Evangile selon saint Luc
(Introduction - Chapitres 1-2)
Saint Luc est symbolisé par le bœuf
(Les Pères de l'Eglise ont rattaché chacun des quatre évangélistes à l'un
des "quatre Vivants" de l'Apocalypse entourant le Christ en
gloire;saint Luc est représenté par un bœuf, ou un taureau, ou un veau,
parce qu'au début de son Evangile il évoque le service au Temple de
Zacharie, prêtre et donc sacrificateur, mari d'Élisabeth et père de
Jean le Baptiste).
Plaque de reliure émaillée, XIIème siècle -
Musée de Cluny, Paris ->
<- Mosaïque - Mausolée de Galla Placidia - Ravenne
<- Détail de broderie
(fils d'or et d'argent sur velours) pour ornement liturgique - 1681 -
Couvent patriarcal arménien de Bzommar (Liban)
Aucun
problème biblique n’est jamais définitivement résolu. Jusqu’aux
environs de 1950, un accord quasi unanime contre les opinions outrées
de l’école de Tübingen faisait de Luc l’unique auteur du
troisième évangile et des Actes des Apôtres. Dans les trois dernières
décennies, des voix autorisées se sont élevées pour - tout en
reconnaissant un auteur unique à ces deux livres - en refuser la
paternité à Luc et dater ces ouvrages d’une ou de deux générations plus
tard.
L’ancienne tradition chrétienne s’appuie sur le témoignage d’Irénée,
du prologue antimarcionite et du canon de Muratori (fin du IIème siècle).
Luc n’en demeure pas moins pour nous un homme a peu près inconnu.
On
croit savoir qu’il fut un sémite, probablement d’origine syrienne,
étant ainsi le seul auteur du Nouveau Testament à ne pas être un fils
d’Israël (Col 4,11-14). Mais il est lui aussi imprégné de culture
biblique et chez lui aussi l’influence hébraïque, dans l’expression de
la pensée, est patente. Luc aurait exercé la profession de médecin (Col
4,14). On a supposé qu’il aurait composé ses œuvres après la mort de
Paul, avec lequel il aurait été particulièrement lié, entre 60 et 84.
Luc, en présentant sa vie de Jésus, entend non seulement en
rapporter la chronique fidèle, mais encore faire œuvre de création
littéraire. Il dispose pour cela de sources abondantes, ayant très
certainement utilisé Marc et, sinon Matthieu, du moins la source
commune dans laquelle Matthieu a puisé, dont le sigle est Q (de
l’allemand Quelle). Marc et Q donnent ainsi toute la substance de
l’évangile de Luc. Sur les données de ses sources écrites et orales,
Luc structure son œuvre en cinq parties:
1) l’évangile de l’enfance (1 - 2);
2) la mission en Galilée (3,1 - 9,50);
3) la montée vers Jérusalem (9,51 - 19,27);
4) dernières prédications (19,28 - 21,38);
5) la Passion et la Résurrection (22,1 - 24,53).
Homme de lettres, Luc a le souci d’insérer les faits qu’il décrit
dans le cadre de l’histoire universelle et de l’histoire d’Israël qu’il
connaît par ses sources et mieux encore par la Bible, lue et citée le
plus souvent d’après la version des LXX.
Luc narre ainsi la vie de Jésus comme constituant un document
historique central dans l’histoire universelle. Pour lui, Jésus et
son Evangile ouvrent à l’humanité la porte du Salut. Le Messie est en
effet venu, député par son Père YHWH, pour sauver ceux
qui sont perdus, c’est-à-dire tous les hommes. Dans le procès du Salut,
la croix n’a pas pour Luc l’importance centrale qu’elle prendra dans la
tradition chrétienne ultérieure: il ne parle de caractère sacrificiel
de la mort de Jésus qu’en Lc 22,19 et Ac 20,28. L’essentiel, dans la
marche vers le Salut, est d’accueillir et d’accomplir les enseignements
du Messie, dans l’attente de la parousie et de l’instauration du
royaume de Dieu, dans la gloire.
On a remarqué que le style de Luc ressemblait à celui de Flavius
Josèphe, imprégné comme lui de langage biblique et d’hébraïsmes, ou
encore, parmi les Grecs, à celui de l’historien Polybe. S’adressant
surtout à des païens convertis, Luc évite d’employer des mots hébreux
et il tend, plus que les autres évangélistes, à la pureté de style,
n’évitant cependant pas, en vingt-huit occurrences, d’employer des mots
qui seront ultérieurement proscrits du « bon usage » de la langue
grecque par Phrynicos (IIème siècle de l’ère chrétienne).
Tandis que Marc fait largement usage du présent historique, Luc,
plus soucieux de rigueur grammaticale, l’évite à une seule exception
près; il entend largement utiliser les riches ressources de la
conjugaison grecque pour ménager ses effets littéraires.
Malgré cela, on décèle de nombreux sémitismes dans son style. Dans
les discours de Jésus, notamment, Luc emploie de nombreux hébraïsmes
ou aramaïsmes, généralement les mêmes que dans Matthieu et Marc.
Tout au long de son œuvre, Luc a un constant souci de la
composition. Précédés par des introductions, ses développements se
terminent souvent par des conclusions où il souligne d’un trait
personnel l’essentiel de son message. À cet égard la comparaison des
passages parallèles de Marc et de Luc est significative. Luc se
présente ainsi comme un écrivain nanti d’un vocabulaire dense, qu’il
utilise avec art, visant constamment à toucher le cœur de ses
lecteurs, à les convaincre de l’authenticité, de la beauté tragique et
de l’incomparable grandeur de son récit.
Les chapitres 1 et 2, consacrés à la naissance et à l’enfance de Jean le Précurseur et de Jésus, sont caractéristiques de la
narration lucanienne. Luc prend soin de préciser le temps et le lieu où
se situent les événements qu’il décrit. Il fait vivre ses personnages
qui entrent, viennent, montent, sortent ou partent. Les scènes ne sont
pas seulement mimées, mais dialoguées et pour ainsi dire chantées en
des actions de grâces et des cantiques. L’ensemble surgit de la matrice
biblique d’où le récit semble directement émaner.
La deuxième partie de l’évangile de Luc (3,1-9,50) est consacrée à
la mission de Jésus en Galilée, sous le signe des réalités
politiques et religieuses de l’Empire dont la Judée est une colonie.
Biographe appliqué, Luc reprend les récits des deux premiers
évangiles. Le secret messianique cher à Marc est éliminé: Jésus, dès
le début de sa vie publique, est salué en tant que Messie et Fils de Dieu. Luc attribue ainsi à la Galilée la primeur des enseignements
de Jésus. Il situe tout au début la visite et la prédication faite à
Nazareth.
Jésus chemine ensuite dans les villes et les villages, souvent
peuplés de réfugiés qui fuyaient les rigueurs ou la répression de
l’occupant romain. Il est entouré des Douze et de femmes qui l’assistaient de leurs
biens. Le vrai mouvement du récit est donné par la prédication du
royaume, davantage que par les voyages du maître à travers les chemins,
souvent fleuris, de la Galilée.
Les grands thèmes traités par les deux premiers évangélistes sont
repris par Luc. Il évoque la triple épreuve de Jésus tenté par Satan
(4,1-13), en faisant précéder son récit d’une brève introduction qui
lui donne un sens plus profond. Suivent cinq confrontations avec les pharisiens et les répétiteurs de la Tora' (5,17 - 6,11).
L’institution des Douze (6,12-16) et le discours que Luc situe, non
plus sur la montagne, comme l’avait fait Matthieu, mais dans une plaine
(6,17-49) résument les intentions et le sens des enseignements de Jésus. L’alternance des bénédictions et des malédictions s’inspire
des discours parénétiques de la Tora' et d’une tradition constante chez
les prophètes et chez les rabbis, tradition que l’on retrouve également
dans maints écrits de Qumrân. La foule enthousiaste, à la différence
des docteurs inquiets de l’avenir, voit dans Jésus un grand
prophète, tandis que Jean le Baptiste pose la question: « Es-tu
celui qui vient? » (7,20). Luc ménage ses effets et crée ainsi une
émotion voulue.
Paraboles et miracles jalonnent la route de Jésus en Galilée. Le
récit culmine dans l’envoi des Douze en mission (9,1-6), la confession
de Pierre (9,18-20) et la Transfiguration (9,28-36). D’ultimes
instructions aux disciples (9, 44-50) précèdent la montée de Jésus et
des Douze vers Jérusalem, où tous l’attendent.
La montée vers Jérusalem (9,51 - 19,28) est un long intermède dans
le récit lucanien. L’auteur y introduit tout ce qu’il n’a pu ou ne
pourra mettre ailleurs. Chaque verset ajoute à l’extrême richesse de
faits ou de pensées de l’ensemble. Celui-ci est dominé par l’importance
exceptionnelle des paraboles: nul mieux que Luc ne sait faire usage de
ce genre dans lequel Jésus excelle.
On
sent que l’écrivain jubile en nous transmettant un trésor de
mots, d’idées et d’images où l’Église puisera surabondamment pendant
vingt siècles sans jamais en atténuer la richesse. Les paroles de Jésus
demeurent en cela aussi neuves, aussi vraies, aussi fécondes
que lorsqu’elles sortirent pour la première fois de sa bouche.
La dernière partiedu troisième évangile (19,28 - 24,53) se situe,
comme il se doit, à Jérusalem. Luc répartit sa matière en deux grandes
sections:
- la prédication dans le Temple (19,28 - 21,38);
- la Passion et
la Résurrection (22,1 - 24,53).
La chronologie de Luc est plus imprécise que celle de Marc ou de
Matthieu. Nous savons seulement qu’après son entrée triomphale à
Jérusalem, Jésus enseigne journellement et publiquement dans le
sanctuaire. Dans les quatre évangiles, d’ailleurs, un seul fait est
certain, c’est que la passion eut lieu un vendredi, la veille d’un
shabbat.
Le récit lucanien débouche donc ici sur la Passion, la mort et la Résurrection de Jésus (22,1-24,53). Le procès de l’innocent
persécuté, du serviteur souffrant démontre, aux yeux de Luc, que
derrière la façade politique et humaine des faits, ce sont des forces
spirituelles qui s’affrontent: celles de Dieu, en quête
de son royaume, et celles des idoles, mues par Satan, avides de
puissance.
Il serait dérisoire de voir là une tragédie en blanc et
noir, avec d’un côté les bons, les disciples, et de l’autre les
méchants, tous des juifs. Dominant la tragédie, il y a la fatalité du
destin de Jésus, Roi-Messie dans un royaume dont le roi, Tibère, se
veut aussi d’essence divine. Le vrai conflit est celui qui oppose Dieu,
dont Jésus est le fils, aux dieux de Rome, dont Tibère est
l’implacable émanation.
En face de ce combat gigantesque, que font les hommes?
Pilate et Caïphe, avec tous les fonctionnaires romains ou hébreux,
dépassés par l’ampleur du drame, tremblent pour leur vie ou pour leur
situation.
Luc, dans son récit de la passion, néglige des détails rapportés par
les autres évangélistes; en introduisant plus de sobriété dans sa
narration, il ne donne que plus de grandeur à la tragédie qui déchire
Jérusalem.
Le récit de la Résurrection et de l’Ascension de Jésus introduit
les adeptes dans le מלכוּת יהוה malkhoutYHWH-Adonaï, le royaume
de Dieu, que Luc évoque à trente-deux reprises dans son Annonce.
Ainsi se parachève en gloire le portrait lucanien de Jésus, fils de l’homme et fils de Dieu, prophète et Sauveur.
(D'après A. Chouraqui)
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Un évangile, un évangéliste
Nous
ne retenons souvent des évangiles que les extraits qui sont lus à la
messe dominicale. Des récits ou enseignements marquants qui, certes,
contiennent l’essentiel du message évangélique, mais qui ne permettent
pas de saisir comment chaque épisode est enchâssé dans l’ensemble. Or
chaque évangéliste, qui a reçu de la tradition le récit des paroles et
des gestes de Jésus, les a disposés et agencés en fonction de son
propre projet théologique. Ce qui nous permet de contempler des visages
du Christ, non pas différents, mais complémentaires. C’est cette visée
du rédacteur que permet de comprendre la lecture continue d’un évangile.
Celui
de Luc est l’évangile qui va être lu pendant l’année C qui commence le
dimanche 29 novembre 2009, 1er dimanche de l’Avent.
Il est écrit pour une communauté issue, non du judaïsme mais du
paganisme, et souligne donc les traits universels du message du Christ.
Il met fortement l’accent sur des traits importants aujourd’hui : le
rôle de l’Esprit Saint, la miséricorde du Père, la joie… Un bon guide
donc pour rafraîchir et approfondir notre regard sur le visage de Jésus.
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• Lc
1-2
Les deux premiers chapitres de Luc forment ce qu’on a coutume d’appeler
«l’évangile de l’enfance» et lui sont propres. Marc en effet commence plus
abruptement son évangile au début du ministère public de Jésus ; Jean, au
contraire, remonte beaucoup plus haut et, dans son prologue, évoque l’origine
éternelle du Fils : «Au commencement était le Verbe…» Matthieu comporte
lui aussi un évangile de l’enfance, mais avec des matériaux tout autres que
ceux de Luc : l’annonce de la naissance est apportée à Joseph, et non à
Marie ; les témoins de la Nativité sont des mages, et non des
bergers ; l’épisode du massacre des enfants par Hérode et de la fuite en
Égypte sont propres à Matthieu qui, en revanche, ne parle pas de la
Présentation de l’enfant au Temple de Jérusalem, etc.
Luc a donc composé de façon originale ce cycle de l’enfance, ou plutôt des
enfances, car les annonces et les naissances de Jean et de Jésus sont mises en
parallèle. Ces deux chapitres sont en effet construits de manière très précise
et minutieuse : on y lit sept scènes successives dont plusieurs se
répondent. À l’annonce à Zacharie (1,5-25) succède l’annonce à Marie (1,26-38),
puis la rencontre des deux enfants dans le sein de leur mère, lors de la
«Visitation» (1,39-56). Puis le récit de la naissance et circoncision de Jean
(1,57-80) est suivi de celui de la naissance et circoncision de Jésus (2,1-21),
et de sa Présentation au Temple (2,22-40). L’ensemble se clôt par l’épisode de
Jésus retournant au Temple de Jérusalem, à 12 ans (2,40-52).
On voit donc qu’il y a un parallélisme très marqué entre ce qui est dit de
Jean, qui se montre en tout «précurseur», et ce qui est dit de Jésus.
Cependant
un examen attentif montre que Jésus ne répète pas ce qui est arrivé à Jean,
mais que les événements le concernant ont un caractère de solennité et
d’importance plus grand : c’est particulièrement visible pour sa naissance
et sa manifestation dans le Temple, ou encore dans le dernier épisode qui lui
est propre où l’on montre Jésus enseignant les docteurs. Tout est donc composé
pour montrer que le rôle de Jean est bien, comme cela sera dit en 3,4, de
«préparer le chemin du Seigneur».
Luc a choisi de faire commencer son récit dans le Temple de Jérusalem où
officie le prêtre Zacharie. De même ces deux chapitres se terminent dans le
Temple où Jésus monte pour ses douze ans, c’est-à-dire l’âge de la majorité
religieuse : manière pour le rédacteur de montrer que la naissance, et
plus tard, le ministère public de Jésus, comblent bien l’attente du peuple de
l’Alliance. Tout le texte contient d’ailleurs de nombreuses citations
implicites de l’Écriture et des allusions à l’histoire biblique (à commencer
par la ressemblance entre la situation de Zacharie et Anne et celle d’Abraham
et Sarah).
Ceci est particulièrement flagrant dans les quatre cantiques qui jalonnent ces
chapitres : celui de Marie lors de sa rencontre avec Élisabeth (1,49-53),
de Zacharie après la naissance de Jean (1,68-79), des bergers à la naissance de
Jésus (2,14) et de Syméon lors de la Présentation au Tempe (2,29-32).
Ces
cantiques, construits à partir de citations bibliques, ont paru si importants
pour la Tradition que l’Église les a repris dans sa prière liturgique (le
Benedictus, le Magnificat et le Nunc dimittis, chaque jour dans la prière des heures ;
et le Gloria, à la messe de chaque dimanche).
À la fin de cet évangile de l’enfance, qui forme comme un long prologue, tout
est donc en place pour que Jésus se manifeste comme héritier des promesses de
la Première Alliance et porteur d’une nouveauté absolue.
(d'après l'Atelier biblique en ligne
des Fraternités Monastiques de Jérusalem)
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• Lc 1,1-4.
Venant
après d'autres, saint Luc est conscient de faire lui aussi œuvre utile.
Il estime que le récit qu'il a entrepris de rédiger contribuera à
renforcer ce que les "témoins oculaires", serviteurs de la Parole", ont
rapporté.
Traduction et remarques :
Verset 1.
᾿Επειδήπερ πολλοὶ ἐπεχείρησαν ἀνατάξασθαι διήγησιν περὶ τῶν πεπληροφορημένων ἐν ἡμῖν πραγμάτων
Plusieurs ayant entrepris de composer un récit des événements qui se sont accomplis parmi nous,
• διήγησιν - un récit: Contrairement à Matthieu et à Marc, mais comme
les écrivains de son temps, Luc commence son "récit" par une
introduction dans laquelle il explique son but, sa méthode, et indique
ses sources.
Il s'inscrit dans la lignée de ceux qui ont avant lui mis par écrit les événements liés à la venue de Jésus.
Verset 2.
καθὼς παρέδοσαν ἡμῖν οἱ ἀπ᾿ ἀρχῆς αὐτόπται καὶ ὑπηρέται γενόμενοι τοῦ λόγου,
suivant
ce que nous ont transmis ceux qui ont été des témoins oculaires dès le
commencement et sont devenus des ministres de la parole,
• παρέδοσαν͂ - ils ont transmis: Le verbe παραδίδωμι est dans ce contexte un terme technique décrivant la transmission d'une tradition orale.
• οἱ αὐτόπται - ceux qui ont été des témoins oculaires: Littéralement, "ceux qui ont vu par eux-mêmes": le "récit" de Luc repose sur le témoignage des Apôtres et des premiers disciples de Jésus.
Verset 3.
ἔδοξε κἀμοὶ, παρηκολουθηκότι ἄνωθεν πᾶσιν ἀκριβῶς, καθεξῆς σοι γράψαι, κράτιστε Θεόφιλε,
il
m'a aussi semblé bon, après avoir fait des recherches exactes sur
toutes ces choses depuis leur origine, de te les exposer par écrit
d'une manière suivie, excellent Théophile,
• παρηκολουθηκότι ἀκριβῶς͂ - après avoir fait des recherches exactes; καθεξῆς γράψαι- exposer par écrit d'une manière suivie: Luc décrit sa méthode - en particulier à l'aide des deux adverbes "ἀκριβῶς - exactement" et "καθεξῆς - de manière suivie".
La
façon dont il va organiser son récit ne sera pas nécessairement
strictement chronologique; elle répondra plutôt à son désir de
présenter les événements de la façon la plus compréhensible - et donc
la plus convaincante - possible (voir v.4). Cette façon de procéder est
celle des auteurs antiques, y compris des historiens: il faut toujours
se replacer dans le contexte où l'œuvre a été rédigée, et ne pas la
lire avec nos préjugés modernes (problème des "genres littéraires").
• κράτιστε Θεόφιλε - excellent Théophile: Personnage sans doute riche, et en tout cas haut placé:
- la coutume voulait qu'un auteur dédicaçât son œuvre à un haut personnage;
- le titre "κράτιστε"
était employé pour les membres de l'ordre équestre à Rome et dans
l'Empire; on pourrait encore traduire, par exemple "très (c'est un
superlatif absolu) honorable", ou toute autre expression marquant le
respect.
Voir Ac 1,1.
Luc lui dédie les deux "volets", les deux "tomes" de son ouvrage: son
évangile, et les Actes des Apôtres qui en sont la suite.
Verset 4.
᾿ ἵνα ἐπιγνῷς περὶ ὧν κατηχήθης λόγων τὴν ἀσφάλειαν.
afin que tu reconnaisses la certitude des enseignements que tu as reçus.
• περὶ ὧν κατηχήθης λόγων- des enseignements que tu as reçus:
- De la racine du verbe κατηχέω katêchêô proviennent tous nos mots tels que "catéchèse", "catéchisme", "catéchiser", etc.
-
Théophile avait donc déjà une certaine connaissance de ces événements.
Le texte ne précise pas s'il était ou non chrétien, mais on peut penser
qu'il l'était, ou du moins sympathisant ou catéchumène.
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• Lc
1, 1-4
Ces
quatre versets forment une sorte de prologue. Il n’est pas
majestueusement théologique comme celui de Jean, mais se présente comme
une dédicace ainsi qu’avaient coutume d’en rédiger les historiens
hellénistiques. Cette longue phrase soigneusement composée nous apprend
déjà beaucoup de choses sur son rédacteur : Luc est d’origine grecque
et de bonne culture, sans doute le «cher médecin» dont parle Paul (Col
4,14).
Verset 1
« ᾿Επειδήπερ πολλοὶ ἐπεχείρησαν ἀνατάξασθαι διήγησιν περὶ τῶν πεπληροφορημένων ἐν ἡμῖν πραγμάτων - Puisque beaucoup ont entrepris de composer un récit des événements qui se sont accomplis parmi nous»
: Luc n’écrit pas à partir de rien : en plus des traditions orales de
sa communauté, il connaît d’autres «évangiles». Les paroles de Jésus,
les «récits des événements» circulaient et se transmettaient dans les
communautés ; certaines les avaient déjà mises par écrit, partiellement
ou de façon plus organisée (comme l’évangile «selon saint Marc», sans
doute rédigé vers 65).
Verset 2
• «καθὼς παρέδοσαν ἡμῖν οἱ ἀπ᾿ ἀρχῆς αὐτόπται καὶ ὑπηρέται γενόμενοι τοῦ λόγου-
suivant ce que nous ont transmis ceux qui ont été des témoins oculaires
dès le commencement et sont devenus des ministres de la parole»
:
Luc n’est pas un apôtre ni même de la génération apostolique. Il ne
connaît Jésus que par la «tradition» (ce qui a été «transmis»), terme
qu’utilisait déjà le judaïsme pour désigner la transmission orale par
des maîtres.
• «αὐτόπται- témoins…»
:
On voit que les transmetteurs ont une double fonction qui correspond
globalement à leur rôle avant et après la Passion-Résurrection du
Seigneur.
Cela correspond aussi aux deux parties de l’œuvre de Luc
(malheureusement dissociées dans nos bibles) :
- la première – l’évangile
– relate les paroles et actes de Jésus dont les apôtres furent les
«témoins oculaires» ;
- la seconde – les Actes des Apôtres – les débuts
de la course de la Parole portée à toutes les nations, dont les apôtres
deviennent dès lors les «serviteurs».
Ainsi symboliquement l’évangile
de Luc commence dans le temple de Jérusalem et s’y achève ; c’est à
Jérusalem aussi que commencent les Actes qui se déploient ensuite dans
tout le Bassin méditerranéen jusqu’à Rome.
Verset 3
• «παρηκολουθηκότι ἄνωθεν πᾶσιν ἀκριβῶς - après avoir fait des recherches exactes sur toutes ces choses depuis leur origine» :
Luc n’est pas un historien au sens moderne du terme ; mais il indique sa méthodologie :
-
une information exacte (nous ne connaissons pas toutes ses sources,
mais elles sont variées, de sorte qu’il est seul à rapporter
certains épisodes : l’enfance de Jésus, des paraboles telles le fils
prodigue ou le bon Samaritain, des récits comme le pardon de la
pécheresse ou le repas chez Marthe et Marie…) ;
- un exposé suivi :
il ne cherche ni à être exhaustif, ni à suivre une succession
chronologique. Son plan est essentiellement théologique et marqué, à
partir du chapitre 9, par la montée de Jésus vers Jérusalem.
• «κράτιστε Θεόφιλε - excellent Théophile»
:
Le dédicataire de l’œuvre de Luc, qui ne nous est pas autrement
connu, était peut-être un chrétien d’origine païenne (il porte un nom
grec), occupant une fonction importante, selon l’usage qui faisait
dédier les ouvrages à des protecteurs influents.
Mais son prénom
signifie «ami de Dieu» : c’est donc à tout disciple qu’est dédié le
livre, à celui qui veut s’approcher de Dieu et apprendre à le connaître
tel qu’il s’est révélé en son Fils Jésus-Christ.
(d'après l'Atelier biblique en ligne
des Fraternités Monastiques de Jérusalem)
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• Lc
1, 5-17
L’évangile
selon saint Luc établit ici un parallélisme saisissant entre Jésus et Jean
Baptiste.
La
naissance du Précurseur a été annoncée à un couple de « justes » qui
ne pouvaient plus espérer avoir d’enfant.
Chargé de marcher devant celui qu’il
annonce, le fils qu’Elisabeth va mettre au monde sera investi d’une force
comparable à celle d’Elie, le « prophète de feu », dont on pensait qu’il
précéderait le Messie.
La nativité de Jean – dont le nom signifie « Dieu-fait-grâce »
– est le commencement de la Bonne Nouvelle de Jésus, « Dieu-sauve »
• Lc
1, 5-25
Dans quelques jours, un fils va nous être donné (
cf.
Is 9,7) et
déjà les annonces se multiplient, joyeuses et graves. La première, aux
confins encore de l’Ancienne Alliance, est apportée dans le Temple au
prêtre Zacharie. Comme tant d’autres avant eux, Abraham et Sarah,
Manoah et sa femme, Elqana et Anne, Zacharie et Élisabeth sont «justes
devant Dieu», mais âgés et stériles ; et voici qu’un fils leur est
promis, dans les termes du prophète Malachie, «pour ramener le cœur des
pères vers les enfants». Un fils qui ressemblera aux «
nazir», aux
consacrés des temps anciens (
cf.
Jg 13), qui sera prophète «dès le
sein de sa mère», comme Jérémie (
cf.
Jr 1,5) ; mais qui annoncera
les temps nouveaux en «préparant au Seigneur un peuple bien disposé».
Un fils dont le nom exaltera l’œuvre du Seigneur puisqu’il s’appellera
Jean : «Dieu fait grâce». «J’ai été envoyé, dit l’ange Gabriel, pour
t’annoncer cette bonne nouvelle…» : malgré le scepticisme de Zacharie,
qui lui vaudra garder pour un temps le silence afin de méditer sur le
dessein de salut de Dieu, déjà la Bonne Nouvelle, l’Évangile, est en
marche.
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• Lc
1, 26-38
Dans l’évangile selon saint Luc, une seconde annonce suit
immédiatement la première. Le personnage principal semble être le même
: l’ange Gabriel; et il prononce des paroles semblables : il promet
aussi un fils, donné par Dieu, qui sera grand devant le Seigneur ; et
le nom qu’il donne à Marie : «Comblée de grâce» fait écho au nom de
Jean. Mais quelle opposition entre le temple magnifique au cœur de
Jérusalem où officie le grand prêtre et la bourgade perdue de Galilée
où, dans l’intériorité de sa demeure, se tient une toute jeune fille !
Quel contraste entre le scepticisme de Zacharie, qui connaissait
pourtant les nombreux précédents bibliques d’annonces de fils
miraculeux donnés à la vieillesse, et la confiance active de Marie,
confrontée elle à une situation nouvelle : la fécondité de la
virginité, et qui n’interroge que pour mieux collaborer au dessein de
Dieu ! C’est qu’avec l’enfant promis la nouveauté radicale s’annonce :
celui-ci ne prépare plus le chemin de Dieu, il est «Fils de Dieu» : il
est Celui qui vient accomplir les promesses séculaires faites à David
et leur donner un sens nouveau inouï.
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• Lc 1,39-56
Rien d'anecdotique dans le récit de la rencontre entre Marie et sa cousine qui, pourtant, restèrent ensemble
« environ trois mois ».
Pas de commentaire de l'évangéliste non plus.
La
salutation adressée par Elisabeth à la mère du Seigneur, et le cantique
qui monte du cœur de l'humble servante du Seigneur suffisent.
Toutes les générations proclament à l'envi Marie « bienheureuse »,
« bénie entre
toutes les femmes »; on ne se lasse pas de lui demander de rester
proche, et d'intercéder auprès de son Fils pour les pécheurs, en se
souvenant de son amour.
L'Eglise peut reprendre à son compte le « Magnificat », en action de grâce pour les « merveilles » que l'Esprit Saint ne cesse d'accomplir en faveur de la race des croyants, à jamais.
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• Lc 1,39-45
Visite,
"Visitation" comme dit la liturgie, de Marie à Elisabeth: la Vie à la
rencontre de l'espérance des siècles, joie du ciel sur la terre.
<- La Visitation
- détail du devant d'autel de Santa Maria d'Avià: "Scènes de la vie de
la Vierge et Nativité", vers 1200 - Musée d'art de Catalogne, Barcelone.
L'artiste
anonyme qu'on appelle "le Maître d'Avià" a bien su rendre - par leur
enlacement mutuel, l'affection qui unit les deux cousines. Sous la
chaude et comme protectrice étreinte d'Elisabeth, le visage de Marie,
qui exprimait une certaine crainte dans la représentation de
l'Annonciation, s'est détendu.
Sur cette péricope, voir aussi ci-dessous.
Remarques :
Verset 41.
καὶ ἐπλήσθη Πνεύματος ῾Αγίου ἡ ᾿Ελισάβετ - et Elisabeth fut remplie du Saint Esprit:
- L'Esprit Saint est très présent dans le récit lucanien de la naissance de Jésus (Lc 1,15; 35; ici; 67; 2,25; 26;27) ainsi que dans les Actes des Apôtres, du même auteur.
- L'Esprit permet à Elisabeth de comprendre et d'exprimer le sens de la réaction de l'enfant qu'elle porte.
Verset 43.
τοῦ Κυρίου μου - (de) mon Seigneur:
- Voir, par exemple, Ps 110,1:
נאם יהוה לאדני
"Oracle d'YHWH à mon Seigneur". Dans le Premier Testament, Dieu lui-même peut être appelé "אדון 'âdôn - Seigneur"; mais, comme les mots "Sauveur" et "Messie", il peut aussi être un titre royal.
-
Dans le Nouveau Testament, les titres de "Sauveur", "Messie" et
"Seigneur" sont attribués à Jésus, car ils sont en accord avec les
caractéristiques royales et messianiques déjà annoncées à son sujet.
Méditations
- Du Nouveau Testament :
- Lc 1,46-49
:
« Mon âme exalte le Seigneur,
Et mon esprit se réjouit en Dieu, mon Sauveur,
Parce qu'il a jeté les yeux sur la bassesse de sa servante.
Car voici, désormais toutes les générations me diront bienheureuse,
Parce que le Tout Puissant a fait pour moi de grandes choses.
Son nom est saint. »
- Ap 3,14;20:
«
Voici ce que dit l'Amen, le témoin fidèle et véritable, le commencement
de la création de Dieu [...] Voici, je me tiens à la porte, et je
frappe. Si quelqu'un entend ma voix et ouvre la porte, j'entrerai chez
lui, je souperai avec lui, et lui avec moi. »
- Commentaires patristiques :
La vieille Elisabeth mit au monde le dernier des prophètes, et Marie, une jeune fille, le Seigneur des anges.
La fille d'Aaron mit au monde la voix dans le désert, et la fille du roi David le Verbe du roi céleste.
L'épouse du prêtre mit au monde l'ange de la face de Dieu, et la fille du roi David le Dieu fort de la terre.
La stérile mit au monde celui qui pardonne les péchés, et la vierge celui qui les porte.
Elisabeth mit au monde celui qui réconcilie les hommes par la pénitence, et Marie celui qui purifie la terre de sa souillure.
L'aînée
alluma une lampe dans la maison de Jacob son père, car cette lampe,
c'est Jean, la cadette alluma le soleil de justice pour toutes les
nations.
« L'enfant a tressailli d'allégresse au-dedans de moi »
Quel mystère nouveau et admirable ! Jean ne naît pas encore et
déjà il parle par ses tressaillements ; il ne paraît pas encore et déjà
il profère des avertissements ; il ne peut pas encore crier et déjà il
se fait entendre par des actes ; il n'a pas encore commencé sa vie et
déjà il prêche Dieu ; il ne voit pas encore la lumière et déjà il
montre le soleil ; il n'est pas encore mis au monde et déjà il se hâte
d'agir en précurseur. Le Seigneur est là : il ne peut pas se retenir,
il ne supporte pas d'attendre les limites fixées par la nature, mais il
s'efforce de rompre la prison du sein maternel et il cherche à faire
connaître d'avance la venue du Sauveur. « Il est arrivé, dit-il, celui
qui brise les liens. Et moi je reste enchaîné, je suis encore tenu à
demeurer ici ? Le Verbe vient pour tout rétablir et moi, je reste
encore captif ? Je sortirai, je courrai devant lui et je proclamerai à
tous : Voici l'Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde. » (Jn 1,29)
Mais
dis-nous, Jean, retenu encore dans l'obscurité du sein de ta mère,
comment vois-tu et entends-tu ? Comment contemples-tu les choses
divines ? Comment peux-tu tressaillir et exulter ? « Grand, dit-il, est
le mystère qui s'accomplit, c'est un acte qui échappe à la
compréhension de l'homme. A bon droit j'innove dans l'ordre naturel à
cause de celui qui doit innover dans l'ordre surnaturel. Je vois, avant
même de naître, car je vois en gestation le Soleil de justice (Ml
3,20). Je perçois par l'ouïe, car en venant au monde je suis la voix
qui précède le grand Verbe. Je crie, car je contemple, revêtu de sa
chair, le Fils unique du Père. J'exulte, car je vois le Créateur de
l'univers recevoir la forme humaine. Je bondis, car je pense que le
Rédempteur du monde a pris corps. Je suis le précurseur de son
avènement et je devance votre témoignage par le mien. »
- De Grégoire le Thaumaturge (IIIème siècle):
Le jardinier devient le fruit
Marie
se rendit en hâte chez Élisabeth sa cousine, dans le haut pays ; «elle
entra chez Zacharie et salua Élisabeth», comme l’ange l’avait elle-même
saluée. «Or dès qu’Élisabeth eut entendu la salutation de Marie,
l’enfant tressaillit de joie en son sein et Élisabeth fut remplie du
Saint-Esprit.» Ainsi opère la voix de Marie, qui remplit Élisabeth de
l’Esprit Saint. Et comme une source éternelle, elle annonce à sa
cousine, de sa langue prophétique, un fleuve de grâces ; et elle fait
remuer et tressaillir l’enfant retenu en son sein : figure d’une danse
merveilleuse ! Lorsque paraît Marie, comblée de grâces, tout déborde de
joie. «Alors Élisabeth poussa un grand cri et dit : ‘Tu es bénie entre
les femmes et béni le fruit de ton sein ; et comment m’est-il donné que
la mère de mon Seigneur vienne à moi ?’ Tu es le principe de leur
régénération. Tu nous as ouvert le libre accès du paradis et tu as
chassé nos antiques douleurs. Car Jésus-Christ, le rédempteur de notre
humanité, le Sauveur de toute la nature, l’Adam spirituel qui guérit
les blessures de l’homme terrestre, Jésus-Christ sort de ton sein. ‘Tu
es bénie entre les femmes et béni le fruit de ton sein.’ Le jardinier
de tous nos biens est devenu ton propre fruit.»
Quel éclat
jettent à nos yeux les paroles de la femme stérile ! Mais quelle
splendeur plus vive encore dans les paroles de la Vierge, et comme le
chant de grâce qu’elle élève vers Dieu est plein de bonne odeur et de
science divine ! Avec les anciennes promesses, elle annonce les
nouvelles; avec les paroles séculaires, elle proclame celles de la
consommation des siècles et en quelques mots résume tout le mystère de
Jésus-Christ.
__________________
• Lc 1,39-55
Lire et méditer
Scène centrale de l’évangile de l’enfance, puisqu’elle est point de
jonction entre le cycle de Jean et le cycle de Jésus, ce qu’on appelle
la «Visitation», la rencontre de Marie et de sa cousine Élisabeth est
aussi la rencontre des deux enfants qu’elles portent en elles : Jean
s’y montre déjà le Précurseur qui annonce la venue du Christ, et Jésus
y est manifesté comme «le Seigneur», venant accomplir les promesses
faites à Israël.
Verset 39:
• « Μαριὰμ [...] ἐπορεύθη εἰς τὴν ὀρεινὴν μετὰ σπουδῆς - Marie [...] se rendit en hâte vers la région montagneuse» :
On
peut s’émerveiller de la joie de Marie et de sa serviabilité qui la
pousse à venir en aide à sa cousine sans plus songer à elle-même. Mais
cette notation parle surtout de la course du Verbe qui commence dès
avant sa naissance et sera portée par les apôtres «jusqu’aux confins de
la terre». C’est le bien-aimé du Cantique des Cantiques :
בא מדלג על־ההרים מקפץ על־הגבעות
«il vient, sautant sur les montagnes, bondissant sur les collines» (Ct 2,8)
vers l’humanité, sa bien-aimée.
Verset 41:
•« ἐσκίρτησε τὸ βρέφος ἐν τῇ κοιλίᾳ αὐτῆς - son enfant tressaillit dans son sein» :
L’ange avait annoncé à Zacharie que l’enfant qu’il allait concevoir
dans sa vieillesse, serait «Πνεύματος ῾Αγίου πλησθήσεται ἔτι ἐκ κοιλίας μητρὸς αὐτοῦ - rempli d’Esprit Saint dès le sein de sa
mère» (Lc 1,15). Le petit Jean prophétise donc dans le sein de sa mère,
en voyant venir vers lui, porté dans le sein de Marie, celui qu’il a
vocation d’annoncer. Et il transmet déjà par son «tressaillement
d’allégresse», cette révélation de l’Esprit à sa mère.
Verset 42:
•« εὐλογημένη σὺ ἐν γυναιξί καὶ εὐλογημένος ὁ καρπὸς τῆς κοιλίας σου - Bénie es-tu entre les femmes, et béni le fruit de ton sein !» :
La salutation d’Élisabeth reprend les termes des bénédictions accordées
à des femmes qui ont été cause de salut pour Israël, telles Yaël (Jg
5,24:
תברך מנשׁים יעל אשׁת חבר הקיני מנשׁים באהל תברך
«Bénie soit entre les femmes Jaël, femme de Héber, le Kénien! Bénie soit-elle entre les femmes qui habitent sous les tentes!») ou Judith (Jdt 13,18:
«Εὐλογητὴ σύ, θύγατερ, τῷ θεῷ τῷ ὑψίστῳ παρὰ πάσας τὰς γυναῖκας τὰς ἐπὶ τῆς γῆς - Sois bénie, ma fille, par le Dieu Très-Haut, plus que toutes les femmes sur la terre!»).
Mais ici est aussi «béni le fruit de son
sein» : Marie n’apporte pas le salut par son action – et encore moins
par une action guerrière ! –, mais en donnant au monde Celui
qu’Élisabeth nomme «mon Seigneur».
Un titre qui était accordé par
l’Écriture au Messie (cf. par exemple Ps 110,1 :
נאם יהוה לאדני שׁב לימיני
«Parole de YHWH à mon Seigneur: Assieds-toi à ma droite»), et qui sera celui de Jésus
ressuscité (cf. Ac 2,36:).
Verset 45:
• « μακαρία ἡ πιστεύσασα - Bienheureuse celle qui a cru» :
Première
béatitude de l’Evangile. Marie a été «comblée de grâces» par le
Seigneur, mais Dieu respecte notre liberté : ce n’est que parce que Marie a
ajouté foi à la parole portée par l’ange que celle-ci a pu s’accomplir
et prendre chair en elle. Elle est donc non seulement «mère du
Seigneur» (le Concile d’Éphèse, en 431, s’appuiera sur ce passage pour
la proclamer Theotokos, Mère de Dieu), mais aussi le modèle du croyant. Voir la réponse de Jésus à une femme qui disait : «Heureuses les entrailles
qui t’ont porté et les seins que tu as sucés !» : «Heureux plutôt ceux
qui écoutent la parole de Dieu et l’observent !» (Lc 11,27-28).
<- Théotokos Hodegetria - XVIème siècle, Musée national, Bucarest.
Théotokos Hodegetria- XIIIème siècle, Musée d'art géorgien, Tbilissi->
(Théotokos Hodegetria = Mère de Dieu "qui montre la
voie", l'une des typologies les plus traditionnelles de la Théotokos en
iconographie: elle tient l'Enfant sur un bras, et le désigne aux
fidèles de son autre main)
Verset 46.
μεγαλύνει ἡ ψυχή μου τὸν Κύριον - Mon âme exalte le Seigneur:
- Le "cantique de Marie" rappelle le "cantique d'Anne", mère de Samuel (1S 2,1-10). Voir le tableau comparatif en cliquant ici. - On l'appelle traditionnellement le Magnificat, car la Vulgate en a traduit le début par "Magnificat anima mea Dominum"; le cantique de Marie est chanté chaque soir, dans la liturgie de
l’Église, au cours de l’office de Vêpres.
- Dans ce cantique de louange, Marie cite non seulement le "cantique d'Anne", mais aussi nombre d'autres passages de la TaNaKh
(Bible hébraïque), ce qui tendrait à confirmer les "récits d'enfance de
Marie" des évangiles apocryphes, qui indiquent que Marie aurait été
consacrée à Dieu par ses parents dès sa petite enfance en remerciement
de sa naissance qu'ils n'espéraient plus (voir cette page), et élevée au Temple jusqu'à ses fiançailles avec Joseph. Citations ou allusions:
- verset 46: 1S 2,1; Ps 34,2-3;
- verset 47: Ps 18,47; 35,9; Is 17,10; 61,10; Ha 3,18;
- verset 48: 2S 7,18; Ps 138,6 - Ml 3,12;
- verset 49: Gn 17,1 - Ps 71,19; 126,3 - Ps 111,9;
- verset 50: Ex 15,11; Ps 111,9 - Ex 20,6; Ps 103,17;
- verset 51: Gn 17,7 - Ps 98,1; Is 40,10 - 2S 22,28; Jr 13,9;10;
- verset 52: 1S 2,3; Ps 2,1-6; Dn 4,34; Ml 4,1;2;
- verset 53: Ps 113,7; Qo 4,14 - Ps 107,9 - 1S 2,5;
- verset 54: Ps 98,3; Is 63,15;
- verset 55: Gn 22,18; Is 55,3.
Versets 46-47.
• ἡ ψυχή μου- mon âme:Cette
expression correspond à l'usage de la 1ère personne du singulier - mais
souligne en outre la profondeur de ce qui est ressenti.
Verset 48:
• ὅτι ἐπέβλεψεν ἐπὶ τὴν ταπείνωσιν τῆς δούλης αὐτοῦ - parce qu'il a jeté les yeux sur l'abaissement de sa servante: Seule
allusion directe à l’occasion de cet hymne de louange, à l’annonciation.
Marie, «mère du Seigneur», ne revendique que le titre de «servante».
C’était déjà le plus haut titre octroyé à Moïse, au moment de sa mort
(Dt 34,5:
וימת שׁם משׁה עבד־יהוה
"Moïse, serviteur de l'Éternel, mourut là"). C’est surtout l’attitude qu’adopte Jésus lui-même
et qu’il indique comme le chemin de la vraie grandeur : «ἐγὼ δὲ εἰμι ἐν μέσῳ ὑμῶν ὡς ὁ διακονῶν - Et moi, je
suis au milieu de vous comme celui qui sert!» (Lc 22,27).
• μακαριοῦσί με πᾶσαι αἱ γενεαί - Toutes les générations me diront bienheureuse: Nouvelle
béatitude. L’humilité de Marie va de pair avec une juste fierté ; mais
cette fierté ne se fonde pas sur un mérite personnel, mais sur l’œuvre
de Dieu en elle. Comme déjà le proclamait Léa, épouse de Jacob (cf.Gn 30,13:
באשׁרי כי אשׁרוני בנות
"Que je suis heureuse! car les filles me diront heureuse"), elle est louée pour l’enfant qu’elle porte.
Verset 51:
• Εποίησε κράτος ἐν βραχίονι αὐτοῦ - Il a déployé la force de son bras :
La
seconde partie de l’hymne (très inspiré du cantique d’Anne) magnifie
l’œuvre de restauration de toutes choses qu’accomplit Dieu. Cette
expression «déployer la force de son bras» est fréquemment utilisée,
surtout par le Deutéronome, pour rappeler la sortie d’Égypte et la
traversée de la mer, c’est-à-dire la première fois où Dieu s’est révélé
à son peuple comme sauveur (voir page sur le bras et la main de Dieu). Il s’agit ici aussi d’une «pâque» (sur ce mot et la fête juive, voir cette page), du
passage à un monde nouveau qu’inaugure la venue du Christ dans la
chair : toutes les valeurs sont renversées, les situations
bouleversées ; le Dieu de justice se penche, de façon prioritaire, sur
les petits, les humbles et les pauvres, comme Luc le fait souvent
remarquer. Ce cantique annonce déjà le grand renversement des
béatitudes (Lc 6,20-26).
Versets 54-55:
•᾿μνησθῆναι ἐλέους,͂καθὼς ἐλάλησε πρὸς τοὺς πατέρας ἡμῶν - se souvenant de sa miséricorde, selon qu'il l'avait annoncé à nos pères:
L’œuvre
de salut de Dieu commence cependant par l’accomplissement des
promesses faites à Abraham : on est bien toujours dans ce prologue qui
veut enraciner la naissance et la vie de Jésus dans l’espérance
messianique séculaire. Le thème de l’ouverture aux païens ne viendra
que plus tard dans le récit de Luc. Ici c’est la continuité qui est
soulignée entre le Dieu qui s’est présenté à Moïse comme אל רחום וחנון ארך אפים ורב־חסד ואמת
«le Dieu de
tendresse et de miséricorde, lent à la colère, riche en grâce et en
fidélité» (Ex 34,6) et l’enfant qui vient apporter son salut.
<- La Mère de Dieu, Fleur immarescible, et l'arbre de Jessé - Antonios Sigalas, 1786 - Musée Byzantin, Athènes.
• LaVierge Marie soutient l'Enfant Jésus
debout sur l'autel et portant le globe et le sceptre de la royauté.
Tous deux sont revêtus d'ornements royaux et ont la tête ceinte d'une
couronne; les vases de fleurs et les objets d'or sont des attributs de
la Vierge Marie tirés de l'hymne Acathiste.
• Sous le ciel ouvert où se tient le Père et d'où descend l'Esprit sous
la forme d'une colombe, deux anges couronnent la Vierge Marie et
tiennent un long phylactère portant la dédicace du commanditaire et la
date: "Supplication du serviteur de Dieu [...], 1785".
• Aux quatre angles de l'icône, les évangélistes
avec leurs symboles; à côté de Marc, en bas à droite, on lit la
signature du peintre: "Œuvre d'Antonios Sigalas, prêtre de Santorin".
• Tout en bas, au centre, une petite "deesis", ou prière d'intercession, avec des saints.
• A la racine de l'arbre, Jessé, père de David,
est plongé dans le sommeil de la mort. De sa descendance naîtra le
Christ. L'arbre se développe en dix rameaux portant les figures en
buste de rois et de prophètes.
Méditer
Voici le Roi qui vient
Voici le Roi qui vient, allons au-devant
de notre Sauveur. Ce n'est pas un unique messager, c'en est un grand
nombre, mais animés d'un unique esprit, qui nous sont venus depuis le
commencement du monde, formant une longue chaîne ; et tous n'ont eu
qu'une seule voix, un seul message : «II vient. Voici qu'il vient» (Ez
39,8). De tels messagers sont une eau rafraîchissante et un breuvage de
sagesse salutaire pour l'âme assoiffée de Dieu car, en vérité, celui
qui annonce l'avènement du Sauveur lui donne à boire des eaux qu'il a
puisées pour elle dans la joie aux sources du Sauveur (Is 12,3). Aussi,
à celui qui lui fait cette annonce – que ce soit Isaïe ou quelque autre
prophète – l'âme répond avec les mots d'Élisabeth, parce qu'elle a bu
au même esprit qu'Élisabeth : «Et comment ai-je-le bonheur que mon
Seigneur vienne à moi ? Car dès l'instant où le son de ton message a
frappé mon oreille, mon esprit a tressailli de joie dans mon cœur,
impatient de s'élancer au-devant de Dieu son Sauveur.»
Oui, c'est dans l'exultation de
l'esprit qu'il faut aller a la rencontre du Christ qui vient. Que notre
esprit s'élance dans un transport de joie au-devant de son Sauveur ;
que de loin il l'adore et lui dise : «Ô Seigneur, sauve-moi ! Salut à
toi qui viens nous sauver ! Viens donc, ô Seigneur ! Viens, montre-nous
ta face, et nous srons sauvés ! C'est toi que nous avons attendu, sois
notre salut au temps de la tribulation !» (Is 32,2) Ainsi les prophètes
et les justes allaient à la rencontre du Christ avec un tel désir, un
tel élan d'amour qu'ils auraient voulu, si cela avait été possible,
voir de leurs yeux ce que déjà ils voyaient en esprit. C'est pourquoi
le Seigneur disait à ses disciples : «Heureux les yeux qui voient ce
que vous voyez !» (Lc 10,23). Notre joie doit donc être si grande que
notre esprit, s'élevant au-dessus de lui-même, brûle de s'élancer, en
quelque sorte, à la rencontre du Christ qui vient et que, se portant en
avant par le désir, il s'efforce, sans souffrir aucun retard, de voir
déjà celui qui va venir.
Prier
La prière du disciple
Seigneur, tu es venu habiter la chair de l'homme pour la remplir du
feu de ta divinité. Comme Marie, nous voulons courir à la rencontre de
ceux que tu places sur notre route pour que nous témoignions de ta
joie, portant en nous la promesse de notre salut éternel : ton Fils
Jésus, notre Sauveur. Béni sois-tu !
(d'après l'Atelier biblique en ligne
des Fraternités Monastiques de Jérusalem)
__________________
• Lc 1,39-56
Deux mois après l’Annonciation est fêtée la Visitation de Marie à sa
cousine Élisabeth. Mais qu’est-ce que cette visite rendue par une jeune
femme enceinte à une autre femme enceinte, plus âgée et qui désespérait
d’avoir un fils, sinon une autre annonciation ? Une annonce non plus
réservée à Marie, dans l’intimité de sa prière, mais clamée, dans la
force de l’Esprit, à l’humanité entière symbolisée par cette femme
vieillie et pourtant renouvelée par la grâce de Dieu. L’annonce que «le Fils du Très-Haut»
(Luc 1,32), donné pour fils à cette jeune fille qui «a cru à
l’accomplissement de paroles qui lui furent dites de la part du
Seigneur», est Jésus, «Dieu-sauve» venu prendre chair d’une femme pour que toute chair soit sauvée.
Et cette annonce, de proche en proche, répand la joie : joie de Marie, «heureuse, bienheureuse» pour «tous les âges»
; joie de Jean qui, comme l’avait prophétisé Sophonie (3,14),
«tressaille d’allégresse» dans le sein de sa mère ; joie d’Élisabeth : «Comment ai-je ce bonheur que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ?»
Et joie de celui qui est caché au centre de cette scène, le plus petit
pour l’heure, mais empli de l’Esprit dont le fruit est, après l’amour,
la joie (Galates 5,22) ; lui qui, au début de son ministère public
clamera la joie de Dieu : «Heureux… heureux êtes-vous» (Matthieu
5,3-12). Joie que le cantique de Marie étend à tous et particulièrement
à ceux qui, humbles, sont élevés ,affamés, sont rassasiés. Cette joie
qui a sa source en Dieu, s’étend parce que Marie s’est mise en route
pour aider sa cousine ; elle se propage chaque fois que l’homme suit ce
mouvement de Dieu et part visiter l’autre.
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• Lc
1, 57-66;80
Dans
la culture biblique – et dans bien d’autres, aujourd’hui encore – l’imposition
du nom est réservée au père, qui exprime ainsi son autorité sur l’enfant.
Zacharie
se dessaisit de ce droit et de ce privilège paternels. Jean sera le nom de ce
fils que Dieu lui a donné, et a mis à part dès avant sa naissance.
Jean,
comme Jésus, a connu une période de vie cachée durant laquelle il s’est
préparé, sous le regard de Dieu seul, à sa mission publique sur les bords du
Jourdain.
C’est dans le secret que
les vocations mûrissent.
«Parmi les enfants des femmes, il n’en a pas surgi de plus grand que Jean Baptiste»
(Matthieu 11,11).
Est-ce en réponse à cette appréciation de Jésus que
la liturgie a institué la solennité de la Nativité de Jean Baptiste ?
Après Jésus bien sûr, il est le seul avec Marie dont la nativité est
célébrée.
Car sa naissance improbable d’une femme âgée et stérile vient
à la fois comme la dernière de tant de naissances miraculeuses de
patriarches et de prophètes, qui jalonnent la Première Alliance, et
comme une prophétie de la Nouvelle.
Isaac, Jacob, Joseph, Samuel et
Samson le fils de Manoah, tous sont nés par grâce et tous ont servi le
dessein de salut de Dieu.
En l’enfant qui naît aujourd’hui, alors
qu’imperceptiblement les jours vont commencer à diminuer, s’achève une
attente séculaire. Et le nom que lui donne son père : Jean, Johanan — «Dieu fait grâce»
— est la bénédiction qui ouvre la bouche du muet, qui déjà fait advenir
le Verbe. Car par sa naissance, dès sa naissance, Jean annonce la venue
«à la plénitude des temps» d’un autre enfant miraculeux, le Verbe de
Dieu qui nous donne d’avoir part à sa plénitude «et grâce pour grâce» (Jean 1,16). Voix annonçant le Verbe, lampe précédant la lumière, il préfigure «le Soleil levant venu nous visiter»
(Luc 1,78) que nous fêterons à l’autre solstice, lorsque les jours
imperceptiblement commenceront à rallonger. Dès sa naissance, Jean
commence sa mission de précurseur. Sur cette terre si souvent plongée
dans les ténèbres de la violence ou du désespoir, n’avons-nous pas tous
vocation, comme Jean-Baptiste, à désigner la lumière de Dieu et à
montrer sa grâce à l’œuvre dans les cœurs ?
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• Lc 2,1-14
Jean le Précurseur est né dans la maison de ses parents, entourés de leurs voisins.
Jésus, lui, a vu le jour dans une étable, au cours du déplacement imposé à Marie et à Joseph par un ordre de recensement.Des gens de peu apprennent par "l'ange du Seigneur" que cette humble naissance est celle d'un Sauveur.
Dieu se révèle dans la faiblesse...
<-
Mangeoire trouvée à Megiddo - Celle où l'Enfant a été déposé à sa
naissance pouvait ressembler à celle-ci (garnie de foin - et sans doute
recouverte d'un vêtement - bien entendu!)
Remarques:
Verset 1.
• δόγμα παρὰ Καίσαρος Αὐγούστου - un édit de César Auguste:
- Καῖσαρ - César: titre donné aux empereurs romains; ce mot Καῖσαρ Kaïsar est la transcription grecque du latin Caesar, qui a donné les titres "tsar", "Kaiser",...
- Αὔγουστος - Auguste: empereur
romain qui a régné de 29/27 av.J.C. à 14 ap.J.C. Pour assainir les
finances de l'Empire, il a fait procéder à plusieurs recensements
destinés principalement à organiser le paiement de l'impôt (ils
servaient aussi à préparer le recrutement de l'armée, mais les Juifs
étaient dispensés de service militaire).
A
cette époque, la Palestine était un royaume indépendant dont Hérode le
Grand était roi; cependant, il tenait son pouvoir de Rome: il n'est
donc pas étonnant que, pour s'attirer l'amitié des Romains, il ait
également organisé de lui-même, dans son royaume (versets 2,3 et5) un
tel recensement.
- πᾶσαν τὴν οἰκουμένην - tout le monde habité: dans la perspective de l'époque, "tout l'Empire".
Verset 2.
• ἡγεμονεύοντος τῆς Συρίας Κυρηνίου - pendant que Quirinius était gouverneur de Syrie: on sait que Quirinius a été gouverneur ("légat") de Syrie à partir de 6 ap.J.C. et qu'il a organisé à cette date un recensement, auquel Ac 5,37 renvoie.
Mais
à l'époque d'Hérode le Grand, c'est Publius Quintilius Varus qui est
légat de la province romaine de Syrie (il l'a été de 10/9 à 7/6 av.J.C.).
D'aucuns
en ont conclu que Luc aurait situé le recensement dix ans trop trop, ou
encore qu'il ferait allusion à un recensement organisé sous Hérode, et
achevé sous Quirinius.
Mais ces hypothèses ne tiennent pas compte de plusieurs éléments:
- d'abord, Luc précise "αὕτη ἡ ἀπογραφὴ πρώτη - ce premier recensement", ce qui suppose qu'il y en ait eu au moins deux (le second pouvant être celui de 6 ap.J.C.);
- en outre, dès 12 av.J.C., Quirinius avait des responsabilités militaires dans la région; or une inscription épigraphique de l'époque (Lapis Tiburtinus) parle d'un homme devenu légat impérial de Syrie "pour la seconde fois", ce qui ne peut s'appliquer qu'à lui.
Celui-ci aurait donc été:
- d'abord nommé légat impérial de Syrie, chargé des affaires militaires, vers 4/6 av.J.C.;
c'est alors qu'Hérode, roi "indépendant" aurait traité avec lui pour
organiser ce recensement (il n'est pas encore "légat impérial" en
titre);
- puis légat impérial en 6 ap.J.C.: il peut alors organiser lui-même le second recensement.
_________________________________________________________________
• Lc 2,15-20
Joie
débordante des bergers, silence de Marie; bruyantes actions de grâce
des pauvres émerveillés, murmure du "Magnificat"; chants communs de la
liturgie, méditation et contemplation dans le secret de l'oratoire
intérieur: puissions-nous apprendre, auprès de la crèche, à unir ces
diverses approches du mystère!
Remarques:
Verset 16.
• τὸ βρέφος κείμενον ἐν τῇ φάτνῃ - le petit enfant couché dans la mangeoire: ce qui confirme la véracité des propos de l'ange, au verset 12. Pour la mangeoire, voir photo ci-dessus, pour Lc 2,1-14.
Versets 17-19.
• Dans
ces trois versets, trois attitudes bien différentes face à la Bonne
Nouvelle: la Méditation priante de Marie, l'apostolat des bergers, et
le scepticisme de bon nombre des auditeurs de ces derniers.
Verset 17.
• διεγνώρισαν - ils racontèrent: les bergers sont donc les premiers témoins-évangélistes: ils transmettent ce qui leur a été dit ("περὶ
τοῦ ῥήματος τοῦ λαληθέντος αὐτοῖς περὶ τοῦ παιδίου τούτου -
ce qui leur avait été dit au sujet de ce petit enfant"), et ce qu'ils ont vu("ἰδόντες - Après l'avoir vu").
Verset 18.
• πάντες οἱ ἀκούσαντες ἐθαύμασαν - Tous ceux qui les entendirent furent dans l'étonnement: cet "étonnement" des auditeurs ne garantit certes pas leur compréhension, pas plus la foi.
Verset 19.
• ἡ δὲ Μαριὰμ πάντα συνετήρει τὰ ῥήματα ταῦτα συμβάλλουσα ἐν τῇ καρδίᾳ αὐτῆς - Marie gardait toutes ces choses, et les repassait dans son cœur: Marie prend le temps de la méditation pour mesurer la portée des événements.
Verset 20.
• αἰνοῦντες τὸν Θεὸν - louant Dieu: les bergers ont entendu, vu et cru. "Louant Dieu": voir Lc 1,64; 2,13;28; 5,25-26; 7,16; 13,13; 17,15;18; 18,43; 19,37; 23,47; 24,53.
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• Lc 2,16-21
Silencieuse
près de Joseph le Juste, marie se tient en retrait dans l'étable où
elle a mis au monde le Sauveur. C'est sur lui seul que doit se
concentrer l'attention de tous, pour lui qu'il faut glorifier et louer
Dieu. Telle est toujours Marie dans l'Eglise: intensément présente,
mais effacée aux côtés de Jésus, dont le nom signifie "Dieu sauve".
Remarques:
Voir ci-dessus, sur Lc 2,16-20.
Verset 21:
• ἡμέραι ὀκτὼ- Le huitième jour: voir Lc 1,59; prescription de Lv 12,3:
וביום השׁמיני ימול בשׂר ערלתו׃
"Le huitième jour, l'enfant sera circoncis". (page sur la circoncision en préparation).
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