Textes tirés de l'Évangile selonsaint Jean
Saint Jean symbolisé par l'aigle
Plaque de reliure émaillée - XIIème siècle - (Musée de Cluny, Paris) ->
<- Mosaïque - Mausolée de Galla Placidia - Ravenne
Détail
de broderie (fils d'or et d'argent sur velours) pour ornement
liturgique - 1681 - Couvent patriarcal de Bzommar (Liban) ->
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4. Chapitres 20 et 21
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• Jn 20, 19-31
Le chapitre 20 de l’Evangile selon saint Jean s’achève avec le récit de deux apparitions du
Ressuscité - deux apparitions qui ont lieu à une semaine d’intervalle, le
dimanche, comme la vision inaugurale de l’Apocalypse (également écrite par saint
Jean) et qui sont comme les deux panneaux d’un diptyque.
Sur chacun d’eux, le Seigneur occupe le centre.
Mais dans l’un
il s’adresse à l’ensemble des disciples qui l’entourent ; dans l’autre,
qui évoque une apparition « huit jours plus tard », s’avance Thomas,
absent lors de la première manifestation du Seigneur.
Le parallélisme des deux compositions et les précisions qui
caractérisent chacune d’elles font ressortir leur enseignement complémentaire.
« Le soir du premier jour de la semaine après la
mort de Jésus », c’est le message pascal que le Seigneur lui-même annonce
aux disciples « remplis de joie » : le Vivant venu au milieu des siens est bien celui qui a
été crucifié et mis au tombeau, rien
désormais ne peut l’empêcher de les rejoindre, il leur apporte la paix et leur
donne l’Esprit Saint, il les envoie témoigner de sa résurrection et libérer tout
homme des liens du péché.
Cette identité du Crucifié et du Ressuscité, cœur de la foi chrétienne, a été constatée par les Apôtres.
« Huit jours plus tard », il s’agit plus
directement de ceux qui, « sans avoir vu », croiront en accueillant
le témoignage des Apôtres et des disciples des générations successives.
La foi de l’Eglise repose sur
leur témoignage unanime, renforcé par l’expérience singulière de Thomas,
en quelque sorte à la charnière entre deux générations de croyants :
solidaire des premiers témoins de la résurrection, il a dû s’approprier le
témoignage des autres. Sa démarche n’en
fait pas le patron de ceux qui attendent de voir pour croire.Elle
rappelle, comme ne cesse de le dire saint Jean, que la foi est au-delà
des témoignages qui l’accréditent. Elle exige et implique une reconnaissance
personnelle de Celui à qui l’on dit : « Mon Seigneur et mon Dieu ! »
« Cesse d’être incrédule, sois croyant ! » :
cette parole du Seigneur – exhortation pressante plus que reproche – s’adresse
dès lors à chacun de nous.
« Heureux ceux
qui croient sans avoir vu ! » : ce sont les derniers mots que Jésus
adresse, dans l’Evangile, à tous ceux qui reconnaissent en Lui « le
Messie, le Fils de Dieu », reçoivent de Lui le pardon des péchés et l’effusion
de l’Esprit, avec la mission de porter « l’Evangile », « la
Bonne Nouvelle » de sa Résurrection !
La proclamation de cet évangile le deuxième dimanche de Pâques
de chaque année s’imposait, puisqu’il relate une apparition du Ressuscité que
l’évangéliste lui-même situe au jour octave de la résurrection du Seigneur.
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• Jn 21,1-19.
La "troisième" manifestation du Ressuscité rapportée par l'épilogue de l'Évangile selon saint Jean se distingue des autres:
- les témoins n'en sont pas le Onze, mais cinq d'entre eux seulement, et deux disciples anonymes;
- ils ne marquent pas d'hésitation pour identifier le Seigneur.
Comment ne pas voir là une évocation de l'Église pascale?
Sur
la mer de ce monde, elle peine souvent, sans résultats apparents. Le
Seigneur, lui, voit où il faut jeter le filet; si ses disciples suivent
ses indications, ils seront surpris par la fécondité extraordinaire de
leurs efforts. Le repas de pain et de poisson, présidé par le Seigneur,
fait songer à l'Eucharistie
Sur ce texte:
• Sur Jn 21,1-25:
Après 20,30-31, qui aurait très bien pu conclure l'évangile, le chap. 21 se présente comme un post-scriptum.
Il comporte deux parties:
-
la première (vv.1-14) est le récit d'une nouvelle pêche miraculeuse,
réalisée grâce à l'intervention du Ressuscité. Jésus indique ainsi
qu'il rétablit ses disciples dans leur ministère de pêcheurs d'hommes -
dont il avait parlé lors de la "première" pêche miraculeuse, celle de Lc 5,10. Mais un obstacle demeure pour Pierre: celui de son reniement;
-
la seconde partie du chapitre (vv.15-23) est donc consacrée au
rétablissement de Pierre dans son ministère: après avoir fait vivre à
l'apôtre "de l'intérieur" la peine qu'il avait lui-même ressentie, le
Ressuscité lui annonce le pardon, le rétablit dans sa tâche de pasteur
de ses propres brebis, et lui indique le chemin qu'il lui faudra suivre.
C'est Jean, le dernier témoin encore vivant, qui rapporte ces faits (vv.23-25).
Traduction et notes:
Verset 1.
᾿Μετὰ
ταῦτα ἐφανέρωσεν ἑαυτὸν πάλιν ὁ ᾿Ιησοῦς τοῖς μαθηταῖς ἐπὶ
τῆς θαλάσσης τῆς Τιβεριάδος· ἐφανέρωσε δὲ οὕτως.
Après
cela, Jésus se montra encore aux disciples, sur les bords de la mer de
Tibériade. Et voici de quelle manière il se montra.
Verset 2.
᾿
ἦσαν ὁμοῦ Σίμων Πέτρος, καὶ Θωμᾶς ὁ λεγόμενος Δίδυμος, καὶ
Ναθαναὴλ ὁ ἀπὸ Κανὰ τῆς Γαλιλαίας, καὶ οἱ τοῦ ζεβεδαίου,
καὶ ἄλλοι ἐκ τῶν μαθητῶν αὐτοῦ δύο.
Simon
Pierre, Thomas, appelé Didyme ("le Jumeau"), Nathanaël, de Cana en
Galilée, les fils de Zébédée, et deux autres disciples de Jésus,
étaient ensemble.
Verset 3.
᾿λέγει
αὐτοῖς Σίμων Πέτρος· ὑπάγω ἁλιεύειν. λέγουσιν αὐτῷ·
ἐρχόμεθα καὶ ἡμεῖς σὺν σοί. ἐξῆλθον καὶ ἐνέβησαν εἰς τὸ
πλοῖον εὐθύς, καὶ ἐν ἐκείνῃ τῇ νυκτὶ ἐπίασαν οὐδέν.
Simon
Pierre leur dit: Je vais pêcher. Ils lui dirent: Nous allons aussi avec
toi. Ils sortirent et montèrent dans une barque, et cette nuit-là ils
ne prirent rien.
Verset 4.
πρωΐας δὲ ἤδη γενομένης ἔστη ὁ ᾿Ιησοῦς εἰς τὸν αἰγιαλόν· οὐ μέντοι ᾔδεισαν οἱ μαθηταὶ ὅτι ᾿Ιησοῦς ἐστι.
Le matin étant venu, Jésus se trouva sur le rivage; mais les disciples ne savaient pas que c'était Jésus.
• οὐ μέντοι ᾔδεισαν οἱ μαθηταὶ - mais les disciples ne savaient pas: Voir 20,14; Mt 28,17; Lc 24,16;37.
A plusieurs reprises, Jésus n'a pas été reconnu après sa résurrection:
peut-être son apparence, tout en étant celle qu'il avait auparavant,
était-elle quelque peu différente; ou peut-être que les disciples, en
raison du caractère extraordinaire de la résurrection, et ne
s'attendant pas à un tel phénomène, n'ont même pas pensé qu'il pouvait
s'agir de Jésus.
Verset 5.
λέγει οὖν αὐτοῖς ὁ ᾿Ιησοῦς· παιδία, μή τι προσφάγιον ἔχετε; ἀπεκρίθησαν αὐτῷ· οὔ.
Jésus leur dit: Jeunes gens, n'avez-vous rien à manger? Ils lui répondirent: Non.
Verset 6.
ὁ
δὲ εἶπεν αὐτοῖς· βάλετε εἰς τὰ δεξιὰ μέρη τοῦ πλοίου τὸ
δίκτυον, καὶ εὑρήσετε. ἔβαλον οὖν, καὶ οὐκέτι αὐτὸ ἑλκύσαι
ἴσχυσαν ἀπὸ τοῦ πλήθους τῶν ἰχθύων.
Il
leur dit: Jetez le filet du côté droit de la barque, et vous trouverez.
Ils le jetèrent donc, et ils ne pouvaient plus le retirer, à cause de
la grande quantité de poissons.
Verset 7.
λέγει
οὖν ὁ μαθητὴς ἐκεῖνος, ὃν ἡγάπα ὁ ᾿Ιησοῦς, τῷ Πέτρῳ· ὀ
Κύριός ἐστι. Σίμων οὖν Πέτρος ἀκούσας ὅτι ὁ Κύριός ἐστι,
τὸν ἐπενδύτην διεζώσατο· ἦν γὰρ γυμνός· καὶ ἔβαλεν ἑαυτὸν εἰς
τὴν θάλασσαν·
Alors
le disciple que Jésus aimait dit à Pierre: C'est le Seigneur! Et Simon
Pierre, dès qu'il eut entendu que c'était le Seigneur, mit son vêtement
et sa ceinture, car il était nu, et se jeta dans la mer.
• ὁ μαθητὴς ἐκεῖνος, ὃν ἡγάπα ὁ ᾿Ιησοῦς - le disciple que Jésus aimait: Voir 13,23; 19,26-27; 20,2; 21,20. Cette expression désigne Jean, l'auteur de cet évangile. En 1,18,
ce dernier montre avec le même langage la proximité, "l'intimité"
existant entre Jésus et le Père; Jésus, étant dans cette intimité,
était qualifié pour révéler le Père. De même, ce disciple est donc
qualifié pour rapporter les paroles du Fils: Jean affirme ainsi
l'authenticité de son récit, témoignage d'un disciple vivant dans
l'intimité de Jésus.
• καὶ ἔβαλεν ἑαυτὸν εἰς τὴν θάλασσαν - et se jeta dans la mer: Pierre, comme dans d'autres épisodes, réagit de façon impulsive.
Verset 8.
οἱ
δὲ ἄλλοι μαθηταὶ τῷ πλοιαρίῳ ἦλθον· οὐ γὰρ ἦσαν μακρὰν ἀπὸ
τῆς γῆς, ἀλλ᾿ ὡς ἀπὸ πηχῶν διακοσίων, σύροντες τὸ δίκτυον
τῶν ἰχθύων.
Les
autres disciples vinrent avec la barque, tirant le filet plein de
poissons, car ils n'étaient éloignés de terre que d'environ deux cents
coudées.
• ἀπὸ πηχῶν διακοσίων - d'environ deux cents coudées: La coudée (אמּה
'ammâh=
avant-bras => coudée) est comprise entre 52,5cm ("grande coudée") et
45cm ("petite coudée"); ils sont donc à une centaine de mètres du
rivage.
Verset 9.
ὡς οὖν ἀπέβησαν εἰς τὴν γῆν, βλέπουσιν ἀνθρακιὰν κειμένην καὶ ὀψάριον ἐπικείμενον καὶ ἄρτον. Lorsqu'ils furent descendus à terre, ils virent là des charbons allumés, du poisson dessus, et du pain.
<-Le poisson et les pains, symboles du Repas eucharistique.
Verset 10.
λέγει αὐτοῖς ὁ ᾿Ιησοῦς· ἐνέγκατε ἀπὸ τῶν ὀψαρίων ὧν ἐπιάσατε νῦν.
Jésus leur dit: Apportez des poissons que vous venez de prendre.
Verset 11.
ἀνέβη
οὖν Σίμων Πέτρος καὶ εἵλκυσε τὸ δίκτυον ἐπὶ τῆς γῆς, μεστὸν
ἰχθύων μεγάλων ἑκατὸν πεντήκοντα τριῶν· καὶ τοσούτων ὄντων
οὐκ ἐσχίσθη τὸ δίκτυον.
Simon
Pierre monta dans la barque, et tira à terre le filet plein de cent
cinquante-trois grands poissons; et quoiqu'il y en eût tant, le filet
ne se rompit point.
• οὐκ ἐσχίσθη- ne se rompit point: Comp. Lc 5,6.
Verset 12.
λέγει
αὐτοῖς ὁ ᾿Ιησοῦς· δεῦτε ἀριστήσατε. οὐδεὶς δὲ ἐτόλμα τῶν
μαθητῶν ἐξετάσαι αὐτόν σὺ τίς εἶ, εἰδότες ὅτι ὁ Κύριός
ἐστιν.
Jésus leur dit: Venez, mangez. Et aucun des disciples n'osait lui demander: Qui es-tu? sachant que c'était le Seigneur.
• οὐδεὶς δὲ ἐτόλμα τῶν μαθητῶν ἐξετάσαι αὐτόν σὺ τίς εἶ- aucun des disciples n'osait lui demander: Qui es-tu?: L'attitude
des disciples est marquée par la crainte, car Jésus vient de renouveler
la pêche miraculeuse qu'il leur avait permis de faire lors de son appel
à le suivre (Lc 5,1-11). Tout se passe comme si les choses allaient recommencer; ils ne comprennent pas ce que veut Jésus.
Verset 13.
ἔρχεται οὖν ὁ ᾿Ιησοῦς καὶ λαμβάνει τὸν ἄρτον καὶ δίδωσιν αὐτοῖς, καὶ τὸ ὀψάριον ὁμοίως.
Jésus s'approcha, prit le pain, et leur en donna; il fit de même du poisson.
Verset 14.
τοῦτο ἤδη τρίτον ἐφανερώθη ὁ ᾿Ιησοῦς τοῖς μαθηταῖς αὐτοῦ ἐγερθεὶς ἐκ νεκρῶν.
C'était déjà la troisième fois que Jésus se montrait à ses disciples depuis qu'il était ressuscité des morts.
• τρίτον- la troisième fois: C'est la troisième fois que Jésus apparaît à un groupe des apôtres réunis:
- la première fois, en l'absence de Thomas (Jn 20,19-23);
- la deuxième fois, "huit jours plus tard", en présence de Thomas (Jn 20,24-31);
- la troisième fois, ici.
Verset 15.
῞Οτε
οὖν ἡρίστησαν, λέγει τῷ Σίμωνι Πέτρῳ ὁ ᾿Ιησοῦς· Σίμων
᾿Ιωνᾶ, ἀγαπᾷς με πλέον τούτων; λέγει αὐτῷ· ναί, Κύριε, σὺ
οἶδας ὅτι φιλῶ σε. λέγει αὐτῷ· βόσκε τὰ ἀρνία μου.
Après
qu'ils eurent mangé, Jésus dit à Simon Pierre: Simon, fils de Jonas,
m'aimes-tu plus que ne m'aiment ceux-ci? Il lui répondit: Oui,
Seigneur, tu sais que je t'aime. Jésus lui dit: Pais mes agneaux.
• πλέον τούτων- plus que ne m'aiment ceux-ci: Jésus demande à Pierre si son amour pour lui est toujours aussi présomptueux (voir Mt 26,33; Mc 14,29; Jn 13,37).
Autre traduction possible: "plus que tu n'aimes ceux-ci".
En
fait, la traduction liturgique garde l'ambiguïté du grec (trad.
littérale: "plus qu'eux"), qui ne tranche pas entre valeur subjective
et objective du pronom (puisque le verbe n'est pas exprimé). Mais la
première explicitation proposée a, contrairement à la seconde, une
valeur théologique imposée par le contexte. En outre, la nécessité
d'une explicitation se fait sentir dès le v.16.
• βόσκε τὰ ἀρνία μου- Pais mes agneaux: Voir
vv.16 et 17. Pierre reçoit pour mission de s'occuper du troupeau du
Christ. Le rôle de berger qui lui est confié, à la suite du Maître (Jn 10,14-16; 20,21), exigera de lui un amour absolu, sans réserve pour le Seigneur.
Verset 16.
῞λέγει
αὐτῷ πάλιν δεύτερον· Σίμων ᾿Ιωνᾶ, ἀγαπᾷς με; λέγει αὐτῷ·
ναί, Κύριε, σὺ οἶδας ὅτι φιλῶ σε. λέγει αὐτῷ· ποίμαινε τὰ
πρόβατά μου.
Il
lui dit une seconde fois: Simon, fils de Jonas, m'aimes-tu? Pierre lui
répondit: Oui, Seigneur, tu sais que je t'aime. Jésus lui dit: Pais mes
brebis.
• ἀγαπᾷς με;- m'aimes-tu?: Cette
fois (et cela implique que l'on choisisse une explicitation - qu'elle
soit subjective ou objective - au v.15) Jésus demande à Pierre s'il
l'aime tout simplement, dans l'absolu.
Verset 17.
῞λέγει
αὐτῷ τὸ τρίτον· Σίμων ᾿Ιωνᾶ, φιλεῖς με; ἐλυπήθη ὁ Πέτρος
ὅτι εἶπεν αὐτῷ τὸ τρίτον· φιλεῖς με; καὶ εἶπεν αὐτῷ· Κύριε,
σὺ πάντα οἶδας, σὺ γινώσκεις ὅτι φιλῶ σε. λέγει αὐτῷ ὁ
᾿Ιησοῦς· βόσκε τὰ πρόβατά μου.
Il
lui dit pour la troisième fois: Simon, fils de Jonas, m'aimes-tu?
Pierre fut attristé de ce qu'il lui avait dit pour la troisième fois:
M'aimes-tu? Et il lui répondit: Seigneur, tu sais toutes choses, tu
sais que je t'aime. Jésus lui dit: Pais mes brebis.
• φιλεῖς με; - m'aimes-tu?:Jésus n'emploie plus ici le verbeἀγαπάω agapaō comme aux vv.15 et 16, mais le verbe φιλέω phileō - qui est le verbe que Pierre avait employé dans ses deux précédentes réponses.
Même
si ces deux verbes sont très proches par le sens, le fait que Jésus
reprenne ici le verbe employé par Pierre et non celui que lui-même
avait d'abord employé a un sens: Jésus semble dire à Pierre: "Tu dis que tu m'aimes, et je reprends tes propres mots... Alors pourquoi m'as-tu renié?..."
Telle est en tout cas la manière dont Pierre a compris cette troisième question, car c'est à ce moment-là qu'il est "attristé" (ἐλυπήθη), comme s'il avait ressenti où Jésus voulait en venir (Cf. Jn 18,15-18;25-27).
Et par sa réponse il exprime sa foi - car il s'en remet totalement au jugement du Seigneur: "Seigneur, tu sais toutes choses, tu sais que je t'aime".
Verset 18.
῞ἀμὴν
ἀμὴν λέγω σοι, ὅτε ἦς νεώτερος, ἐζώννυες σεαυτὸν καὶ
περιεπάτεις ὅπου ἤθελες· ὅταν δὲ γηράσῃς, ἐκτενεῖς τὰς χεῖράς
σου, καὶ ἄλλος σε ζώσει, καὶ οἴσει ὅπου οὐ θέλεις.
En
vérité, en vérité, je te le dis, quand tu étais plus jeune, tu te
ceignais toi-même, et tu allais où tu voulais; mais quand tu seras
vieux, tu étendras tes mains, et un autre te ceindra, et te mènera où
tu ne voudras pas.
• L'image que Jésus emploie ici oppose d'abord la liberté de la jeunesse aux limitations imposées par la vieillesse.
Mais
Jésus indique aussi que la vie de Pierre se terminera par un
emprisonnement et même par une exécution: selon la tradition, Pierre
aurait été crucifié sous le règne de Néron ("tu étendras tes mains" pourrait en être une image: voir v.19).
Verset 19.
῞τοῦτο δὲ εἶπε σημαίνων ποίῳ θανάτῳ δοξάσει τὸν Θεόν. καὶ τοῦτο εἰπὼν λέγει αὐτῷ· ἀκολούθει μοι.
Il dit cela pour indiquer par quelle mort Pierre glorifierait Dieu. Et ayant ainsi parlé, il lui dit: Suis-moi.
• ἀκολούθει μοι- Suis-moi:Après avoir annoncé à Pierre que sa vie suivrait le modèle du Maître (jusque dans sa mort), Jésus l'invite à "le suivre", i.e. à être un disciple fidèle.
Prolongements:
Quand
vous entendez le Seigneur demander: "Pierre, m'aimes-tu?" considérez
Pierre comme un miroir et regardez-vous en lui. Est-ce que Pierre
représentait autre chose que la figure de l'Église? Lorsque le Seigneur
interrogeait Pierre, c'est nous, c'est l'Église qu'il interrogeait.
- Jean-Paul II - Homélie (Paris 30 mai 1980):
« M'aimes-tu ? »
« Aimes-tu ?... M'aimes-tu ?... » Pour toujours, jusqu'à la fin
de sa vie, Pierre devait avancer sur le chemin accompagné de cette
triple question : « M'aimes-tu ? »
Et il mesurait toutes ses activités
à la réponse qu'il avait alors donnée. Quand il a été convoqué devant
le Sanhédrin. Quand il a été mis en prison à Jérusalem, prison dont il
ne devait pas sortir, et dont pourtant il est sorti. Et [...] à Antioche,
puis plus loin encore, d'Antioche à Rome. Et lorsqu'à Rome il avait
persévéré jusqu'à la fin de ses jours, il a connu la force des paroles
selon lesquelles un Autre le conduisait là où il ne voulait pas. Et il
savait aussi que, grâce à la force de ces paroles, l'Eglise « était
assidue à l'enseignement des apôtres et à l'union fraternelle, à la
fraction du pain et aux prières » et que « le Seigneur ajoutait chaque
jour à la communauté ceux qui seraient sauvés » (Ac 2,42.48) [...]
Pierre
ne peut jamais se détacher de cette question : « M'aimes-tu ? » Il la
porte avec lui où qu'il aille. Il la porte à travers les siècles, à
travers les générations. Au milieu de nouveaux peuples et de nouvelles
nations. Au milieu de langues et de races toujours nouvelles. Il la
porte lui seul, et pourtant il n'est plus seul. D'autres la portent
avec lui [...] Il y a eu et il y a bien des hommes et des femmes qui ont
su et qui savent encore aujourd'hui que toute leur vie a valeur et sens
seulement et exclusivement dans la mesure où elle est une réponse à
cette même question : « Aimes-tu ? M'aimes-tu ? » Ils ont donné et ils
donnent leur réponse de manière totale et parfaite - une réponse
héroïque - ou alors de manière commune, ordinaire. Mais en tout cas
ils savent que leur vie, que la vie humaine en général, a valeur et
sens dans la mesure où elle est la réponse à cette question : «
Aimes-tu ? » C'est seulement grâce à cette question que la vie vaut la
peine d'être vécue.
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