Le Temps Ordinaire
Introduction
En français, le Temps le
plus long de l’année liturgique est appelé « ordinaire ». Cette
qualification peut prêter à confusion. Dans l’usage courant, en effet, on
désigne ainsi ce qui est banal, ce qui ne présente pas d’intérêt particulier.
Mais selon le sens premier du terme, « ordinaire » signifie
« qui suit l’ordre des
choses », « qui est habituel et en ordre » - ce qui n’implique aucune connotation péjorative. C’est en
se référant à ce sens premier du terme que l’on parle du « Temps ordinaire
de l’Année liturgique ».
En effet, durant cette
période, la liturgie célèbre « de
manière habituelle » le mystère du salut qui se déploie jour après jour,
« selon l’ordre normal des choses ».
Quant aux dimanches, ils
sont, conformément à la Tradition, célébration hebdomadaire de la Pâque du
Seigneur.
L’accent porte donc sur la fidélité indéfectible de l’amour du Père
révélé par son Fils, sur l’action discrète mais persévérante et efficace de
l’Esprit qui conduit la création entière vers le Jour où le retour glorieux du
Christ inaugurera les temps nouveaux.
Pour les chrétiens et
l’Eglise, le temps ordinaire est celui de la fidélité persévérante à l’appel de
Dieu, de la longue marche – pas à pas, jour après jour – à la suite du Christ.
Au cours de cet exode,
chacun a le loisir de découvrir, au fil des années de sa vie, les horizons
toujours nouveaux vers lesquels la liturgie, surtout lors des assemblées
dominicales, attire l’attention. Croyants et communautés chrétiennes se voient
ainsi stimulés à aller sans cesse de l’avant, plus loin, à leur rythme propre,
avec confiance et détermination.
Au fur et à mesure, on
comprend de mieux en mieux la valeur d’une vie chrétienne animée d’un dynamisme
régulier. C’est le temps de la foi, de l’espérance et de la charité, de la
prière.
Avec la grâce
quotidienne, « ordinaire », de Dieu, on est ainsi conduit à devenir,
progressivement et à tout âge, davantage adulte dans le Christ, membre plus
vigoureux de son Corps en continuelle croissance.
Vraiment, cette longue
suite de semaines et de dimanches est tout le contraire d’une période banale,
insignifiante !
La liturgie du Temps
ordinaire présente, en outre, une caractéristique des plus précieuses.
Aux autres temps de
l’Année liturgique – qui célèbrent chacun un aspect particulier du Mystère –
les textes de l’Ecriture sont
sélectionnés à travers toute la Bible.
Ici en revanche, on lit successivement, dans l’ordre des textes, et
presque intégralement, les évangiles synoptiques : selon saint
Matthieu (années A), selon saint Marc
(années B) et selon saint Luc (années C).
La première lecture est
un texte du Premier Testament choisi en fonction de l’évangile du jour. Ce
rapprochement montre la continuité sans
faille de la révélation divine, et le déploiement progressif de son action
pour le salut de l’humanité. En même temps, il découvre comment la venue de Jésus, par son
enseignement, par ses actes, par sa mort et sa résurrection, accomplit les Écritures et porte toute
chose à sa perfection ultime. Les promesses antérieures prennent en lui la
plénitude de leur sens.
La lecture (au moins hebdomadaire, lors de la messe
dominicale – ou mieux, quotidienne) d’une page du Premier Testament rappelle
aux chrétiens que, pour comprendre le
Seigneur et son Évangile, il faut se reporter sans cesse aux paroles de Moïse
et de tous les prophètes (cf. Lc
24,27), se remémorer les
« merveilles » accomplies par Dieu au long des siècles.
La liturgie dominicale
propose en outre une lecture des extraits
les plus significatifs des « épîtres apostoliques » : des
douze lettres de saint Paul, de celles de saint Jacques, et de l’épître aux
Hébreux.
C’est donc à une
« Table de la Parole » abondante et variée que les communautés
chrétiennes sont invitées à venir régulièrement s’alimenter, selon leurs
besoins « ordinaires » !
Ainsi, les autres temps
liturgiques, volontiers qualifiés de « temps forts », puisent-ils
dans le « temps ordinaire » leur impulsion et leur dynamisme. Dans le
terreau du temps ordinaire, le bon grain germe et grandit sans bruit.
C’est le temps de la longue patience de Dieu, de
la vigilance active et quotidienne de l’homme pour que la semence
généreusement jetée en terre ne soit pas étouffée par les soucis du monde. Les
paraboles du figuier (Lc 13,6-9), du grain de sénevé (Mt
13,31-32), de la lenteur des germinations (Mc 4,26-29) disent le prix
inestimable, la grâce de cette longue
période de l’année liturgique propice à la maturation des fruits de l’Esprit.
Bien compris, le Temps
ordinaire est, en définitive, le plus en
harmonie avec la vie courante de chacun, des communautés chrétiennes, de
l’Eglise, du monde en marche vers la rencontre du Seigneur qui est venu, qui
vient et qui viendra. Il culmine, le trente-quatrième dimanche, avec la
célébration du Christ, Roi de l’univers.
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Sur le Temps ordinaire (après le Temps pascal) :
Éditorial de Bernadette
Mélois, rédactrice en chef de Magnificat.
Connaître l’Inconnaissable.
Après l’effervescence du Temps de Pâques, d’aucuns auraient tendance à penser que le « temps
ordinaire » va enfin permettre à la vie de s’écouler comme un long fleuve
tranquille. On se prend à rêver d’une vie ecclésiale sans excès, juste ce qu’il
faut de vie sacramentelle, quelques activités charitables et une bonne
conscience. Étrange sentiment qui risque de jaillir dans la torpeur du lundi de
Pentecôte.
Mais, dehors, juin fleur
bon la douceur printanière. L’heure est à l’éclosion. Quelque chose dérange la
nature, quelque chose la pousse à sortir d’elle-même. Une énergie intérieure,
impossible à canaliser, bouscule le moindre des bourgeons dont la rondeur porte
en germe l’éclat d’un fruit savoureux.
Au souffle de l’Esprit,
juin ouvre un chemin d’éclosion spirituelle. Ne faut-il pas l’ardeur de
l’Esprit pour oser regarder le mystère de l’amour du Dieu Trinité ? Ne
faut-il pas le feu de l’Esprit pour reconnaître Dieu dans le pain de vie
nouvelle ? Non, le temps ordinaire n’est pas le temps du repos. Il est
donné à l’Eglise pour qu’elle approfondisse sans relâche sa connaissance de
Dieu. Et ce lent travail de l’âme est toujours à recommencer car il s’agit
d’entrer en amour avec Dieu, non selon nos critères, mais selon les critères de
Dieu même. La fête du Sacré-Cœur propose un programme d’apprentissage : se
tenir dans cette « fournaise ardente de charité ». Que la prière de
l’Eglise nous guide en ce lieu de vie pour que nous en portions les fruits.
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