Au service de l'Ecriture - Yvette Mailliet le Penven

Premier Testament







Nabiîm - Prophètes (1)










1. NEVIIM RISHONIM (Prophètes antérieurs ou premiers):

Yehoshua (Josué - Jos)
Shophtim (Juges - Jg)
Shemouel (Samuel I et II - 1S, 2S)
Melakim (Rois I et II - 1R, 2R)

Les « prophètes antérieurs » (ou « premiers ») sont une première synthèse proprement historique de l'avènement de la royauté en Israël, depuis l'entrée en Terre Promise, jusqu'à l'âge d'or, avec David et Salomon. Vient ensuite la division du royaume et la décadence de l'institution royale - précipitée pour le royaume du Nord, plus lente pour le royaume de Juda, au Sud.
On les appelle « prophètes» parce qu'ils apparaissent comme une instance critique face à l'institution royale et au sacerdoce: ils rappellent aux rois et aux prêtres - et, à travers eux, au peuple tout entier - leurs devoirs par rapport à l'Alliance, et à la Loi qui en organise l'observance. Ils ne forment pas une institution, mais plutôt un « courant » prophétique.


2. NEVIIM AHARONIM (Prophètes postérieurs ou derniers):
Yeshayahou (Isaïe ou Esaïe - Is ou Es)
Yirmeyahou (Jérémie - Jr)

Yehèzq'él (Ezéchiel - Ez)

Les Douze "petits" prophètes:
Hoshéa (Osée - Os)
Yoel (Joël - Jl)
Amos (Am)
Obadiya (Abdias - Ab)
Yonah (Jonas - Jon)
Mikayahou (Michée - Mi)
Nahoum (Nahum - Na)
Habaquq (Ha)
Zephaniyah (Sophonie - So)
Haggay (Aggée - Ag)
Zakariyah (Zacharie - Za)
Malaky (Malachie - Ma)

Les « prophètes postérieurs » (ou « derniers ») sont les prophètes écrivains, qui ont écrit des oracles et dont le peuple a gardé le souvenir des hauts faits (guérison, gestes bienfaisants). Ces oracles ont été recueillis progressivement, sans souci de l'ordre chronologique; on a constitué des livres placés sous le nom du prophète qui en a écrit les premiers éléments.
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NEVIIM RICHONIM
("Premiers prophètes")

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Josué (יהושׁע YehoShoua' - "YHWH sauve")

Le contenu du livre de Josué se répartit selon un plan très clair:
- les chapitres 1 à 12 traitent de la conquête du pays de Canaan;
- les chapitres 13 à 22 de l’installation des Fils d'Israël dans le pays;
- et les deux derniers chapitres (23 et 24) constituent le testament spirituel de Josué: on y trouve un discours à la manière de ceux de Moïse, et le compte rendu de la grande assemblée de Sichem.

Dans le livre de Josué, figurent un certain nombre d’épisodes dramatiques qu’on pourrait qualifier d’« affaires »:
- l’affaire du butin volé par Akhân (chapitre 7), ­ une violation d’anathème; l’affaire des Gabaonites (chapitre 9), ­ une ruse;
- l’affaire de l’autel sur les rives du Jourdain (chapitre 22), ­ un malentendu qui a manqué de dégénérer en guerre fratricide.

L’ensemble du livre est sous-tendu par une idée-force: l’accomplissement dans les faits de la promesse faite aux pères fondateurs. On y trouve de nombreuses paraphrases, et même des citations, de la Genèse et du Deutéronome, qui affirment de façon péremptoire l’appartenance du pays de Canaan au peuple d’Israël. Malgré les nombreux îlots de résistance des autochtones ("la terre qui reste", dit le texte en 13,2, et "ces nations qui restaient", en 23,4), l’accent est mis sur les villes grandes et bonnes qui sont tombées sans coup férir, sur les maisons regorgeant de biens dont les conquérants ont "hérité", sur les puits abondants qu’ils ont pu utiliser sans avoir pris la peine de les creuser, sur les vignes et les oliveraies qu’ils ont exploitées sans les avoir plantées, sur les victoires épiques et le butin impressionnant. L’ivresse de la victoire est sensible à chaque page.

Dans la foulée de l’Exode, on assiste à une vaste migration: le passage du désert au pays cultivé fut même brutal. Néanmoins, la préparation spirituelle à la conquête, cette longue méditation de quarante années dans un isolement total et les longs discours parénétiques de Moïse ont porté leurs fruits. La bataille fait rage et les ennemis sont massacrés par milliers. On ressent cependant une certaine retenue dans le carnage, et nous sommes loin de l’ambiance littéraire de l’Iliade.

La personnalité de Josué domine tout le livre et lui confère une inspiration particulière: c’est lui le maître spirituel, le conquérant et le partageur des terres. Il est véritablement l’héritier et le continuateur de Moïse.

À lire le livre de Josué, on est étonné du nombre de rois qui régnaient sur les villes du pays. Ces "rois" étaient en fait de petits princes locaux, mais leur puissance politique et militaire n’était pas toujours négligeable, surtout quand ils se liguaient.
L’archéologie et les récits bibliques se complètent d'ailleurs pour nous donner une image pittoresque des villes de Canaan à l’époque de la conquête. Nous voyons les maisons à étages, les ruelles, les toits où l’on peut faire sécher du linge et des légumes, les fenêtres par où les femmes passent la tête pour voir le paysage ou attendre le retour des soldats.
La vie économique était intense dans les villes et dans les campagnes cananéennes. Les Hébreux apprirent des anciens habitants du pays les principales techniques artisanales et agricoles; ils y apportèrent relativement peu de changements pendant les longs siècles de l’histoire biblique, jusqu’à la période hellénistique et romaine. Les progrès dus à l’arrivée des Hébreux furent surtout sensibles dans les régions montagneuses, qui étaient auparavant à peine peuplées et exploitées. L’identification des villes citées dans le livre de Josué n’est pas toujours aisée. Certains sites sont bien connus, étant donné la continuité de la tradition historique et religieuse: Jérusalem, Hébron, Haïfa, et bien d’autres. Dans les cas douteux, on tient compte de la géographie historique et de la topographie arabe, qui est très conservatrice. L’archéologie est évidemment ici d’un grand secours. Certains sites, comme le tell de Jéricho, sont maintenant très bien connus.
Le contraste est frappant entre la richesse de la civilisation cananéenne et le caractère primitif de la religion pratiquée par les anciens habitants du pays. Nous connaissons relativement bien la mythologie des Cananéens, grâce aux lettres d'El-Amarna et aux tablettes de la bibliothèque d’Ugarit (Ras Shamra, voir à cette page). Cette mythologie était aussi épanouie que celle des Grecs. Une analyse allégorique et esthétique de leurs épopées peut donner l’impression que les anciens Cananéens s’efforçaient de chanter les merveilles de la nature, la virilité des hommes et de la foudre, la fécondité des femmes et des terres labourées. Cette approche moderne de la mythologie cananéenne n’est pas fausse en elle-même, et elle est à l’origine de toute une littérature épique; mais elle ne doit pas nous faire oublier que, dans les faits, les Cananéens ont imité les dieux et les héros de leur mythologie, souvent violents, cruels et lascifs (voir à cette page, note sur Gn 15,16).
Les prophètes d’Israël, depuis Moïse et Josué, ont lutté de toutes leurs forces contre la tentation que constitueraient pour les Hébreux ces pratiques idolâtres. Il ne fait pas de doute que ce fut la préoccupation principale, sinon unique, des rédacteurs du présent livre.

• Jos 5,10-12.

Avec le passage du Jourdain et l’entrée dans la Terre promise, commence une nouvelle étape de l’histoire du Salut.Elle est inaugurée par une célébration de la Pâque comme le fut le départ sur la route de l’Exode. 

Sur ce texte:
Sur le Livre de Josué, voir à cette page.
Sur Jos 5,2-15:
L'entrée dans le Pays promis et la préparation de sa conquête se poursuivent par la célébration de deux cérémonies centrales et hautement significatives: la circoncision et la Pâque (également présentes en Ex 12 - ce qui exprime la correspondance entre la sortie d'Égypte et l'entrée en Canaan). Elles manifestent la bonne disposition et la fidélité du peuple envers YHWH et son Alliance; en retour,celui-ci exprime sa volonté de conduire la conquête.

Traduction et notes:

Verset 10.
       ויחנו בני־ישׂראל בגלגל ויעשׂו את־הפסח בארבעה עשׂר יום לחדשׁ בערב בערבות יריחו׃ 
Les enfants d'Israël campèrent à Gilgal; et ils célébrèrent la Pâque le quatorzième jour du mois, sur le soir, dans les plaines de Jéricho.
בגלגל - à Gilgal: Dernière étape sur la route de l'Exode, à l'ouest du Jourdain, où Josué fit ériger douze pierres pour commémorer le passage du fleuve à pied sec (Jos 4).C'est là que furent circoncis les בני־ישׂראל, les enfants d'Israël (Jos 5,3).Selon Eusèbe de Césarée (Onom. 46,18sqq), Gilgal se trouvait à 2 milles romains de Jéricho. Le site est mentionné par de nombreux pèlerins du Moyen Âge, dont certains assurent avoir "vu la pierre".


Sur la carte de Madaba, les douze pierres sont indiquées au nord de Jéricho.


<- Mosaïque-pavement de l'église byzantine de Madaba-Mebda - VIème siècle de notre ère - détail: Le Jourdain se jetant dans la Mer Morte; Jéricho et l'église des "Douze pierres de Gilgal".




Selon Arculf (vers 680 de notre ère), une église fut édifiée à leur emplacement; la dernière mention de cette église date du XIIème siècle.

L'église des "Douze pierres de Gilgal", au nord de Jéricho. Les "Douze pierres" sont représentées en clair sur un fond plus foncé, comme si elles étaient incluses dans un mur de l'église. ->

Le site a été identifié avec Khirbet-el-Mefjer, mais aussi avec d'autres sites de la région de Jéricho.
Sur la carte de Madaba, les douze pierres sont indiquées au nord de Jéricho. Selon Arculf (vers 680 de notre ère), une église fut édifiée à leur emplacement; la dernière mention de cette église date du XIIème siècle. Le site a été identifié avec Khirbet-el-Mefjer, mais aussi avec d'autres sites de la région de Jéricho. On a mis au jour, à proximité du kibboutz de Gilgal, des vestiges du Natoufien (avant 8500 av. notre ère) et du Néolithique pré-céramique A (8500-7000 av. notre ère) comprenant notamment des édifices curvilignes, des outils en silex, et une figurine anthropomorphe en pierre.
Le texte (Jos 5,9) rattache le nom de ce lieu au verbe גּללgâlal, qui signifie rouler:
 ויאמר יהוה אל־יהושׁע היום גלותי את־חרפת מצרים מעליכם ויקרא שׁם המקום ההוא גלגל עד היום הזה׃
"YHWH-Adonaï dit à Josué: Aujourd'hui, j'ai fait rouler de dessus vous la honte (ramenée) de l'Égypte. Et ce lieu fut appelé du nom de Gilgal jusqu'à ce jour".
הפסח - la Pâque: Voir à cette page; "le quatorzième jour du mois": le 15 du mois de Nissân.

Verset 11.
     ויאכלו מעבור הארץ ממחרת הפסח מצות וקלוי בעצם היום הזה׃
Ils mangèrent du blé du pays le lendemain de la Pâque, des pains sans levain et du grain rôti; ils en mangèrent ce même jour.
Cette semaine de la Pâque (sur les pains sans levain, voir Ex 12,15 et Lv 23,6; ainsi que la page citée ci-dessus) marque la fin d'une période particulièrement importante de l'histoire d'Israël, le séjour au désert durant lequel le peuple vivait de la manne - et le début d'une nouvelle période, celle de la vie sédentaire en Canaan.

Verset 12.
 וישׁבת המן ממחרת באכלם מעבור הארץ ולא־היה עוד לבני ישׂראל מן ויאכלו מתבואת ארץ כנען בשׁנה ההיא׃ 
La manne cessa le lendemain de la Pâque, quand ils mangèrent du blé du pays; les enfants d'Israël n'eurent plus de manne, et ils mangèrent des produits du pays de Canaan cette année-là.
המן - La manne: Voir Ex 16,13-35 et cette page.
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Les livres de
Samuel (שׁמוּאל- ShemouEl - "Entendu(e) par El")

      Les livres de Samuel occupent une place centrale dans la Bible hébraïque.
Le livre des Juges, qui les précède immédiatement, avait fait un tableau particulièrement sombre de la situation des Hébreux au lendemain de la conquête: anarchie, idolâtrie, mésaventures tragiques. Dès cette époque, cependant, on perçoit une volonté obscure de redressement.
Avec les livres de Samuel, nous arrivons enfin à l’instauration d’un pouvoir central. L’anarchie primitive fait place à un État organisé. En même temps, la vie spirituelle et l’élan religieux parviennent à des sommets qui resteront des points de référence pour Israël et pour l’humanité.

    La division de l’ouvrage en deux livres est artificielle et ne se justifie que pour des raisons de commodité. Elle existait pourtant déjà à l’époque des Septante, c’est-à-dire quand la Bible fut traduite en grec.

    Comme beaucoup d’autres livres de la Bible, ceux de Samuel n’ont pas été écrits pour raconter l’histoire d’un point de vue littéraire ou scientifique. L’intention prophétique est partout évidente. Pour bien comprendre ces textes et les apprécier à leur juste valeur, il faut entrer dans le jeu des thèmes et des normes qu’ils entendent promouvoir: l’alliance avec YHWH, la solidarité interne du peuple, le droit, l’équité, etc. Tous les récits qu’ils contiennent sont orientés vers une certaine morale de l’Histoire.Un de leurs thèmes majeurs, à ce point de vue, consiste dans les hésitations que fit naître l’institution de la royauté. Déjà le Deutéronome (17,14-20) et le livre les Juges (8,22-23; 9, 7-20) avaient laissé entrevoir ce problème. Il ne fait pas de doute que cette institution fut une source de progrès dans le domaine économique et social; mais elle instaurait en même temps une sorte d’écran entre l’homme et Dieu. De plus, la royauté risquait de dégénérer en tyrannie et en exploitation de l’homme par l’homme. Elle fut souvent à l’origine d’une restauration des cultes idolâtriques. Les hésitations, les mises en garde, les imprécations que nous trouvons à ce sujet dans la Bible ont une valeur exemplaire pour l’ensemble de l’humanité à toutes les époques de son histoire, y compris la nôtre.
    Tout porte à croire que l’auteur le plus ancien des livres de Samuel vivait à l’époque de David et faisait partie de l’entourage du roi. Malgré son grand respect pour les faits, son honnêteté intellectuelle est mise à rude épreuve quand il s’agit d’apprécier la personnalité du roi Shaoul (Saül). Une fois que nous entrons dans l’ère de David, l’admiration sincère de l’auteur pour son héros se heurte à de nouveaux problèmes. L’aventure amoureuse du roi avec Bat-Shèba‘ (Bethsabée) et la révolte de son fils Abshalôm (Absalom) ont donné du fil à retordre à cet historien bien intentionné. Le lecteur moderne prendra acte avec sympathie de l’objectivité de ces récits et du tact avec lequel notre auteur a traité ces sujets scabreux. La morale de l’histoire découle des faits eux-mêmes: l’auteur nous épargne en ce domaine toute considération abstraite.
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• 1S 1,20-22;24-28

Anne a pris conscience que son enfant est un don de Dieu. Elle rend grâce, et consacre ce fils tant désiré au Seigneur: c'est de Dieu que toute pater-/maternité tire son origine, au ciel et sur terre.

Remarques:
Sur les livres de Samuel, voir ci-dessus.
Samuel serait né vers 1105 av.J.C. Il est devenu prophète, et a été le dernier des "Juges" (dirigeants, avant les "Rois") d'Israël.
Son père, Elkana, avait deux femmes; la première avait deux fils, mais sa préférée, Anne était stérile. Désespérée, elle fait - lors de l'une des fêtes de pèlerinage (sans doute Soukkôt) - le vœu, si elle a un fils, de le consacrer à Dieu (verset 11; voir naziréat). Au verset 19, on apprend qu'en rentrant de pèlerinage, "Elkana s'unit à Anne, sa femme, et l'Éternel se souvint d'elle".

Verset 20.
 ויהי לתקפות הימים ותהר חנה ותלד בן ותקרא את־שׁמו שׁמואל כי מיהוה שׁאלתיו׃
Dans le cours de l'année, Anne devint enceinte, et elle enfanta un fils, qu'elle nomma Samuel, car, dit-elle, je l'ai demandé à YHWH.
שׁמוּאל Shemoû'ê̂l - Samuel: ce nom, formé sur le participe passif du verbe שׁמע shâma‛ "écouter attentivement"et אל 'êl (l'un des noms de YHWH), signifie donc "entendu(e) par El"; le verset présente une assonance entre le nom de l'enfant et le verbe "שׁאל shâêl - demander".

Verset 21.
  ויעל האישׁ אלקנה וכל־ביתו לזבח ליהוה את־זבח הימים ואת־נדרו׃
Son mari Elkana monta ensuite avec toute sa maison, pour offrir à l'Éternel le sacrifice annuel, et pour accomplir son vœu.

Verset 22.
 וחנה לא עלתה כי־אמרה לאישׁה עד יגמל הנער והבאתיו ונראה את־פני יהוה וישׁב שׁם עד־עולם׃  
Mais Anne ne monta point, et elle dit à son mari: Lorsque l'enfant sera sevré, je le mènerai, afin qu'il soit présenté devant l'Éternel et qu'il reste là pour toujours.
עד יגמל הנער - Lorsque l'enfant sera sevré: ce qui, dans ces pays, peut durer jusqu'à l'âge de trois ans.

Verset 23.
   ויאמר לה אלקנה אישׁה עשׂי הטוב בעיניך שׁבי עד־גמלך אתו אך יקם יהוה את־דברו ותשׁב האשׁה ותינק את־בנה עד־גמלה אתו׃
Elkana, son mari, lui dit: Fais ce qui te semblera bon, attends de l'avoir sevré. Veuille seulement YHWH accomplir sa parole! Et la femme resta et allaita son fils, jusqu'à ce qu'elle le sevrât.

Verset 24.
  ותעלהו עמה כאשׁר גמלתו בפרים שׁלשׁה ואיפה אחת קמח ונבל יין ותבאהו בית־יהוה שׁלו והנער נער׃  
Quand elle l'eut sevré, elle le fit monter avec elle, et prit trois taureaux, un épha de farine, et une outre de vin. Elle le mena dans la maison de l'Éternel à Silo: l'enfant était encore tout jeune.
בפרים שׁלשׁה - trois taureaux: selon le texte massorétique; LXX, la traduction syriaque et les manuscrits de Qumrân écrivent: "un taureau de trois ans", ce que choisit la traduction liturgique.
ואיפה אחת קמח - un épha de farine: l'épha est une mesure de capacité pour les matières sèches, équivalant environ à 22,5 litres.
בית־יהוה שׁלו- la demeure d'YHWH à Silo: le coffre de l'Alliance et la tente de la Rencontre se trouvaient alors à Silo, à une quarantaine de km au nord de Jérusalem; c'est donc là que se faisaient les pèlerinages.

Verset 25.
   וישׁחטו את־הפר ויביאו את־הנער אל־עלי׃ 
Ils égorgèrent les taureaux, et ils conduisirent l'enfant à Éli. 
אל־עלי - à Éli: Éli est le prêtre devant qui Anne avait prié Dieu de lui donner un fils; ayant vu qu'elle priait avec une si grande conviction qu'elle pleurait à chaudes larmes et "bougeait les lèvres mais on n'entendait pas sa voix", il avait cru qu'elle était ivre et voulu la chasser (vv.10-14); mais Anne ayant exprimé sa détresse (vv.15-16), Éli lui avait répondu "Va en paix, et que le Dieu d'Israël exauce la prière que tu lui as adressée!" (v.17). 

Verset 28.
   וגם אנכי השׁאלתהו ליהוה כל־הימים אשׁר היה הוא שׁאול ליהוה וישׁתחו שׁם ליהוה׃
Aussi je veux le prêter à l'Éternel: il sera toute sa vie prêté à YHWH. Et ils se prosternèrent là devant YHWH.  
וישׁתחו שׁם ליהוה - Et ils se prosternèrent là devant YHWH: d'après la plupart des textes hébreux, LXX, trad. syriaque, et Vulgate. Le texte hébreu traditionnel porte "il se prosterna" et Qumrân "elle se prosterna".
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• 2S 12,7-10;13.

David a commis un adultère, suivi d'un meurtre froidement et cyniquement organisé.
Le prophète Nathân lui fait prendre conscience de sa faute, et Dieu lui pardonne quand il en reconnaît humblement la gravité. Ce récit est une illustration de la miséricorde de Dieu qui veut, non la mort du pécheur, mais sa conversion et sa vie.

Sur ce texte:
Sur les Livres de Samuel, voir à cette page.
Sur l'histoire de David et Bath-Shéba (Bethsabée), voir à cette page, les notes sur le Ps 51/50.
Scènes de la vie de David - Hans S. Beham - 1534 - Musée du Louvre, Paris.
Quatre épisodes de la vie de David occupent les quatre parties triangulaires de ce dessus de table exécuté pour le cardinal Albert de Brandebourg, archevêque de Mayence. De gauche à droite, dans le sens inverse des aiguilles d'une montre:
- Les femmes de Jérusalem viennent au-devant de Saül et David.





<- Bathsheba au bain.









- David envoie Urie au siège de Rabbath. ->










<- Le prophète Nathân face à David.





Sur 2S11,1 - 12,31:
L'acte particulièrement coupable de David constitue un tournant dans son règne: marqué jusqu'alors par la faveur divine, la réussite, et la stabilité, il va désormais connaître instabilité et déclin, en raison des dissension familiales; les chap 13-20 relateront cette évolution négative, présentée en 12,10-12 comme le châtiment divin du péché du roi.
Pourtant l'auteur souligne également que YHWH fait grâce à David, qui a reconnu sa faute et s'est humilié; il lui laisse la vie sauve, et accordera même un autre fils à David et Bath-Shéba: Salomon, aimé de Dieu et promis à un grand avenir; il rendra également David victorieux des Ammonites.
Pour une plus grande cohérence, je donne également la traduction de la parabole que Nathân adresse à David (vv.1-6) ainsi que les vv.11-12.

Traduction et notes:

Verset 1. YHWH-l'Éternel envoya Nathân vers David. Et Nathân vint à lui, et lui dit:
"Il y avait dans une ville deux hommes, l'un riche et l'autre pauvre.
Verset 2. Le riche avait des brebis et des bœufs en très grand nombre.
Verset 3. Le pauvre n'avait rien du tout qu'une petite brebis, qu'il avait achetée; il la nourrissait, et elle grandissait chez lui avec ses enfants; elle mangeait de son pain, buvait dans sa coupe, dormait sur son sein, et il la regardait comme sa fille.
Verset 4. Un voyageur arriva chez l'homme riche. Et le riche n'a pas voulu toucher à ses brebis ou à ses bœufs, pour préparer un repas au voyageur qui était venu chez lui; il a pris la brebis du pauvre, et l'a apprêtée pour l'homme qui était venu chez lui".
Verset 5. La colère de David s'enflamma violemment contre cet homme, et il dit à Nathân: "Aussi vrai qu'YHWH-l'Éternel est vivant*! L'homme qui a fait cela mérite la mort.
Verset 6. Et il rendra quatre brebis**, pour avoir commis cette action et pour avoir été sans pitié".
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* "Aussi vrai qu'YHWH-l'Éternel est vivant!": Formule de serment très courante (par ex. 1S 14,24; 19,6; 25,26; 26,10; Rt3,13; Jr 4,2; Os 4,15)
** "Quatre brebis": Selon les exigences d'Ex 21,37.


Verset 7.
        ויאמר נתן אל־דוד אתה האישׁ כה־אמר יהוה אלהי ישׂראל אנכי משׁחתיך למלך על־ישׂראל ואנכי הצלתיך מיד שׁאול׃
Et Nathân dit à David: Tu es cet homme-là! Ainsi parle YHWH-l'Éternel, le Dieu d'Israël: Je t'ai oint pour roi sur Israël, et je t'ai délivré de la main de Saül;

Verset 8.
     ואתנה לך את־בית אדניך ואת־נשׁי אדניך בחיקך ואתנה לך את־בית ישׂראל ויהודה ואם־מעט ואספה לך כהנה וכהנה׃ 
je t'ai mis en possession de la maison de ton maître, j'ai mis dans tes bras les femmes de ton maître, et je t'ai donné la maison d'Israël et de Juda. Et si cela eût été peu, j'y aurais encore ajouté.
ואת־נשׁי אדניך בחיקך - dans tes bras les femmes de ton maître: Voir 3,7. Pour affirmer son pouvoir, il arrivait qu'un nouveau roi reprît les femmes et les concubines de son prédécesseur (voir aussi v.11; et 16,20-22; 1R 2,22). Ce qui implique la tolérance de la polygamie, comme une concession aux usages de ce temps.
Selon quelques exégètes, cette expression ne serait pas à comprendre littéralement, mais signifierait seulement et de façon métaphorique la transmission du pouvoir royal de Saül à David.

Verset 9.
  מדוע בזית את־דבר יהוה לעשׂות הרע בעינו את אוריה החתי הכית בחרב ואת־אשׁתו לקחת לך לאשׁה ואתו הרגת בחרב בני עמון׃ 
Pourquoi donc as-tu méprisé la parole de l'Éternel, en faisant ce qui est mal à ses yeux? Tu as frappé de l'épée Urie, le Hittite; tu as pris sa femme pour en faire ta femme, et lui, tu l'as tué par l'épée des fils d'Ammon.
Bien qu'Urie soit mort au combat, Dieu rend David directement responsable de cette mort (il l'a délibérément envoyé à en première ligne, sans appui du reste de l'armée: vv.14-15).

Versets 10-11.
   ועתה לא־תסור חרב מביתך עד־עולם עקב כי בזתני ותקח את־אשׁת אוריה החתי להיות לך לאשׁה׃ 
Maintenant, l'épée ne s'éloignera jamais de ta maison, parce que tu m'as méprisé, et parce que tu as pris la femme d'Urie, le Hittite, pour en faire ta femme. 
כה אמר יהוה הנני מקים עליך רעה מביתך ולקחתי את־נשׁיך לעיניך ונתתי לרעיך ושׁכב עם־נשׁיך לעיני השׁמשׁ הזאת׃ 
Ainsi parle YHWH-l'Éternel: Voici, je vais faire sortir de ta maison le malheur contre toi, et je vais prendre sous tes yeux tes propres femmes pour les donner à un autre, qui couchera avec elles à la vue de ce soleil.
Les désordres qui vont surgir dans la famille de David, et qui sont relatés dans la suite, sont la conséquence directe de la faute du roi:
- ayant commis un adultère, David ne pouvait moralement plus sanctionner le viol de sa fille Tamar par son fils Amnôn; Absalom s'est donc chargé de venger sa sœur Tamar par le meurtre d'Amnôn (chap.13);
- ayant lui-même commis un meurtre, David ne pouvait pas davantage sanctionner Absalom; mais la mise à l'écart d'Absalom (chap.14) a poussé ce dernier à se révolter contre son père en entraînant avec lui les tribus du nord (chap.15-19).

Verset 12.
     כי אתה עשׂית בסתר ואני אעשׂה את־הדבר הזה נגד כל־ישׂראל ונגד השׁמשׁ׃
Car tu as agi en secret; et moi, je ferai cela en présence de tout Israël et à la face du soleil.
בסתר [...] ונגד השׁמשׁen secret[...] à la face du soleil: Le péché du roi sera ainsi dévoilé aux yeux de tous, et le peuple verra qu'YHWH châtie même le roi (comp. 2Ch 19,6-7).

Verset 13.
      ויאמר דוד אל־נתן חטאתי ליהוה ויאמר נתן אל־דוד גם־יהוה העביר חטאתך לא תמות׃
David dit à Nathân: J'ai péché contre YHWH-l'Éternel! Et Nathân dit à David: YHWH-l'Éternel pardonne ton péché, tu ne mourras point.
חטאתי ליהוה- J'ai péché contre YHWH-l'Éternel!: Voir Ps 51 et notes à cette page.

לא תמות- tu ne mourras point: Dans sa grâce, YHWH n'exige pas la mort de David, peine pourtant requise par la Loi pour les meurtriers et pour les adultères: David la méritait donc deux fois! (voir Gn 9,6; Lv 20,10; 24,17).
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Les livres des
ROIS (Melakhîm)

Les deux livres des Rois traitent de l’histoire du peuple d’Israël pendant quatre siècles, depuis les derniers jours du roi David jusqu’à l’époque de l’exil à Babel (Babylone), lorsque Evil Merodakh (ou Avil-Mardouk, fils de Nabuchodonosor), roi de Babel depuis 562 avant l’ère chrétienne, accorde en 560 sa grâce à Joachim, roi de Juda.     
C’est Elohim, le Dieu d’Israël qui donne à cette histoire un commencement, un sens et une fin. L’auteur, ici, a le regard tourné vers cet Elohim, et non du côté du roi terrestre. Son principal souci est de décrire la part que YHWH l'Eternel  prend à cette histoire dont il est l’auteur et le seul maître.     
C’est dans cette perspective que, dans les précédents livres de la Bible, nous avons vu YHWH créer l’univers, répartir les peuples sur la terre et choisir pour peuple-domaine Israël, auquel il donne les lois et les coutumes consignées dans le Pentateuque. Après avoir arraché les Hébreux à l’esclavage d’Égypte, il leur donne la terre promise (livre de Josué), puis il place à leur tête des suffètes et enfin des rois, leur assurant la grâce d’avoir une dynastie, celle de David et de ses descendants (livres des Juges et de Samuel). YHWH choisit d’établir sa demeure dans le sanctuaire de Jérusalem (2S 7,13). Par cette grâce suprême, il habite lui-même au milieu de son peuple. À partir de ce sommet, nous assistons à un déclin constant, qui aboutira à la destruction de la ville et du sanctuaire, et à l’exil. Le peuple n’est pas fidèle à son Elohim, dont il s’aliène les bonnes grâces; il sombre dans l’idolâtrie. Infidèle au pacte de ses pères, il ira de désastre en désastre: le royaume d’Israël sera détruit, puis ce sera le tour de celui de Iehouda (Juda). Le dernier roi de la dynastie de David mourra en exil, Jérusalem sera ruinée et le sanctuaire incendié, tandis que les survivants du peuple seront conduits à Babel. C’est probablement de cette époque (entre 560 et 538 avant l’ère chrétienne) que date, sous sa forme actuelle, le livre des Rois. Il fut sans doute rédigé pour faire connaître aux exilés les causes et les circonstances de leurs malheurs et les inciter à retrouver l’espoir d’une rédemption prochaine. L’auteur décrit des événements dont il a été le témoin. Pour ce qui est du passé, il s’appuie sur la tradition vivante de son peuple et aussi sur des documents écrits aujourd’hui disparus, mais qui constituaient une source d’information abondante, vivante et fort précise. Dès le début de l’époque royale, des scribes étaient attachés au palais et consignaient les événements majeurs de la vie des rois (2S 8,17; 20,25; 1R 4,3). Ces archives ont été sans aucun doute mises à la disposition de l’auteur, qui les résume.    
Le caractère le plus frappant de cette littérature est sa volonté de sincérité totale. L’auteur note les faits sans céder jamais à l’apologétique. Il décrit, souvent avec une grande sévérité, les faiblesses de son peuple, et quand il fait le portrait des rois, il n’omet de mentionner aucune de leurs faiblesses. Cette immense fresque de quatre siècles d’histoire nous est aujourd’hui plus clairement compréhensible, grâce à la lumière que projettent sur ces données les découvertes archéologiques du dernier siècle. Les villes dont il est question dans l’ouvrage, les remparts, les portes, les palais, les sanctuaires, les autels, ne sont plus connus seulement par les mentions qui en sont faites dans le texte: ils s’offrent à nos regards dans leur site d’autrefois, et de nombreux objets mobiliers de cette époque lointaine sont exposés aujourd’hui dans les musées. De multiples inscriptions ont été découvertes, qui confirment le plus souvent le témoignage de l’écrivain biblique.    
Les quatre siècles dont le livre des Rois rapporte l’histoire tourmentée sont cependant entièrement dominés par la haute figure des prophètes. Dans la complexité souvent contradictoire des événements, la prophétie hébraïque a réussi à s’imposer et à servir de lumière au peuple d’Israël, de génération en génération. Elle n’a pas guidé seulement l’histoire du peuple élu, mais a été à l’origine des trois grandes religions monothéistes: judaïsme, christianisme et islam.     
La saga d’Élyahou (Élisée) et d’Èlisha‘ (Élie) domine de très haut l’histoire de l’époque royale et se situe fort loin de la prophétie extatique que l’on trouve parmi certains peuples de l’Orient ancien. Entendons ici le grand, le déchirant appel fait aux hommes pour qu’ils renoncent à leurs idoles, à leurs mystifications, et instaurent sur terre le royaume dont le roi sera YHWH et où ses fils seront frères.
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• 1R 17,10-16

Plus que le miracle, c'est la foi des deux protagonistes qui est admirable dans ce récit.
- Dieu a dit à Elie que, dans le pays hostile où il doit se réfugier, une veuve assurera sa subsistance (1R 17,1-9);
- Celle qu'il rencontre est dans une indigence extrême. Mais sa confiance est absolument admirable: elle n'hésite pas à risquer sa vie et celle de son fils en faisant confiance à la parole d'un Dieu qu'elle ne connaît pas, et dont se porte garant un étranger!
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• 1R 19,4-8

- Le désert,
- quarante jours,
- un pain venu du ciel qui donne la force d’aller jusqu’à la montagne de la rencontre avec Dieu :
ces notations font songer à l’Exode et à la manne.  

En outre, Élie – prophète hors de pair – a été de tout temps considéré comme précurseur et figure du Messie.
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• 1R 19,16b;19-21.

Comme tant d'autres - Moïse, David, Amos par exemple - Élisée est appelé tandis qu'il vaque à ses occupations quotidiennes. Sa réponse est immédiate et radicale: avec ses bœufs immolés en sacrifice il prépare un festin pour ceux qu'il quitte et part avec Élie pour prendre sa succession.


Sur ce texte:

Sur les Livres dits "des Prophètes", et sur les Livres des Rois, voir à cette page.

Sur Élie:
Bien qu'il soit l'un des plus grands des prophètes, nous n'avons pas de recueil d'oracles portant son nom, mais seulement des récits regroupés en 1R 17-19 et 2R 1-2.
Défenseur du Dieu d'Israël contre le culte de Baal, adversaire du roi Achab et de sa femme Jézabel, il est le héros d'une série d'épisodes célèbres:
- résurrection du fils de la veuve de Sarepta;
- sacrifice du mont Carmel où, face à 450 prophètes de Baal, il obtient de son Dieu le signe de la foudre tombée du ciel;
- rencontre du Seigneur à l'Horeb "dans une brise légère" et non dans le tremblement de terre, l'ouragan, le feu;
- affrontement avec Achab, qui usurpait la vigne de Naboth;
- pour finir, en présence de son disciple Élisée, il est enlevé au ciel dans un char de feu. 

<- L’ascension d’Élie - vers 1658 - Juan de VALDÉS LEAL (Séville, 1622-1690) - Carmen Calzado, Córdoba.

Élisée tend les bras vers le manteau qu'Élie laisse tomber vers lui.

Sur Élisée:
Ce prophète, disciple d'Élie, a été appelé par ce dernier lors de sa descente de l'Horeb (1R 19,19-21, ci-dessous) et l'a suivi durant une partie de son ministère. Il hérite du pouvoir de son maître qui lui laisse symboliquement son manteau quand il est enlevé au ciel (2R 2,1-13). Le plus célèbre de ses miracles sera la guérison de Naaman (2R 5).

Sur 1R 17,1 - 19,21:
Ces trois premiers chapitres du "cycle d'Élie" font ressortir avec force le "bras de fer" qui oppose le pouvoir royal idolâtre (personnifié par Achab et Jézabel) au porte-parole (sens étymologique du mot "prophète") de Dieu. Face au premier qui refuse d' "obéir aux commandements d'YHWH" et qui s'est "rallié au culte des dieux Baals" (18,18), entraînant à sa suite la majorité du peuple, le second, par la proclamation de la parole de Dieu, œuvre afin qu'Israël sache qu'YHWH est le seul vrai Dieu (18,37).
Si Élie peine, souffre, et endure la persécution, il expérimente également la fidélité de Celui qu'il sert: il est protégé, conduit et nourri (par de surprenants moyens: des corbeaux, une pauvre veuve); ses prières sont exaucées (la sécheresse puis la pluie, la résurrection du fils de la veuve de Sarepta, la victoire du mont Carmel).
Par-dessus tout, le prophète fait l'expérience de la bienveillance et de la souveraineté d'YHWH sur l'histoire: contrairement aux apparences, malgré l'omniprésence de l'idolâtrie et la persécution de ses authentiques porte-parole, Il agit dans les coulisses de l'histoire de son peuple et prépare l'avenir. 

Introduction à ce passage:
Élie, fuyant la colère de Jézabel, se réfugie dans le désert; là, en pleine dépression, fatigué par son combat pour YHWH, conscient de sa faiblesse (et peut-être de son manque de confiance), il demande à Dieu de le laisser mourir, se couche et s'endort. Mais un ange le réveille, l'oblige à prendre les galettes de bédouins et l'eau qu'il lui apporte, par deux fois. Alors, "fortifié par cette nourriture", il marche "quarante jours et quarante nuits" dans le désert, jusqu'à l'Horeb. Là, YHWH se révèle à Élie (non dans le tremblement de terre, l'ouragan et le feu, annonciateurs de son jugement, v.17, mais "dans une brise légère" évocatrice de sa douceur et de sa bonté envers Élie - à qui il va donner un disciple et un successeur - et tous ceux qui lui restent fidèles, v.18) et lui demande: "מה־לך פה אליהו׃ - Que fais-tu ici, Élie?"
Il le réconforte en lui prescrivant de donner l'onction divine à de futurs rois, qui accompliront le jugement de Dieu sur les souverains idolâtres, et en lui donnant dès ce moment celui qui sera son successeur:
15. YHWH lui dit: Va, reprends ton chemin par le désert jusqu'à Damas; et quand tu seras arrivé, tu oindras Hazaël comme roi de Syrie.
16. Tu oindras aussi Jéhu, fils de Nimschi, comme roi d'Israël; et tu oindras Élisée, fils de Schaphath, d'Abel Mehola, pour prophète à ta place.
17. Et il arrivera que celui qui échappera à l'épée de Hazaël, Jéhu le fera mourir; et celui qui échappera à l'épée de Jéhu, Élisée le fera mourir. 
18. Mais je laisserai en Israël sept mille hommes, tous ceux qui n'ont point fléchi les genoux devant Baal, et dont la bouche ne l'a point baisé.


Traduction et notes:

Verset 16b.    
   ואת־אלישׁע בן־שׁפט מאבל מחולה תמשׁח לנביא תחתיך׃
Et [tu oindras] Élisée, fils de Schaphath, d'Abel Mehôla, pour prophète à ta place.
ואת־אלישׁע - Et [tu oindras] ÉliséeSeule mention de l'onction d'un prophète.
אלישׁע - Élisée: "אלישׁע 'ĕlîyshâ‛" contraction de "אלישׁוּע 'ĕlîyshûa‛", "Dieu est salut".
אבל מחולה - Abel Mehôla: Ville du territoire d'Issachar, dans la vallée du Jourdain, citée trois fois dans la TaNaKh:

- Après leur défaite, les Madianites s'enfuirent pour la région d'Abel-Mehôla (Jg 7,22).
- La ville fit partie du cinquième district du royaume de Salomon (1R 4,12). - Et, ici, comme ville natale et berceau du prophète Élisée.
Diverses identifications ont été proposées:
- un village du nom d'Abelmea ou Abelmaïn, connue à l'époque romaine pour ses sources d'eau chaude;
- Eusèbe de Césarée (Onom. 34,23) l'identifie avec BethMaela, à 10 milles romains de Scythopolis (Bêt-Shéân);
- récemment a été suggérée l'identification du site biblique avec le Tell el-Maqlub, près du village de Kfar Abil, sur le wadi Yabis (Yâbesh), surplombant le nord de la vallée du Jourdain en Transjordanie.

Verset 19.
   וילך משׁם וימצא את־אלישׁע בן־שׁפט והוא חרשׁ שׁנים־עשׂר צמדים לפניו והוא בשׁנים העשׂר ויעבר אליהו אליו וישׁלך אדרתו אליו׃ 
Élie partit de là, et il trouva Élisée, fils de Schaphath, qui labourait. Il y avait devant lui douze paires de bœufs, et il était avec la douzième. Élie s'approcha de lui, et il jeta sur lui son manteau.
והוא חרשׁ שׁנים־עשׂר צמדים לפניו והוא בשׁנים העשׂר - Il y avait devant lui douze paires de bœufs, et il était avec la douzième: Cette phrase peut être traduite de deux façons différentes (mais qui, en fait, induisent à peu près la même réalité).
En effet, le mot צמדtsemed désigne
- une paire,
- d'où un attelage de deux animaux;
- d'où l' "acre", ou l' "arpent", c'est-à-dire la surface qui peut être labourée en une journée par une paire de bœufs.
Ainsi, pour ce même mot, le Dictionnaire d'hébreu et d'araméen bibliques de Philippe Reymond indique:
"1.groupe de deux animaux attachés ensemble: ânes Jg 19,3, boeufs Jb 1,3; - 2. surface qu'un attelage de deux animaux peut labourer en une journée 1R 19,19".
Il opte donc pour ce second sens dans ce passage.
En revanche, la plupart des traductions françaises (BJ 1973, L.Segond, Darby, Ostervald, Bible en français courant) optent pour le premier.
La Bible d'étude (Semeur) traduit: "Élisée [...] qui était en train de labourer un champ (plutôt 2) avec douze paires de bœufs (1). Lui-même conduisait le douzième attelage (1)", et indique en note: "autre traduction: un champ de douze arpents. Il en était au douzième".
Mais la traduction liturgique, TOB et BJ 2009 optent pour le second sens.
La traduction littérale ne permet pas vraiment de trancher:
והוא et celui-ci; חרשׁ labourant; שׁנים־עשׂר douze; צמדים paires[?]; לפניו devant lui; והוא et celui-ci; בשׁנים העשׂר avec la douzième.
Seul le contexte, et en particulier "הבקרle troupeau, les bêtes, les boeufs", au v. suivant, permet de plutôt pencher en faveur de la première interprétation.
Quoi qu'il en soit, cette phrase indique
- qu'Élisée n'est pas un clerc (donc rien ne le prédisposait, ni l'avait préparé, à cette élection);
- mais que, s'il est un "manuel", il est le fils de gros propriétaires terriens (son renoncement, aux vv. suivants, n'en sera que plus méritoire) - qu'il soit question d'un champ de douze arpents, ou de douze paires de bœufs.
וישׁלך אדרתו אליו - et il jeta sur lui son manteau: Geste par lequel Élie désigne Élisée comme son successeur. Sur le manteau d'Élie, voir aussi 2R 2,7-14 (et l'illustration ci-dessus).

Verset 20.
    ויעזב את־הבקר וירץ אחרי אליהו ויאמר אשׁקה־נא לאבי ולאמי ואלכה אחריך ויאמר לו לך שׁוב כי מה־עשׂיתי לך׃ 
Élisée, quittant ses bœufs, courut après Élie, et dit: Laisse-moi embrasser mon père et ma mère, et je te suivrai. Élie lui répondit: Va, et reviens; car pense à ce que je t'ai fait.
כי מה־עשׂיתי לך - car pense à ce que je t'ai fait: Litt. "car que t'ai-je fait?"; c'est-à-dire pense à l'appel que tu as reçu.

Verset 21.
    וישׁב מאחריו ויקח את־צמד הבקר ויזבחהו ובכלי הבקר בשׁלם הבשׂר ויתן לעם ויאכלו ויקם וילך אחרי אליהו וישׁרתהו׃  
Après s'être éloigné d'Élie, il revint prendre une paire de bœufs, qu'il offrit en sacrifice; avec l'attelage des bœufs, il fit cuire leur chair, et la donna à manger au peuple. Puis il se leva, suivit Élie, et fut à son service.
Avant de succéder à Élie, Élisée sera son assistant (comme Josué avec Moïse). Il renonce à tout pour répondre à l'appel d'YHWH (il offre une paire de bœufs en sacrifice, brûle leur attelage, et ne semble même pas partager le repas sacrificiel avec sa famille et ses gens).
ויקם - Puis il se leva: L'expression "se lever" doit toujours attirer l'attention du lecteur (ou de l'auditeur) sur le fait que ce qui va suivre (actes ou paroles) est important. Elle n'indique donc pas nécessairement un mouvement physique, mais toujours une résolution, donc une attitude mentale et/ou spirituelle.
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• 2R 4,42-44 

Ce récit est lourd de signification: offrir des prémices de la récolte nouvelle est un acte du culte.
Le pain est multiplié pour être partagé.
Par ailleurs, son abondance a suggéré, dans la tradition, le festin des derniers temps.

(Sur l'offrande des prémices, voir en cliquant ici et sur le pain dans la Bible, voir en cliquant ici)
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