Le Serviteur de Dieu
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1. Dans le Premier Testament
Le titre de « Serviteur de Dieu » est,
dans la Bible, un titre d’honneur.יהוה YHWH nomme « mon serviteur » celui
qu’il appelle à collaborer à son dessein.
1.1. Les serviteurs de Dieu et le peuple de l’Alliance.
Le titre de « Serviteur de Dieu » est donné à des hommes dont la
mission concerne toujours le peuple élu.
Il est souvent donné à Moïse,
médiateur de l’Alliance (Ex 14,31 ; Nb 12,7 ; Dt
34,5 ; 1R 8,56) ; et à David, type du Roi messianique (2S
7,8 ; 1R 8,24sq ; Ps 78,70 ; Jr 33,26).
Il
désigne aussi les patriarches : Abraham (Gn 26,24), Isaac (Gn
24,14),et Jacob (Ex 32,13 ; Ez 37,25), puis Josué qui conduit le peuple dans la Terre (Jos 24,29).
Il est appliqué aux prophètes – qui ont mission de maintenir l’Alliance :
Elie (1R 18,36), « mes serviteurs les prophètes »(Am 3,7 ; Jr 7,25 ; 2R
17,23) – ainsi qu’aux prêtres qui célèbrent le culte divin au nom du peuple-prêtre
(Ps 134,1 ; cf. Ex
19,5sq).
Le choix de tous ces serviteurs est finalement destiné à rendre le
peuple fidèle au service que Dieu attend de lui (cf. Ps 105,6sqq ;26 ;45), comme le sont les anges,
serviteurs des volontés divines (Ps 103,20sq).
1.2. Des serviteurs infidèles au Serviteur fidèle.
Dès les premiers temps, le peuple élu est infidèle à sa vocation de serviteur,
indocile aux serviteurs de Dieu (Dt 9,24 ; Jr 7,25) ;
aussi est-il châtié par l’Exil au moyen d’un roi païen, Nabuchodonosor – qui, à
ce titre, est nommé « serviteur de Dieu » (Jour 27,6). Mais Dieu
qui veut non la mort mais la vie du pécheur, se choisit un « reste »
qui deviendra fidèle sous le règne de son serviteur, le « nouveau David »
(Ez 34,23sq ; 37,24sq). C’est à ce Reste que sont adressés les
oracles du Livre de la Consolation (Is
40 – 55).
1.2.1. Le serviteur infidèle.
Le prophète Isaïe, qui
développe dans ce livre le thème d’Israël, serviteur de Dieu, y entrelace le
thème de Sion, épouse de Dieu.
Cette épouse n’a été abandonnée que parce que
ses fils ont été infidèles (Is 50,1) ; Israël, rebelle dès le sein
maternel (48,8), est, par sa faute, un serviteur paresseux, sourd et aveugle
(42,18sq ; 42,24 ; 43,8 ; 43,22sq ; cf. 30,9sqq).
Loin cependant d’oublier ce serviteur qu’il a choisi,
Dieu lui pardonne (44,21sq) et va le sauver gratuitement (41,8sqq) à nouveau au
moyen d’un roi païen, Cyrus, son berger, son Oint, son ami (44,28 ; 45,1 ;
48,14). Il semble même que le roi libérateur soit le serviteur dont l’éloge est
fait en 42,1-7 ; plus tard, relu sans tenir compte du contexte, ce chant a
été appliqué au Serviteur Israël dont la vocation, la mission, et le sacrifice sont
en fait l’objet de trois autres chants (49,1-6 ; 50,4-9 ;
52,13-53,12).
Cette interprétation est déjà celle de la LXX, et sera suivie par
Matthieu (Mt 12,18-21). En tout cas, Israël, serviteur infidèle et
libéré, atteste parmi les nations l’impuissance des idoles babyloniennes face
au seul Dieu véritable et sauveur
( 43,10sqq ; 45)
1.2.2. Le Serviteur fidèle.
Or de ce
témoin passif, Dieu veut faire un serviteur fidèle qui, par son témoignage,
apportera aux nations la Lumière du Salut.
La
seconde moitié du Livre de la Consolation (Is 49 – 55) est dominé par le visage mystérieux d’un prophète que Dieu nomme son Serviteur (49,3-6 ;
52,13).
De même que Jacob est inséparable du peuple qui porte son nom et en qui
il continue à vivre, de même ce Serviteur – qui a les traits, purifiés, de
Jérémie (49,1 ; 50,7 ; 53,7) – est inséparable de cet « Israël »
dont il porte le nom, de ce Reste « en qui Dieu se glorifiera »
(49,3) ; il est cependant distinct de cet Israël, dans la mesure où il est
chargé de le rassembler (49,5sq) et de l’enseigner (50,4-10).
Sa patience (50,6)
et son humilité (53,7) le rendent capable d’offrir sa
vie et d’accomplir par sa souffrance le dessein d’יהוה YHWH
(53,4sqq ; 53,10) : justifier les pécheurs de toutes les nations
(53,8 ; 53,11sqq).
Par ce
sacrifice, Sion est consolée, l’épouse stérile est de nouveau unie à Dieu par
une Alliance éternelle et devient la mère féconde de tous les serviteurs de
Dieu (54,1–55,4).
Pourtant Israël, au retour d’Exil, semble avoir oublié les
perspectives universalistes du salut dont le Serviteur devait être l’artisan
par sa souffrance.
A ce moment, un prophète apparaît : il annonce aux
exilés la gloire de la nouvelle Jérusalem, mais il ne fait plus allusion à l’expiation
du Serviteur (Is 61,1sqq). Ce titre de "Serviteur" est alors donné
par Dieu à Zorobabel (Ag 2,23), « germe » qu’il suscite dans la
lignée de David (Za 3,8 ; cf.
Jr 23,5).
Quant aux serviteurs de Dieu, la joie qu’ils attendent (Is
65,13sq ; 65,17sq) sera bien la fin de leurs souffrances ; mais elle
n’est plus présentée comme le fruit d’une offrande qui
transforme la mort en sacrifice, et en fait jaillir la vie (cf. 53,10sq).
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2. dans le Nouveau Testament
2.1. Jésus.
Jésus fait sienne la mission du Serviteur ; maître doux et humble de cœur
(Mt 11,29) qui annonce le salut aux pauvres (cf.Lc 4,18sqq), il est au milieu de ses disciples « comme
celui qui sert » (Lc 22,27), lui leur Seigneur et leur Maître (Jn
13,12-15), et il va jusqu’au bout des exigences de l’amour qui inspire ce
service (Jn 13,1 ; 15,13), en donnant sa vie pour la rédemption de
la multitude des pécheurs (Mc 10,4sqq ;Mt20,29sqq) ;
c’est pourquoi, traité comme un scélérat(Lc 22,37), il meurt sur la
croix (Mc 14,24 ; Mt 26,28), sachant qu’il ressuscitera,
selon ce qu’il est écrit du Fils de l’homme (Mc 8,31 et synoptiques :
Mt 16,21, Lc 9,22 ; Mc 9,31 et syn. : Mt
17,22-23,Lc 9,44 ; Lc 18,31-34 et syn. : Mt
20,17-19, Mc 10,32-34 ; Lc 24,44 – cf. Is 53,10sqq).
S’il
est donc le Messie attendu, le Fils de l’homme ne vient pas pour rétablir un
royaume temporel, mais pour entrer dans sa gloire et y introduire son peuple,
en passant par la mort du Serviteur.
2.2. La
prédication apostolique.
La prédication apostolique a appliqué à Jésus le titre de Serviteur pour annoncer
le mystère de sa mort (Ac 3,13sqq ; 3,18 ; 4,27sqq), source de
bénédiction et de lumière pour les nations (Ac 3,25sqq ; 26,23).
Agneau
immolé injustement comme le Serviteur (Ac 8,32sqq), Jésus a sauvé les
brebis égarées ; les plaies de son corps ont guéri les âmes des pécheurs(1P
2,21-25).Pour Matthieu, Jésus est le Serviteur qui annonce la justice aux
nations, et dont le Nom est l’espérance (Mt 12,18-21 ; cf. Is 42,1-4).
Une hymne permet à Paul de
présenter le mystère du Christ et de sa charité dans un raccourci puissant :
elle proclame que le Christ est entré dans la gloire en prenant la condition de
Serviteur et en mourant sur la Croix pour obéir à Dieu son Père(Ph 2,5-11) :
la prophétie du Serviteur annonçait donc le sacrifice rédempteur du Fils de
Dieu fait homme.
C’est pourquoi le Nom du saint Serviteur de Dieu, Jésus,
crucifié et ressuscité, est la seule source de Salut (Ac 4,10sqq ;
4,29sqq).
2.3. Les
serviteurs de Dieu.
Les serviteurs de Dieu sont désormais les serviteurs du Christ (Rm
1,1 ; Ga 1,10 ; Ph 1,1 ; cf. Tt 1,1).
De même que le Seigneur a pris pour mère celle
qui se disait sa servante (Lc1,38 ;43 ;48),de même il fait
de ses serviteurs ses amis (Jn 15,15)et les fils de son Père (Jn20,17).
Ils doivent d’ailleurs, comme leur maître, passer par la voie de la
souffrance (Jn15,20) ; c’est en triomphant de l’épreuve que les
serviteurs de Dieu entreront dans la gloire du Royaume (Ap 7,3 ;14sqq ;
22,3sqq).
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