historiquement et « essentiellement », c’est en effet la confession de foi qui précède toute dogmatisation […] Il faut rappeler que le dogme trinitaire plonge ses racines dans la liturgie baptismale […] Et plus généralement on peut dire que la liturgie est la véritable matrice de toute théologie. Or le langage parlé par la liturgie n’est autre que celui de l’Ecriture. La liturgie, ce n’est que l’Ecriture revue au prisme de Résurrection du Christ et architecturée par la méditation ecclésiale de cet événement, qui se dispense au long de la temporalité créée. »
-         De la CFC (Commission francophone Cistercienne)  in La nuit le jour – Hymnes et tropaires : 
Dieu inconnu, ô Toi qui es 
Présence aux nuits de notre histoire 
Tu fais pointer en nos ténèbres 
L’Espérance ; 
Brise les forces de la mort : 
De nos yeux nous te verrons, 
Dieu inconnu ! 
  
Jésus Seigneur, Toi qui étais 
Auprès du Père avant les siècles, 
Ton passage nous découvre 
Le Mystère ! 
Trace un chemin dans notre vie : 
Sur tes pas nous marcherons, 
Jésus Seigneur !   

Esprit de feu, ô Toi qui viens 
Prendre les hommes dans ton souffle, 
Tu déploies dans leur faiblesse 
Ta puissance ; 
Brûle d’amour les fils de Dieu : 
Dans ta joie nous entrerons, 
Esprit de feu !
 
____________________________________________________

Site web fourni par  Vistaprint
Site web
fourni par Vistaprint