Le Temps de l'Avent - Années C
Le Seigneur qui est venu et qui vient reviendra dans la gloire à la fin des temps pour une Manifestation ultime, vers laquelle tend l'histoire du Salut depuis ses origines.
Lors de ce dernier Avènement du Christ, le monde que nous connaissons et dans lequel nous avons appris à vivre disparaîtra pour faire place à des "cieux nouveaux" et à une "terre nouvelle" impossibles à imaginer.
Pour évoquer cette création sans précédent, nous ne pouvons que recourir à des images de bouleversements cosmiques plus extraordinaires que tous ceux dont les hommes ont gardé le souvenir.
Mais, nous dit le Seigneur, nous ne devons pas nous effrayer.
Au contraire, sachant qu'il s'agit non d'une catastrophe mais des signes précédant la venue du Fils de l'homme, nous devons nous redresser, lever la tête: ce qui advient annonce que notre libération est proche!
Dans cette espérance, restons éveillés et prions - appliqués à accomplir fidèlement et paisiblement nos tâches quotidiennes.
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Première semaine de l'Avent
Une
répétition d’espérance… Voilà à quoi nous sommes conviés en commençant
aujourd’hui ce parcours qui va nous conduire jusqu’à Noël. L’homme
biblique est un homme qui espère. Il sait que Dieu peut faire changer
les choses. Pas de rocher qui ne puisse être soulevé, pas de torrent
qui ne puisse être traversé, pas de souffrances qui ne doivent prendre
fin : le Dieu d’Israël est le Dieu des promesses. Ce qu’il a dit, il le
fera. Ce qu’il a promis, il l’accomplira : «Israël sera sauvé par le Seigneur, sauvé pour toujours, vous ne serez ni honteux ni humiliés, pour toujours et à jamais»
(Isaïe 45,17). Nous cheminerons toute cette semaine en compagnie du
prophète Isaïe pour entendre, nous aussi, résonner cette promesse qui
court de verset en verset : je sauverai, je pardonnerai, je
consolerai... L’ennemi – quel qu’il soit – ne tiendra pas ; il sera
vaincu. «Dès maintenant et à jamais, l’amour jaloux du Seigneur Sabaot fera cela» (Isaïe 9,6).
Le
temps de l’Avent, qui s’ouvre ce dimanche 29 novembre en marquant le
début d’une nouvelle année liturgique, est le temps du commencement,
c’est-à-dire de l’espérance. Espérer, pour autant, cela ne signifie pas
croire en un Dieu magicien capable, soudain, d’un coup de baguette, de
tout arranger... On aimerait parfois qu’il le fasse – n’est-ce pas ? –
mais Dieu n’a pas de baguette magique : il préfère qu’en face de lui se
tienne l’homme libre et capable de l’aimer, de lui faire confiance ou
de s’opposer à lui, et, surtout, d’espérer en lui. Le théologien
allemand réformé Jurgen Moltann (1926-…) met en perspective le «Dieu de
l'espérance» avec le «Dieu qui vient» : n’est-ce pas l’expérience que
nous sommes invités à faire en ce temps de l’Avent ? «Lorsque Dieu
viendra dans sa gloire, il remplira l’univers de sa splendeur, tous le
verront et il engloutira la mort pour toujours» (La venue de Dieu, Cerf, Paris, 2000, p. 43). C’est pourquoi l’on peut entendre avec joie : «Mets-toi debout et deviens lumière, car elle arrive ta lumière : la gloire du Seigneur sur toi s’est levée» (Is 60,1).
Pourquoi
ne pas faire de ces jours qui nous conduisent vers Noël un «exercice»
d’espérance ? Au fond, ce n’est pas très loin de la confiance : Dieu
sait, Dieu connaît les manques et les désirs de nos cœurs et voici : il
vient ! Il vient faire toutes choses nouvelles.
Premier dimanche
Première
et Deuxième Alliances, avant et après Jésus Christ: pour les chrétiens,
deux grandes périodes, deux ères d'une unique Histoire du Salut qui, à
travers heurs et malheurs, se déploie sans discontinuité, depuis que le
péché a fait son entrée dans le monde, " בראשׁית - Ἐν ἀρχῇ- In principio", "au commencement".
Telle est l'expérience dont témoigne la Bible.
Elle
atteste qu'aussi loin que puisse remonter la mémoire des hommes, Dieu,
par ses multiples interventions, a toujours manifesté sa volonté de
conduire l'humanité sur les voies de la justice, de l'y ramener quand
elle s'en écartait, afin de l'élever peu à peu vers Lui.
Au
rythme des révélations successives est née l'attente de plus en plus
vive d'un Messie, d'un Sauveur, dont les traits ont été progressivement
précisés, et qui serait un "germe", un "rejeton" de David (Première Lecture: Jr 33,14-16) - dynastie sur laquelle s'était concentrée l'espérance d'un Messie-Sauveur.
Jésus est venu, "fils de David, fils d'Abraham" (Mt 1,1), "fils d'Adam, fils de Dieu" (Lc 3,38).
Ses
disciples ont d'abord vu en lui le libérateur de l'Israël d'ici-bas (Lc
24,21). Mis en garde contre les interprétations erronées des Ecritures,
ils ont fini par le reconnaître comme Celui qui devait venir pour
établir un royaume de Justice - mais pas de ce monde: aucune cité
d'ici-bas ne s'appellera jamais "YHWH est notre Justice"! Celle que
nous attendons sera instaurée "le jour où notre Seigneur viendra avec
tous les saints", pour nous établir "fermement dans une sainteté sans
reproche devant Dieu" (Deuxième Lecture: 1Th 3,12 - 4,2).
Des signes annonceront ce retour du Fils de l'homme "avec grande puissance et grande gloire" (Evangile: Lc 21,25-28;34-36).
L'univers sera transformé. Mais que les croyants ne s'effraient pas! Au
contraire, qu'ils redressent la tête, sachant que le Jour de leur
rédemption approche, et qu'ils s'y préparent en veillant dans la prière.
Voilà
le mystère de l'Avent. Le Seigneur es venu, il vient, il "viendra avec
tous les saints" auxquels se joindront tous ceux qui auront vécu sans
reproche devant Dieu. Nous l'attendons. Qu'il fasse de nous un seul
corps avec l'Esprit Saint "qui poursuit son œuvre dans le monde et
achève toute sanctification"
Homélie du F. Pierre-Marie Delfieux,
des Fraternités Monastiques de Jérusalem:
De la terre qui meurt au ciel où tout revit
À l’écoute des propos de Jésus que nous venons de
méditer, le moins que l’on puisse dire est que nous ne sommes pas trop
rassurés !
Si l’on prend ses affirmations à la lettre, vers quels lendemains
dramatiques notre monde et l’humanité ne sont-ils pas en route ?
Il faut aller au-delà de ce qui est à mettre au compte du genre littéraire propre à ce type de discours apocalyptique.
Au-delà aussi du fait que les
auditeurs de Christ ont sans doute assimilé ce qu’il disait de la ruine
de Jérusalem avec son évocation de la fin des temps.
Que nous enseigne donc au juste Celui dont nous redisons, nous aussi : "C’est vraiment lui le Sauveur du monde" (Jn 4,42) ?
Ses propos peuvent s’entendre sur un double registre.
Le premier, comme en négatif, mais déjà porteur d’une belle exigence ;
et le second, tout en positif, empreint de la force de l’espérance.
Sur le mode négatif, le Seigneur
nous rappelle tout d’abord que ce monde créé est, en lui-même, menacé
de ruine, ou, si l’on veut, frappé de caducité. Soleil, lune étoiles,
terre, mer et puissances des cieux (Lc 21,25s) ne sont pas du tout
assurés de durer à jamais.
Pas plus que notre vie ne peut se prolonger indéfiniment ici-bas,
l’univers où nos sommes ne peut assurer par lui-même sa propre survie.
Bien plus, il doit finir (Lc 21,25-26) !
On sait scientifiquement aujourd’hui que ces propos du Christ demeurent de ce fait étonnamment réalistes et justes.
Dieu ne veut pas détruire le monde pour autant, à tout prix, ou faire
mourir les fils d’Adam. Il a créé l’univers en voyant que c’était bon
et même, pour l’homme, que c’était très bon (Gn 1,10.25.31) !
Mais le péché a fait entrer dans l’homme et dans le monde un germe de mort,
comme dit l’Écriture (Sg 2,24 ; Rm 5,12), qui conduit inéluctablement
la figure de ce monde à passer (1 Co 7,31), et l’homme que nous sommes
à mourir (Rm 5,2).
Voilà pourquoi d’emblée, le commencement regarde la fin.
Car c’est le terme des choses qui donne sens à leur devenir.
L’essentiel de notre vie n’est donc pas dans cet ici-bas. Et c’est
pourquoi, à chaque fois que recommence le nouveau temps liturgique de
l’Avent, nous nous souvenons d’abord de cette fin dernière vers
laquelle, invariablement, nous glissons.
Toujours dans ce registre, le Christ nous enseigne encore qu’avec son premier avènement les temps sont accomplis (Mc 1,15).
En quelque sorte ils sont finis.
C’est-à-dire réorientés à la vraie vie.
Désormais tout est dit et tout est donné.
Tout va pouvoir renaître.
Après avoir, à maintes reprises et sous maintes formes, parlé jadis aux
Pères par les prophètes, est-il écrit, Dieu, en ces jours qui sont les
derniers, nous a parlé par son Fils. Ainsi commence la lettre aux
Hébreux (He 1,1-2).
Le Verbe s’est fait chair (Jn 1,14), et toute chair a vu le salut de Dieu (Lc 3,6).
La fin du monde, non pas de ce monde que Dieu aime au point de lui donner son Fils unique (Jn 3,16), mais de ce monde qui le repousse en repoussant la vie, l’amour, la joie, la lumière, la paix, cette fin n’est donc pas d’abord l’affaire de Dieu, fracassant tout à la fin des temps.
Mais notre propre affaire, en ces jours que le Christ nous donne pour éliminer de notre vie toutes les œuvres de mort.
Quel rude, mais beau labeur pour notre temps !
Souvenons-nous :
Au premier jour de la création, Dieu a tout créé par la séparation
distinctive : lumière et ténèbres ; jour et nuit ; ciel et terre ;
homme et femme, etc.
En ces derniers jours de notre re-création, nous avons à tout renouveler par la séparation unitive :
à la haine, que réponde l’amour ; à la discorde, que réponde la
communion ! Que la tristesse fasse place à la joie ; que l’abattement
fasse place à l’espérance ; que le doute fasse place à la foi !
Il n’y a plus ni juif ni grec, ni esclave ni homme libre. Il n’y a plus ni homme ni femme,
mais vous ne faites tous qu’un dans le Christ Jésus (Ga 3,28).
En d’autres termes, c’est en nous séparant de tout ce qui n’est pas Dieu, ou selon le plan de Dieu, que nous irons au mieux vers Dieu, en accomplissant l’œuvre de Dieu. Que nous passerons du vieil homme qui meurt à l’Homme nouveau
qui se renouvelle à l’image du Créateur (Col 3,10).
Que nous monterons, de ce monde qui passe, à celui qui ne passera pas
parce que c’est en lui que la justice habitera (2 P 3,13).
Voilà donc la fin par quoi tout recommence !
Entre la première venue de Jésus et son dernier avènement, il nous est donné à chacun, ce temps du choix, de l’option et de l’accomplissement.
Ce temps où tout se prépare à renaître en acceptant de commencer par disparaître !
Dans un registre plus positif, on
peut dire dès lors que le Christ et l’Église nous invitent tout
particulièrement durant ce temps de grâce de l’Avent à nous ouvrir à la
joie des temps nouveaux.
Des temps où l’espérance renaît parce que va revenir Celui qui est déjà venu.
Voici venir des jours où j’accomplirai la promesse de bonheur que j’ai adressée
à la maison de mon peuple… En ces jours-là, en ces temps-là, je ferai
naître dans la descendance de David un Germe de justice. Et il exercera
dans le pays le droit et la justice (Jr 33,14-15).
Voilà donc, frères et sœurs, ce qu’annonce essentiellement la fin du monde qui passe et d’une vie qui avance.
Car, si nous mourons tous, à la fin, à ce monde que nous quitterons et
à cette vie que nous laisserons ce sera dans une ligne ascensionnelle !
Ce sera par la montée de l’espérance, dont Paul nous dit qu’elle surabonde en nous par la puissance de l’Esprit Saint (Rm 15,13). De cette espérance qui est la vertu typique de l’Avent, parce qu’elle nous tire précisément en avant.
Au-delà du visible, du limité, du mortel.
Sûrs d’un salut déjà donné et qui a déjà relevé un monde déchu, nous avançons vers la pleine réalisation de ce qui n’a pas encore été manifesté (1 Jn 3,2), mais qui nous reste promis.
Voilà ce que les apôtres ont pu appeler : l’Évangile du salut (Ac 13,26
; Ep 1,13 : He 2,3 ; 1 P 4,10-11). Au germe de mort qui conduit tout à
sa perte s’est substitué un Germe de justice qui ramène tout à la
sainteté.
Passant par le Val du Pleureur, ils en feront un lieu de source. Ils
marcheront de hauteur en hauteur et Dieu leur apparaîtra dans Sion,
chante magnifiquement le psalmiste (Ps 84,7-8).
Si la montée vers Pâques nous élève vers la contemplation du Soleil de justice, en la personne du Christ ressuscité, la marche vers Noël nous conduit vers l’étoile du matin,
en la personne du Verbe incarné (2 P 1,19 : Ap 2,2).
Que faire dès lors, en attendant ?
L’apôtre Paul nous le rappelle dans cette lettre d’hier toujours actuelle en ce jour :
Que le Seigneur vous donne, entre vous et à l’égard de tous, un amour de plus en plus intense et débordant…
Et qu’ainsi il vous établisse fermement dans une sainteté sans reproche
devant Dieu notre Père, pour le jour où notre Seigneur Jésus viendra
avec tous les saints (1 Th 3,12).
Ainsi nous voilà bien remis sur le vrai chemin. Il faut et il suffit d’aimer. Car l’amour relève, restaure et revivifie tout. Et il ne passe jamais (1 Co 13,8) !
Il renouvelle le cœur de l’homme et il renouvelle la face du monde.
En élevant peu à peu tout être et toute chose vers de nouveaux cieux et
une terre nouvelle que nous attendons selon sa promesse, où la justice
habitera (2 P 3,13).
Ainsi tout s’unifie dans ce passage du négatif au positif.
Pour fuir le mal, pratiquons le bien (Rm 12,21) !
Pour faire reculer le mal, faisons avancer le bien !
Pour mourir au mal, donnons notre vie au bien !
La mort est pâque de vie. La terre est tremplin vers le ciel. La fin du
vieux monde en route, chaque soir, annonce la venue, chaque marin, du
monde nouveau.
Restez éveillés et priez en tout temps, se contente de nous dire Jésus (Lc 21,36).
Comment ne pas le faire en effet, quand cela peut traduire, en nos vies, l’amour effectif que nous avons pour Dieu et ce monde qu’il veut sauver, et l’espérance joyeuse que nous mettons en lui et en cette terre où il nous a placés ?
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Deuxième semaine de l'Avent
Le
midi de la France connaît une belle tradition depuis longtemps exportée
en dehors de ses frontières : les santons de Provence... La foule qui
se presse autour de la «crèche» proprement dite est si improbable
autour de l’Enfant-Dieu qu’on s’en étonne encore aujourd’hui. Pensez
donc : M. le Maire est là, son parapluie replié sous le bras. M. le
curé aussi, l’air un peu engoncé dans sa soutane. Ici un vendeur d’ail,
là un souffleur de verre, un pêcheur, une vieille femme qui tricote non
loin d’un groupe qui – je vous assure – joue à la pétanque !
Invraisemblable, impossible... L’intention pourtant est belle qui
convoque autour du Sauveur tout juste né, la foule variée d’hommes et
de femmes de tous les âges et de toutes les conditions. La crèche nous
est contemporaine. Le dernier des santons... c’est chacun de nous ! Si
nous n’y sommes pas, le soir de Noël, quelque part entre saint François
et la maîtresse d’école... à quoi bon ?
Cette semaine, en
méditant sur le thème qui pourrait paraître difficile et rébarbatif de
la conversion, nous allons constituer notre propre crèche en y
convoquant toute une théorie de personnages pas forcément très
recommandables mais qui, tous, se sont laissé toucher par la
miséricorde du Sauveur. Ce sera Lévi, le publicain aux mains salies par
un profit à l’honnêteté douteuse, et puis Zachée, juché sur son arbre,
le fils qui s’était égaré jusque chez les porcs et que, prodigue en
amour, son père serre sur son cœur, la pécheresse dont les larmes sans
retenue scandalisaient Simon, le nocturne Nicodème et, enfin, Paul, le
«vase d’argile» (2 Corinthiens 4,7) dont la grâce a fait son
«instrument de choix». Il faut les imaginer, tous autour de la crèche,
levant les bras tel le ravi ou bien silencieusement agenouillés... Ce
serait la crèche du pardon.
Toute cette semaine, nous pourrons
nous laisser peu à peu toucher et transformer par cette grâce de la
miséricorde. L’appel au renouvellement intérieur, c’est-à-dire au
repentir, n’a rien d’écrasant : il s’agit de consentir à notre
faiblesse pour s’y laisser rejoindre par le Puissant, de reconnaître
notre péché pour en être pardonné. Quand paraît le Baptiste «proclamant un baptême de repentir pour la rémission des péchés» (Luc 3,3 ; évangile de dimanche prochain), ce n’est pas pour condamner mais pour faire une promesse : «toute chair verra le salut de Dieu» (3,6).
Deuxième dimanche
L'Evangile selon saint Luc établit un strict parallélisme entre la venue et le ministère de Jean le Baptiste et ceux de Jésus.
La naissance des deux enfants a été annoncée par un ange (Lc 1,5-25; 1,26-38).
Le
premier est le fils d'Elisabeth ("stérile") et de Zacharie, "tous deux
âgés"; le second est né d'une vierge que "la puissance du Très-Haut a
prise sous son ombre".Le nom de tous deux a été donné par le Messager venu du ciel.
Leur
naissance a été une grande joie pour les voisins et la famille
d'Elisabeth; et, à Bethléem, pour les bergers des environs (Lc 1,57-80;
2,1-20).
<- Détail de La Vierge et l'Enfant avec sainte Elisabeth et son fils Jean - Alessandro Allori - Musée Condé (Chantilly)
Tous deux sont circoncis, suivant la Torah, "le huitième jour après [leur] naissance" (Lc 1,59;Lc 2,21).
De
l'enfance de Jean, il est dit seulement que "l'enfant grandissait et
son esprit se fortifiait" (Lc 1,80); de celle de Jésus: "le petit
enfant grandissait et se fortifiait, tout rempli de sagesse, et la
grâce de Dieu était sur lui" (Lc 2,40).
Jean, selon le vœu de naziréat, part "vivre au désert"; Le désert de Juda ->
où Jean se retire, et où Jésus sera "tenté".
Jésus passe une "enfance cachée" auprès de ses parents auxquels "il était soumis".
Après
cette longue période de vie obscure pour tous deux, voici l'entrée en
scène de Jean, qui précède et prépare celle de Jésus. "Dans le désert,
la parole de Dieu est adressée au fils de Zacharie". Il parcourt "toute
la région du Jourdain" en proclamant "un baptême de conversion pour le
pardon des péchés" et en clamant: "Préparez les chemins du Seigneur!" (Evangile: Lc 3,1-6).
La présentation du Précurseur et de son ministère prend soin de dater
les faits avec précision; car sa venue est capitale: il est le héraut
qui précède immédiatement la manifestation du plus grand que lui, de
celui par qui "tout homme verra le Salut de Dieu".
Le prophète Baruch (Première Lecture: Ba 5,1-9)
annonçait aux enfants de Jérusalem exilés le retour dans leur ville,
devenue "Paix-de-la-Justice", "Gloire-de-la-piété-envers-Dieu" (nous
avions déjà vu dimanche dernier, en Jr 26,16, un nom messianique de Jérusalem:יהוה צדקנו
"YHWH-notre-Justice") -. Désormais, les hommes "de toutes nations,
races, peuples est langues" (Ap 7,9) se voient appelés à marcher "sans
trébucher vers le jour du Christ", à recevoir "en plénitude la justice
obtenue grâce à Jésus-Christ pour la gloire et la louange de Dieu" (Deuxième Lecture: Ph 1,4-6;8-11)
Homélie du Frère Pierre-Marie:
Tous précurseurs
Si le Seigneur a désigné
lui-même Jean Baptiste comme le plus grand des enfants des femmes (Mt
11,11), n’est-ce pas pour nous le donner en exemple à tous ?
Dès lors, ce qu’a été jadis le précurseur, chacun de nous ne doit-il pas l’être aujourd’hui, à son tour ?
Qu’est-ce qu’un précurseur, si c’est à l’être, nous aussi, que nous sommes tous appelés ?
***
Jean Baptiste est précurseur par le fait qu’il va tout d’abord s’enfoncer dans les solitudes du désert (Mc 1,4).
Il refait ainsi le chemin originel, initial, du peuple de ses pères avant leur entrée en Terre Promise.
C’est là qu’il se prépare lui-même, dégage son cœur, lave son âme, libère son esprit.
C’est là qu’il discipline son corps et maîtrise ses pensées.
Dieu peut alors entrer dans sa vie dans la mesure où il a préparé son être propre à la joie de sa rencontre (Jn 3,29).
C’est au désert qu’il devient, dans le secret des fiançailles,
l’ami de l’Epoux (Jn 3,29) et que lorsque celui-ci croise enfin sa route,
fixant les yeux sur lui, il le reconnaît (Jn 1,36).
Ses yeux ne l’auraient pas spontanément remarqué si son cœur ne l’avait ardemment attendu.
Il est bien, par conséquent, vis-à-vis de lui-même d’abord, un réel précurseur qui sait ouvrir son âme à la venue du Seigneur.
Il l’est ensuite vis-à-vis du Verbe de Dieu en se faisant, pour lui, une voix qui crie dans le désert (Mt 3,3).
Car, s’il y a la parole, il y a aussi la voix.
Une voix sans parole n’est qu’un son incompréhensible.
Mais une parole sans voix n’est qu’un silence insaisissable.
Or Dieu, qui est Parole, se dit dans le silence (Sg 18,14-15).
Pour parler aux hommes, il prend donc la voix des hommes. Et Jean
Baptiste, par sa voix, a préparé les cœurs à se faire attentifs aux
paroles du Christ.
Comme un prophète et plus qu’un prophète (Lc 7,26), en vrai précurseur,
il a préparé dans ce monde la venue de Dieu.
Vis-à-vis des hommes aussi, Jean Baptiste est le parfait précurseur qui
nous appelle tous à nous convertir au vrai Sauveur de nos vies.
Il appelle chacun à laver son âme, à aplanir sa route, à rectifier le tracé de son existence.
Il prépare ainsi bel et bien le chemin du Christ sur terre.
Car le Seigneur n’est la route que si le terrain de nos vies est prêt à l’accueillir.
Et quand il proclame ce qu’il a reçu du ciel par grâce de révélation,
et atteste ce qu’il a vu quand le Christ s’est manifesté au Jourdain,
Jean ne peut que nous guider aux sources du salut (Is 12,3) et vers cet Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde (Jn 1,29).
C’est d’ailleurs encore en ces termes qu’à chaque Eucharistie la voix
de Jean nous désigne Celui que nous devons accueillir chaque jour en
nous.
Par-delà le règne de Tibère, le mandat de Ponce Pilate, les principats
d’Hérode, de Philippe et de Lysanias, par-delà les pontificats d’Anne
et Caïphe (Lc 3,1-2), le Précurseur, toujours vivant, toujours présent,
annonce littéralement aux hommes le salut du monde.
Mais, par-dessus tout, mieux encore qu’en parole, c’est par la sainteté
de sa vie que Jean Baptiste est le vrai précurseur du Christ.
Une sainteté si haute qu’elle nous oriente directement vers Lui.
Comme Jésus, en effet, il prêchera la conversion, appellera au baptême,
à la droiture de vie, au repentir ; comme Lui, il connaîtra l’abandon
de ses disciples, l’hostilité de ses ennemis et, finalement,
l’arrestation, l’emprisonnement, le martyre.
En ce sens, Jean est bel et bien le parfait annonciateur du Christ.
Celui qui a si bien vécu comme Lui qu’il est littéralement devenu le
chemin conduisant à Lui, la lampe qui brille un instant (Jn 5,35) avant
la pleine aurore.
Comment, frères et sœurs, ne pas aimer, contempler et célébrer un tel précurseur ?
***
Comment aussi ne pas l’entendre nous redire aujourd’hui que nous sommes tous des précurseurs à notre tour ?
Nous avons d’abord à l’être vis-à-vis de nous-mêmes, comme Jean Baptiste l’a fait en s’enfonçant au désert.
En vivant ce que saint Paul appelle le dépouillement et ce que saint Ignace nomme le détachement.
Car, si Dieu demeure à jamais celui qui vient et qui nous aime toujours
en premier, il ne peut le faire sans le consentement, en quelque sorte
«précurseur», de notre propre liberté.
Il le fait donc à la mesure de la préparation préalable, effectivement active, de notre cœur.
Acceptons-nous donc déjà de dire un oui a priori à l’appel de son amour ?
Ce fossé à combler – au nom de la charité –
cette aspérité à raboter – au nom de l’humilité –
ce travers à rectifier – au nom de la pureté et de la paix –
voilà ce que la voix de Jean qui retentit nous invite à mettre en œuvre
pour faciliter, là, en notre vie, l’avancée du Christ.
Comme il est beau de savoir que nous pouvons ainsi, gratuitement,
activement, préparer en notre âme la venue de Celui qui veut, encore et
toujours, revenir en nous, pour y demeurer à tout jamais (Jn 14,23).
La joie que nous pourrons ressentir dans la nuit de Noël sera
directement proportionnelle aux efforts de préparation et de conversion
que nous aurons librement entrepris pour désencombrer nos cœurs.
Ne serait-ce que par une démarche vers le sacrement du pardon, le
baptême du repentir dont Jean Baptiste a posé les premières pierres !
Jean Baptiste nous invite également à préparer autour de nous les chemins d’un Sauveur venu pour tous.
Car, si Dieu nous a tout donné :
une voix pour parler,
des pas pour marcher,
des mains pour servir,
une intelligence pour comprendre,
un cœur pour aimer,
Il veut aussi que ce soit par nous que son propre salut soit annoncé, célébré et partagé.
Parlant aux chrétiens de la ville de Philippes, l’apôtre Paul – il nous l’a redit tout à l’heure (Ph 1,4-6;8-11) – leur fait part de sa joie pour tout ce qu’ils ont accompli pour l’Évangile en communion avec lui.
Frères et sœurs, nous restons tous, en ce sens, des ambassadeurs du
Christ et des messagers de la Bonne Nouvelle (2 Co 2,15 ; 5,20).
<- Jean et ses disciples - Peinture sur bois (détail) par un anonyme de l'Ecole de Sienne - Pinacothèque de Sienne.
Des précurseurs du Seigneur sans qui son Évangile ne serait ni connu ni annoncé.
Tout
autour de nous et au plus loin devant nous, voici que tout un peuple
reste encore en attente de cette Bonne Nouvelle qui ne nous est donnée
que pour être partagée.
Nous non plus, nous ne pouvons pas n’en pas parler.
Même s’il nous semble parfois que notre voix n’est qu’un cri qui retentit dans le désert.
On a tellement soif de vérité, on est si affamé de lumière quand on
navigue, sans but, dans ce désert – fût-il doré – de ce qui tisse le
plus souvent la trame de l’existence.
Cette existence où rien n’a plus de sens, de poids ou d’intérêt, quand Dieu en reste absent ou méconnu.
Même avec la promesse d’un pouvoir d’achat sans cesse accru.
Mais seule évangélise, en finale, l’authenticité de notre vie.
Disons donc, pour terminer, que c’est essentiellement en cherchant à
imiter, à la suite de Jean Baptiste, ce même Jésus Christ que nous
dirons au monde la mystère de sa Nativité et la grande joie de sa
présence au cœur de notre cœur.
Les saints n’ont pas besoin de se faire entendre ; «leur existence est un appel».
Voilà qui prépare les chemins du Seigneur !
Voilà qui donne envie de connaître son Visage !
Voilà qui réalise sur terre la manifestation de Sa venue et de Sa Présence !
Car le Corps du Christ, c’est nous désormais (1 Co 12,27).
Tout chrétien est, au milieu du monde, un possible tremplin pour l’incessant rayonnement de sa grâce.
N’y faisons pas barrage !
Mais n’oublions pas non plus que nous ne restons ce faisant ou ce
disant, que des précurseurs, c’est-à-dire ceux et celles qui
accomplissent seulement une infime part du travail.
Il nous faut donc apprendre à laisser Dieu achever ce qui n’est jamais
qu’ébauché ou mis en route par nous – et cela encore avec sa propre grâce.
Puisque Dieu a si bien commencé chez vous son travail, écrit Paul aux
Philippiens, je suis persuadé qu’il le continuera jusqu’à son achèvement
au jour où reviendra le Christ Jésus (Ph 1,6).
À qui reste uni à lui, Dieu lui-même donne d’agir.
Et quiconque vit de lui, Dieu rayonne à travers lui.
Mais c’est toujours essentiellement lui qui inspire, conduit, construit, accompagne, restaure, convertit.
Et ce qu’il donne à quiconque de commencer, il peut toujours le prolonger et l’achever à son gré.
Il nous suffit d’accepter et de collaborer.
En un mot, d’être ses précurseurs.
Mais quelle joie de pouvoir
participer ainsi à son œuvre de salut !
Comme le chante pour nous, en ce jour, le prophète : Jérusalem, quitte
ta robe de tristesse et de misère et revêts pour toujours la beauté de
la gloire de Dieu ! (Ba 5,1).
La divinisation de nos vies baptismales est bien déjà commencée.
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Troisième semaine de l'Avent

Dans
les églises orientales, sur ce qu’on appelle l’iconostase, la figure
centrale du Christ est immédiatement encadrée par deux personnages qui
lui forment comme un porche d’honneur, une escorte royale : Marie et
Jean-Baptiste.
<- Déisis (le Christ encadré de la Vierge et de saint Jean le Baptiste intercédant auprès de lui) constituant (traditionnellement) la partie centrale d'une architrave d'iconostase (vers 1280) - Monastère du Mont Sainte-Catherine (Sinaï)
Ce sont les deux figures qui président à l’avènement du
Christ : Jean, parce qu’il l’annonce, Marie, parce qu’elle le porte en
son sein ; Jean parce qu’il conduit les hommes vers lui, Marie parce
qu’elle le donne au monde… Plus on avance dans le temps de l’avent,
plus ils sont présents : Jean et Marie, les deux portes par lesquelles
il nous faut entrer pour goûter au mystère de la joie.
Gaudete ! C’est – du moins dans le latin d’autrefois ! – ce que
l’on entendait résonner dès l’ouverture de la liturgie du troisième
dimanche de l’avent : Réjouissez-vous ! Ce troisième dimanche est en
effet traditionnellement le dimanche de la joie. Il est difficile de
parler avec justesse de la joie, sans tomber dans la caricature. Le
chrétien n’est ni un être hilare, égrenant, guitare en bandoulière, des
chapelets d’Alleluia, ni un être que sa foi rendrait inaccessible à la
désespérance. Le chrétien est de la même pâte que tous les hommes : la
souffrance, la tristesse, et même l’angoisse peuvent étreindre son
coeur comme celui de tout homme. Et pourtant il est bel et bien invité
à la joie. Il reçoit même l’ordre de la joie ! «Laissez-moi vous le
redire : soyez dans la joie !» (Philippiens 4, 2e lecture de dimanche).
La joie est donc un mystère que l’Écriture va nous aider à découvrir
tout au long de cette semaine. Joie de pouvoir célébrer le Dieu sauveur
; joie dans la foi et dans l’amour fraternel ; joie des moissonneurs,
de la mère, de l’épousée ou du berger, joie divine !… Un bienheureux
parcours en ces jours qui précèdent Noël, durant lesquels la joie est
parfois si frénétiquement recherchée, voire revendiquée. Comme le dit
le Livre de Vie des Fraternités de Jérusalem, en son dernier chapitre
consacré à la joie : «La joie nous est donnée». C’est fait. Et si ce
Noël était l’occasion pour nous d’en faire la vraie, l’ineffable
expérience ?
Troisième dimanche
«Soyez dans la joie du Seigneur, soyez toujours dans la joie, le
Seigneur est proche» (Antienne d'ouverture, d'après la Deuxième Lecture: Ph 4,4-7). L’antienne d’ouverture de
l’eucharistie de ce troisième dimanche en donne la note spécifique :
«Gaudete !», c’est le nom donné à ce dimanche, le dimanche de la joie.
Et l’oraison précise en quel sens nous sommes invités à entrer dans
cette joie : «Tu le vois, Seigneur, ton peuple se prépare à célébrer la
naissance de ton Fils ; dirige notre joie vers la joie d’un si grand
mystère : pour que nous fêtions notre salut avec un cœur vraiment
nouveau».
Une fois de plus, les perspectives sont élargies :
nous ne marchons pas vers la crèche pour y admirer un nouveau-né ; nous
entrons progressivement dans un mystère qui n’est rien de moins que
celui de notre salut. L’aurore s’approche comme le signifie la couleur
plus claire (presque rose !) des ornements liturgiques de ce troisième
dimanche.
Joie
et paix: les biens les plus précieux, à la fois source et condition de
tous les autres; étroitement associés à la fête de Noël, ils évoquent
le climat dans lequel on voudrait que tous, partout, puissent la
célébrer...
Impossible pourtant
d'oublier totalement les soucis quotidiens, les motifs de tristesse, de
crainte, d'angoisse, la misère et le malheur qui, aujourd'hui,
endeuillent des multitudes d'hommes, de femmes, d'enfants dans le monde.
On
peut s'efforcer de ne pas trop penser, pendant quelque temps, à ce qui
nous affecte personnellement... Mais il ne faut pas oublier le surcroît
de douleur que cause à tant d'autres la vue ou la pensée de ce que nous
avons de bon,et qu'ils n'ont pas, le malheur qu'ils connaissent et que
nous ne connaissons pas.
Pourtant,
nous l'avons vu, dès le premier mot de son antienne d'ouverture, la
liturgie de ce dimanche nous invite à entrer résolument dans la joie de
la fête toute proche.
Mais
entendons-nous bien: il ne s'agit pas de la joie factice des magasins
pleins à craquer, des illuminations voire de la musique dans les rues,
des publicités dans tous les médias.
Il
s'agit d'une joie profonde, sans faux-semblant: "la joie d'un si grand
mystère" célébré "avec un cœur vraiment nouveau" (Prière d'ouverture).
"Eclate en ovations! Réjouis-toi, tressaille d'allégresse" (Première Lecture: So 3,14-18a): le prophète Sophonie
lançait cette vibrante invitation au VIème siècle avant notre ère, à
une époque de calamités telles que beaucoup disaient "Dieu nous
oublie". Aujourd'hui, beaucoup disent: "Le monde est devenu fou!" A
tous ceux, hier comme aujourd'hui, que le tragique indéniable de la
situation pousse au découragement, voire au désespoir, le prophète ne
cesse de répéter:" Ne laissez pas vos mains défaillir. Le Seigneur est
là, il apporte le Salut!" Et dans la deuxième Lecture, l'apôtre Paul
insiste, et élérgir la perspective: "Joie et sérénité toujours! En
toutes circonstances, priez dans l'action de grâce pour obtenir la Paix
de Dieu - qui surpasse tout ce qu'on peut imaginer".
Ce message est un cri d'espérance qui s'adresse
à tous: le Sauveur est proche - et il faut y croire d'autant plus
fermement que les temps sont plus durs, il faut s'y préparer et hâter
sa venue!
"mais que pouvons-nous faire?" (Evangile: Lc 3,10-18)
"Partger avec les nécessiteux, vous garder de toute violence, vous
comporteravec justice" répond Jean Baptiste. Sans oublier que le Sauveur
est aussi le Juge, qui demandera des comptes à tous!
Homélie du F. Pierre-Marie:
L’Avent royal, nuptial et sauveur
"Pousse des cris de joie, fille de Sion ! Lance un chant d’allégresse, Israël",
proclame en ce jour Sophonie le prophète.
"Réjouis-toi, triomphe de tout ton cœur, fille de Jérusalem !" (So 3,14).
On comprend que la liturgie nous demande de nous livrer sans partage à
la joie en ce dimanche qu’elle veut tout particulièrement baigné
d’allégresse.
Nous sommes en effet au cœur du temps de grâce de l’Avent où tout nous invite à la reconnaissance et à l’espérance.
L’événement que nous nous apprêtons à fêter ensemble est si grand, si
unique et si beau que nous nous donnons, chaque année, quatre semaines
pour le préparer !
Il s’agit en effet ni plus ni moins de la naissance, ou mieux de la Nativité, de Dieu sur notre terre !
En ce sens, Jésus est bien le seul personnage de l’histoire dont tout
un ensemble de peuples, non seulement commémore chaque année la venue,
mais encore la prépare, un mois durant, dans la prière car elle reste
éternellement nouvelle.
Cet avènement, ou plutôt cet Avent, est donc tout particulièrement un temps de joie.
C’est un avènement royal qui stimule notre foi.
C’est un avènement nuptial qui nourrit notre amour.
Et un avènement sauveur qui fortifie notre espérance.
*
L’avènement royal du Christ nous est indiqué dès le premier jour de sa conception ;
et il est proclamé à son dernier jour sur la croix.
Le Seigneur lui donnera le trône de David son père, déclare l’ange
Gabriel. Il règnera sur la maison de Jacob à jamais, et son règne
n’aura pas de fin (Lc 1,32-33).
Donc, tu es roi ? lui demande, lors de son jugement, le gouverneur Ponce Pilate.
Tu l’as dit : je suis roi, confirme Jésus (Jn 18,37).
Et, au-dessus de sa croix, un écriteau écrit en grec, en latin et en hébreu (Jn 19,20),
proclame sa royauté en face des remparts de la Ville sainte.
Il nous faut tout d’abord bien comprendre cela.
Tout au long de sa vie, Jésus annonce un Royaume :
promesses du Royaume ; paraboles du Royaume ; béatitudes en vue du Royaume.
Royaume de Dieu, c’est-à-dire de paix, de vie éternelle et de bonheur.
Royaume des cieux, c’est-à-dire venant d’en haut et annonciateur d’un au-delà de gloire (2 Co 4,4).
Mais, par-dessus tout, un Royaume d’humilité et d’amour.
Un Royaume qui ne s’impose ni par le prestige ni par la puissance, mais
se propose dans la paix et s’accueille dans l’intériorité.
Le Fils du Dieu Très-Haut qui vient pour naître, vivre, mourir et puis
ressusciter sur notre terre, veut bel et bien être notre Roi ; mais le
roi de nos cœurs qui l’accueillent dans la foi.
Il veut être le Roi universel que tous les hommes, un jour, puissent reconnaître (Jn 12,32), mais dans une sainte liberté (Rm 8,21 ; Jn 1,25).
La question, dès lors, qui interroge nos vies, est de savoir qui donc règnera en nos cœurs.
À quoi consacrons-nous le plus clair de nos énergies ?
À qui donnons-nous l’essentiel de notre temps ?
Quel est le but premier et dernier de nos propres existences ?
Il est Quelqu’un qui vient, frères et sœurs, et qui attend de nous que
nous sachions nous faire, pour l’accueillir, un cœur de reine, pour
rester dans l’image de l’Évangile.
Que nous sachions redire avec lui, en vérité, à chaque Notre Père :
Que ton Règne vienne !
Oui, l’Avent est d’abord cet événement royal qui sollicite notre marche avec le Christ, de toute notre foi.
Personne au monde n’est jamais né sur terre en prétendant atteindre à une Royauté
aussi profonde, aussi universelle, car c’est celle du Fils de Dieu
lui-même - dont la Lumière est capable d’éclairer à elle seule toutes
les âmes de la terre, avec une préférence particulière pour chacune
d’elles.
*
Ce Roi qui va naître sans bruit, comme un enfant, d’une Vierge immaculée, ne vient pas en effet pour nous dominer, mais pour nous épouser.
Car il nous aime (Jn 3,16 ; 1 Jn 9,9-10).
Son avènement est donc aussi un Avent nuptial.
Ce n’est pas là non plus qu’une belle image !
En naissant parmi les fils d’Adam, Jésus a épousé notre condition humaine, puisqu’il s’est fait en tout semblable à nous (Ph 2,7).
Avec saint Paul nous pouvons dire désormais que nous sommes de sa race (Ac 17,28).
Sans être pécheur en rien, puisqu’il est pur et saint, le Christ Jésus a épousé notre condition pécheresse (2 Co 5,21), en prenant sur lui le poids de toutes nos fautes
(Is 53,4-12 ; 1 P 2,21-25).
Et il a épousé jusqu’à notre condition mortelle en acceptant de faire
sienne notre propre mort en l’embrassant, comme disent les Pères, de
ses deux bras divins cloués en croix.
Nous ne saurons jamais dire assez jusqu’à quelle folie d’amour Jésus a
choisi librement d’aller en se présentant à nous comme un époux, car
c’est bien là ce qu’il nous déclare (Mt 9,15 ; Jn 3,29).
Non seulement nous voici redevenus fils adoptifs, par sa nativité, mais encore cohéritiers de sa gloire divine (Rm 8,17), dans la promesse des noces éternelles (Is 62,5 ; Ap 21,2-3).
La question, à ce stade, qui interroge nos âmes est donc de savoir si
nous voulons vraiment nous faire un cœur d’épouse, pour le redire avec
l’apôtre Paul (1 Co 11,2 ; Ep 5,22-25).
Nous avons reçu dès les premiers jours la robe baptismale.
N’oublions pas qu’au dernier jour, elle nous sera demandée au titre de la robe nuptiale
(Is 61,10 ; 62,5 ; Mt 22,12).
Voici l’époux qui vient, frères et sœurs (Mt 25,1-6).
L’enfant qui va naître à Bethléem annonce déjà l’aube de son grand retour (Ap 22,17).
Venez, sortons à sa rencontre, proclame l’Évangile (Mt 25,6).
L’attente de ces épousailles ne peut que faire chanter de joie notre cœur si nous l’attendons vraiment avec amour.
*
Disons, pour finir, que cet avènement royal et nuptial est aussi un Avent sauveur.
Et cela stimule notre espérance.
Celui qui va naître à Bethléem en effet porte le nom que le Seigneur lui-même s’est plu à indiquer à Joseph.
Le Père éternel du ciel l’a directement dicté à son père légal de la terre :
Tu lui donneras le nom de Jésus, ce qui signifie, précise bien saint Matthieu, Dieu nous sauve (Mt 1,2).
Désormais, nous voici tous sauvés en effet (1 Tm 2,4).
Du moins en espérance.
Quatre semaines durant, l’Avent nous prépare à la joie de cette immense nouvelle :
Dieu se fait homme, et c’est pour nous une véritable fierté.
Il s’est fait homme pour nous faire Dieu, et c’est pour nous une espérance sans fin !
Non seulement Dieu nous rejoint déjà, et le salut est commencé ; mais
encore Dieu nous attend là-haut, et c’est un bonheur éternel qui nous
sera demain donné en plénitude.
Préparons donc chez nous une vraie place au Seigneur puisqu’il nous prépare déjà une vraie place en sa maison d’éternité (Jn 14,3).
Nous pouvons nous convertir à la voix de Jean Baptiste !
Pour que Jésus puisse grandir, acceptons de diminuer (Jn 3,30).
Redressons nos sentiers ! rabotons nos aspérités inutiles !
Nous savons bien qu’en aplanissant ceci, par un peu plus de douceur, et
en comblant cela, par un surcroît de ferveur, le Seigneur pourra
tellement mieux passer.
Et nous serons heureux de voir le Christ venir véritablement habiter nos vies pour les sauver.
*
Réjouissez-vous sans cesse dans le Seigneur, nous lance en ce jour l’Apôtre des nations, je le répète : réjouissez-vous !
Votre sérénité dans la vie doit frapper tous les regards.
N’entretenez durablement aucun souci.
Mais en tout temps recourez à la prière et à l’action de grâces.
Alors la paix de Dieu qui surpasse toute connaissance prendra sous sa garde vos cœurs et vos pensées, dans le Christ Jésus (Ph 4,4-7).
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Quatrième semaine de l'Avent
Le temps est proche : Dieu est en marche vers le monde. Comment
allons-nous l’accueillir ? Pour répondre à cette question, il faut en
poser une autre : comment l’attendons-nous ? Les sollicitations sont
multiples – et bien souvent légitimes : chercher le cadeau qui mettra
le cœur en joie, préparer la table où se dira la communion familiale...
Et pourtant, cet aujourd’hui n’est pas semblable à tous les autres :
nous attendons le Messie, c’est-à-dire Celui qui vient nous apporter le
salut.
Devant lui, tel un héraut qui sonne la trompette pour
annoncer son Jour : Jean Baptiste, nouvel Élie, au doigt pointé vers
l’aurore de notre salut.
Le Talmud raconte cette histoire :
«Rabbi Joshua
demanda à Élie : ‘Quand viendra le Messie ?’
Élie répondit : ‘Va et
demande-le au Messie lui-même’.
- ‘Où est-il et comment le
reconnaîtrai-je ?’
- ‘Il est assis à la porte de la ville parmi les
pauvres et les malades et il est en train de panser leurs plaies’.
Joshua se rendit à la ville, aperçut le Messie et le salua : ‘Paix à
toi, Seigneur et maître’.
Le Messie répondit : ‘Paix à toi, fils de
Levi.’
Joshua demanda : ‘Quand viendra mon Seigneur ?’
Le Messie
répondit : ‘Aujourd’hui’.
Rabbi Joshua retourna auprès d’Élie qui
l’interrogea sur ce que le maître avait dit. Après avoir répondu, le
rabbin demanda à Élie : ‘Est-ce que le Messie n’a pas menti en disant
qu’il viendrait aujourd’hui ?’
Élie lui dit : ‘Il t’a dit :
Aujourd’hui si vous écoutez sa voix’ (Ps 95,7)».
C’est donc
«aujourd’hui» que Dieu est en marche vers le monde. Toute cette
semaine, nous allons scruter les Écritures en leur demandant de nous
révéler le visage du Messie. Comment attendre celui qu’on ne connaît
pas ? Lumière, Prophète, Sauveur, Médiateur, Roi, Berger : c’est un
véritable portrait qui se dessinera au fil des jours. Les textes ne
sont pas faciles, chargés de références multiples et d’un style parfois
déroutant : peu importe. Laissons-nous faire par la Parole même si nous
avons le sentiment de ne pas tout à fait la comprendre. Elle nous
«comprend» et nous conduira, sûrement et sans faillir, jusqu’à Bethléem.
Quatrième dimanche
Le
Temps liturgique de l'Avent est sur le point de s'achever. Chacun
s'affaire aux ultimes préparatifs de la fête de la Nativité du
Seigneur. De son côté, la liturgie de ce dimanche se présente comme une
veillée de Noël pleine de retenue, avant la célébration solennelle où
éclatera le le joyeux chant du "Gloria!", tandis que les cloches
des églises sonneront à toute volée. Certaines années (en 2000 et 2006
par exemple), ce dimanche tombe d'ailleurs le 24 décembre.
Ainsi que l'avait annoncé le prophète Jérémie, le "Germe de Justice" promis à la maison de David (Voir Jr 33,14-16 ici et le Premier dimanche de l'Avent ici) est né à "Beth-Léhem d'Ephrata" (Première Lecture: Mi 5,1-4a),
mais "ses origines remontent aux temps anciens, à l'aube des siècles".
Pour mettre au monde cet enfant, "berger" qui rassemblera tous les
peuples et qui est "lui-même la paix", Dieu a choisi une fille
d'Israël, "bénie entre toutes les femmes" (Evangile: Lc 1,39-45).
Marie s'est empressée d'aller chez sa cousine Elisabeth, "la stérile",
enceinte d'un enfant appelé à préparer les chemins du Seigneur.
Rencontre de deux femmes débordantes d'actions de grâce: le Dieu fidèle
accomplit ses promesses; il vient visiter et sauver son peuple!
Elisabeth sent l'enfant qu'elle porte tressaillir d'allégresse. A ce
signe, elle comprend que Marie est "la Mère du Sauveur", la parfaite
servante du Seigneur, totalement docile à sa Parole.
<- La Visitation
- détail du devant d'autel de Santa Maria d'Avià: "Scènes de la vie de
la Vierge et Nativité", vers 1200 - Musée d'art de Catalogne, Barcelone.
L'artiste
anonyme qu'on appelle "le Maître d'Avià" a bien su rendre - par leur
enlacement mutuel, l'affection qui unit les deux cousines. Sous la
chaude et comme protectrice étreinte d'Elisabeth, le visage de Marie,
qui exprimait une certaine crainte dans la représentation de
l'Annonciation, s'est détendu.
Le "fruit béni de ses entrailles" est le Fils de DIeu qui a pris chair pour que s'accomplisse la volonté de son Père (Deuxième Lecture: Hé 10,5-10):
libérer l'humanité du péché et de la mort. "L'offrande faite de son
corps, une fois pour toutes", dès son entrée dans le monde, a été
consommée sur l'autel de la Croix où Jésus a librement offert sa vie
pour le Salut de la création entière. Car la mort ne l'a pas retenu:
ressuscité, il a été exalté à la droite de Dieu où il intercède pour
nous.
La venue du Fils de Dieu dans notre chair est donc la première étape de sa Pâque et de la nôtre. Son incarnation ouvre le chemin qui nous conduit, avec lui, jusqu'à la gloire de la résurrection.
Homélie du Frère Pierre-Marie:
Élisabeth et Marie
La jeune fille vierge et la femme stérile
Une ligne d'horizons où se découpent les sommets arrondis des monts de Judée.
Porte grand ouverte sur l'intérieur de la maison de Zacharie.
Tout au loin se devinent encore les remparts de la Ville Sainte, dominée par la silhouette du Temple de Jérusalem.
Têtes dans le ciel, tout auréolées d'allégresse, et pieds sur la terre, lourdes d'espérance, elles sont là, debout, toutes deux.
Dans l'ineffable intimité de cette rencontre sans témoin, mais dont la
chrétienté contemple, en ce jour encore, le vivant souvenir, tout un
monde se trouve rassemblé.
L'essentiel de notre foi, nous révélant le Mystère du salut des hommes, est ici contenu.
Comme concentré dans ce monde intérieur féminin auquel l'Église a donné le nom, si doux et si fort, de Visitation.
Diptyque de la grâce.
Tableau de la rencontre.
Face à face où tout est dit en un échange incomparable.
Et où la lumière de la Vie divine transfigure les visages de ces deux femmes de la terre, à qui le ciel vient de parler.
L'une porte Jean-Baptiste. Providentiellement venu en elle, par la miséricordieuse tendresse de notre Dieu (Lc 1,78).
L'autre porte Jésus. Miraculeusement germé en elle : car rien n'est impossible à Dieu (1,37).
La première, chargée de vieillesse, mais tout empreinte de droiture, est juste et fidèle;
trempée par l'épreuve d'une longue stérilité (1,6-7).
La seconde est pleine de jeunesse et rayonnante de fraîcheur, comblée de grâce (1,28) et bénie entre les femmes (1,48).
Dernier et premier maillon sur la chaîne des promesses divines, ces deux témoins sont à la charnière des deux Alliances par quoi Dieu s'est plu à nous sauver, pour nous aimer.
À présent, amour et vérité se rencontrent, justice et paix s'embrassent.
La fidélité germe, aujourd'hui, de la terre, dans le sein de la mère du Précurseur.
Et des cieux se penche la justice dans le sein de la Mère du Sauveur (Ps 85,11-12).
Voici donc Élisabeth par qui le signe est annoncé (Lc 1,36).
Et voilà Marie, par qui le salut se manifeste.
On peut les regarder, frères et sœurs. On peut les écouter. On peut les contempler!
Que nous enseignent-elles du bonheur, comme dit l'une (1,43)
et des merveilles de Dieu, comme chante l'autre (1,49) ?
La première à nous instruire est Élisabeth dont le nom signifie : Dieu est ma plénitude.
C'est d'abord une femme.
Une fille d'Ève, âgée, en bout de course, stérile; et qui, par là même,
devient comme la figure de toute une humanité en quête de salut.
De toute une race mortelle en quête de vie éternelle.
C'est à ce vieux monde, dont nous sommes, incapable par lui seul de se
relever, usé par le péché, que l'éternel salut de Dieu est aujourd'hui
annoncé.
Élisabeth est ensuite une femme d'Israël, descendante d'Aaron et épouse du prêtre Zacharie (1,5).
Venant au terme de toute une lignée d'observateurs de la Loi et de priants fidèles.
De toute une suite de croyants dont ni l'encens, ni les offrandes, ni les sacrifices
ne peuvent assurer la délivrance.
Mais aujourd'hui, pour tout ce peuple de l'attente, se lève l'aube annonciatrice du soleil levant (1,78).
Oui, aujourd'hui, l'espérance d'Ève et le rire de Sarah; les larmes de
Rachel et les soupirs de Rebecca; les rêves de Ruth, les cris de
Judith, les prières d'Esther; l'attente des juges, des sages, des
prophètes, des rois et des prêtres... Tout cela est comme concentré en
Élisabeth, la descendante d'Aaron (1,5).
Et nous pouvons, nous aussi, nous souvenir, comme elle, de ce que le Dieu fidèle n'a point failli à ses promesses!
De ce fait, Élisabeth est bien aussi comblée par Dieu.
Comme Sarah, mère d'Isaac, le puisatier, comme la femme de Manoah, mère
de Samson, le juge, comme Anne, mère de Samuel, le prophète, toutes
trois stériles et éplorées de ne pas avoir d'enfant, elle vient de
concevoir celui dont le nom signifie : Dieu fait grâce.
Nouvel Isaac, réactivant les sources; nouveau Samson, en appelant à la
justice de Dieu; et nouveau Samuel, en étant plus qu'un prophète,
Jean-Baptiste sera bel et bien le précurseur du Sauveur.
Cet Élie qui doit venir (Mt 11,14).
Cette lampe qui brille dans la nuit (Jn 5,35).
Et cette voix criant dans le désert, annonciatrice du Verbe de Dieu (1,1;23).
Élisabeth ressent en son sein un tressaillement.
Littéralement, un "bondissement" de joie (1,41).
Comme si la voix du Précurseur voulait saluer déjà la venue du Sauveur.
Et elle pousse alors un grand cri, nous est-il dit; au mot à mot du texte : "une clameur" (1,42).
C'est que ce bondissement intérieur et ce grand cri traduisent
l'allégresse et le soulagement de tout un peuple, dont cette femme,
assise aux confins de Jérusalem,
se fait l'écho, par cette voix forte qui se répercute sur toutes les collines du haut pays.
Le salut tant attendu, si longtemps espéré, est enfin annoncé!
Et nous aussi, frères et sœurs, avec sainte Élisabeth, nous pouvons
nous réjouir de ce que la Mère de notre Seigneur vienne encore, en ce
jour, jusqu'à nous!
Et nous pourrons demander au ciel de nous faire ressentir, avec elle, un peu de ce bonheur venu visiter notre terre (1,43).
Car Dieu s'est souvenu.
Ainsi qu'il l'avait promis à nos pères, en faveur d'Abraham et de sa race à jamais! (1,56).
Fille d'Abraham elle aussi, la seconde à nous instruire est Marie dont le nom signifie à la fois : le tambourin, la myrrhe, la fontaine et l'étoile du matin.
Car elle annonce : la joie, l'amour, la vie et la lumière.
Une vraie fille des hommes qui s'accepte pleinement enfant de Dieu.
Une femme dont tout un monde attend le oui.
Cette femme dont la descendance doit un jour donner le vainqueur du Tentateur (Gn3,15).
Cette femme dont le prophète Isaïe, depuis des siècles déjà, annonce
mystérieusement, dans sa plus ancienne version grecque, qu'elle est une
vierge enceinte et qui enfantera un fils auquel on donnera le nom
d'Emmanuel (Is 7,14).
Cet enfant, proclame également l'antique Isaïe, qui nous est né, ce
fils qui nous a été donné, qui a reçu l'empire sur ses épaules; et à
qui on donne ce nom : "Conseiller Merveilleux, Dieu Fort, Père éternel,
Prince de la Paix" (9,5).
"Et toi, Bethléem Ephrata", proclame à son tour le prophète Michée,
mêlant pour cela étonnamment passé, présent et futur, tant ce qu'il dit
le porte et le dépasse : "c'est de toi que naîtra celui qui doit régner
sur Israël. Ses origines remontent aux temps jadis, aux jours antiques.
C'est pourquoi le Seigneur les fera attendre jusqu'au jour où aura
enfanté celle qui doit enfanter (5,1-2).
Rien
pourtant en Israël ne permettait, en dehors de ces textes restés encore
par trop isolés et mystérieux, d'imaginer une naissance virginale.
Surtout chez un peuple où la fécondité était universellement considérée comme un signe de bénédiction.
Et où toutes les histoires païennes et rocambolesques des mythologies
ambiantes, de l'Olympe par exemple, étaient vues avec horreur par les
Juifs.
Si donc quelqu'un avait voulu inventer un «mythe de l'annonciation», et
surtout pour révéler la venue du Messie, ce n'est certainement pas dans
le contexte évangélique qu'il aurait pu le placer!
Or, c'est bel et bien là que se trouve mentionnée et affirmée, en toute force et clarté,
l'annonce de la naissance virginale de Jésus.
Le premier, l'évangéliste saint Matthieu, au terme de sa longue généalogie de Jésus Christ, fils d'Abraham, fils de David (1,1) écrit très explicitement, à la fin de tous ces engendrements, qu'après Joseph, l'époux de Marie, c'est de celle-ci que naquit Jésus que l'on appelle Christ (1,16).
En faisant bien comprendre que ce n'est pas par lui, Joseph, qu'il a pu être engendré.
"Ne crains pas de prendre chez toi Marie ton épouse, lui dira
d'ailleurs l'ange du Seigneur, car ce qui a été engendré en elle vient
de l'Esprit Saint" (1,20).
Même affirmation limpide et ferme, sans équivoque possible, dans
l'Évangile de saint Luc, où il est dit que le nom de la vierge était
Marie.
Et que sa maternité s'accomplira même si, selon sa propre expression, elle "ne connaît point d'homme".
Et cela : "par la puissance du Très Haut qui la prendra sous son ombre" (1,34-35).
Avec le quatrième Évangile, l'affirmation est tout aussi forte puisqu'il est dit du Verbe fait chair, Lui que "ni sang, ni vouloir de chair, ni vouloir d'homme, mais Dieu a engendré" (1,12), qu'il est bien ce Fils de la Promesse, le "Fils unique qui est dans le sein du Père" (1,18), Jésus Christ par qui nous sont venues la grâce et la vérité (1,17).
L'apôtre Paul ira dans le même sens en écrivant qu'à la plénitude des temps, Dieu envoya son Fils, né d'une femme - c'est-à-dire qu'il est vraiment homme; né sous la Loi - pour dire qu'il était vraiment juif (Ga 4,4); issu de la lignée de David selon la chair (Rm 1,3) - pour signifier qu'il était bien l'héritier des promesses et le Messie annoncé par les Écritures .
Dans
cette ligne, dès le départ de l'Église, les Pères, comme saint Ignace
d'Antioche, saint Justin Martyr, saint Épiphane, saint Augustin et tous
les autres, ont affirmé de toute leur science et de toute leur âme, la
même foi.
«Je crois en Jésus Christ né de la Vierge Marie», dit le Symbole des Apôtres, notre Je crois en Dieu.
«Il a pris chair de la Vierge Marie», proclame le Credo de Nicée en 325, notre profession de foi dominicale.
Affirmation de la virginité perpétuelle de Marie par les Conciles de
Constantinople en 381 et du Latran en 649, base de toute notre
christologie.
Si une chose est claire pour le croyant, pour peu qu'on soit sérieux en exégèse et impartial en histoire, c'est bien l'affirmation de la foi constante, par delà toutes les contestations et les controverses, au nom même des plus précises analyses textuelles, et de l'Écriture et de la Tradition, en la naissance virginale de Jésus.
Comment donc ne pas rejoindre ici, de toute notre foi, ce que depuis
vingt siècles, les Églises chrétiennes, tant d'Orient que d'Occident,
professent dans l'unanimité!
Là est en effet, frères et sœurs, le cœur de notre foi.
En la défendant, nous ne protégeons pas un bastion, nous ne préservons pas un tabou.
Nous affirmons simplement ce qui est pour nous la vérité et, par là même, source de notre liberté, dans la lumière et la paix (Jn 8,32).
Si Jésus n'a pas eu de Père en effet, c'est parce que nous croyons, de toute notre foi,
qu'étant Dieu de toute éternité, il a déjà un père dont il est à jamais «non pas créé, mais engendré».
Le Fils de Dieu ne peut pas naître parmi nous si l'homme prétend pouvoir l'engendrer.
Pour naître parmi nous, celui qui descend du ciel ne pouvait que s'incarner!
Comme au demeurant, rien n'est impossible à Dieu, il n'est pas bien difficile au Créateur tout-puissant de se façonner un corps par quoi il saura si bien nous dire qu'il lui a plu, tout en restant le Fils unique, de devenir petit enfant.
Ne mettons pas Dieu à notre mesure quand il nous aime sans mesure!
Et n'ayons pas peur de croire en l'homme que Dieu aime tant au point de le rejoindre en se faisant semblable à lui (Jn 3,16).
"Tu ne voulais ni sacrifice ni offrandes", reprend la Lettre aux
Hébreux, en prêtant au Christ les paroles déjà contenues dans un psaume
(40,7-9).
"Mais tu m'as façonné un corps.
Alors j'ai dit : Voici je viens pour faire, ô Dieu, ta volonté" (He 10,5-7).
On croirait entendre Jésus parler à la fois à la Vierge et à son Père!
En mettant ainsi la plénitude de la divinité dans la totalité de notre
humanité, le Seigneur nous a, et de quelle merveilleuse manière, permis
de réaliser au mieux notre vocation chrétienne.
Cette vocation qui est l'union de l'homme à Dieu grâce à la venue de Dieu parmi les hommes.
Frères et sœurs, nous n'en finirons jamais de contempler la splendeur de ce don (Jn 4,10).
Ce don par quoi l'Éternel a rejoint le temps et par lequel le Tout-Puissant s'est fait Petit-Enfant.
Et cela, en choisissant dans une liberté divine, de naître d'une Vierge qui lui a dit oui,
dans la plénitude de sa liberté humaine.
Oui, Jésus s'est vraiment fait homme pour nous faire réellement Dieu.
Quelle splendeur dans ce christianisme!
Vierge Marie, fille des hommes et Mère de Dieu, fille de Dieu et mère des hommes,
tu es bénie entre toutes les femmes et Jésus, le fruit de ton sein est béni.
Le Seigneur fit pour nous des merveilles.
Saint est son Nom !
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