Josias et le Canon de la Torah.
Il est vraisemblable que la structure même de laתנך,
TaNaCh
= Bible hébraïque (cliquer ici), indique l’ordre dans lequel ses trois parties :
- תורה, Torah = Pentateuque
- נביאים, « Prophètes »,
- כתובים, « Autres
écrits »,
sont devenues canoniques.
Or le premier événement datable de l’élaboration de ce canon
est situé sous le règne de Josias, en 622 av. J.-C.
Un siècle plus tôt, la Samarie était tombée sous l’empire
des Assyriens.
Seule, la Judée subsistait donc de la Terre Promise.
Les Assyriens s’étant retirés du Royaume du Nord, Josias en
profita pour étendre son pouvoir. Ce fut donc un chef politique avisé, mais aussi
un réformateur – s’attachant sincèrement à la purification et au renforcement
du culte en Judée. Dans ce but, par exemple, il fit effectuer des réparations dans
le Temple de Jérusalem.
Lors de cette restauration, on découvrit un rouleau – qui, à
l’examen, semblait contenir le corpus
d’anciennes prescriptions cultuelles, et fut apporté et lu au roi (cf.2R 22,3-10).
La question essentielle que pose ce récit est la teneur de
ce qui est nommé en 2R 22,8ספר התורה, Sefer 'HaTora'h
« le Livre de la Loi » : sûrement pas l’ensemble de ce que les
Juifs appellent aujourd’huiספר תורהSefer Tora'h, et
que nous appelons le Pentateuque. Plus vraisemblablement, il s’agirait d’un
fragment de דברים,
Debarim « Les paroles », le
Deutéronome – peut-être sa partie centrale (Dt 12 – 28) : la sombre
éloquence de Dt 28 peut en effet avoir déclenché les larmes du roi
Josias, qui déchire alors son manteau en signe de deuil.
Il est peu vraisemblable que ces rouleaux soient restés
cachés dans le Temple depuis l’époque de Salomon. On ne peut qu’imaginer leur
origine réelle:
- ce document peut avoir été composé à une époque relativement
récente (bien qu’incluant des éléments plus anciens) par des réfugiés du
Royaume du Nord après sa chute, en 722 av. J.-C. ;
- ou encore par des prêtres
dissidents, travaillant en cachette sous le règne de Manassé – le grand-père de
Josias (2R 21,1-17).
En tout cas, le rédiger sous la forme d’un écrit attribué à
Moïse ne constitue aucunement de leur part l’indication d’une tromperie
littéraire. Il ne fait aucun doute que, dans l’esprit des auteurs, Moïse avait
prononcé, ou aurait pu prononcer ces paroles.
De toute évidence, l’authenticitédu ספר התורהn’était pas remise
en cause en 622 av. J.-C. : en consultant la prophétesse Huldah, Josias ne
cherchait pas à savoir si ces rouleaux
étaient authentiques – mais à savoir ce qu’il devait faire en réponse au
message dont ils étaient porteurs.
Le plus surprenant dans cette histoire est que, aussi tard
qu’en 622 av. J.-C., les prêtres du Temple ne connaissaient apparemment pas la
Loi Mosaïque !En effet, ceux qui ont découvert ces rouleaux n’y ont pas
vu un ajout à un code qu’ils auraient déjà eu en leur possession : pour eux,
ils étaient uniques. En d’autres termes, jusqu’à cette époque, il n’y avait eu
aucune autorité scripturaire à laquelle se référer – et l’on n’en avait pas
ressenti le besoin !
Nous en concluons donc que ce fragment devint la toute première
partie d’un canon scripturaire ; mais, comme il fut alors le seul fragment
à devenir canonique, il ne nous dit rien du processus par lequel le reste de laתנךTaNaCh le devint... (Voir page « Fixation du canon de la TaNaCh »)