Le Carême
Le Carême est souvent considéré comme synonyme de pénitence et de privations (la locution "faire une face de Carême" ne sous-entend pas vraiment la joie!...), alors qu'il s'agit d'un temps de ressourcement et de conversion.
En fait, en cette période qui précède et prépare Pâques, les chrétiens et l'Eglise sont particulièrement appelés à se libérer des entraves du péché et de ce qui y conduit, à écarter les obstacles qui nuisent à la marche vers Dieu et la rencontre fraternelle des autres. Cela ne va pas, bien sûr, sans renoncements. Mais ce sont là des moyens pour libérer le corps, le cœur et l'esprit de ce qui les appesantit - et non des objectifs qui auraient une valeur intrinsèque. Bien que coûteux, ils n'ont rien de mutilant, au contraire. Inspirés par la foi en la miséricorde et en l'amour de Dieu, ils n'engendrent absolument aucune forme de tristesse débilitante.
La parole de Dieu trace les voies de la vérité et de la vie.
La prière maintient leur orientation surnaturelle et leur ouverture à la grâce.
La charité enfin les garde de tout repli sur soi et de tout formalisme.
Le Carême invite à prendre vraiment au sérieux les appels et les avertissements de Dieu, les enseignements et l'exemple du Christ, la foi et l'espérance dans le Royaume qui vient. C'est à l'aune de critères sûrs que tout doit être apprécié:
- le monde et ce qu'il contient,
- les biens d'ici-bas,
- la vie elle-même...
Il y a certes des choix plus ou moins crucifiants à faire, mais consentis en connaissance de cause, donc librement, dans la joie de l'Esprit Saint.
Fût-elle tamisée, la lumière de Pâques n'est jamais totalement obscurcie: elle filtre au long des jours du Carême.
Le Christ nous précède et nous accompagne, lui qui a vaincu Satan et déjoué ses tentations (Premier dimanche de chaque année).
Il est la Source d'eau vivifiante, la Lumière qui rend la vue aux aveugles et la vie aux morts (années A).
Messie crucifié, force et sagesse de Dieu, il apporte la guérison à ceux qui se tournent vers lui et, du haut de sa Croix, il attire à lui tous les hommes (années B).
Il révèle la patience et l'infinie miséricorde du Père qui, les bras ouverts, accueille ses fils prodigues, et il convie à la fête de leur retour tous ses enfants restés à la maison (années C).
Le Carême est, également, volontiers envisagé et proposé comme une longue retraite spirituelle. Plus de fidélité et de ferveur dans l'accomplissement des devoirs religieux, participation à des "exercices spirituels" particuliers, retenue dans le boire, le manger et les loisirs, actes de charité et gestes de solidarité envers les plus pauvres sont, dans cette perspective, autant de thèmes de la prédication quadragésimale traditionnelle.
Mais cela ne fait absolument pas du Carême une pieuse parenthèse dans la vie "habituelle" des chrétiens: il est donné pour faire l'expérience de ce que devrait toujours être l'existence chrétienne, tant personnelle qu'ecclésiale. De fait, durant cette Sainte quarantaine, les exigences fondamentales de l'Evangile sont rappelées avec insistance pour que - personnellement et ensemble - on s'efforce de mieux les intégrer (ou les réintégrer) dans la vie quotidienne au prix, si nécessaire, de remises en question, de réajustements.
Car c'est toute l'année que la prédication du Seigneur, des Apôtres et de l'Eglise presse les fidèles et les communautés d'aller de progrès en progrès: pas de vie chrétienne sans conversion permanente.
C'est d'ailleurs pour cette raison que, dans les Églises orientales - tant catholiques qu'orthodoxes - ce que nous appelons "le" Carême est appelé le "Grand Carême de Pâques et de la Semaine Sainte"; et que "les carêmes" sont beaucoup plus nombreux que dans l'Eglise latine: le "carême de l'Avent"; celui des saints Pierre et Paul (15-28 juin) ; celui de "la Dormition" chez les orthodoxes ou de "l'Assomption" chez les catholiques (1er-14 août); la veille de "la Théophanie" chez les orthodoxes ou de "l'Épiphanie" chez les catholiques (5 janvier);
le jour de la décollation de saint Jean-Baptiste (29 août); le jour de
l'exaltation de la Sainte Croix (14 septembre).
La Première Lecture de chaque dimanche de Carême évoque une grande étape de l'Histoire du Salut. En effet, pour comprendre la nouveauté de l'Évangilengile, il faut avoir en mémoire ce qui l'a préparée. Ce rappel tourne les regards non vers le passé mais vers le présent et l'avenir: vers l'accomplissement du dessein de Dieu aujourd'hui, et le Retour espéré du Seigneur.
Le Carême fait enfin parcourir, chaque année, les diverses étapes de l'initiation chrétienne avec les catéchumènes qui seront baptisés à Pâques.
"Devenez ce que vous êtes!" redit donc sans cesse et de multiples façons la liturgie quadragésimale.
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Un rappel... utile!
"L'abstinence de viande (ou d'une autre nourriture, selon les dispositions de la conférence des Évêques) sera observée chaque vendredi de l'année, à moins qu'il ne tombe l'un
des jours marqués comme solennité ; mais l'abstinenceet le jeûneseront observés le Mercredi des Cendres et le vendredi de
la Passion et de la Mort de notre Seigneur Jésus Christ."
Can.1251, code de droit canonique.
Remarque:
Chez les orthodoxes, et dans nombre d'Églises catholiques orientales, les pratiquants respectent chaque mercredi et vendredi un régime végétalien strict "comme celui d'Adam
quand il était au paradis": pas de viande ni de charcuterie bien sûr, mais pas non plus de poisson,
d'œuf, de laitages.
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"Dix conseils pour un bon Carême",
par le cardinal Godfried Daneels
À
ceux qui se demandent encore que faire pour le Carême, le cardinal
Godfried Daneels, avec le bon sens et l’humour qu’on lui connaît,
adresse ces dix conseils.
Il y ajoute un avertissement :
« Ci-joint dix
règles pour un bon Carême. Mais elles ne signifient rien, si elles ne
nous rapprochent pas de Dieu et des hommes. Ou si elles nous rendent
tristes. Ce temps doit nous rendre plus légers et plus joyeux ».
Cardinal Godfried Daneels
1. Prie. Chaque matin, le Notre Père et chaque soir le Je vous salue Marie
2. Cherche, dans l'Évangile du dimanche, une petite phrase que tu pourras méditer toute la semaine.
3. Chaque fois que tu achètes un objet dont tu n'as pas besoin pour
vivre - un article de luxe - donne aussi quelque chose aux pauvres ou à
une œuvre. Offre-leur un petit pourcentage. La surabondance demande à
être partagée.
4. Fais chaque jour quelque chose de bien pour quelqu'un. Avant qu'il ou elle ne te le demande.
5. Lorsque quelqu'un te tient un propos désagréable, n'imagine pas que
tu doives aussitôt lui rendre la pareille. Cela ne rétablit pas
l'équilibre. En fait, tu tombes dans l'engrenage. Tais-toi plutôt une
minute et la roue s'arrêtera.
6. Si tu zappes depuis un quart d'heure sans succès, coupe la TV et
prends un livre. Ou parle avec ceux qui habitent avec toi: il vaut
mieux zapper entre humains, et cela marche sans télécommande.
7. Durant le Carême quitte toujours la table avec une petite faim. Les
diététiciens sont encore plus sévères : fais cela toute l'année. Une
personne sur trois souffre d'obésité.
8. 'Par-donner' est le superlatif de donner.
9. Tu as déjà si souvent promis d'appeler quelqu'un par téléphone ou de lui rendre visite. Fais-le finalement.
10. Ne te laisse pas toujours prendre aux publicités qui affichent une
réduction. Cela coûte en effet 30% moins cher. Mais ton armoire à
vêtements bombe et déborde également de 30 %.
(Ces « Dix conseils » ont été publiés par l’agence CathoBel.)
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Les exercices du Carême :
l'aumône, la prière, le jeûne
Mes frères, nous commençons aujourd'hui le grand voyage du
Carême. Emportons donc dans notre navire toute notre provision de
nourriture et de boisson, en plaçant sur la caisse la miséricorde
abondante dont nous aurons besoin. Car notre jeûne a faim, notre jeûne
a soif, s'il ne se nourrit pas de bonté, s'il ne se désaltère pas de
miséricorde. Notre jeûne a froid, notre jeûne défaille, si la toison de
l'aumône ne le couvre pas, si le vêtement de la compassion ne
l'enveloppe pas.
Frères, ce que le printemps est pour les terres, la miséricorde
l'est pour le jeûne : le vent doux printanier fait fleurir tous les
bourgeons des plaines ; la miséricorde du jeûne fait pousser toutes nos
semences jusqu'à la floraison, leur fait porter fruit jusqu'à la
récolte céleste. Ce que l'huile est pour la lampe, la bonté l'est pour
le jeûne. Comme la matière grasse de l'huile allume la lumière de la
lampe et, avec une aussi faible nourriture, la fait luire pour le
réconfort de toute une nuit, ainsi la bonté fait resplendir le jeûne :
il jette des rayons jusqu'à atteindre le plein éclat de la continence.
Ce que le soleil est au jour, l'aumône l'est pour le jeûne : la
splendeur du soleil accroît l'éclat du jour, dissipe l'obscurité des
nuées ; l'aumône accompagnant le jeûne en sanctifie la sainteté et,
grâce à la lumière de la bonté, chasse de nos désirs tout ce qui
pourrait être mortifère. Bref, ce que le corps est pour l'âme, la
générosité en tient lieu pour le jeûne : quand l'âme se retire du
corps, elle lui apporte la mort ; si la générosité s'éloigne du jeûne,
c'est sa mort.
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Introduction à la "Route de Carême",
par les Fraternités Monastiques de Jérusalem
Le premier pas de la vie
chrétienne, c’est la foi. La première question que
l’on pose à celui ou celle qui s’apprête à
devenir catéchumène, offrant son front, ses lèvres, ses
yeux, ses épaules et son être tout entier au signe de la croix
que le prêtre va bientôt tracer sur lui, c’est celle-ci :
«Que demandes-tu à l’Église de Dieu ?» -
«La foi». C’est le point de départ. Le moteur sans
lequel il serait vain de penser se mettre en route.Non pas posséder,
ni maîtriser la foi comme on pourrait posséder ou
maîtriser une leçon de catéchisme, mais la désirer
et, en la désirant, être sûr de la recevoir de la
bonté de Dieu, sachant qu’avec elle, tout nous est donné.
«Que te donne la foi ?», demande encore le prêtre au futur
catéchumène - «La vie éternelle».
Nous ne sommes peut-être pas ou plus catéchumènes
– quoi que... dans la vie monastique, on est bien un peu
«novice» toute sa vie durant ! –, mais nous ne sommes pas
dans une situation si différente pour autant. Non que la grâce
du baptême, si nous l’avons reçue, ne nous ait
profondément marqué et transformé, bien sûr, mais,
pour ce qui est de la foi, nous restons toujours dans la position du
demandeur, toujours en deçà de cette sûre confiance en
Dieu qui, pourtant, nous permettrait, nous dit Jésus, de
«déplacer les montagnes» (Mt 17,20 ; Mc 1,23) !
C’est comme si nous hésitions à croire ! On dit que la
foi est un don – et c’est vrai, bien
sûr ! Mais elle
n’est
pas cette sorte de don que certains auraient la chance de
recevoir, comme à la loterie, et pas les autres ! – On entend
parfois : «Vous avez de la chance, vous avez la foi»...
Elle est
un don que chacun reçoit selon la mesure même qu’il ose
demander. «Je crois Seigneur, mais augmente ma foi» (
Mc 9,24),
disait avec un beau réalisme le père de l’enfant que
tourmentait un esprit mauvais.
Si la foi n’est que rarement ressentie
comme certitude, elle est en revanche toujours appelée à se
réaliser dans la confiance : il ne s’agit pas d’abord
de croire à des vérités, même très
importantes et très profondes, mais de
croire en Quelqu’un.
«La foi dont nous parlons ici, écrivait un
père du
désert, saint Isaac le Syrien, n’est pas le fondement de la
confession de tous, mais cette puissance spirituelle qui soutient le
cœur dans la lumière de l’intelligence et qui, par le
martyre de la conscience, porte l’âme à se confier
pleinement en Dieu» (
Discours ascétique n°12).
Cette semaine, alors que le Carême n’est même pas
encore commencé, nous sommes «neufs» et au commencement de
notre route. Comme les catéchumènes et avec eux, demandons la
foi. Demandons de percevoir «ce dessein éternel que le
Père a conçu dans le Christ Jésus notre Seigneur, et qui
nous donne d’oser nous approcher en toute confiance par le chemin de la
foi au Christ», comme l’écrit Paul aux
Éphésiens (3,11-12). Au bout de la première
étape, nous entendrons, comme chaque année le premier dimanche
de Carême, le récit des tentations du Christ au désert.
Jésus n’est pas le surhomme seul capable de vaincre le
tentateur, mais l’homme «béni» dont parlait le
psaume parce qu’il «met sa foi dans le Seigneur» (Ps
40,5). Le tentateur l’a bien compris qui, ne parvenant à la
vaincre ni par la faim ni par l’orgueil, voudrait travestir la foi du
Fils de Dieu en provocation : «Jette-toi en bas, si tu es le Fils de
Dieu !» (Lc 4,9). Mais la foi est tout le contraire d’un
défi lancé à Dieu ! Jésus nous montre le chemin
de l’absolue confiance dans le Père ; tout au long de cette
première semaine de retraite, sachant «que le Christ habite en
nos cœurs par la foi» (Ép 3,19), mettons,
doucement et paisiblement, nos pas dans les siens.
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