Evangile selon
saint Marc
Illustration: Saint Marc symbolisé par le lion
(les Pères de l'Eglise ont rattaché chacun des quatre évangélistes à l'un
des "quatre Vivants" de l'Apocalypse entourant le Christ en
gloire;saint Marc est représenté par le lion, parce que son Evangile
commence avec saint Jean Baptiste, homme du désert).
Plaque de reliure émaillée, XIIème siècle - Musée de Cluny, Paris
2. Chapitres 5 à 8
• Mc 5,21-24;35-43
- Un chef de synagogue vient implorer Jésus de guérir sa
fille, à toute extrémité ;
- une femme s’approche pour discrètement toucher le vêtement
de Jésus et elle est guérie de sa maladie qui la rendait cultuellement et
culturellement impure (voir page « Le sang dans la
Bible ») ;
- la mort de la jeune fille n’ébranle pas la confiance de son
père ;
- d’un mot, Jésus remet debout l’adolescente, et demande qu’
« on la fasse manger ».
Ce récit, construit de manière particulièrement alerte,
conduit le lecteur à s’interroger sur sa propre foi, et ce qui l’exprime :
la prière, l’attitude à l’égard des malades, la célébration de l’Eucharistie.
Jésus a guéri de nombreux malades, mais ne les a pas définitivement
immunisés contre les résurgences du mal.
Il a ramené des morts à la vie, mais ne les a pas soustraits à la loi
inexorable de la mort.
En revanche, il a dit à la femme hémorroïsse guérie dès l’instant où elle a subrepticement
(voir page « Le sang dans la Bible ») touché son vêtement (Mc 5,34b) : η πιστις σου σεσωκεν σε υπαγε εις ειρηνην
Littéralement : η πιστις – la foi ; σου – de toi ; σεσωκεν –
a sauvé ; σε – toi ; υπαγε – va ; εις – vers ; ειρηνην – la
paix
« Ta foi t’a sauvée. Va en paix ».
Ce
même jour, rapporte encore saint Marc, au chef de la synagogue
apprenant
la mort (il faut également noter que la proximité d'un mort rendait
impur) de sa fille dont il venait implorer la guérison, Jésus déclare (Mc
5,36b):
μη φοβου μονον πιστευε
Littéralement : μη – ne pas ; φοβου – crains ; μονον – seulement ; πιστευε – aie foi
« Ne crains pas, crois seulement. ».
Les guérisons et les « résurrections »
opérées par Jésus signifient donc que le salut est advenu dans le monde. Si la mort continue d’exercer son pouvoir
sur la terre, elle n’aura pas le dernier mot !
La Parole divine toute-puissante
nous réveillera du sommeil de la mort. C’est même dès aujourd’hui que nous recevons
le germe de la vie qui ne finira pas, ainsi que le proclame une ancienne hymne
baptismale (Ep 5,14),εγειρε ο καθευδων και αναστα εκ των νεκρων και επιφαυσει σοι ο χριστος
Littéralement : εγειρε – réveille-toi ; ο καθευδων – le dormant ;
και – et ; αναστα – lève-toi ; εκ – hors de ; των νεκρων – les morts ;
και – et ; επιφαυσει – brillera sur ; σοι – toi ; ο χριστος – le
Christ
« Réveille-toi, ô toi qui dors, relève-toi
d'entre les morts, et le Christ t'illuminera » : par sa propre
mort, le Seigneur a vaincu la mort.
Méditation
Une jeune fille et une femme, au bout de douze ans
de vie, au bout de douze ans de perte de vie, toutes les deux à toute
extrémité. Il y a là comme une plénitude dans la souffrance. Et
dans les deux cas ne reste qu’un geste apparemment insensé de
confiance : tomber à genoux et toucher celui qui est venu aimer non
seulement jusqu’à la fin mais encore jusqu’à l’extrême. Là où l’humilité espère contre toute espérance, la foi se fait grande.
Devant un tel abandon de soi, Jésus paraît comme
désarmé. Sans aucun mot, ni question ni déclaration, il consent à la
demande du père ; à son insu, comme malgré lui, une force de guérison
émane de sa personne, véritable source de vie que seul le toucher de la
foi est capable de faire jaillir. Par deux fois Jésus s’arrête, se
retourne, regarde et insiste : Qui m’a touché ? Ce qui
pouvait paraître comme de la magie appelle, de fait, un vis-à-vis : ce
n’est pas le vêtement de Jésus qui importe ni l’impureté légale de la
femme, interdisant tout contact direct, mais seulement ce face à face
de l’humanité avec son Dieu. C’est cette foi-là, dépouillée de tout,
que Jésus recherche et accueille, afin de lui conférer un poids
salutaire : Ta foi t’a sauvée ! Va en paix ! Et c’est déjà la résurrection qui se profile à l’horizon : Talitha koum – lève-toi, oui, ressuscite !
Un jour, s’étant lui-même levé du tombeau, le Christ, face à Marie de
Magdala, ouvrira cette foi naissante aux dimensions de tous les temps :
Ne me touche pas, ne me retiens pas. Mais va dire à mes frères… Et c’est la bonne nouvelle de notre foi,
capable de toucher, au-delà du visible et du sensible, non plus la
frange du manteau de Jésus, mais tout droit le cœur de Dieu.
Pour prolonger la méditation
- Versets du Premier Testament :
-Gn 1,26 : « Dieu
dit : Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance. »
- Ps 8,5 : « Qu’est-ce
que l’homme pour que tu penses à lui, le fils d’un homme que tu en prennes
souci ? »
- Versets du Nouveau Testament :
- Mt 1,20-21 : « Tu
lui donneras le nom de Jésus – c'est-à-dire ‘l’Eternel sauve’, car c’est lui
qui sauvera son peuple de ses péchés. »
- Lc 7,14 : « Jésus
s’avança et toucha la civière ; les porteurs s’arrêtèrent et Jésus dit :
Jeune homme, je te l’ordonne, lève-toi. »
- Jn 5,24 : « Amen,
amen, je vous le dis, celui qui écoute ma parole et croit au Père qui m’a
envoyé, celui-là obtient la vie éternelle et il échappe au Jugement, car il est
déjà passé de la mort à la vie. »
- Jn 9,35-38 : « Jésus
apprit qu’ils avaient expulsé l’aveugle de naissance guéri. Alors il vint le
trouver et lui dit : Crois-tu au Fils de l’homme ? Il répondit :
Qui est-il, Seigneur, pour que je croie en lui ? Jésus lui dit : Tu
le vois, c’est lui qui te parle. Il dit : Je crois, Seigneur, et se
prosterna devant lui. »
- Jn 11,43 : « Jésus
cria d’une voix forte : Lazare, viens dehors ! »
- Ac 3,16 : « Tout
repose sur la foi au nom de Jésus : c’est ce nom qui a donné la force à
cet homme que vous voyez et que vous connaissez ; oui, la foi qui vient de
Jésus a rendu à cet homme une parfaite santé en votre présence à tous. »
- Ac 4,12 : « En
dehors de Jésus, il n’y a pas de salut. Et son om, donné aux hommes, est le
seul qui puisse sauver. »
- Ac 9,40 : « Pierre
fit sortir tout le monde, se mit à genoux, et pria ; puis il se tourna vers
le corps et dit : Tabitha, lève-toi ! »
- Des commentaires
patristiques :
La gloire de l’homme, c’est Dieu ;
mais le réceptacle de l’opération de Dieu et de toute sa Sagesse et de toute sa
puissance, c’est l’homme. Comme le médecin fait ses preuves chez ceux qui sont malades,
ainsi Dieu se manifeste chez les hommes.
- De saint Pierre Chrysologue (v. 406-450), évêque de Ravenne, docteur de l'Église, in Sermon 34
« L'enfant n'est pas morte : elle dort »
Toute
lecture d'évangile nous est d'un grand profit aussi bien pour la vie présente
que pour la vie future. Mais plus encore l'évangile de ce jour, car il contient
la totalité de notre espérance et bannit tout motif de désespoir... Un chef de
la synagogue conduisait le Christ auprès de sa fille et donnait en même temps
l'occasion à une femme qui souffrait d'hémorragie de venir trouver Jésus... Le
Christ connaissait l'avenir et n'ignorait pas que cette femme viendrait à sa
rencontre. C'est elle qui ferait comprendre au chef des juifs que Dieu n'a pas
besoin de se déplacer, qu'il n'est pas nécessaire de lui montrer le chemin ni
de solliciter sa présence physique. Il faut croire, au contraire, que Dieu est
présent partout, qu'il y est avec tout son être et pour toujours. Qu'il peut
tout faire sans peine en donnant un ordre, qu'il envoie sa puissance sans la
transporter ; qu'il met la mort en fuite par un commandement sans bouger la
main ; qu'il rend la vie en le décidant, sans recourir à la médecine...
Dès que le Christ arrive à la maison et
voit que les gens pleurent la jeune fille comme une morte, il veut amener à la
foi leurs cœurs incrédules. Comme eux pensaient qu'on ne pouvait pas
ressusciter d'entre les morts plus facilement que sortir du sommeil, le Christ
déclare que la fille était endormie et non pas morte.
Et vraiment, pour Dieu, la mort est un
sommeil. Car Dieu fait revenir un mort à la vie en moins de temps qu'un homme
ne tire un dormeur de son sommeil... Ecoute ce que dit l'apôtre Paul : «
Instantanément, en un clin d'œil, les morts ressusciteront » (1Co 15,52)... D'ailleurs,
comment aurait-il pu condenser dans des mots la rapidité d'un événement dans
lequel la puissance divine dépasse la rapidité même? Comment le temps
pourrait-il intervenir dans le don d'une réalité éternelle, non soumise au
temps ?
- Un commentaire moderne :
Marc 5,21-43 nous présente deux brèves
rencontres de Jésus avec des personnes dont nous n’entendrons plus
parler dans la suite de l’évangile : Jaïros, un chef de synagogue, dont
la fille est en train de mourir, et une femme anonyme souffrant
d’hémorragies.
La guérison de la femme atteinte
de flux de sang (v. 24b-34) est intercalée dans le récit de la
résurrection de la fille de Jaïros, c'est-à-dire prise « en sandwich »
entre son commencement (v. 21-24a) et sa fin (v. 35-43). L’imbrication
de ces deux actes de salut de Jésus invite donc à les lire ensemble
comme porteurs d’un message commun. Le verbe « sauver » revient deux
fois dans le récit (v. 28 et v. 34). On peut le traduire simplement par
le verbe « guérir ». Mais il a, pour Marc, un horizon plus large :
c’est un acte divin qui est signe du Royaume de Dieu.
La femme
est malade depuis douze ans nous dit-on. Et a fille de Jaïros a douze
ans. Cette notation, qui unit les deux personnages, souligne la
souffrance désespérée de la première et le fait que la seconde, ayant
atteint l’âge d’être mariée, n’était plus une enfant.
Combats pour la vie
Pour
la femme comme pour la fillette, un même péril menace : la vie s’en va
(le sang est l’équivalent de la vie: voir
Lv 17,11-14, et "
Le sang dans la Bible"). Mais
pour l’une comme pour l’autre, ce péril va être conjuré par des
événements comparables, même s’ils n’interviennent pas dans le même
ordre :
- Jaïros et la femme hémorroïsse se prosternent tous deux devant Jésus (v. 22.33),
- il et elle formulent une demande explicite (v. 23) ou implicite (v. 28)
- un contact s’opère avec Jésus (v. 27.41)
- Jésus, par sa parole, accomplit le salut de la vieille femme (v. 34.41).
Du
début à la fin, la foi est la clé de ce passage. Dès le débarquement de
Jésus, Jaïros se jette aux pieds de Jésus dans un geste d’imploration
étonnant pour un notable d’Israël. Les autorités juives, en effet,
étaient jusqu’ici caractérisées par leur opposition à Jésus (Mc
2,6-7.16.24 ; 3,2.22). Mais le péril qui menace sa fille est tel que
Jaïros ose franchir le rideau de foule qui enserre Jésus pour formuler
avec urgence sa demande. Voilà déjà en soi un acte de foi !
La
foule compacte qui entoure Jésus est également un obstacle pour la
femme aux pertes de sang, comme précédemment pour le paralytique
introduit par ses amis par le toit de la maison de Capharnaüm (voir
Mc 2,1-12). Accablée d’hémorragies qui la rendent impure et
rendraient impur quiconque la toucherait (voir
Lv 15,19 et "
Le sang dans la Bible"), quel
profond désespoir la pousse à braver l’interdit ? C’est que, nous
informe le narrateur, « elle avait beaucoup souffert du fait de
nombreux médecins et avait dépensé tout ce qu'elle possédait sans
aucune amélioration ».
Poussée par l’énergie du désespoir,
cette femme s’approche de Jésus à la dérobée. Reconnue, elle « dit
toute la vérité », confessant probablement et son acte et la confiance
qui l’a mue. Pour Jésus, son audace l’a conduite non seulement à la
guérison, mais plus encore au salut (v. 34).
Devant le péril : la foi
La
nouvelle de la mort de la fille de Jaïros interrompt alors brutalement
le dialogue. Le salut de l’une se serait-il fait au détriment de
l’autre ? L’entourage de Jaïros le pense (v. 35.38). Comme la foule
précédemment, ces gens seront-ils un obstacle à l’expression de la foi
? À quoi bon en effet visiter le cadavre au risque de se rendre impur
(Nb 19,11) ? Pourtant, Jaïros est invité à faire preuve d’une foi
aussi grande que celle manifestée par la femme aux hémorragies (v. 36).
Il entre dans la maison avec Jésus, qui réveille et lève sa fille.
Implicitement, le message est à son terme : qu’on soit notable ou
anonyme, pas de péril de la vie qui ne puisse être surmonté par la foi
en Jésus.
__________________________________________________________________________
• Mc 6,1-6
Seule la Foi, don de Dieu qu’il faut
demander humblement dans la prière, permet de reconnaître qui est vraiment Jésus :
homme parmi les hommes, mais Sagesse du Très-Haut.
Méditation 1
Entre
l’étonnement de la foule et celui de Jésus semble se creuser un double
abîme : d’un côté celui de l’aveuglement et de l’incrédulité, de
l’autre celui d’un regard pur et innocent qui n’est que bonté offerte.
Cet enseignement nouveau, proclamé avec autorité, cette sagesse, ces miracles posent question et conduisent de fait à la seule vraie question : D’où cela lui vient-il ?
Tout au long de l’Évangile Jésus provoquera la même interrogation consternée : D’où l’as-tu donc, l’eau vive ? demande la Samaritaine. D’où es-tu ? interroge Pilate. De la réponse, de notre
réponse dépend non seulement la réalité du miracle, mais surtout ce
dont le miracle veut être le signe éclatant : l’arrivée du Royaume de
Dieu jusqu’à nous. Quand l’étonnement s’arrête à la surface des
raisonnements humains et s’efforce de mettre la main sur ce Jésus si
connu, la foi étouffe entre scandale et mépris. Demain on ne sera plus
seulement choqué au sujet d’un messie trop semblable à nous, mais plus
encore devant ce Christ crucifié, scandale pour les Juifs et folie pour les païens, alors que pour ceux qui sont appelés, passant de l’étonnement à l’émerveillement, il est le Christ, puissance de Dieu et sagesse de Dieu. Personne n’a vécu, parlé, aimé comme lui. D’où cela lui vient-il ?
La réponse jaillit moins d’une constatation que d’une confession, et
elle répond d’abord à une question que le Christ lui-même nous pose :
Et toi, que dis-tu, pour toi, qui suis-je ? Puissions-nous lui dire, inspirés non pas par la chair et le sang, mais par le Père qui est dans les cieux : Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! Et que le Seigneur, à son retour, ne s’étonne pas de trouver encore la foi sur la terre.
Méditation 2
Points de réflexion :
1)
"D’où cela lui vient-il ? - s’interrogent les gens du pays de Jésus.
"N’est-ce pas le charpentier, le fils de Marie ?"... et ils en étaient
choqués. Quel était le véritable scandale ? Il y a deux mille ans,
comme aujourd’hui, le scandale attire l’attention et nous sort de notre
confort, il nous fait du tort ou du moins il nous fait peur.
Littéralement, c’est quelque chose qui fait buter. Et pourquoi la
présence de Jésus au synagogue au milieu de personnes qui le
connaissaient depuis qu’il était petit faisait-elle scandale ? Parce
qu’il est difficile d’admettre que quelqu’un qui a été à nos côtés
comme un égal vienne quelque temps après nous enseigner.
2)
C’est, au fond, une question d’orgueil, de manque de foi. Qu’est-ce que
l’orgueil a à voir avec le manque de foi ? Beaucoup ! Car c’est la foi
qui me montre où est la main de Dieu quand quelqu’un parle en son nom.
Qu’il s’agisse d’un enfant, d’un adulte, d’un saint ou d’un pécheur,
cela n’importe pas puisque c’est Dieu qui choisit où et quand il veut
nous enseigner.
3)
En revanche, l’orgueil nous fait croire que nous n’avons de leçons à
recevoir de personne, que nous avons notre propre expérience et notre
propre savoir, que nous sommes adulte. Nous pensons facilement que se
laisser enseigner par d’autres revient à s’abaisser. En effet, à la
lumière de l’Evangile, l’orgueil et la foi sont deux attitudes opposées.
Prière :
Donne-moi, mon Dieu, l’humilité de connaître mes
propres carences et de savoir accepter les conseils qui me viennent de
Toi, à travers les autres.
Pour prolonger la méditation
- Versets du Premier Testament :
- Sg 2,12 : « Attirons le juste dans un piège, car il nous contrarie,
il s’oppose à notre conduite, il nous reproche de désobéir à la loi de Dieu, et
nous accuse d’abandonner nos traditions. »
- Jr 11,19 : « Moi je
suis comme un agneau docile qu’on emmène à l’abattoir, et je ne savais pas ce
qu’ils préparaient contre moi. Ils disaient : Coupons l’arbre à la racine,
retranchons-le de la terre des vivants, afin qu’on oublie jusqu’à son nom. »
- Versets du Nouveau Testament :
- Mt 23,29-31 : « Malheur
à vous, scribes et pharisiens hypocrites, car vous bâtissez des tombeaux aux
prophètes, et vous ornez les sépulcres des justes; et vous dites: Si nous
eussions été au temps de nos pères, nous n'aurions pas été leurs complices pour
répandre le sang des prophètes. Ainsi vous êtes témoins contre vous-mêmes, que
vous êtes les enfants de ceux qui ont tué les prophètes. »
- Jn 1,11 : « Il est venu chez les siens; et les siens ne l'ont point reçu. »
- Jn 5,18 : « les Juifs cherchaient encore plus à le faire mourir, non seulement
parce qu'il violait le sabbat, mais encore parce qu'il appelait Dieu
son propre Père, se faisant lui-même égal à Dieu. »
- Jn 15,20 : « Souvenez-vous de la parole que je vous ai dite: Le serviteur n'est pas
plus grand que son maître. S'ils m'ont persécuté, ils vous
persécuteront aussi. »
- Ac 5,40-41 : « Après avoir appelé les apôtres, et après les avoir fait fouetter, ils
leur défendirent de parler au nom de Jésus; et ils les laissèrent aller. Eux donc se retirèrent de devant le Sanhédrin, remplis de joie d'avoir
été jugés dignes de souffrir des opprobres pour le nom de Jésus. »
- Commentaire
patristique :
- De Syméon "le Nouveau Théologien", (v. 949-1022), moine grec) in Catéchèse XXIX :
Beaucoup ne cessent de dire : « Si nous avions
vécu au temps des apôtres, et si nous avions été jugés dignes de voir le Christ
comme eux, nous serions aussi devenus des saints comme eux ». Ils ignorent
qu'il est le même, lui qui parle, maintenant comme alors, dans tout
l'univers... La situation actuelle n'est sûrement pas la même que celle
d'alors, mais c'est la situation d'aujourd'hui, de maintenant, qui est beaucoup
plus heureuse. Elle nous conduit plus facilement à une foi et une conviction
plus profondes que le fait de l'avoir vu et entendu alors physiquement.
Alors, en effet, c'était un homme qui
apparaissait à ceux qui étaient sans intelligence, un homme d'humble condition.
Mais maintenant c'est un Dieu qui nous est prêché, un Dieu véritable.
Alors, il fréquentait physiquement les publicains
et les pécheurs et mangeait avec eux.
Mais maintenant il est assis à la droite
de Dieu le Père, n'ayant jamais été séparé de lui en aucune manière...
Alors, même les gens de rien le méprisaient en
disant : « N'est-il pas le fils de Marie et de Joseph le charpentier ? »*.
Mais
maintenant les rois et les princes l'adorent comme le Fils du vrai Dieu, et
vrai Dieu lui-même...
Alors, comme n’importe quel homme, il passait pour
mortel et corruptible, et cela faisait problème - dans ce corps humain où sans changement
et sans altération il avait, Dieu sans-forme et invisible, pris forme en se
montrant totalement homme, sans rien offrir d’autre au regard que les autres
hommes, mais mangeant, buvant, dormant, suant, se fatiguant, et accomplissant,
hormis le péché, toutes les actions humaines - c'était une affaire de le reconnaître dans ces
conditions et de croire qu’il était Dieu, celui qui a fait le ciel même, la
terre et tout ce qu'ils renferment...
Ainsi donc, celui qui actuellement écoute chaque
jour Jésus proclamer et annoncer par les saints évangiles la volonté de son
Père béni, sans lui obéir avec crainte et tremblement et sans garder ses
commandements, n'aurait pas plus accepté alors de croire en lui.
* (Mc 6,3; Jn 6,42)
- D'un auteur moderne :
- D'un moine de l'Eglise d'Orient, in Jésus. Simples regards sur le Christ (1962):
L’orthodoxie de Nazareth n’est pas la foi vive, la foi qui sauve.
Si une telle foi avait animé les gens de Nazareth, ils eussent ouvert leur cœur
à Jésus. Ils s’en tiennent à une croyance correcte et stérile ; leur cœur reste
fermé.
Nous ignorons en revanche ce que pouvait être la foi du centurion*.
Il ne savait pas sur Jésus ce qu’il nous a été donné de savoir. Mais il s’ouvre
à Jésus. Il pressent en lui un Sauveur et un Seigneur…
Jésus voit ce qui est en nous.
Trouve-t-il en nous la foi du centurion ou l’incrédulité
des gens de Nazareth ?
De quoi Jésus aurai-il lieu de s’étonner : de
notre foi ou de notre incrédulité ?
-----
* Cf. Mt 8,5-13
__________________________________________________________________________
• Mc 6,7-13
Les Douze ont accompagné Jésus allant sans cesse d’un
lieu à un autre pour enseigner les foules.
A leur tour maintenant de partir sur
les routes, pour prêcher la conversion en accomplissant les mêmes œuvres que
lui, à commencer par l’expulsion d’esprits mauvais.
Comme lorsqu’ils allaient
avec lui, ils doivent rester libres de toute attache et de toute préoccupation
matérielle.
Que les oppositions ne les découragent pas
de poursuivre leur
périple missionnaire !
Remarque :
Au verset 8, Jésus prescrit à ses Apôtres
« ινα – de ; μηδεν – ne rien ; αιρωσιν – prendre ; εις
– pour ; οδον – la route ; ει μη – sinon ; ραβδον μονον – un bâton
seulement ».
Or dans les versets synoptiques (Mt 10,10 ;
Lc 9,3) Jésus leur demande de ne même pas prendre un bâton.
Marc,
parlant des sandales et du bâton, fait allusion à Ex 12,11 : « C’est
ainsi que vous mangerez, vos sandales aux pieds et votre bâton en main, car ce
sera la Pâque de YHWH l'Eternel ».
Méditation:
Prière d’introduction
Seigneur Jésus, je
crois en toi, et je crois que je dois suivre ta volonté dans tout ce
que je fais. J’espère en toi, et je mets mon espoir dans ce que tu as
prévu pour moi aujourd’hui. Apprends-moi à ne pas mettre mon espoir
dans des choses créées, mais en ta volonté. Seigneur, je t’aime, et je
désire aimer ta volonté avec une plus grande ferveur. Ouvre mon cœur
afin que je réponde à ta volonté, avec générosité et avec joie.
Demande
Seigneur, aide-moi à transmettre ton message par mes paroles et mes actions.
Points de réflexion
1. Deux par deux
Notre
Seigneur n’a pas envoyé les apôtres en mission chacun de leur côté,
mais par paires. Jésus a voulu qu’ils se rendent compte que seuls, ils
ne seraient pas assez forts. Ils seraient vulnérables aux attaques. Ils
pourraient succomber à la tentation et au découragement. Les disciples
de Jésus n’étaient pas seuls quand ils ont travaillé pour mener à bien
leur mission, et nous ne le sommes pas non plus. La mission que Jésus
nous a confiée peut être difficile parfois, mais Jésus le sait. Il
place des personnes sur notre chemin pour nous aider et nous soutenir.
Acceptons de bon gré d’avoir besoin de l’aide des autres et que
d’autres aient besoin de nous. Nous ne sommes pas seuls !
2. Ne rien apporter
Jésus
a voulu que ses apôtres se rendent compte que c’est lui le responsable
de la mission. Jésus leur demande de laisser derrière eux même des
articles de base, nécessaires à n’importe quel voyage. C’était une
leçon radicale pour les apôtres, comme elle l’est pour nous. Jésus ne
veut pas que nous comptions sur nos efforts personnels, nos biens, la
technologie, ni aucun autre élément pour réussir ou pour nous rassurer.
Il est l’origine de tout succès en nos vies, et lui seul donne la vraie
sécurité. Jésus dit aux apôtres de ne rien prendre avec eux, sauf
lui-même.
3. Ils partirent
Les
apôtres sont allés prêcher le repentir et guérir les malades. Ils ont
fait confiance en Jésus et dans la mission qu’il leur avait confiée.
Ils ont vu que leurs efforts portaient du fruit. Les personnes
rencontrées ont été touchées. Ils changeaient les vies. Nous ne
rencontrons pas souvent des foules réceptives, ouvertes et désireuses
d’entendre parler du Christ et prêtes à changer de vie. Nous trouvons
souvent l’hostilité et l’opposition. Dans nos efforts pour étendre le
règne du Christ – que nous ayons des succès ou des échecs – faisons lui
confiance et rappelons-nous que Jésus ne nous demande pas de réussir
d’un point de vue humain mais de lui être fidèles.
Dialogue avec le Christ
Seigneur Jésus, tu m’as donné la mission de propager ton évangile parmi
les membres de ma famille, mes amis et mes collègues – tous ceux que je
rencontre. Aide-moi à être fidèle à cette mission et à l’entreprendre
comme tu le souhaites, et non pas de la manière qui me satisfait le
plus.
Pour prolonger la méditation
- Versets du Premier Testament :
- Nb
11,16-17 : « YHWH
l'Eternel dit à Moïse : Rassemble-moi soixante-dix des anciens d'Israël, que tu
sais être des anciens et des scribes du peuple. Tu les amèneras à la Tente du
Rendez-vous, où ils se tiendront avec toi. Je descendrai parler avec toi ; mais
je prendrai de l'Esprit qui est sur toi pour le mettre sur eux. Ainsi ils
porteront avec toi la charge de ce peuple et tu ne seras plus seul à le porter. »
- Versets du Nouveau Testament :
- Mt
28,16-20 : « Quant
aux onze disciples, ils se rendirent en Galilée, à la montagne où Jésus leur
avait donné rendez-vous. Et quand ils le virent, ils se prosternèrent ;
d'aucuns cependant doutèrent. S'avançant, Jésus leur dit ces paroles : Tout pouvoir
m'a été donné au ciel et sur la terre. Allez donc, de toutes les nations faites
des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, et
leur apprenant à observer tout ce que je vous ai prescrit. Et voici que je suis
avec vous pour toujours jusqu'à la fin du monde. »
- Lc
10,1-2 : « Après cela,
le Seigneur désigna soixante-douze autres et les envoya deux par deux en avant
de lui dans toute ville et tout endroit où lui-même devait aller. Et il leur
disait : La moisson est abondante, mais les ouvriers peu nombreux ; priez donc
le Maître de la moisson d'envoyer des ouvriers à sa moisson. »
- Ac
13,2-3 : « Or un jour, tandis qu'ils célébraient le culte du Seigneur et
jeûnaient, l'Esprit Saint dit : « Mettez-moi donc à part Barnabé et Saul en vue
de l'œuvre à laquelle je les ai appelés. » Alors, après avoir jeûné et prié,
ils leur imposèrent les mains et les envoyèrent à leur mission. »
- Commentaire
patristique :
Homélies sur l'Evangile, 17,1-3:
« Pour la première fois, il les envoie
deux par deux »
Notre Seigneur
et Sauveur, frères très chers, nous instruit tantôt par ses paroles, tantôt par
ses actions. Ses actions elles-mêmes sont des commandements, parce que,
lorsqu'il fait quelque chose sans rien dire, il nous montre comment nous devons
agir. Voici donc qu'il envoie ses disciples en prédication deux par deux, parce
que les commandements de la charité sont deux : l'amour de Dieu et du prochain.
Le Seigneur envoie prêcher ses disciples deux par deux pour nous suggérer, sans
le dire, que celui qui n'a pas la charité envers autrui ne doit absolument pas
entreprendre le ministère de la prédication.
Il est fort bien dit qu'« il les envoya
deux par deux devant lui dans toutes les villes et les localités où lui-même
devait aller » (Lc 10,1). En effet, le Seigneur vient après ses
prédicateurs, parce que la prédication est un préalable ; le Seigneur vient
habiter notre âme lorsque les paroles d'exhortation sont venues en
avant-coureur et font accueillir la vérité dans l'âme. C'est pourquoi Isaïe dit
aux prédicateurs : « Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez les sentiers de
notre Dieu » (Is 40,3). Et le psalmiste leur dit aussi : « Frayez la
route à celui qui monte au couchant » (Ps 67,5 Vulg). Le Seigneur monte
au couchant parce que, s'étant couché par sa Passion, il s'est manifesté avec
une plus grande gloire dans sa résurrection. Il est monté au couchant, parce
que, en ressuscitant, il a foulé aux pieds la mort qu'il avait subie. Nous
frayons donc la route à celui qui monte au couchant lorsque nous prêchons sa
gloire à vos âmes, afin que, venant ensuite, il les éclaire par la présence de
son amour.
- D'auteurs modernes :
- (Un texte que l'on pourrait lire à
chaque baptême - tant pour le baptisé que pour ses parents, parrain et
marraine - à chaque confirmation, à chaque mariage ou ordination, à
chaque communion... et à chaque instant d'une vie croyante!)
- Y.
de Montcheuil in
Problèmes de vie
spirituelle (1947):
S’engager
véritablement, c’est signer pour ainsi dire à Dieu une traite en blanc sans savoir
ce qu’il y inscrira plus tard, ou plutôt en sachant seulement qu’il y inscrira toujours
davantage. Le véritable engagement est inconditionnel. Avant de s’engager dans une
entreprise, il faut réfléchir, pour voir si l’on est vraiment décidé à le mener
jusqu’au bout. Il s’agit de savoir si nous sommes prêts à accepter les
nouvelles exigences de Dieu au fur et à mesure qu’elles se révéleront.
- J. Delorme,
« La mission des Douze en Galilée – Mc 6,7-13 » in Assemblées du Seigneur II, 46 (Publications
de Saint-André* – 1974)
La puissance même de Jésus est remise à la foi et à la
prière de l’Eglise, pour signifier en des réussites très précises la
re-création de l’homme inaugurée par le Christ ressuscité. Cette certitude s’exprime
en Marc d’une façon qui peut nous paraître mythique à propos de Satan et des
miracles, nous devons dépasser les images d’une époque pré-scientifique. Mais la
science ne remplacera pas l’Evangile et ne pourra traduire dans le langage qu’elle
construit le type d’existence qu’il propose et rend possible à l’homme renouvelé
dans la foi. Le réalisme de Marc nous rappelle qu’il ne s’agit pas d’un simple
renouvellement « spirituel » au sens moderne du mot. Il faut au moins
dire avec Péguy que « le spirituel est lui-même charnel », en nous souvenant
que l’Esprit se signale dans la Bible au plus
concret de la vie des hommes… La foi, comme expérience d’un nouveau type
de relations entre les hommes et avec Dieu, a des répercussions sur l’équilibre
humain individuel et social. Et la santé des personnes et des groupes peut toujours
être le terrain de signes de l’Evangile et d’un test de notre foi.
-----
*
Voir le site de l’abbaye de Saint-André de Clerlande à la page des
liens ou
directement en cliquant
ici.
- E. Guillevic, in Inclus (1973)
Les
mots Sont
l’autre, aussi,
D’être
habités
Par
des vivants
Qui
se les acclimatent
Avec
respect.
Ce
ne sont pas des tombes…
En
somme, Avec
les mots,
C’est
comme avec les herbes,
Les
chemins, les maisons, tout cela
Que
tu vois dans la plaine
Et
que tu voudrais prendre.
Il
faut les laisser faire,
Par
eux se laisser faire,
Ne
pas les bousculer, les contrarier,
Mais
les apprivoiser en se faisant
Soi-même
apprivoiser.
Les
laisser parler, mais, Sans
qu’ils se méfient,
Leur
faire dire plus qu’ils ne veulent,
Qu’ils
ne savent,
De
façon à recueillir le plus possible
De
vieille sève en eux,
De
ce que l’usage du temps
A
glissé en eux du concret.
__________________________________________________________________________
• Mc 6,30-34
Jésus et les Apôtres qu’il
s’est associé ne s’appartiennent pas. Plus question de prendre un peu de
repos pourtant bien mérité quand les foules sont là, désemparées.
La « pitié »,
ce sentiment profond, viscéral, de bienveillance et de sollicitude qui
caractérise Dieu, pousse irrésistiblement Jésus à se donner totalement à
ces « brebis sans pasteur ».
Son exemple est un
enseignement concret donné à ceux qui doivent poursuivre sa mission.
Méditation 1
Reposez-vous un peu ! Qu’il est bon, qu’il est soulageant d’entendre ces paroles de la part du Seigneur lui-même. Il est donc vrai, là encore, que l’ouvrier mérite son salaire! À
une époque où une certaine mentalité de surmenage ou de « performance
spirituelle » semble gagner parfois même l’œuvre évangélisatrice de
l’Église, il est essentiel de se souvenir aussi de cette invitation-là du Seigneur.
À regarder de près cependant, l’Évangile ne
s’arrête pas à la simple idée d’un temps de vacances pour refaire ses
forces. Après avoir accompli leur mission les apôtres reviennent à Jésus, se réunissent auprès de lui.
Il y a là un mouvement-clé qui authentifie tout ce qui fait désormais
leur vie : cette conversion profonde qui ne cesse de les tourner vers
leur Seigneur. Elle est bien là, la véritable définition du disciple : être avec lui (3,14), selon le désir le plus intime de Jésus : Père, ceux que tu m’as donnés, je veux que là où je suis, eux aussi soient avec moi (Jn
17,24). Il ne peut y avoir de mission en dehors de la communion.
Éternellement offerte, elle veut être désirée, recherchée, engagée.
Nous aurions aimé que l’Évangile s’arrête là. Or la foule, comme des brebis sans berger, attend déjà ceux qui arrivent pour se retirer. Remarquons qu’il n’est plus question des disciples. Remué jusqu’aux entrailles
à la vue de la foule, le Seigneur lui-même, comme l’avait annoncé le
prophète, prendra soin de son troupeau (Ez 34,21). L’amour le presse,
rien ne l’arrête. De loin les disciples doivent reconnaître que leur
Maître, lui, n’a pas où reposer la tête (Mt 8,20). Deux mille ans après, comment le disciple s’étonnerait-il d’être, de loin, comme son Maître ?
Méditation 2
Points de réflexion :
1) Jésus
et ses disciples étaient des personnes actives : il fallait annoncer
l’Evangile, le temps était court et les besoins nombreux, tout comme aujourd’hui.
Nous voyons Jésus qui ne s’arrête pas un instant, et ses disciples font de
même. Jésus Christ prenait juste le repos nécessaire pour le corps et l’âme en
se retirant de temps en temps dans un endroit à part.
2)
Aujourd’hui aussi nous avons besoin de repos. Nos journées de travail, notre
travail apostolique, et nos tâches familiales nous laissent épuisés. Nous
courons le risque de nous dessécher. Un moment de repos s’impose, un moment
pour refaire nos forces.
3)
Choisissons de nous reposer près du Christ, pour refaire nos forces en puisant
à la source de l’eau vive. A la fin de la journée, retirons-nous pour parler
avec Celui qui, nous le savons, nous écoute et peut nous restaurer.
Prière :
Seigneur, je ne veux pas me plaindre, tu le sais bien. Je suis
heureux avec ce que tu me demandes. Mais, il arrive des moments de pression,
d’accélération. Je dois faire ceci, cela, et encore cela. Parfois, littéralement
je n’en peux plus. Je voudrais tant que tu m’apprennes à reprendre mes forces à
tes côtés. Apprends-moi à trouver la paix et la sérénité dans la prière, dans
un dialogue intime avec toi.
Résolution :
Le plus souvent possible en semaine, avant de rentrer à la maison
(ou, mieux, le matin, en la quittant), entrer dans une église pour y faire une
visite à Jésus Christ en lui demandant des forces nouvelles pour aller de
l’avant.
Pour prolonger la méditation
- Versets du Premier Testament :
- Nb 27,15-17 : « Moïse parla à
l'Eternel, et dit: Que l'Eternel, le Dieu des esprits de toute chair, établisse
sur l'assemblée un homme qui sorte devant eux et qui entre devant eux, qui les
fasse sortir et qui les fasse entrer, afin que l'assemblée de l'Eternel ne soit
pas comme des brebis qui n'ont point de berger. »
- Jr 23,1-5 : « Malheur aux
pasteurs qui détruisent et dispersent Le troupeau de mon pâturage! dit
l'Eternel. C'est pourquoi ainsi parle l'Eternel, le Dieu d'Israël, Sur les
pasteurs qui paissent mon peuple: Vous avez dispersé mes brebis, vous les avez
chassées, Vous n'en avez pas pris soin; Voici, je vous châtierai à cause de la
méchanceté de vos actions, Dit l'Eternel. Et je rassemblerai le reste de mes
brebis De tous les pays où je les ai chassées; Je les ramènerai dans leur
pâturage; Elles seront fécondes et multiplieront. J'établirai sur elles des
pasteurs qui les paîtront; Elles n'auront plus de crainte, plus de terreur, Et
il n'en manquera aucune, dit l'Eternel. Voici, les jours viennent, dit
l'Eternel, Où je susciterai à David un germe juste; Il régnera en roi et
prospérera, Il pratiquera la justice et l'équité dans le pays. »
- Ez 34,9-10 : « Eh bien!
pasteurs, écoutez la parole de l'Eternel! Ainsi parle le Seigneur, l'Eternel:
Voici, j'en veux aux pasteurs! Je reprendrai mes brebis d'entre leurs mains, je
ne les laisserai plus paître mes brebis, et ils ne se paîtront plus eux-mêmes;
je délivrerai mes brebis de leur bouche, et elles ne seront plus pour eux une
proie. »
- Versets du Nouveau Testament :
- Mt 18,12-14 : « Si un homme a cent
brebis, et que l'une d'elles s'égare, ne laisse-t-il pas les
quatre-vingt-dix-neuf autres sur les montagnes, pour aller chercher celle qui
s'est égarée? Et, s'il la trouve, je vous le dis en vérité, elle lui cause plus
de joie que les quatre-vingt-dix-neuf qui ne se sont pas égarées. De même, ce
n'est pas la volonté de votre Père qui est dans les cieux qu'il se perde un
seul de ces petits. » - Mc 14, 27 : « Jésus leur dit: Vous
serez tous scandalisés; car il est écrit: Je frapperai le berger, et les brebis
seront dispersées. »
- 1P 5,2-3 : « Paissez le troupeau de
Dieu qui est sous votre garde, non par contrainte, mais volontairement, selon
Dieu; non pour un gain sordide, mais avec dévouement; non comme dominant sur
ceux qui vous sont échus en partage, mais en étant les modèles du troupeau. »
- 1P 2,25 : « Vous étiez comme des brebis
errantes. Mais maintenant vous êtes retournés vers le pasteur et le gardien de
vos âmes. »
- Commentaire patristique :
- Origène (v. 185-v. 253), Commentaire sur le Cantique des cantiques, II, 4, 17s (SC 375, p.
341) « Alors, il se mit à les instruire longuement »
« Indique-moi, toi que
mon cœur aime, dit l'Épouse du Cantique des cantiques, où tu fais paître ton
troupeau, où tu le mets au repos. » (1,7) Je pense que dans le psaume
vingt-deux, le prophète, placé sous la garde du même berger, parle aussi de ce
lieu dont parlait l'Épouse quand il dit : « Le Seigneur est mon berger ; rien
ne me manquera » (v.1). Il savait que les autres bergers, sous l'effet de la
paresse ou de l'inexpérience, faisaient paître leurs troupeaux dans des lieux
plus arides. C'est pourquoi il dit du Seigneur, ce berger parfait : « Dans un
lieu verdoyant il m'a fait reposer. Il m'a conduit vers une eau qui réconforte
» (v.2). Il montre là que ce berger donne à ses brebis des eaux non seulement
abondantes, mais encore saines et pures, qui les abreuvent parfaitement...
Cette formation première, donnée par le
pasteur, est celle des commencements ; la suite concerne les progrès et la
perfection. Nous venons de parler de prairies et de verdure. Il semble bon de
voir ceci dans les évangiles. J'y ai trouvé ce bon berger parlant des pâturages
des brebis : il dit qu'il est le berger mais aussi la porte : « Si quelqu'un
entre en passant par moi, il sera sauvé ; il pourra aller et venir, et il
trouvera un pâturage » (Jn 10,9). C'est donc bien lui que l'Épouse
questionne... Elle appelle « midi », bien sûr, ces lieux secrets du cœur où
l'âme obtient du Verbe de Dieu une lumière plus brillante de science. C'est, en
effet, l'heure où le soleil atteint le point le plus haut de sa course. Donc,
si le Christ, « Soleil de justice » (Ml 3,20), manifeste à son Église les
sublimes secrets de ses vertus, il lui découvre alors des pâturages agréables
et des lieux où l'on se repose à midi.
Car lorsqu'elle en est encore aux
commencements de son instruction et qu'elle ne reçoit de lui que les premiers
commencements de la connaissance, le prophète dit : « Dieu la secourra le
matin, au lever du jour » (Ps 45,6). Mais parce qu'elle recherche à présent des
biens plus parfaits et désire des réalités supérieures, elle demande la lumière
de la connaissance à son midi.
- D'auteurs modernes :
- G. Bessière, Jésus
insaisissable (1974)
A notre époque où les sociétés et l’Eglise connaissent tant
d’incertitudes et de débats vertigineux, il faut que Jésus nous enseigne. « Beaucoup
ont sans cesse son nom à la bouche, disait quelqu’un, mais ils ne le
connaissent pas ». Que faisons-nous pour mieux le connaître ? Jésus ne
nous donne pas de réponses toutes faites. Il accroît l’espace de notre liberté,
comme une inspiration inépuisable. En le suivant, nous saurons que nous ne l’atteindrons
jamais, qu’il appelle toujours l’homme plus avant. Jésus a-t-il échoué ?
La seule réponse à cette question, c’est la vie de l’Eglise, c’est notre vie.
- H.J.M. Nouwen, Le chemin du
désert. Solitude et vie apostolique (1985)
(Un texte qui
explique merveilleusement bien le sens de la vie religieuse contemplative – mais
qui nous invite aussi à « prendre du recul »… par exemple en
profitant de nos moments de loisir, de vacance(s) pour nous recentrer dans le Christ
pour repartir ensuite fortifiés vers la vie « quotidienne », dans « le
monde »)
Dans et par la solitude, nous ne nous éloignons pas des hommes.
Bien au contraire, nous nous rapprochons d’eux par un service de miséricorde. Dans
un monde qui nous rend victimes de ses exigences, nous sommes appelés à la
solitude, où nous pouvons affronter notre colère et notre avidité, et laisser
naître notre nouveau moi, au sein de la douce rencontre avec Jésus Christ… C’est
donc à la solitude qu’il faut retourner, non pas seuls, mais avec tous ceux que
nous atteignons dans notre ministère – et ceci jusqu’au jour où le Seigneur qui
nous a envoyés dans le monde nous rappellera pour demeurer avec lui dans une
communion sans fin.
__________________________________________________________________________
• Mc 6,34-44
Parmi les «manifestations» du Christ que nous contemplons durant
cette semaine qui suit l’Épiphanie, la multiplication des pains est
l’une des plus marquantes puisqu’elle préfigure très directement
l’institution de l’Eucharistie lors de la dernière Cène. Mais il vaut
la peine de s’arrêter aussi sur les détails circonstanciels que Marc
ajoute à son récit. Il nous montre d’abord Jésus «saisi de pitié»
devant la foule qui l’a suivi, mais lui paraît errante «comme des brebis sans berger».
La compassion de Dieu pour l’humanité perdue, soumise à la mort et
cherchant un sens à sa vie, telle est bien la motivation profonde de sa
«manifestation». Et cet amour le pousse à nourrir tant les
esprits qu’il enseigne que les corps qu’il rassasie. C’est tout
l’homme, qu’il a voulu rejoindre en sa chair, que Jésus considère.
On peut noter ensuite le rôle actif qu’il entreprend de faire jouer aux
disciples, tant dans la recherche de la nourriture disponible que dans
l’ordonnancement de la foule et la distribution du pain et du poisson.
Pour éclatante que soit la manifestation de la puissance du Christ,
elle ne nous condamne pas à une attente passive de ses dons ou à une
attitude de dépendance. C’est aussi pour que l’homme soit vraiment
homme que Jésus a choisi de le rejoindre en sa chair. Si c’est lui qui
donne quotidiennement sa nourriture à son Église, il a voulu avoir
besoin de mains et de voix d’hommes pour qu’elle soit effectivement
présente et distribuée. Ainsi la manifestation de Dieu ne nous dégage
pas de la responsabilité d’être homme. En nous conviant à la compassion
et au partage, elle vient au contraire humaniser notre humanité.
__________________________________________________________________________
• Mc 6,45-52
Cette manifestation du Christ est une véritable théophanie. Une
révélation de Dieu. L’homme qui s’avance vers ses disciples en marchant
sur les eaux est bien celui qui «maîtrise l’orgueil de la mer» (Psaume 89,10). Celui que les Écritures présentent comme le créateur qui, aux premiers jours, «enferma la mer à deux battants» (Job 38,8) ; et le sauveur qui écarta les flots pour laisser son peuple passer à pied sec : «Quand il se dresse, les flots prennent peur et les vagues de la mer se retirent»
(Job 41,17). La crainte qui s’empare des disciples, plus que la peur du
naufrage qu’ils viennent d’éprouver, ou l’effroi qui les saisit devant
ce qu’ils ont cru être un fantôme, est alors la crainte de Dieu qui est
don de l’Esprit (Isaïe 11,2) et fait mesurer l’écart entre la
toute-puissance divine et la faiblesse de sa créature. Et leur
stupéfaction naît de leur perception nouvelle, encore bien obscure, de
la personne de ce Jésus qu’ils croyaient bien connaître. De ce maître
familier qui monte simplement les rejoindre dans la barque, alors qu’en
lui ils viennent de voir se dessiner la force de Dieu.
Mais autant qu’une révélation de la divinité du Christ, la marche sur
les eaux est une prophétie. La prophétie de son passage à travers les
eaux de la mort, le jour où, livré aux forces du mal, il remplira de sa
présence les abîmes les plus amers de la souffrance et de la solitude,
pour que l’homme jamais n’y soit plus englouti. «C’est moi, soyez sans crainte»
: le Dieu fort qui s’est présenté sous ce nom à Moïse est là ; il est
le Dieu compatissant, venu nous tracer un chemin de vie dans les eaux
de la mort. De quoi aurions-nous peur ?
__________________________________________________________________________
• Mc 7,1-13
« Hypocrites » : voilà l’accusation que lance aujourd’hui Jésus
aux Pharisiens qui l’interrogent. L’évangile nous monte si souvent la
miséricorde du Christ envers les pécheurs, son silence plein de
délicatesse devant la femme adultère, l’audace avec laquelle il appelle
Zachée ou Lévi pour en faire des disciples, que ce reproche devrait
nous alerter tout particulièrement, d’autant plus qu’il semble à
première vue en décalage avec la situation. Les Pharisiens demandent en
effet à Jésus pourquoi ses disciples se dispensent des prescriptions
des anciens, et prennent leur repas sans s’être lavé les mains. Ainsi,
ils posent une question sur le comportement des autres. Mais la réponse
de Jésus les entraîne sur un tout autre terrain : en les disant
hypocrites, il les amène à porter leur regard non plus sur les autres
mais sur eux-mêmes. Eux qui scrutent la conformité d’un comportement
avec une loi donnée sont invités à considérer si leur propre
comportement est en accord avec leur cœur. Le jugement porté sur les
autres révèle la fausseté intérieure de celui qui juge : quand les
lèvres condamnent et croient ainsi honorer Dieu, c’est que le cœur est
loin. La parole du Christ vient briser l’enfermement des Pharisiens et
ouvre la voie pour retourner au cœur. Ainsi, le Christ vient aussi nous
libérer de nos condamnations, de nos agacements et nos jugements de
toutes sortes. À nous qui observons nos frères pour en surprendre les
fautes, il propose de nous laisser regarder. Et c’est ce regard qui
nous sauve, car il nous révèle que nous avons un cœur, anxieux d’aimer
et de se laisser aimer. Alors, nous verrons toutes choses en sa lumière.
__________________________________________________________________________
• Mc 7,14-23
Jésus donne à la foule puis à ses disciples en particulier un
enseignement sur la pureté. C’est une question déterminante pour tout
homme religieux qui veut être accordé à la sainteté de Dieu. Le culte
exige en effet une certaine séparation d’avec le monde. Pourtant Jésus
affirme aujourd’hui : « rien de ce qui est extérieur à l’homme et qui pénètre en lui ne peut le rendre impur ». Car, poursuit-il, « c’est du dedans, du cœur de l’homme que sortent les pensées perverses
», et c’est cela qui le rend impur. Le rite n’a de sens, en effet,
qu’en manifestant et en provoquant l’offrande du cœur. Mais dans cette
deuxième partie de la réponse de Jésus s’opère aussi un renversement :
ce n’est plus ce qui entre en l’homme qui le souille, mais ce qui sort
de lui. Ainsi c’est en nous-mêmes que Jésus repère l’impureté, et plus
particulièrement quand elle s’exprime au dehors, c’est-à-dire quand, au
lieu de la combattre, nous ne faisons qu’un avec elle en en faisant la
matière de nos actes. La parole du Christ vient ainsi révéler en nous
des abîmes qui nous laissent désemparés. Nous comprenons que notre cœur
est compliqué et malade et que nous ne pouvons pas le déguiser par des
pratiques de pureté rituelle. Mais elle nous offre aussi la liberté de
mettre notre confiance en Dieu et en Dieu seul, qui nous transformera
peu à peu à son image. Et « quiconque a en lui cette espérance se rend pur comme celui-là est pur »,
dit la première lettre de saint Jean. À nous qui cherchons à nous
purifier pour nous approcher de Dieu, le Christ vient annoncer cette
bonne nouvelle : c’est Dieu qui le premier s’approche de nous et nous
purifie par sa présence.
__________________________________________________________________________
• Mc 7,27-30
Si nous cherchons vraiment dans les lignes de notre Bible à scruter le
visage du Christ, il est sûrement salutaire de nous laisser surprendre
certains jours par l’image que les évangiles nous en renvoient.
Aujourd’hui nous sommes face à Jésus qui rabroue une femme d’origine
syro-phénicienne avec des paroles étonnantes. Alors qu’elle implore de
lui la guérison de sa petite fille, il lui répond : « Laisse
d’abord les enfants manger à leur faim, car il n’est pas bien de
prendre le pain des enfants pour le jeter aux petits chiens ».
Nous savons combien de fois l’évangile nous montre Jésus pris de pitié
pour les malades, guérissant ceux qu’on lui apporte, ne méprisant la
douleur de personne. Pourquoi un tel refus ? De plus, toute son
attitude semble paradoxale : il est dans une région païenne, mais ne
veut pas que l’on sache sa présence, et affirme qu’il a d’abord été
envoyé aux enfants d’Israël et non aux païens. Combien de fois
n’avons-nous pas nous aussi l’impression que la volonté du Seigneur est
incompréhensible, contradictoire… Pourtant, la femme s’obstine. Avec
une foi humble et confiante elle répond « c’est vrai », mais
dit combien elle a faim de ce pain des enfants. Les yeux levés vers la
main de son Maître, elle obtient de lui, par sa persévérance, la
guérison espérée. Ne nous scandalisons pas trop vite devant cette
scène. Restons aux pieds de Jésus avec cette femme, unissons nos
supplications à la sienne. Et que du creux de notre détresse le Christ
puisse voir se lever en nous aussi cette humble confiance qui répond « c’est vrai » et pourtant présente avec vérité sa requête. Alors nous verrons les merveilles de Dieu.
__________________________________________________________________________
• Mc 7,31-37
La
manière dont se déroule la guérison du sourd-muet ressemble d'autant
plus à une liturgie que l'onction des oreilles et de la langue - et le
mot "Ephata" qui les accompagne - sont passés dès les premiers temps de
l'Eglise dans le rituel du baptême.
Sur ce passage, on pourra lire, méditer et prier avec profit:
P. Pierre Vanderlinden, Merveilles bibliques pour prier - Tome 1, Rencontrer Dieu - Chapitre XXV "Merveille!... quand les oreilles s'ouvrent à la parole et quand la langue se délie pour témoigner", pp.153-157 (Brepols, 1995).
Méditation 1
La scène commence comme tant d’autres dans l’évangile : on amène à
Jésus un malade, et on le prie de le guérir. Il lui suffit d’étendre la
main sur ce sourd-muet, comme il l’a fait sur tant d’autres, et la
guérison se produira, immanquablement. Le malade pourra retourner chez
lui délivré du mal qui l’accable, au milieu de l’admiration de la
foule. Jésus ne répond rien à ceux qui le supplient, mais il emmène à
l’écart cet homme qui n’a pas pu présenter lui-même sa supplique. Loin
de la foule il n’impose pas la main au malade comme on le lui avait
demandé. Il met ses doigts dans ses oreilles, touche sa langue avec de
la salive, en un mot il refaçonne, selon des gestes qui rappellent ceux
de la Genèse, l’homme créé à son image et défiguré par le péché. Puis
il lève les yeux au ciel, dans un mouvement qui sera aussi celui de
l’offrande à son Père au soir de la dernière Cène, et pousse un soupir
: «Effata, ouvre-toi».
Comme à la Croix, il rend l’Esprit, et par ce souffle créateur il
guérit l’homme en l’ouvrant au don de Dieu. Quelle souveraine liberté
du Christ dans son amour personnel pour chaque homme ! Ce qu’il fait
pour nous n’est jamais la répétition de ce qu’il a fait pour d’autres.
Ce n’est jamais non plus le geste facile qui nous libèrerait d’un
problème, nous allègerait d’une peine. C’est une nouvelle création qui
est rédemption car il s’y engage jusqu’au don de sa vie. «Tout ce qu’il fait est admirable»,
dit la foule vivement frappée. Mais cet homme a fait la rencontre
personnelle du Christ dans le don de l’Esprit. Il peut alors témoigner
en vérité : «Le Seigneur fit pour moi des merveilles, saint est son nom !»
Méditation 2
Réflexion:
1. « On lui amène un sourd ».
En raison de son handicap, cet homme peut seulement grogner. Il ne peut
même pas demander à Jésus de le guérir. Mais on perçoit dans ses yeux
une intelligence et une richesse humaine apparemment enfermée pour
toujours : une vision tragique de la misère humaine. Sommes-nous aussi
une vision tragique aux yeux du Christ ? Chacun d’entre nous peut
s’émerveiller des nombreuses grâces reçues de Dieu : le don de la foi,
l’illumination de notre conscience, notre formation humaine et
chrétienne ! Et, malgré cela, nous demeurons silencieux et comme hébété
devant l’apathie religieuse qui nous entoure ou devant les attaques
contre le Christ et son Eglise. Pourquoi restons-nous muets ?
2. Une ouïe sélective.
Tout comme le sourd du récit, nous avons du mal à entendre, et donc
nous aurons certainement du mal à parler. Nous devons écouter Dieu dans
la prière. Ce serait dangereux de parler beaucoup de Dieu si nous
parlons peu avec lui. Notre vanité nous pousse à nous soucier de ce que
nous allons dire, pourtant Jésus nous dit : « ne vous
inquiétez pas d’avance de ce que vous aurez à dire, mais dites ce qui
vous sera donné à l’heure même ; car ce n’est pas vous qui parlerez,
mais l’Esprit Saint. » (Marc 13, 11) Nous saurons quoi dire et
comment le dire si nous avons l’habitude d’écouter attentivement le
Seigneur ; si nous laissons l’Esprit Saint toujours guider notre pensée
et notre parole.
3. Une âme ouverte.
Jésus
voyait certainement en la personne du sourd-muet l’image de tous ceux
qui ont peur de parler, tous ceux qui ne comprennent pas les signes du
Royaume. Il y a peu de différence entre les disciples et le sourd-muet.
Jésus leur a ouvert les oreilles et il a délié leurs langues, tout
comme il peut ouvrir nos oreilles et délier nos langues. Quand Jésus
nous dit « Ephata ! », il ne s’adresse pas seulement à nos oreilles et
à nos yeux, mais à tout notre être, et surtout à notre cœur. Il nous
invite à accepter sa grâce et son plan pour nous. Il nous demande de ne
pas refuser la souffrance, la vulnérabilité, le ridicule et les
attaques : « Car celui qui voudra sauver sa vie la perdra, mais celui qui la perdra à cause de moi et de l’Evangile la trouvera. » (Matthieu 16,25)
Prière :
Seigneur, tu as promis que tous ceux qui t’invoquent
seront sauvés. Comment les hommes pourront-ils invoquer ton nom s’ils
ne croient pas en toi ? Et comment pourront-ils croire s’ils n’ont pas
entendu ta parole ? Seigneur, ouvre mon cœur et délie ma langue !
Résolution :
Parler à quelqu’un de ma foi ou de mon amitié avec le Christ.
Méditation 3
Réflexion :
1)
Cet évangile nous montre la joie trouvée dans l’annonce de la bonne
nouvelle. C’est une réalité qui est ignorée de nos jours. Or, la
mission de l’Eglise est une mission évangélisatrice. Celui qui prétend
être un vrai catholique ne peut pas oublier l’aspect missionnaire
inscrit en lui depuis son baptême. Oublier cela, c’est oublier les
bases même du christianisme.
2)
Annoncer l’Evangile, c’est annoncer une personne : le Christ. Il est
notre espérance, le centre de notre vie, et donc le centre de notre
prière personnelle car c’est là où nous pouvons dialoguer avec lui. Le
saint Père nous rappelle, en cette année du Rosaire, combien cette
prière est centrée sur le Christ, qu’elle est une contemplation du
visage du Christ. Nos vies intérieures doivent être ancrées dans une
relation personnelle avec le Christ, une amitié, une présence, un amour
ardent pour Jésus. Nous avons besoin de sa compagnie chaque jour, nous
avons besoin d’entendre sa voix, de savourer son message d’amour dans
un dialogue au plus profond de notre cœur. Sans cette intimité avec le
Christ, toute tentative de faire connaître l’Evangile serait vaine,
nous serions comme « un cymbale qui retentit » (saint Paul,I Cor 13,1).
3)
Le mot « évangéliser » fait naître en notre esprit une foule d’images.
On pense au temps des premières persécutions, au temps des martyrs.
Nous pensons aux terres lointaines peuplées d’incroyants, en Afrique ou
en Amérique. Mais l’évangélisation telle que l'Eglise nous
la présente aujourd’hui, c’est l’évangélisation du monde dans
lequel nous vivons. Il n’est pas nécessaire d’aller en Afrique, en Asie
ou en Amérique pour évangéliser. Il nous suffit de passer la porte de
notre propre maison, aller dans le bureau d’à côté ou dans le métro.
C’est ce monde-là qu’il nous incombe d’évangéliser aujourd’hui !
Prière :
La peur, les complexes, la paresse m’empêchent souvent
de remplir ma mission d’évangélisateur. J’ai peur de m’imposer ; j’ai
peur des moqueries. Pourtant, je sais bien que Toi aussi, Seigneur, Tu
as enduré la moquerie et le mépris afin de nous transmettre ton
message. Aide-moi à rompre mes peurs et à être un vrai évangélisateur
en ce monde laïc.
Résolution :
M’approcher de quelqu’un qui ne connaît pas l’Evangile et établir avec lui un dialogue d’amitié chrétienne.
Pour prolonger la méditation
- Commentaire patristique :
J'aborde
l'explication des sacrements que vous avez reçus... Qu'avons-nous fait
samedi? L'ouverture. Ces mystères de l'ouverture, on les a célébrés
quand l'évêque t'a touché les oreilles et les narines. Qu'est-ce que
cela signifie? Notre Seigneur Jésus Christ, dans l'Evangile, quand on
lui présenta un sourd-muet, lui toucha les oreilles et la bouche: les
oreilles par ve qu'il était sourd, la bouche parce qu'il était muet. Et
il lui dit: Ephata. C'est un mot araméen qui signifie "Ouvre-toi".
C'est
pour cela que l'évêque t'a touché les oreilles, pour que tes oreilles
s'ouvrent à la Parole, ainsi qu'au discours de l'évêque.
Mais
tu me demandes: "Pourquoi les narines?"... Afin que tu reçoives les
bonnes odeurs de la bonté divine, afin que tu dises "Nous sommes la
bonne odeur du Christ pour Dieu", comme l'a dit le saint Apôtre (2Co
2,15), et qu'il y ait en toi tous les parfums de la foi et de la
dévotion.
- D'un docteur de l'Eglise :
« Il a bien fait toutes choses »
La Loi divine
raconte les œuvres que Dieu a accomplies à la création du monde, et
elle ajoute : « Dieu vit tout ce qu'il avait fait : c'était très bon »
(Gn 1,31)... L'Evangile rapporte l'œuvre de la rédemption et de la
nouvelle création, et il dit de la même manière : « Il a bien fait
toutes choses » (Mc 7,37)... Assurément, par sa nature, le feu ne peut
répandre que de la chaleur, et il ne peut pas produire du froid ; le
soleil ne diffuse que de la lumière, et il ne peut pas être cause de
ténèbres. De même, Dieu ne peut faire que des choses bonnes, car il est
la bonté infinie, la lumière même. Il est le soleil qui répand une
lumière infinie, le feu qui donne une chaleur infinie : « Il a bien
fait toutes choses »...
La Loi dit que tout ce que Dieu a fait était bon, et l'Evangile
qu'il a bien fait toutes choses. Or, faire de bonnes choses n'est pas
purement et simplement les faire bien. Beaucoup, à la vérité, font de
bonnes choses sans les faire bien, comme les hypocrites qui font certes
de bonnes choses, mais dans un mauvais esprit, avec une intention
perverse et fausse. Dieu, lui, fait toutes choses bonnes et il les fait
bien. « Le Seigneur est juste en toutes ses voies, fidèle en tout ce
qu'il fait » (Ps 144,17)... Et si Dieu, sachant que nous trouvons notre
joie dans ce qui est bon, a fait pour nous toutes ses œuvres bonnes et
les a bien faites, pourquoi, de grâce, ne nous dépensons-nous pas pour
ne faire que des œuvres bonnes et les bien faire, dès lors que nous
savons que Dieu y trouve sa joie ?
__________________________________________________________________________
• Mc 8,1-10
Au désert de l’Exode, le peuple de Dieu avait récriminé contre Moïse et Aaron : «À coup sûr, vous nous avez amené dans ce désert pour faire mourir de faim toute cette multitude !»
(Exode 16, 3). Pendant cette longue marche jusqu’à la terre promise, le
peuple ne cesse de reprocher à Moïse ce rude chemin qu’ils ont pris à
sa suite, cette libération qui ressemble tellement plus à un combat
qu’à une vie facile. En réalité, le peuple crie fort son découragement
car il a peur que Dieu ne l’ait oublié, et qu’il se soit engagé tout
seul dans cette longue marche, loin de la terre qu’il connaissait.
Aujourd’hui le peuple est à nouveau dans le désert, et il n’a pas de
quoi manger. L’expérience fondamentale du manque se produit à nouveau,
tant il est vrai que l’homme découvre alors de façon radicale et si
simple sa pauvreté, sa dépendance. Jésus, nouveau Moïse, doit nourrir
cette foule qui depuis trois jours est partie à sa suite. Cependant,
tout est inversé. Car ce n’est pas la foule qui réclame, mais Jésus qui
prononce ces mots si bouleversants d’humanité et de délicatesse : « Si
je les renvoie chez eux à jeun, ils vont défaillir en route ». Jésus
est le pain de vie. Il pourrait transformer en pain les pierres du
désert. Et pourtant, ce sont les pains recueillis par les disciples
qu’il va bénir, rompre et donner aux apôtres qui les donneront à la
foule. Dans cette préfiguration de l’Eucharistie, il y a toute la
discrétion, toute la prévenance avec laquelle le Seigneur vient déceler
notre faim, et la combler totalement, dans un geste qui pourtant passe
presque inaperçu : un peu de pain reçu chaque jour pour ne pas
défaillir en route.
__________________________________________________________________________
• Mc 8,11-13
Ce passage de l’évangile paraît
bien abrupt : trois petits versets aussi brefs que négatifs ! Jésus
refuse un «signe» aux Pharisiens qui le lui réclament, et les quitte…
Replacer ce passage dans son contexte adoucit quand même un peu
l’impression, car ces versets prennent place tout de suite après le
récit de la multiplication des pains : il y a donc bien eu «signe
venant du ciel», et c’est la mauvaise foi de ses interlocuteurs, plus
que leur demande elle-même, qui explique le refus de Jésus.
La comparaison avec les passages parallèles des autres évangiles aide
aussi à la compréhension. On voit en Jean la même réaction agacée de
Jésus en réponse à une demande de guérison : «Si vous ne voyez des signes et des prodiges, vous ne croirez pas !»
(4,48). C’est que, si le signe peut venir éveiller ou étayer la foi,
celle-ci est d’abord libre adhésion à la personne même de Jésus. Mais
selon les parallèles en Matthieu et Luc, le signe est moins refusé que
différé : cette génération «réclame un signe et de signe il ne lui sera donné que celui de Jonas»
(Matthieu 16,4). Le signe a bien été donné, et pour toutes les
générations : le double signe de la croix et du tombeau ouvert. C’est
bien ce qui transfigure notre quotidienneté.
-------
Les Pharisiens demandent à Jésus un signe venant du ciel pour le mettre
à l’épreuve. Dans l’évangile selon saint Marc, cette requête suit
immédiatement la multiplication des pains que Jésus vient d’accomplir
dans le désert pour une foule affamée. Le contraste est grand entre ce
signe donné librement par le Seigneur, et la réponse sans nuance qu’il
fait aujourd’hui aux pharisiens : «Amen, je vous le déclare, aucun signe ne sera donné à cette génération».
Nous aurions tort de condamner d’emblée la demande des Pharisiens.
Souvenons-nous par exemple du prophète Isaïe, envoyé par le Seigneur
dire à Achaz de demander un signe venant du Seigneur son Dieu. Devant
la réponse négative de ce dernier, c’est Dieu lui-même qui prend
l’initiative d’annoncer la naissance d’un enfant. Mais cette fois-ci,
les Pharisiens demandent un signe pour mettre Jésus à l’épreuve. Leur
cœur défiant se ferme donc. Le signe deviendrait non pas provocation à
la foi, mais occasion de piéger celui qui dérange. À cette génération
dont le cœur est endurci, nul signe ne sera donné, et Jésus répond cela
en soupirant au plus profond de lui-même. Ce n’est pas par colère ou
lassitude. C’est en effet dans ce même soupir qu’il remettra son âme
entre les mains du Père, sur la croix. Mais il donnera ainsi le signe
le plus haut de son amour et de sa mission de salut, acceptant aussi
d’abandonner à son Père les cœurs qui le recevront. «Le Seigneur lui-même vous donnera un signe»,
avait annoncé Isaïe. Voilà le signe le plus grand et le plus discret,
venu du ciel mais demeurant avec les hommes et mourant sur la croix
comme l’esclave de tous : l’Emmanuel, Dieu avec nous.
__________________________________________________________________________
• Mc 8,14-21
«Vous ne voyez pas ?»… «Vous ne comprenez pas encore ?»… «Vous ne vous rappelez pas ?»
Telles sont les questions que pose Jésus-Christ à ses disciples
aujourd'hui. À peine viennent-ils d'être mis en garde contre le mauvais
levain des penchants négatifs et des mauvaises pensées qui agitent le
cœur, qu'ils sont en proie à l'inquiétude à propos de ce qu'ils vont
manger. «Ne vous inquiétez pas pour votre vie de ce que vous mangerez», avait pourtant déjà dit le Christ. «Cherchez d'abord le Royaume et sa justice, et tout cela vous sera donné par surcroît.»
Si le Père céleste nourrit d'air et de liberté les oiseaux, combien
plus veille-t-il à nos besoins. Notre monde l'a oublié. Happés par son
rythme, nous laissons-nous envahir par les soucis du quotidien et les
vaines préoccupations qui détournent de l'essentiel ? Si tel est le
cas, ce n'est pas en vain que nous entendons en ce jour avec les
disciples le doux reproche de Jésus. De la première multiplication des
cinq pains sont restés douze pleins paniers, de la seconde, sept
corbeilles. Avons-nous des yeux pour voir et des oreilles pour entendre
? Douze, le chiffre des tribus d'Israël et des apôtres car le Christ
est l'accomplissement de toutes choses ; sept, le chiffre symbolique de
la plénitude car telle est bien la surabondance de son amour. Jésus, en
livrant son corps en hostie vivante à ses amis, se donne entièrement.
L'Eucharistie que nous célébrons est ce mystère que Jésus ne cesse de
renouveler pour nous en se donnant comme la nourriture de nos âmes, le
pain vivant descendu du ciel. Quand aurons-nous compris que l'amour va
toujours jusqu'au bout et qu'il n'est jamais épuisé ?
-------
De quel pain s’agit-il ? On semble en plein malentendu. Les disciples
s’inquiètent de n’avoir pas pensé à prendre du pain pour apaiser leur
faim corporelle ; alors que Jésus leur parle d’un autre pain,
métaphorique celui-là, le pain corrompu que va faire lever «le levain
des pharisiens et celui d’Hérode». Son image renvoie à l’un des rites
préparatoires à la célébration de la pâque : il faut soigneusement
éliminer des maisons tout reste de vieux levain, afin de commémorer,
avec des pains azymes non levés, le départ en hâte de l’Égypte et la
délivrance apportée par le Seigneur. Paul reprend la même image : «Purifiez-vous
du vieux levain pour être une pâte nouvelle puisque vous êtes des
azymes purs. Car notre pâque, le Christ a été immolé» (1 Corinthiens 5, 7).
On est donc là bien loin des inquiétudes matérielles à court terme.
C’est à sa Pâque que Jésus prépare ses disciples : la pâque où il sera,
lui, l’agneau immolé de façon à ce que passent en lui, par-delà la
mort, les hommes libérés ; la pâque où il devient, lui, le pain vivant.
Il ne s’agit donc plus ni d’un pain matériel ni d’un pain métaphorique,
mais de ce pain, à la fois bien réel et devenu autre chose que
lui-même, que le Christ a voulu nous laisser comme gage de sa présence
effective et efficace. Et ici plus particulièrement, de ce pain qu’il a
multiplié pour apaiser la faim des foules, comme préfiguration du pain
de vie qui comble tout désir. Un pain qui est pour tous : les deux
nombres symboliques — douze comme les douze tribus d’Israël ; sept, le
chiffre de la totalité — indiquent que, juifs et païens, tous y ont
également part. «Vous ne comprenez pas encore ?»
__________________________________________________________________________
• Mc 8,27-33
«Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ?» Jésus,
toujours uni à son Père, est le seul qui puisse poser cette question de
manière juste car on ne connaît sa véritable identité qu'en la recevant
de Dieu. Il ne se soucie pas de son image de marque, de ce que pensent
les autres de lui. Il veut seulement savoir si le cœur des hommes est
prêt à accueillir son mystère. Les disciples ne s'attendaient pas à
pareille question. Nous, non plus. Pourtant, Jésus-Christ interroge
chacun directement : aujourd'hui, pour toi, qui suis-je ?... Bien sûr,
nous avons la réponse puisque nous connaissons et aimons l'admirable
intervention de Pierre, son apôtre : «Tu es le Messie».
Pourtant, même si nous faisons nôtre sa belle profession de foi, avec
quels mots simples et personnels exprimer notre amour au Christ en ce
jour ? Chacun reste libre de se prononcer… «Pour vous, qui suis-je ?»
Jésus attend également une réponse communautaire. Il désire que nous
sachions que c'est lui seul qui nous tient ensemble pour que nous
donnions un visage à son Église. Alors seulement, il peut nous révéler
«ouvertement» qui il est et nous dire le don de toute sa vie. Il faut
que «le Fils de l'homme souffre beaucoup, qu'il soit rejeté par les
anciens, les chefs des prêtres et des scribes, qu'il soit tué, et que,
trois jours après, il ressuscite». Nous admirons la majestueuse
liberté du Christ, le Fils du Dieu vivant, qui sait tout autant nous
appeler à l'engagement que nous dévoiler sans détour l'infini de son
amour qui va jusqu'à se livrer totalement. Pierre ne pourra pénétrer
dans la vraie connaissance de Dieu que par la porte étroite de la
croix. Et nous ?
-------
La nouveauté éternelle de Dieu nous déconcerte toujours, tant les
limites de notre imagination et de notre conceptualisation nous
poussent à ramener l’inattendu à des modèles connus. Pour répondre à la
question que Jésus pose à chacun : «Pour toi, qui suis-je ?»,
ses contemporains avaient recours aux grandes figures bibliques : Élie
dont Malachie avait annoncé le retour (3, 23) ou ce « prophète»
que Moïse avait promis (Deutéronome 18, 15) ; Pierre lui-même ne sait
le nommer que «le Messie», c’est-à-dire celui qui a reçu l’onction, ce
Messie dont l’attente peu à peu avait coloré l’espérance d’Israël et
qui devait inaugurer le règne de Dieu sur la terre promise. Tout cela
est juste, certes : ces préfigurations prophétiques se rapportent bien
à Jésus, mais elles n’épuisent pas son mystère ; bien plus, elles
risquent de le réduire à une mesure, à une histoire connues. Et c’est
pourquoi Jésus demande le silence : pour qu’on ne réduise pas trop vite
son identité à celle d’un prophète ou d’un libérateur comme Israël en a
déjà tant connu. Et c’est pourquoi, sans transition, il commence à
parler de la passion qu’il doit souffrir, de ce qui heurte le plus
l’image commune d’un messie puissant et victorieux et qui pourtant dit
le cœur même de sa mission ; c’est pourquoi il préfère au titre de
messie, celui de «Fils de l’homme» qui dit à la fois l’humilité
de son incarnation et l’avenir eschatologique annoncé par Daniel (7,
13). Comme Pierre, nous sommes tentés de répondre à la question de
Jésus par des concepts connus, sans doute exacts, mais qui peuvent nous
empêcher de voir qui veut être pour nous ce Dieu qui mène toujours
au-delà.
---------------------
• Mc 8,27-35
Pour
la première fois, Jésus annonce ce qu'implique en vérité son titre de
Messie, et les exigences requises de tous ses disciples: Pierre, un
jour, le comprendra. (voir l'introduction au 24ème dimanche du TO,
années B, à cette page)
Méditation 1
(par Julienne Côté, CND - Collège Regina Assumpta, Montréal - sur le site Interbible - voir page des liens)
La découverte du mystère de Jésus peut être
fulgurante, mais souvent elle se fait lentement et progressivement, au
rythme des joies, des peines, et des étapes de la vie. Pierre, à la
question abrupte, directe, incontournable de Jésus, a répondu avec
sincérité et vérité: il Lui rend témoignage... Puis, il refuse à Jésus
sa parole de révélation. C’est dire que confesser Jésus exige de le
connaître mieux et davantage et, à l’intime de l’être, de prendre un
engagement personnel qui implique le perpétuel dépassement d'un horizon
trop limité. Qui suis-je pour toi? La réponse ne peut se dire que dans l’amour constamment purifié.
Jésus, une figure du passé?
La
première partie du récit rend compte d’opinions diverses exposées par
des gens qui viennent entendre Jésus sans l’accompagner pour autant. On
le voit comme un prophète, envoyé de Dieu, qui vient rappeler au peuple
la voie de la fidélité à Dieu. En tant que membres du peuple hébreu,
ils ont une certaine connaissance de Jésus, non négligeable, mais
celle-ci est avant tout extérieure. Aussi provoque-t-elle la deuxième
interpellation du Maître: Pour vous, qui suis-je? Pierre ose proclamer qu’il est le Messie (v. 29).
C’est une avancée, mais ce mot renvoie souvent à une puissance
politique qui établira le royaume de justice voulu par Dieu. Cette
compréhension du Maître avec qui les disciples ont vécu en Galilée
peut-elle être dépassée, s‘ouvrir à un autre horizon? Le pas à franchir
est arrivé. Chemin faisant (v. 28), sur la route qui monte à Jérusalem, Jésus, leur dévoile avec assurance ce qui l’attend.
L’identité réelle de Jésus : unique et inédite
Au
cours de l’échange entre Jésus et les disciples, il importe de tenir
ensemble la confession de Pierre et l’enseignement de Jésus (vv. 31 et 34-35).
C’est essentiel et fondamental pour bien comprendre dans son
intégralité l‘essence de la foi chrétienne. Jésus prend l’initiative de
dire qui il est en évoquant la figure du Fils de l’homme (Daniel 7),
utilisée souvent pour exprimer la venue d’un personnage auréolé d’une
puissance glorieuse et triomphante, mais, ici, cette appellation est
identifiée à la figure du Serviteur souffrant qu’évoque le prophète
Isaïe (42, 1-17; 49, 1-6; 50, 4-9 – notre première lecture; 52, 13 - 53, 12).
Le texte bascule et les disciples sont estomaqués, déroutés,
désemparés: le chemin de leur Maître n’est pas et ne sera pas celui du
pouvoir et de la gloire que connaissent les souverains terrestres;
Jésus n’échappera pas magiquement à ce que l’existence peut comporter
de conditions tragiques.
L’incompréhension de Pierre
De
quel type de Messie Pierre pense-t-il avoir besoin? Est-ce bien celui
que Dieu veut lui donner? Sa réaction dévoile une connaissance limitée
de Jésus et une conception complètement à l‘opposé de celle du
prophète. Le disciple, précédemment inspiré, devient bouillant et
impulsif, et se montre comme le tentateur, l’adversaire aux yeux de
Jésus : Passe derrière moi, Satan! (v. 33). C’est dire à quel
point l’entourage immédiat de Jésus et dévoué à son service doit se
prendre en mains, changer sa mentalité pour entrer dans la vision de
Dieu. Le processus sera long et douloureux.
Cheminer à la suite de Jésus
Pour
tout être humain, la vie comporte des limites, des combats, des passes
douloureuses qui peuvent ouvrir sur un dépassement de soi, un
accomplissement plus complet des ressources insoupçonnées de l’être, un
bonheur profond et non une caricature de celui-ci.
Pour
le disciple, vivre en communion avec Jésus, c’est apprendre à modeler
ses désirs et ses attentes sur ce que le Seigneur a enseigné par sa
vie donnée et sa mort vécue en toute obéissance au Père, dans l’amour
des hommes et des femmes de son époque et de toutes les civilisations.
C’est constamment questionner ses valeurs, ses choix et ses décisions
pour vérifier si tout coïncide avec le sens que Jésus a donné à sa vie,
plutôt que de s’en éloigner en calquant ses pensées et ses agirs sur
les modes du jour, en suivant la pente naturelle de la chair et non de l’esprit
comme l’expose l’apôtre Paul. Confesser sa foi au Christ, l’actualité
en fait foi, implique de porter non seulement les critiques et les
oppositions farouches, mais les quolibets et les injures, voire la
haine du milieu ambiant. Pourquoi s’étonnerait-on que la route soit, à
certains moments, celle du renoncement? Jésus ne cache pas à ses
disciples que le chemin entrepris le conduit à Jérusalem.
La
confession de Pierre ouvre donc sur le dévoilement du mystère profond
et éternel de Jésus. Le texte évangélique montre les balbutiements de
la foi des chrétiens de la première génération. Chaque croyant,
aujourd’hui, au fil de sa vie, poursuit sa quête du Christ. Dans le
fond de sa conscience et de son coeur, petit à petit, par la grâce de
l’Esprit, il découvre la richesse et la grandeur de l’amour du Père et
du Fils, et doit avec la communauté croyante confesser Jésus selon les
formules de foi millénaires. Mais, à l’intime de lui, il importe
également de dire dans ses mots personnels, sa passion du Christ,
comment celui-ci colore et comble sa vie. Cette réponse en sera une
d’amour, en parole et en action, la seule qui puisse convenir, face à
Jésus Christ qui a donné sa vie pour notre salut et que le Père a
relevé, le jour de Pâques.
Pour prolonger la réflexion...
Des paroles dures à entendre
Si quelqu’un veut venir derrière moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive (v.
34). La dimension de sacrifice ici soulignée s’impose à toute vie, car
se livrer à ses instincts naturels, à ses intérêts trop égoïstes ne
conduit pas à la vie. S’arracher à ce qui enferme sur soi pour
s’attacher et partager la vision et l’engagement de Jésus, c’est se
mettre à sa suite. Il n’est pas question d’anéantir, de renier ce que
Dieu nous donne d’être, mais d’accueillir sa vie de Lui, de porter le
poids des événements et des petites morts quotidiennes, de les
soulever, de les transformer en victoires. Le Golgotha conduit au matin
de Pâques.
Celui qui perdra sa vie pour moi et pour l’Évangile la sauvera (v.
35). Le grand et déroutant paradoxe! On est loin de l’absence de
souffrance et de mort que Pierre attendait. Cela souligne que personne
ne peut posséder sa vie comme bon lui semble, mais que, dans la foi, il
reconnaît que Dieu seul peut définir en vérité le sens de son
existence, sa valeur inaliénable. C’est entrer dans les vues de Dieu,
dans la tâche de Jésus, de porter son message, de ne pas en rougir, de
manifester son attachement dans un agir concret et ajusté à sa Parole.
Méditation 2
Réflexion:
1)« Pour les gens, qui suis-je ? » C’est une question facile. Nous ne
dévoilons pas nos propres convictions en disant ce que les autres
pensent. Les gens ont eu beaucoup d’avis concernant Jésus et ils les
ont encore aujourd’hui. Certains pensent qu’il est un prophète.
D’autres sont de l’avis des Pharisiens et pensent qu’il est un pécheur.
D’autres, comme les habitants de Nazareth, pensent qu’il n’est pas
autre chose que le fils d’un charpentier et que les apôtres se
trompaient en l’appelant le Messie. Les avis sur la personne du Christ
ne manquent pas.
2)
Pierre répond qu’il est « le Messie, le Fils de Dieu ». Il parle en
premier parce que, d’une manière mystérieuse, le Père le lui a révelé.
Cette vérité est devenue pour lui une certitude absolue, et pas
seulement une opinion dans son esprit.
Quand il s’agit de nos
convictions, nous prenons la parole, nous agissons. Quand on nous
interroge sur nos opinions, nous répondons avec moins d’assurance. Il
en faut beaucoup pour changer de conviction. Il faut seulement un fait
nouveau pour changer d’opinion. Imaginons un garçon qui s’en prend à un
autre dans la cour de l’école. Tous les parents pensaient que c’était
un enfant sage, mais maintenant qu’il se bat, ils changent d’avis.
Cependant, sa propre mère croit encore que c’est un bon garçon. Il faut
plus d’une querelle pour changer ce dont elle est convaincue de tout
son cœur.
3)Quelle est ma conviction ? Nous savons tous que Pierre avait la bonne
réponse. C’est notre opinion intellectuelle. Si c’est aussi une
conviction dans mon cœur, cela changera ma façon de vivre. Nous vivons
selon notre cœur, non pas selon notre intelligence. Si souvent,
nous savons ce que nous devons faire et nous ne le faisons pas! Suivons notre cœur. Suivons nos convictions. Ma
foi en Jésus Christ doit être ancrée dans mon cœur, pas seulement
dans mon esprit. Pour cela, nous avons besoin de prier. Prier, penser
au Christ et à tout ce qu’Il a fait dans ma vie est la seule manière
de convaincre mon cœur qu’Il est le Messie, le Fils de Dieu. Ma foi en
Jésus Christ doit passer d’une opinion à une conviction.
Prière:
Seigneur, je sais beaucoup de choses de Toi, mais
souvent je ne Te suis pas.
Souvent, je sais ce que Tu veux que je
fasse, mais je ne le fais pas: je suis les inclinations de mon
cœur alors que je sais que je ne le devrais pas.
Aide-moi à penser à
tout ce que Tu as fait pour moi, de m’en souvenir, de le méditer, en
commençant par ta mort sur la croix. Tu es vraiment mort pour moi. Mon
cœur doit s’en convaincre. Cette vérité ne peut plus demeurer comme une
simple opinion, quelque chose que je sais et que j’accepte
intellectuellement, mais qui ne change pas ma façon de vivre.
Seigneur,
fais que ma foi en Toi ne soit pas une simple opinion mais qu’elle
devienne une certitude dans mon cœur.
Résolution:
Prendre chaque jour quelques instants pour penser à
Jésus sur la croix, souffrant et mourant par amour pour moi.
Me
convaincre que L’aimer est ce que je peux faire de mieux pour L’en
remercier.
Pour prolonger la méditation
- Versets du Premier Testament :
- Is 55,6: « Cherchez YHWH pendant qu'il se laisse trouver, invoquez-le pendant qu'il est proche. »
- Ps 39,8: « Et maintenant, que puis-je attendre, Seigneur? Mon espérance, elle est en toi. »
- Versets du Nouveau Testament :
- Mc 6,2-3;14-16 : « 2.Le sabbat venu, il se mit à enseigner dans la synagogue, et le grand
nombre en l'entendant étaient frappés et disaient : « D'où cela lui
vient-il ? Et qu'est-ce que cette sagesse qui lui a été donnée et ces
grands miracles qui se font par ses mains ? 3.Celui-là
n'est-il pas le charpentier, le fils de Marie, le frère de Jacques, de
José, de Jude et de Simon ? Et ses sœurs ne sont-elles pas ici chez
nous ? » 14.On disait : « Jean le Baptiste est ressuscité d'entre les morts ; d'où
les pouvoirs miraculeux qui se déploient en sa personne. »
15.D'autres disaient : « C'est Élie. » Et d'autres disaient : « C'est
un prophète comme les autres prophètes. » 16.Hérode donc, en ayant
entendu parler, disait : « C'est Jean que j'ai fait décapiter, qui est
ressuscité ! » » - Mc 10,33 : « Voici que nous montons à Jérusalem, et le Fils de l'homme sera livré
aux grands prêtres et aux scribes ; ils le condamneront à mort et le
livreront aux païens. »
- Commentaire patristique :
Saint Ignace d'Antioche (voir page sur saint Ignace), Lettre aux Ephésiens: L'œuvre
qui nous est demandée n'est pas simple profession de foi, mais d'être
trouvés jusqu'à la fin dans la pratique de la foi.
- D'un théologien moderne :
P.-A. Liégé, Le temps du défi - Les chrétiens à l'épreuve (1978)
Il
est assez facile, comme beaucoup hier et aujourd'hui, de dire "Jésus de
Nazareth est un homme sympathique, nous nous référons à lui" - et
d'adhérer ainsi au club des Amis de Jésus de Nazareth.
Il
est facile de s'adonner à une religiosité vague et océanique, qui prête
au divin les traits que l'homme, dans ses états d'âme, veut bien lui
donner.
Il est également facile
d'être athée en refusant tout au-delà de l'histoire, au nom de la
densité immédiate des tâches historiques.
Tout cela est raisonnable.
Mais croire en l'Evangile de Jésus, c'est autre chose: c'est reconnaître - avec tout ce que cela implique - que ce Jésus est hors-série, et que, en lui, une fois pour toutes, Dieu s'est engagé jusqu'au bout et sans reprise dans l'aventure humaine.
- D'une théologienne moderne :
Sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix [Edith Stein] (1891-1942), carmélite, martyre, co-patronne de l'Europe, L'Expiation mystique - Amour de la Croix, 24/11/1934. « Qu'il prenne sa croix, et qu'il me suive »
L'union avec le Christ est notre béatitude et l'approfondissement
de notre union avec lui fait notre bonheur ici-bas. L'amour de la croix
ne se trouve donc nullement en contradiction avec notre joie d'être
enfants de Dieu. Aider à porter la croix du Christ donne une allégresse
forte et pure à ceux qui y sont appelés et qui le peuvent ; ceux qui
participent ainsi à l'édification du Royaume de Dieu sont vraiment les
enfants de Dieu. Ainsi, une prédilection pour le chemin de la croix ne
signifie pas non plus que l'on répugne à voir le Vendredi saint passé
et l'oeuvre de la Rédemption accomplie. Seuls des rachetés, seuls des
enfants de la grâce peuvent vraiment porter la croix du Christ. Ce
n'est que de l'union avec la Tête divine que la souffrance humaine
reçoit sa puissance rédemptrice.
Souffrir et être bienheureux dans la souffrance, se tenir debout
sur la terre, aller de par les chemins poussiéreux et caillouteux de
cette terre tout en siégeant avec le Christ à la droite du Père (cf Col
3,1), rire et pleurer avec les enfants de ce monde sans cesser de
chanter avec les chœurs angéliques la louange de Dieu, voilà la vie du
chrétien, jusqu'à ce que se lève l'aurore de l'éternité.
- D'un auteur moderne :
G. Bessière, Le feu qui rafraîchit (1978):
Comme au jour où Pierre répondit: "Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant", les mots ne suffisent pas pour donner la réponse. C'est en termes de vie et de mort que Jésus a répondu.
Le langage décisif, celui qui n'a pas de frontière, celui qui circule
entre les hommes et Dieu lui-même, c'est la manière dont les êtres
vivent et meurent. A cette extrémité où nous voulons rendre compte de
Jésus, c'est le tout de la vie qui gonfle les mots de signification.
---------------------
• Mc 8,34 - 9,1
Jésus-Christ vient de révéler ses souffrances et sa résurrection à ses
disciples. Lorsqu'il prédit son chemin de croix, il annonce en même
temps le nôtre. Ils sont un même chemin, celui par lequel Jésus a
marché et sur lequel nous le suivons. Puisque sa vie et sa mort sont
pour nous, il nous demande si nous acceptons que notre vie, notre mort
soient comme la sienne. «Si quelqu'un veut marcher derrière moi…»
Prenons conscience avec gratitude de cette réalité première, cet appel
à la suite du Christ, qui est la source de notre vie et de notre
joie... Jésus poursuit : «qu'il renonce à lui-même», non pas à
être lui-même mais à vouloir être «quelqu'un», qu'il oublie ses pensées
propres, son vouloir propre, son amour propre, «qu'il prenne sa croix
et qu'il me suive». Ce n'est pas d'emblée qu'on comprend le sens de la
croix. Que veut dire se renoncer, se perdre pour Le trouver ? Quelle
est cette croix, non celle que j'aurai choisi ou prévu, mais la mienne
? Lorsque survient l'épreuve, suis-je prêt à m'appuyer sur la seule
force du Christ qui a tout enduré pour moi ? L'appel du Christ, mon
désir de le suivre restent premiers. L'amour illumine la croix pour
révéler sa face cachée mais glorieuse. «Quel avantage, en effet, un homme a-t-il à gagner le monde entier en le payant de sa vie?»
Le Christ partage avec nous la coupe qu'il tend à ses amis. Par-delà
les dépouillements, nous le suivons sur le chemin des noces de l'Agneau
et effectuons avec lui le passage de notre mort à nous-mêmes pour
naître à la vie nouvelle des enfants de Dieu et dire un jour : «Je vis mais ce n'est plus moi, c'est le Christ qui vit en moi»
-------
Gagner le monde entier ou sauver sa vie ? On se priverait de comprendre
la portée des paroles de Jésus en les ramenant à un simple jeu de qui
perd gagne ou en les entendant comme un pari plus ou moins intéressé :
sur quoi dois-je miser pour être vraiment gagnant ? Il faut se souvenir
qu’elles suivent immédiatement, en Marc, la première annonce de la
Passion : Jésus vient de commencer à prévenir ses disciples qu’il doit «beaucoup souffrir…, être tué et, après trois jours, ressusciter»
(8, 31). S’engager sur le chemin qu’il propose à celui qui «veut
marcher derrière» lui, même si cela s’exprime en termes négatifs —
renoncer à soi-même, porter sa croix —, est donc d’abord un choix
positif : un choix d’amour qui consiste à vouloir imiter le Maître qui,
le premier, est venu le parcourir à cause de son grand amour.
Il s’agit donc pour l’homme non d’un pari, mais de l’exercice de sa
liberté fondamentale — qui le fait à l’image de Dieu — de choisir les
valeurs et le sens de sa vie. «Choisis donc la vie, conseillait déjà le Seigneur à son peuple, afin que toi et tes fils viviez»
(Deutéronome 30, 19). Mais, paradoxalement, le choix de la vie,
s’exerçant dans un monde et une histoire blessés, entraîne à traverser
la mort, à adopter à la suite de Jésus une façon d’être qui fasse
mourir, ou plutôt laisse dépérir ce qui en nous ne peut survivre car
n’étant pas à la mesure de l’éternité. Dieu est venu se faire fils de
l’homme, précisément pour que soit rendu à nouveau possible ce choix,
en acceptant de subir souffrance et mort pour les traverser de sa
puissance de vie. Il reste à chacun, après lui, à déterminer ce qu’il
choisit d’aimer.
__________________________________________________________________________