Au service de l'Ecriture - Yvette Mailliet le Penven




Nabiîm - Prophètes (2. "Prophètes derniers":
Isaïe et Jérémie)











Rappel:
1. NEVIIM RISHONIM (Prophètes antérieurs ou premiers - à cette page):
Yehoshua (Josué - Jos)
Shophtim (Juges - Jg)
Shemouel (Samuel I et II - 1S, 2S)
Melakim (Rois I et II - 1R, 2R)

2. NEVIIM AHARONIM (Prophètes postérieurs ou derniers - ci-dessous):
Yeshayahou (Isaïe ou Esaïe - Is ou Es)
Yirmeyahou (Jérémie - Jr)

Yehèzq'él (Ezéchiel - Ez)
Les Douze "petits" prophètes:
Hoshéa (Osée - Os)
Yoel (Joël - Jl)
Amos (Am)
Obadiya (Abdias - Ab)
Yonah (Jonas - Jon)
Mikayahou (Michée - Mi)
Nahoum (Nahum - Na)
Habaquq (Ha)
Zephaniyah (Sophonie - So)
Haggay (Aggée - Ag)
Zakariyah (Zacharie - Za)
Malaky (Malachie - Ma)

Les « prophètes postérieurs » (ou « derniers ») sont les prophètes écrivains, qui ont écrit des oracles et dont le peuple a gardé le souvenir des hauts faits (guérison, gestes bienfaisants). Ces oracles ont été recueillis progressivement, sans souci de l'ordre chronologique; on a constitué des livres placés sous le nom du prophète qui en a écrit les premiers éléments.

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NEVIIM AHARONIM
(Prophètes postérieurs)

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Isaïe

  Isaïe (Iesha‘yahou, dont le nom signifie « Yah sauvera », ce qui résume bien son message prophétique) est le premier des grands prophètes d’Israël. Il est cité vingt-cinq fois dans le Nouveau Testament sous sa forme grecque Esaïas, d’où vient notre Ésaïe ou Isaïe. Sa signification est proche de celle de Iehoshoua‘ (Josué), Hoshéa‘ (Osée), Èlisha‘ (Élie) et Iéshoua‘ (Jésus).
    Depuis le commentaire que J. C. Doederlein publia en 1775, il est généralement admis que ce volume comprend deux oeuvres bien distinctes, celle d'Isaïe lui-même (chapitres 1 à 39) et celle du « Second Isaïe » (ou Deutéro-Isaïe), oeuvre anonyme écrite vers 550-540 (chapitres 40 à 66). La présentation de ces deux auteurs en un seul volume existait déjà au IIème siècle avant l’ère chrétienne. La tradition juive concorde avec la chrétienne sur un point: toutes deux ont enseigné que le livre d’Isaïe est l’oeuvre d’un seul homme. Cependant l’hypothèse de Doederlein, reprise en 1780 par J. B. Koppe et avancée dès le XIIe siècle en Espagne par Abrahâm ibn ‘Ezra, a été confirmée par l’ordinateur auquel Y. T. Radday, en 1969 à Jérusalem, donna tous les éléments connus du problème. La réponse fut claire: il n’existe aucune possibilité raisonnable de penser que les deux parties du livre d’Isaïe sont l’oeuvre d’un seul auteur. Depuis la découverte des 66 chapitres d’Isaïe parmi les manuscrits de la mer Morte, W. H. Brownlee pousse la différenciation plus loin. Il pense que les 33 premiers chapitres de l’oeuvre forment un tout autonome nanti d’un appendice historique (chapitres 36 à 39). D’autres critiques considèrent que les dix derniers chapitres du volume ont été écrits par un Troisième Isaïe (Trito-Isaïe), le chantre de la fin des temps (chapitres 56 à 66).
   
La première partie de la vie publique d'Isaïe (vers 739-732) commence par l’illumination qui s’empare de lui au sanctuaire de Jérusalem (chapitre 6). À l’appel de YHWH l'Eternel il répond: Me voici, envoie-moi. Il accepte d’être le regard et la voix de l'Eternel parmi un peuple et une humanité en plein désarroi. Il joue un rôle public lorsque la Syrie et Israël envahissent le royaume de Juda (733).
    Comme le roi Achaz passe outre à ses conseils, l’inspiré se retire de la vie publique: l’alliance avec l’Assyrie le renvoie à ses solitudes et à son silence (8,16-18). On suppose que, pendant ses années de désert, sa contemplation s’approfondit et qu’un cercle d’adeptes se forme autour de lui.
    Quand Ézéchias, le fils et successeur d’Achaz, règne sur Juda (716-687), Isaïe est plus libre d’exprimer ses pensées: l’une de ses « charges » date de l’année de la mort d’Achaz (14,28-32). Alors, le roi Ézéchias résiste un temps aux tentatives faites par l’Égypte pour l’entraîner dans la rébellion contre l’alliance assyrienne. Mais il finit par céder à la tentation d’une révolte dont il voit les avantages sans en mesurer tous les risques.
    En 701, Sanhérib (Sennachérib) envahit le royaume de Juda, déporte la population des campagnes et met le siège devant Jérusalem; mais, comme Isaïe l’annonçait, l’impossible se réalise et la ville est sauvée (2 R 19,36; Is 37,36).
    Ce poète et ce voyant est aussi un homme d’action qui sait faire entendre sa voix aux rois et aux hommes d’État, toujours prêt d’ailleurs à signer de son sang l’authenticité de ses paroles. Il entend servir de voix à son Seigneur et, à longueur de vie, il ne se départit jamais d’une certitude que fonde sa parfaite adhérence à l’être et au vouloir de l'Eternel. Homme politique dans le sens le plus élevé du terme, il préconise une politique de neutralité entre les deux blocs qui se partagent alors le Proche-Orient. C’était à coup sûr la voie la plus juste, même si elle pouvait paraître utopique au regard du réalisme politique des gouvernants de son pays.
    Isaïe est un poète-né et l’un des plus grands d’Israël, créateur génial d’une langue qui ne cesse de nous émouvoir et de nous inspirer. Son style est toujours simple et direct. Mais son expérience humaine, large et profonde, donne une incomparable incandescence à son verbe et à sa pensée.
    Car, par-dessus tout, l’inspiré est un contemplatif qui nous communique, avec sa vision, tout l’éclat de son illumination intérieure. Sa théologie, sans être dogmatique, émane du témoignage de sa personne, et explicitement ou implicitement de ses écrits.
   
Le Second et le Troisième Isaïe.
    À partir du chapitre 40, le livre nous fait faire un bond de deux siècles environ, passant de l’époque royale (VIIIe siècle) à celle de l’exil à Babylone (VIe siècle). C’est là que vit l’auteur des chapitres 40 à 55 d’Isaïe. L’exil d’Israël et de Juda, tant de fois prédit dans la Bible, et d’abord par Moïse, est maintenant un fait accompli. Jérusalem et le Temple sont en ruine, mais ils seront reconstruits grâce à Cyrus, ainsi que l’annonce l’inspiré (44,26-28). Babylone sera châtiée, tandis que l'Eternel apportera à son peuple le réconfort promis.
    Nous ne connaissons rien de l’auteur. Rien, dans le texte, ne transparaît de sa personne ni de sa vie, sinon sa vision et son style: nous sommes ici, du début à la fin, sur les hautes cimes de la révélation biblique.
    Quant aux chapitres 56 à 66, ils sont considérés par de nombreux critiques comme ayant été écrits en terre d’Israël vers la même époque, juste avant ou immédiatement après le retour d’exil.
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▪ Is 2,1-5

Le livre d’Isaïe s’ouvre sur une description dramatique de la situation d’Israël. C’est sa première «vision au sujet de Juda et de Jérusalem» (Is 1,1). «Race de malfaiteurs, fils pervertis» (1,4), le peuple se détourne de son Dieu et, en proie à la «désolation», «n’est que blessures, contusions, plaies ouvertes» (1,6). C’est dans ce contexte de souffrance qu’Isaïe s’adresse aux enfants d’Israël. Son langage est double : menace et consolation ; châtiment et promesse. Il avertit et il réconforte ; il exhorte et il encourage. Sa deuxième vision, dont nous méditons aujourd’hui le texte, est une promesse de paix perpétuelle. L’unité faite autour de Jérusalem, l’épée se changera en soc et les lances en faucilles et tous marcheront «à la lumière du Seigneur». Extraordinaire «vision de paix» – c’est l’un des sens possibles du mot «Jérusalem» – qui nous offerte comme un horizon lumineux au terme de toute souffrance. C’est bien l’horizon de notre attente : «Lui-même, il sera la paix».
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• Is 6,1-2a;3-8.

Face à l'arche d'Alliance sur laquelle les séraphins déploient leurs ailes, le prophète prend une conscience aiguë de la grandeur de Dieu trois fois Saint, dont la gloire emplit l'univers, et de sa petitesse d'homme solidaire d'un peuple de pécheurs.
Purifié par le Seigneur, il se met sans réserve à sa disposition pour accomplir la tâche que le Très-Haut voudra bien lui confier.

Sur ce passage:
Sur Isaïe, voir plus haut.
Sur Is 6,1-13: Ce récit de la vocation d'Isaïe doit se situer chronologiquement avant les oracles rapportés par les chapitres 1-5, ce qui montre que l'agencement des textes répond à une logique autre que chronologique (sans doute une volonté de souligner quelle était la situation de Juda au moment où le prophète a reçu son appel - situation rappelée en 6,5).
La grandeur de la vision majestueuse dont Isaïe est le témoin n'est pas sans rapport avec la difficulté de la mission qui lui est confiée. La nature de cette vision (la sainteté absolue d'YHWH) est étroitement liée au message que le prophète va être chargé d'annoncer au peuple: si les perspectives d'avenir ne s'annoncent guère réjouissantes, cependant, au-delà du jugement, il existe pour un "reste" une authentique espérance de salut.

Traduction et remarques:
 
Verset 1.
בשׁנת־מות המלך עזיהו ואראה את־אדני ישׁב על־כסא רם ונשׂא ושׁוליו מלאים את־ההיכל׃
L'année de la mort du roi Ozias, je vis le Seigneur assis sur un trône très élevé, et les pans de sa robe remplissaient le temple.
בשׁנת־מות המלך עזיהו - L'année de la mort du roi Ozias: Vers 740 av. notre ère (voir 2R 15,7; 2Ch 26,21-23).
ואראה את־אדניje vis le Seigneur:
- אדני 'ădônây - le Seigneur: Forme emphatique de אדון ou אדן 'âdôn (voir à cette page; page sur "les noms de Dieu" en construction), seulement utilisée pour désigner Dieu.
- Sur la possibilité de "voir Dieu", voir Ex 33,20. Selon la Bible, on ne peut voir "la face de Dieu" (page sur ce thème en préparation; voir Ex 33,23; Jg 6,22-23; 13,22) et vivre; c'est pourquoi Moïse le "voit" "de dos".
Pourtant, Dieu se laisse voir de diverses manières (Gn 32,31; Nb 12,8; Dt 34,10) - il donne donc quelque chose à connaître de lui, même si son être dépasse ce que la créature peut en connaître; des textes relatent des "visions" de Dieu expérimentées par certains hommes, comme ici ou encore Ez 1.
Ici, l'Eternel apparaît au prophète tel un roi entouré de sa cour, et siégeant pour rendre la justice; Isaïe a vraisemblablement eu cette vision alors qu'il était lui-même dans le Temple de Jérusalem.

Verset 2.  
שׂרפים עמדים ממעל לו שׁשׁ כנפים שׁשׁ כנפים לאחד בשׁתים יכסה פניו ובשׁתים יכסה רגליו ובשׁתים יעופף׃
Des séraphins se tenaient au-dessus de lui; ils avaient chacun six ailes; deux dont ils se couvraient la face, deux dont ils se couvraient les pieds, et deux dont ils se servaient pour voler.
שׂרפיםDes séraphins: שרפים seraphim, transcrit« séraphins », pluriel de שׂרף śârâph, signifie en fait « serpents brûlants ». Ce mot désigne un cobra du désert qui crache son venin dans les yeux de sa proie (Nb 21,6;8; Dt 8,15).
1. Évolution de l'image.
- Cet animal en position debout est devenu un symbole protecteur en Égypte, dès le IIIème millénaire.
- Au IIème millénaire, les Égyptiens lui ajoutent une paire d’ailes, pour souligner davantage encore sa fonction protectrice.
- Sous le règne d'Achab (874-853), ce symbole est repris en Israël du Nord.
- Au VIIIème s. av. J.-C., en Judée, l’influence égyptienne est forte; des sceaux  montrent des cobras, mais cette fois ils présentent deux paires d’ailes
- La vision d'Isaïe relatée ici a lieu à cette même époque; Isaïe utilise une image qu'il connaît bien, tout comme ses contemporains. Dieu trônant en majesté est donc entouré de deux cobras, dotés cette fois de trois paires d'ailes: quatre ailes leur servent à se protéger (non plus à protéger), et deux à voler (Is 14,29; 30,6).
- Par la suite, le séraphin va « s’humaniser », être doté d'abord de visage et de mains d'hommes (l'iconographie orientale en présente plusieurs exemples); puis de jambes, et l’on finira par traduire ce mot par
« séraphins-anges » au lieu de « cobras brûlants ailés », sinon le lecteur n'aurait plus compris cette vision!
2. Sens de l'image.
On peut penser que cette image de serpents ailés renvoie à l'épisode relaté en Nb 21,6, et qu'ils symbolisent le jugement divin (vv.9-12); il en est de même en Is 14,29. 
Ils peuvent être aussi symboles de la royauté divine.
3. Postérité de l'image.
Les "quatre vivants" de l'Apocalypse (Ap 4,6-9) combinent les traits de ces avec ceux des "vivants" d'Ez 1; 10.
רגליו - les pieds: רגל regel, traduit généralement par "pied" peut également désigner par euphémisme les parties génitales (cf. Ex 4,25).

Verset 3.
וקרא זה אל־זה ואמר קדושׁ קדושׁ קדושׁ יהוה צבאות מלא כל־הארץ כבודו׃
Ils criaient l'un à l'autre, et disaient: Saint, saint, saint est YHWH-Adonaï des armées! toute la terre est pleine de sa gloire!
קדושׁ קדושׁ קדושׁSaint, saint, saint: Cette expression triple a une valeur de superlatif; elle proclame la sainteté absolue de YHWH.
צבאות - les armées: Pluriel de צבא tsâbâ' (ou צבאה  tsebâ'âh), "armée", longtemps simplement transcrit dans la liturgie par "Sabaoth".
L'expression יהוה צבאות apparaît près de 300 fois dans la Bible. Dans les textes les plus anciens, la formule a sans conteste un sens guerrier - puisqu'on le trouve dans le récit de batailles (1S 4,4): "YHWH des armées". Mais plus tard on voudra atténuer cet aspect, et, après avoir simplement transcrit le substantif, on le traduira par "les armées célestes" (désignant ainsi les astres ou les anges, dont on les rapproche volontiers); on trouve donc souvent les traductions "Seigneur Dieu des Puissances", "Dieu de l'univers", "Seigneur tout-puissant", etc.
On reconnaîtra dans cette proclamation le socle du Sanctus.

Verset 4.
וינעו אמות הספים מקול הקורא והבית ימלא עשׁן׃
Les portes furent ébranlées dans leurs fondements par la voix qui retentissait, et la maison se remplit de fumée.
Tremblement de terre, coups de tonnerre ("la voix qui retentissait"), fumée ou nuée, sonnerie de « trompette puissante » (en fait, de shofar): autant de signes annonciateurs des manifestations du Dieu Tout-Puissant
dans la Bible, des théophanies (comp. Ex 19,18-19).  

Verset 5.
 ואמר אוי־לי כי־נדמיתי כי אישׁ טמא־שׂפתים אנכי ובתוך עם־טמא שׂפתים אנכי יושׁב כי את־המלך יהוה צבאות ראו עיני׃
Alors je dis: Malheur à moi! je suis perdu, car je suis un homme dont les lèvres sont impures, j'habite au milieu d'un peuple dont les lèvres sont impures, et mes yeux ont vu le Roi, YHWH-Adonaï des armées.
Cette vision de la sainteté de YHWH produit en Isaïe une profonde conviction de péché (comp. Ex 33,20).

Verset 6.
 ויעף אלי אחד מן־השׂרפים ובידו רצפה במלקחים לקח מעל המזבח׃
Mais l'un des séraphins vola vers moi, tenant à la main une pierre ardente, qu'il avait prise sur l'autel avec des pincettes.
המזבחl'autel: Peut-être l'autel des parfums, qui se trouvait dans le sanctuaire, ou plutôt - voir note sur le verset suivant - l'autel des sacrifices, qui se trouvait à l'extérieur (voir cette page).

Icône typologique "Le prophète Isaïe" -> (vers 1560, musée de Novgorod).
Isaïe porte un phylactère sur lequel est inscrit sa prophétie messianique au roi Achaz (Is 7,14): "Le Seigneur lui-même va vous donner un signe [...] l'Emmanuel" - et tient un tison avec lequel un séraphin lui a purifié les lèvres.

Verset 7.
 ויגע על־פי ויאמר הנה נגע זה על־שׂפתיך וסר עונך וחטאתך תכפר׃ 
Il en toucha ma bouche, et dit: Ceci a touché tes lèvres; ton iniquité est enlevée, et ton péché est expié. 
La braise prise sur l'autel et appliquée sur les lèvres d'Isaïe représente l'application à sa personne de la vertu expiatoire des sacrifices. Cette purification des lèvres rend Isaïe apte à sa mission prophétique (comp. Jr 1,9; Ez 2,8; Dn 10,16).

Verset 8.  
 ואשׁמע את־קול אדני אמר את־מי אשׁלח ומי ילך־לנו ואמר הנני שׁלחני׃
J'entendis la voix du Seigneur, disant: Qui enverrai-je, et qui marchera pour nous? Je répondis: Me voici, envoie-moi.
לנוpour nous: Le Dieu Roi parle en son nom et en celui de sa cour céleste.
הנני שׁלחני - Me voici, envoie-moi: La disponibilité d'Isaïe (הנני - Me voici!) rappelle le magnifique récit de la vocation du tout jeune Samuel (1S 3); et la promptitude de sa réponse tranche avec celles de Moïse ou de Jérémie.
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▪ Is 9,1-6

La paix universelle promise par le Seigneur par la bouche de son prophète dès le début du livre prend aujourd’hui un visage : celui d’un enfant qui est aussi un roi et sur qui repose le destin de tout le peuple. Isaïe est l’homme qui rend concrète l’espérance d’Israël : Dieu se manifeste dans l’histoire et pas seulement au terme de l’histoire. Le texte que nous méditons ici est ce qu’on appelle un oracle messianique : ancré dans l’histoire d’Israël, il la dépasse en prenant une portée prophétique centrée sur la figure d’un Messie sauveur, porteur d’une paix sans fin. Le roi Achaz peut bien rejeter l’alliance avec le Saint d’Israël et préférer garantir sa sécurité en pactisant avec l’Assyrie, Dieu fera surgir un nouveau roi, «prince-de-paix», «Emmanuel», ce qui signifie «Dieu-avec-nous».

Joie au sein des ténèbres opaques d'un peuple en déportation: naissance d'un enfant aux titres prestigieux; promesse d'un avenir de paix sans fin et de justice pour tous.
Merveille accomplie par "l'amour invincible du Seigneur de l'univers"!

Remarques:

Verset 1.
אור גדול - une grande lumière: l'image de la lumière sert souvent à évoquer le Salut chez Isaïe.

Verset 2.
הרבית הגוי [לא כ] (לו ק) הגדלת השמחה - Tu rends le peuple nombreux, Tu lui accordes de grandes joies: ici la leçon écrite, le kétiv לא lô' est incompréhensible dans le contexte, puisqu'il s'agit de la négation; les massorètes ont donc corrigé par le qéré, לו "pour lui/elle".
 
Verset 3.
כיום מדין - comme à la journée de Madian: allusion à la victoire de Gédéon sur les Madianites (Jg 6-7). Cette victoire soudaine et inespérée préfigure la fin de l'humiliation d'Israël et la manifestation du Salut, œuvre divine et non humaine.

Verset 4.
Tout équipement militaire sera détruit puisque la paix règnera: voir Is 2,4.

Verset 5.
ילד ילד - un enfant est né: littéralement, "un (nouveau-)né est né" - cas particulier d' "infinitif absolu" puisque le premier terme ילד yeled (qui désigne un être "né") dérive et est sujet du second, le verbe ילד yâlad (qui signifie "naître").
ילד [...]  בן - un enfant [...] un fils: il s'agit d'un descendant de David, héritier du trône, donné au peuple pour exercer la royauté sur lui, selon la promesse faite à David (2S 7,12-16; cf. Ps 2,7). C'est l'Emmanuel d'Is 7,14:
הנה העלמה הרה וילדת בן וקראת שׁמו עמנו אל׃
Voici, la vierge sera enceinte, elle enfantera un fils, et on lui donnera le nom d'Emmanuel.
פלא יועץ אל גבור אביעד שׂר־שׁלום - Admirable conseiller, Dieu puissant, Père éternel, Prince de la paix: Isaïe énumère quatre titres, chacun étant composé de deux termes:
- פלא יועץ - Admirable conseiller: l'enfant aura pour exercer sa royauté une sagesse extraordinaire, qui fera de lui un nouveau Salomon, plus glorieux encore que lui.
- אל גבור - Dieu puissant: beaucoup voient là l'affirmation de la divinité du Messie. Mais plusieurs textes du Premier Testament attestent que, comme dans toutes les civilisations environnantes, le roi était "adopté" par Dieu (Ps 2,7; 89,27-28), voire était appelé "dieu" (Ps 45,7-8). Il ne s'agit néanmoins pas de nier la divinité du Messie, affirmée dans d'autres passages plus nets que cette simple titulature.
- אביעד - Père éternel: le mot אב 'âb était aussi un titre royal (1S 24,12; 2R 5,13). L'expression אביעד signifie donc que le règne de ce descendant de David sera sans fin.
- שׂר־שׁלום - Prince de la paix: ce titre, qui n'est pas sans évoquer à nouveau Salomon, souligne la capacité de ce roi à instaurer une paix durable sous son règne (Is 11,5-9).
Ce verset confirme donc le caractère extraordinaire du règne de ce roi.

Verset 6.
Les titres du verset précédent sont expliqués ici:
- le terme "משׂרה miśrâh - le pouvoir" est construit sur même racine que "שׂר śar - le prince";
- le terme "שׁלום shâlôm - le paix" fait très précisément écho au titre de "שׂר־שׁלום - Prince de la paix";
- l'établissement "במשׁפט ובצדקה - par le droit et par la justice" (sur chacun des deux termes constituant la paire figée "משׁפט וצדקה – justice et équité" , voir ici et ici) de cette paix résulte de la sagesse de l' "פלא יועץ - Admirable conseiller";
- la mention d'une royauté " מעתה ועד־עולם -Dès maintenant et à toujours" renvoie au titre de "אביעד Père éternel". 

La promesse faite à David par l'intermédiaire du prophète Nathân trouvera donc son accomplissement dans le règne éternel de son éminent descendant.
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▪ Is 11,1-16

Avec le Roi nouveau, le Royaume nouveau : un royaume décrit comme en Genèse, le jardin d’Eden, où les espèces s’entendent sans s’affronter, où la violence est inconnue et le pays «rempli de la connaissance du Seigneur comme les eaux comblent la mer». Ce tableau paradisiaque est indissociable de la figure du Roi-Messie curieusement présenté non comme un triomphateur tout auréolé de gloire mais comme un «rejeton», un «surgeon» dont la puissance ne peut être imputée qu’à l’Esprit du Seigneur qui «repose sur lui» et fait de lui le Roi juste par qui Israël sera sauvé comme en un nouvel exode : «Ce jour-là, le Seigneur étendra la main une seconde fois» et rassemblé en Sion. Remarquons encore l’enracinement historique des promesses prononcées par le prophète : l’intervention divine dans la vie d’Israël – comme en toute vie – est tout ce qu’il y a de plus concret !
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▪ Is 12,2 ;4b-6 ; antienne :3. 

Mon Dieu est grand et saint : à lui ma louange !
Sa force me sauve : en lui ma confiance !

Amour et vérité, droiture et bonté: attentes de tous les hommes!
Qui, sinon Dieu, pourrait en enseigner les voies?

Ce passage d'Isaïe est parfois appelé "Cantique du nouvel Exode", car il fait pendant au "Cantique de Moïse" en Ex 15 1-19, et y fait référence à plusieurs reprises.
On peut y distinguer deux parties:
- versets 1-3: évocation de l'expérience personnelle du Salut;
- versets 4-6: expression de la reconnaissance communautaire envers YHWH.

Dans le verset 1, le "Jour du Seigneur" est évoqué:
  ואמרת ביום ההוא אודך יהוה
"Tu diras en ce jour-là: Je te loue, ô YHWH!"
ce qui donne une dimension eschatologique à tout ce (court: six versets seulement) chapitre: le Salut fait suite au jugement.
Ce thème de la consolation après le jugement réapparaît d'ailleurs en Is 40,1-2.
Ici, le peuple infidèle devra subir le "jugement de Dieu" parce qu'il accepte le joug de l'Assyrie (il a préféré "le puissant fleuve", l'Euphrate, aux "eaux de Siloé" qui alimentaient Jérusalem en eau potable: Is 8,6-7) avant de recevoir la consolation d'un Messie.

Voici le texte littéral et intégral de ce très beau passage d’Isaïe (la traduction liturgique en est – une fois encore, hélas ! – très éloignée et malheureusement tronquée) :

1.    
ואמרת ביום ההוא אודך יהוה כי אנפת בי ישב אפך ותנחמני׃
Littéralement : ואמרת – et tu diras ; ביום – au jour ; ההוא – celui-là ; אודך – je te célébrerai ; יהוה ** – YHWH l'Eternel ; כי – car ; אנפת*** – tu as été en colère ; בי – envers moi ; ישב – est revenue ; אפך*** – ta colère ; ותנחמני – et tu m’as consolé
« En ce jour-là tu diras: Je te loue, ô Éternel, car tu étais courroucé contre moi; mais ta colère a pris fin et tu m'as consolé. »

2.     
הנה אל ישועתי אבטח ולא אפחד כי־עזי וזמרת יה יהוה ויהי־לי לישועה׃
Littéralement : הנה – voici ; אל**** – Dieu de ; ישועתי – mon salut ; אבטח – j’aurai confiance ; ולא – et ne pas ; אפחד – je serai effrayé ; כי־ – car ; עזי – ma force ; וזמרת – et ma puissance ; יה – Yah ; יהוה – YHWH l'Eternel ;  ויהי־ et il deviendra ; לי – pour moi ; לישועה – salut
« Voici, Dieu est mon salut; j'aurai confiance, et je ne craindrai point. Car l'Éternel, l'Éternel est ma force et ma louange, et il sera mon Sauveur! »
Remarques:
אבטח ולא אפחד "Je serai plein de confiance, et je ne craindrai rien": attitude de foi et de sérénité, à l'opposé de celle d'Achaz (roi de Juda de 735 à 716 avant notre ère); affronté à la coalition syro-éphraïmite, il préféra se mettre sous la dépendance totale de l'Assyrie (voir 2R 16 et l'introduction ci-dessus): c'est à lui qu'Isaïe a adressé l'"oracle de l'Emmanuel" (Is 7).
כי־עזי וזמרת יה יהוה ויהי־לי לישׁועה "Car Yah, YHWH est ma force et le sujet de mes louanges; c'est lui qui m'a sauvé": cf.Ex 15,2
 עזי וזמרת יה ויהי־לי לישׁועה
"Yah est ma force et le sujet de mes louanges; C'est lui qui m'a sauvé."

3.     
ושאבתם־מים בששון ממעיני הישועה׃
Littéralement : ושאבתם־ – et vous puiserez ; מים – de l’eau ; בששון – avec exultation ; ממעיני – des sources de ; הישועה – le salut
« Et vous puiserez des eaux avec joie aux sources du salut. »

4.     
ואמרתם ביום ההוא הודו ליהוה קראו בשמו הודיעו בעמים עלילתיו הזכירו כי נשגב שמו׃
Littéralement : ואמרתם – et vous direz ; ביום – au jour ; ההוא – celui-là ; הודו – célébrez ; ליהוה – pour YHWH l'Eternel ; קראו – proclamez ; בשמו – son nom ; הודיעו – faites connaître ; בעמים – parmi les peuples ; עלילתיו – ses hauts faits ; הזכירו – rappelez ; כי – que ; נשגב – élevé ; שמו – son nom
Et vous direz en ce jour-là: Louez l'Éternel, invoquez son nom, publiez parmi les peuples ses hauts faits! Célébrez la gloire de son nom! »

5.     
זמרו יהוה כי גאות עשה [מידעת כ] (מודעת ק) זאת בכל־הארץ׃
Littéralement : זמרו – psalmodiez ; יהוה – YHWH l'Eternel ; כי – car ; גאות – magnificence ; עשה – il a fait ; [מידעת כ] (מודעת ק) – connu ; זאת – ceci ; בכל־ – sur toute ; הארץ – la terre
(Remarquer le kétiv מידעת (écrit, non lu, noté כ) et son qéré מודעת (oral, noté ק) – Voir à la page « Quelques remarques sur la Bible »)  
« Chantez à l'Éternel, car il a fait des choses magnifiques; qu'elles soient connues par toute la terre! »
Remarques:
זמרו יהוה "Célébrez YHWH":
- זמר zâmar: 1.toucher (les cordes ou une autre partie d'un instrument de musique) -> 2. jouer d'un instrument -> 3. s'accompagner d'un instrument pour chanter -> 4. célébrer par le chant et la musique -> 5. chanter un cantique, un psaume.
- Rapprocher d'Ex 15,1.
  כי גאות עשׂה "car il a fait des choses magnifiques": Rapprocher d'Ex 15,1.
6.     
צהלי ורני יושבת ציון כי־גדול בקרבך קדוש ישראל׃
Littéralement : צהלי* – pousse un cri ; ורני – et crie de joie ; יושבת – habitante de ; ציון – Sion ; כי־ – car ; גדול – grand ; בקרבך – au milieu de toi ; קדוש – le Saint de ; ישראל – Israël
« Crie et chante de joie, toi qui habites en Sion! Car le Saint d'Israël est grand au milieu de toi. »
Remarques:
צהלי ורני "Pousse des cris de joie et d'allégresse": voir Is 54,1
• קדושׁ ישׂראל"le Saint d'Israël": voir, par ex. Is 1,4. Cette locution est utilisée 26 fois par Isaïe pour désigner YHWH. On la retrouve à six autres reprises dans le Premier Testament. Elle souligne le caractère unique et incomparable du Dieu qui s'est révélé à israël, et tout particulièrement son absolue sainteté.
 
Chouraqui traduit ainsi ce chapitre – avec la force et la verve qui lui sont habituelles :
Hennis*, jubile 
1.     Dis en ce jour: « Je te célèbre, IHVH-Adonaï**!
Oui, tu avais nariné*** contre moi;
mais ta narine*** s’est détournée et tu me réconfortes.
2.     Voici l’Él**** de mon salut. Je me rassure, je ne tremble pas.
Oui, mon énergie, le chant de Yah, IHVH-Adonaï !
Il est pour moi le salut. »
3.     Puisez les eaux avec exultation aux sources du salut.
4.     Dites en ce jour: « Célébrez IHVH-Adonaï, criez son nom;
faites connaître parmi les peuples ses exploits;
mémorisez-le, oui, sublime est son nom !
5.     Chantez IHVH-Adonaï, oui, il culmine, cela, à la connaissance de toute la terre.
Hennis*, jubile, habitante de Siôn !
6.       Il est grand en ton sein, le sacré d’Israël ! »
-------
En effet:
* צהל peut signifier « pousser des cris » ; c’est le sens que l’on donne à ce verbe chez Esd : en 10,30, ce sont des cris d’angoisse, en 12,6, ce sont des cris de joie ; mais, effectivement, il peut également signifier « hennir », comme en Jr 5,8. Chouraqui a choisi le verbe le plus expressif.
** Chouraqui transcrit יהוה IHVH, et le fait suivre de son qéré Adonaï, alors que je le transcris, comme il est plus traditionnel de le faire, YHWH et le fais suivre de son « interprétation » (voir à la page « Quelques remarques sur la Bible), plus classique chez les Juifs et les Réformés que chez les Catholiques: « l’Eternel »
*** אפ a pour sens nominal premier « nez, narine ». Cette racine, concrète, est aussi, ici, celle d’un verbe ; c’est pourquoi Chouraqui crée le néologisme « nariner ».
Ce nom permet – à partir de synthèmes – d’exprimer divers sentiments :
1. la colère, comme ici (à partir d’expressions telles que : ויחר־אף יעקב ברחלLittéralement : ויחר־ – et devint chaud ; אף – le nez de ; יעקב – Jacob ; ברחל – contre Rachel, en Gn 30,2a : « Et la colère de Jacob s'enflamma contre Rachel ») ;
2. la patience, par exemple en Pr 25,15 : ארך אפים, littéralement « la longueur du nez » ;
3. l’orgueil, par exemple en Ps 10,4 : בה אפ, littéralement « la hauteur du nez ».
**** אל - El est l’un des noms attribués à Dieu – mais à l’origine, c’est le nom du grand dieu des Cananéens ; c’est pourquoi Chouraqui considère ce mot comme une sorte de générique, en lui adjoignant un article : il n’a pas le caractère sacré du tétragramme imprononçable יהוה.
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• Is 35,4-7a
La perspective de la venue de Dieu doit réjouir les "justes" et les encourager à persévérer dans leur voie.
Elle incite les pécheurs à se convertir.
Bonne Nouvelle: Dieu "se venge" des offenses qu'on lui a faites en apportant le salut à tous!
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• Is 40,1-5;9-11

Bonne nouvelle! Le Seigneur vient, il est là: Roi puissant mais pacifique, qui apporte le pardon et la libération; Berger attentif aux plus petits et aux plus faibles, il conduit son peuple sur des routes sûres.

Remarques:
Sur "le" livre d'Isaïe, voir plus haut.
Le chapitres 40 inaugure ce qu'on l'on appelle souvent le "Livre de la Consolation d'israël" (voir ci-dessous v.1). En effet, le prophète y annonce l'œuvre de salut que YHWH va accomplir pour son peuple.
Il ouvre aussi la seconde partie du Livre dit d'Isaïe, dans laquelle on peut repérer une structure tripartite, chaque partie regroupant neuf chapitres (40-48; 49-57; 58-66) et se terminant par un avertissement solennel adressé aux méchants.
Le prophète, portant ses regards vers l'avenir, développe trois grands thèmes:
1- le retour de l'exil babylonien;
2- le salut du peuple de Dieu, et son libérateur;
3- la gloire de la Jérusalem future.
Dès la première partie cependant, Isaïe porte ses regards au-delà de la captivité babylonienne et du retour de l'exil. Écrasant les perspectives, il embrasse toute l'histoire du Salut d'un seul coup d'œil, sans en séparer les étapes.

Verset 1.
  נחמו נחמו עמי יאמר אלהיכם׃
Consolez, consolez mon peuple,
Dit votre Dieu.
• נחמו נחמו- Consolez, consolez: ce redoublement - typiquement sémitique - est une forme emphatique, qui souligne la réalité de la consolation que YHWH-Adonaï va accomplir.
עמי- mon peuple: voir Os 2,1-3.
Cette phrase, à elle toute seule, est déjà une Bonne Nouvelle extraordinaire, presque inespérée, pour qui sait l'entendre ! Car les expressions « mon
peuple »,  « votre Dieu » sont le rappel de l'Alliance.
Or, c'était la grande question des exilés. Pendant l'Exil à Babylone, c'est-à-dire entre 587 et 538 avant J.C., on pouvait se le demander : est-ce que Dieu n'a pas abandonné son peuple, est-ce qu'il n'a pas renoncé à son Alliance...? Il pourrait bien s'être enfin lassé des infidélités répétées à tous les niveaux. Tout l'objectif de ce livret de la Consolation d'Isaïe est de dire qu'il n'en est rien. Dieu affirme encore « Vous serez mon peuple et je serai votre Dieu », ce qui était la devise ou plutôt l'idéal de l'Alliance.

Verset 2.
   דברו על־לב ירושׁלם וקראו אליה כי מלאה צבאה כי נרצה עונה כי לקחה מיד יהוה כפלים בכל־חטאתיה׃
Parlez au cœur de Jérusalem, et criez lui
Que sa servitude est finie,
Que son iniquité est expiée,
Qu'elle a reçu de la main de YHWH
Au double de tous ses péchés.
כי מלאה צבאה - Que sa servitude est finie: l'image sert à évoquer le châtiment subi par Juda, i.e. son exil à Babylone, en raison de sa désobéissance.
Cela signifie donc que la servitude à Babylone est finie ; c'est une annonce de la libération et du retour à Jérusalem.
כפלים בכל־חטאתיה - Au double de tous ses péchés: le châtiment subi a été amplement suffisant; allusion à la loi d'Israël: un voleur devait rendre le double de ce qu'il avait volé.
Parler au passé de cette double punition, c'est donc une manière imagée de dire que la libération approche, puisque la peine est déjà purgée. Ce que le prophète, ici, appelle l'« iniquité » de Jérusalem, ses « fautes », ce sont tous les manquements à l'Alliance, les cultes idolâtres, les manquements au sabbat et aux autres prescriptions de la Loi, et surtout les trop nombreux manquements à la justice - pire que tout le reste, le mépris des pauvres.
Le peuple juif a toujours considéré l'Exil comme la conséquence de toutes ces infidélités. Car on le sait bien : s'écarter de la Loi de Dieu, c'est engendrer soi-même son propre malheur.

Verset 3.
  קול קורא במדבר פנו דרך יהוה ישׁרו בערבה מסלה לאלהינו׃
Une voix crie:
Préparez au désert le chemin de YHWH,
Aplanissez dans les lieux arides
Une route pour notre Dieu.
Ce verset est cité - d'après LXX: φωνὴ βοῶντος ἐν τῇ ἐρήμῳ Ἑτοιμάσατε τὴν ὁδὸν κυρίου, εὐθείας ποιεῖτε τὰς τρίβους τοῦ θεοῦ ἡμῶν· - en Mt 3,3; Mc 1,3; Jn 1,23. Quant à Lc 3,4-6, il cite les vv.3-5.
קול קורא במדבר פנו דרך - Une voix crie: Préparez dans le désert un chemin: dans le Proche-Orient ancien, la venue d'un personnage important était précédé par l'envoi d'émissaires. Comp. Is 57,14; 62,10.
Nulle part l'auteur de ce livret ne nous dit qui il est ; il se présente comme « la voix qui crie de la part de Dieu » ; c'est lui que nous appelons traditionnellement le « deuxième Isaïe ».
Le Nouveau Testament identifiera cette voix à celle de Jean le Précurseur, et indiquera que le changement d'attitude intérieure et extérieure constitue la façon de dégager le chemin pour Dieu (Mt 3,1-8).
מסלה לאלהינוUne route pour notre Dieu: dans les vv.3-11, on retrouve le thème de la מסלּה mesillâh - route, qui évoque le nouvel exode (voir 11,16; 19,23); tout comme le ערבה ‛ărâbâh - désert, voir 32,15-17; 44,3.
Déjà une fois dans l'histoire d'Israël, Dieu a préparé dans le désert le chemin qui menait son peuple de l'esclavage à la liberté : traduisez de l'Égypte à la Terre promise ; puisque le Seigneur a su jadis arracher son peuple à l'oppression égyptienne, il saura aujourd'hui, de la même manière, l'arracher à l'oppression babylonienne.

Verset 4.
   כל־גיא ינשׂא וכל־הר וגבעה ישׁפלו והיה העקב למישׁור והרכסים לבקעה׃
Que toute vallée soit exhaussée,
Que toute montagne et toute colline soient abaissées!
Que les coteaux se changent en plaines,
Et les défilés étroits en vallons!
Ce verset est une allusion aux travaux que les Juifs devaient accomplir à Babylone; en outre, une fois par an, un cortège royal faisait procession avec la statue du dieu Mardouk, et, chaque année, les Juifs devaient préparer la route pour le cortège - ce qui (travailler pour un dieu étranger) constituait pour eux l'humiliation suprême et un véritable déchirement intérieur.
Mais ce nouvel exode, contrairement au premier (sortie d'Égypte), sera aisé (comp. 35,8) - et c'est pour le Dieu Unique et pour son peuple que, contrairement à ce qui se passait à Babylone, la route sera ouverte.

Verset 5.
    ונגלה כבוד יהוה וראו כל־בשׂר יחדו כי פי יהוה דבר׃
Alors la gloire de YHWH sera révélée,
Et au même instant toute chair la verra;
Car la bouche de YHWH a parlé.
Dieu se révèlera, se fera connaître comme il ne l'avait jamais fait (comp. 35,1-2) - et ce, à tous les humains; on pourrait traduire « Dieu sera enfin reconnu comme Dieu et tous verront que Dieu a tenu ses promesses ».

Verset 9.
  על הר־גבה עלי־לך מבשׂרת ציון הרימי בכח קולך מבשׂרת ירושׁלם הרימי אל־תיראי אמרי לערי יהודה הנה אלהיכם׃
Monte sur une haute montagne,
Sion, pour publier la bonne nouvelle;
Élève avec force ta voix,
Jérusalem, pour publier la bonne nouvelle;
Élève ta voix, ne crains point,
Dis aux villes de Juda:
Voici votre Dieu!
ציון - Sion; ירושׁלם - Jérusalem: voir Is 1,8. Personnifications de Jérusalem, la ville choisie par YHWH-Adonaï, où se trouve son Temple (cf. 2S 5,7;1R 11,13; Ps 2,6; 15,1; 43,3; 46,5). Ou, de façon moins poétique, plus "concrète", métonymie (la Bible en français courant - "BFC" - traduit: "peuple de Sion", "peuple de Jérusalem").
מבשׂרת - pour publier la bonne nouvelle: celle de l'œuvre de salut que YHWH va accomplir en faveur de son peuple (comp. Is 41,27; 52,7; 61,1).
Noter le parallélisme presque parfait de ces deux phrases :
A- על הר־גבה - sur une haute montagne
B- עלי־לך - monte pour toi
C- מבשׂרת - portant une bonne nouvelle
D- ציון - Sion
A'- בכח - avec force
B'- הרימי קולך - élève ta voix
C'- מבשׂרת - portant une bonne nouvelle
D'- ירושׁלם - Jérusalem
Ce parallélisme, ainsi que la répétition deמבשׂרת(et celle, plus loin, de הרימי)a précisément pour but de porter l'accent sur cette "Bonne Nouvelle", qui va être explicitée au verset suivant.

Verset 10.
    הנה אדני יהוה בחזק יבוא וזרעו משׁלה לו הנה שׂכרו אתו ופעלתו לפניו׃
Voici, le Seigneur, YHWH, vient avec puissance,
Et de son bras il commande;
Voici, le salaire est avec lui,
Et les rétributions le précèdent.
• וזרעו משׁלה - Et de son bras il commande: sur la page sur "le bras de Dieu".

Verset 11.
     כרעה עדרו ירעה בזרעו יקבץ טלאים ובחיקו ישׂא עלות ינהל
Comme un berger, il paîtra son troupeau,
Il prendra les agneaux dans ses bras,
Et les portera dans son sein;
Il conduira les brebis qui allaitent.
• כרעה - Comme un berger: voir Ps 23,1; Ez 34,15. Après le langage de la force ("le bras de Dieu") au verset 10, le langage de ce verset annonce le nouvel exode, au cours duquel YHWH conduira de nouveau son peuple, tel un berger ses brebis (comp. Is 11,16; 35,4;8; Mi 2,12-12; voir aussi la page sur "le berger dans la Bible").
Le bon Roi, pour Israël, doit être un bon chef de guerre contre ses ennemis, mais aussi un "bon berger", qui sait conduire son peuple avec douceur - en particulier envers les plus humbles, les plus faibles.




Le Nouveau Testament fera de Jésus ce Bon Berger (Jn 10) ->


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• Is 42,5-16

La figure cachée derrière ce très beau texte est celle dite du Serviteur. Son caractère messianique n’est pas évident mais la relecture chrétienne de ces textes y contemple sans hésiter la figure rédemptrice du Christ Seigneur. Le Serviteur, «appelé» et «modelé» par le Seigneur, doit affronter l’échec de sa mission et subir maintes souffrances, mais Dieu lui renouvelle ses promesses et, à travers lui, à tout le peuple, faisant de lui le Serviteur du salut d’Israël. Toute l’initiative est à Dieu qui «s’avance, comme un guerrier» et gémit «comme la femme qui enfante» pour donner naissance à l’univers nouveau.
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• Is 43,16-21.

Prophètes et sages d'Israël évoquent les merveilles opérées jadis par le Seigneur comme autant d'assurances pour aujourd'hui et demain. Dieu crée toujours du neuf. Faire mémoire des événements de jadis - de l'Exode par exemple - est donc un acte de foi et d'espérance, fondé sur l'expérience.

Sur ce passage:

Sur Isaïe, voir à cette page.
Sur Is 42,18 - 44,28: Dans le prolongement des chapitres précédents, Isaïe évoque l'œuvre divine de libération à venir à la lumière de l'œuvre accomplie dans le passé, et qui a donné naissance à Israël. Cette première œuvre de création en annonce une autre, nouvelle et bien plus grande.
Rappelant l'infidélité du peuple - qui a entraîné l'exil - le prophète souligne que ce ne sont pas les mérites du peuple qui sont à l'origine de cette intervention de YHWH, mais sa grâce et son amour pour Israël.
Cette œuvre grandiose que YHWH peut révéler à l'avance à son prophète souligne sa souveraineté sur l'Histoire; elle met également en évidence tout ce qui oppose YHWH aux idoles, qui font l'objetd'une critique cinglante de la part du prophète.


Traduction et remarques:

Versets 16-17.
 כה אמר יהוה הנותן בים דרך ובמים עזים נתיבה׃
Ainsi parle YHWH-Adonaï,
Qui fraya dans la mer un chemin,
Et dans les eaux puissantes un sentier,
   המוציא רכב־וסוס חיל ועזוז יחדו ישׁכבו בל־יקומו דעכו כפשׁתה כבו׃
Qui mit en campagne des chars et des chevaux,
Une armée et de vaillants guerriers,
Soudain couchés ensemble, pour ne plus se relever,
Anéantis, éteints comme une mèche:
Rappel de la traversée de la mer des Roseaux, où les chars et les cavaliers de pharaon furent détruits quand Dieu combattait contre eux (Comp. 51,10, où le même rappel introduit une demande d'intervention de YHWH en vue d'un nouvel exode; voir Ex 14,28;15,4).

Une partie de "la mer des Roseaux", constituée par les lacs Amer, ici le lac Timsah (au nord du grand lac Amer) au soleil couchant ->
Il est très difficile de photographier cette zone de façon suggestive, car toute sa topographie a été bouleversée par le creusement du canal de Suez (la plus grande partie de ce lac est occupée par le port pétrolier d'Ismaïlia) et, à part à quelques très rares moments, on a des pétroliers géants en file quasi-ininterrompue en arrière-plan!...) 

<- Une autre vue de "la mer des Roseaux" (à l'extrémité du grand lac Amer); à l'arrière-plan, couleur turquoise, le canal de Suez (sans trop de pétroliers visibles!)  

En outre, les eaux sont une image fréquente de l'épreuve et du danger (voir par ex. Ps 18,5-6;17; 42,8; 65,8; 74,13-15; 77,17;20; 88,18; Is 8,8; Na 1,8).
Noter le parallélisme de בים דרך ובמים עזים נתיבה - dans la mer un chemin
et dans les eaux puissantes un sentier. Il permet d'insister sur la toute-puissance de Dieu, face à l'ennemi redouté.  

Versets 18-19.
   אל־תזכרו ראשׁנות וקדמניות אל־תתבננו׃
Ne pensez plus aux événements passés,
Et ne considérez plus ce qui est ancien.  
הנני עשׂה חדשׁה עתה תצמח הלוא תדעוה אף אשׂים במדבר דרך בישׁמון נהרות׃
Voici, je vais faire une chose nouvelle, sur le point d'éclore:
Ne la connaîtrez-vous pas?
Je mettrai un chemin dans le désert,
Et des fleuves dans la solitude.
Le prophète souligne la nouvelle intervention divine en faveur de son peuple; il associe ici le thème de la nouvelle création à celui du nouvel exode (voir 42,9)
תצמח - sur le point d'éclore: Le verbe employé ici, צמחtsâmakh, signifie "éclore", au sens propre; on peut également l'employer, au figuré - on trouve déjà ce même verbe, avec cette même idée de germination, en 42,9; l'image de la germination de nouveaux événements se retrouvera encore en 44,4; 55,11; 61,11 (alors que l'expression "germe de YHWH", chez le "Premier Isaïe" - à part, peut-être, en 4,2, où elle pourrait avoir le même sens qu'ici - et dans la littérature prophétique ultérieure, désigne le Messie: voir par ex. Jr 23,5; Za 3,8; 6,12).
En outre, il y a peut-être là une allusion au récit de la création, où ce même verbe était utilisé en Gn 2,5:
וכל שׂיח השׂדה טרם יהיה בארץ וכל־עשׂב השׂדה טרם יצמח כי לא המטיר יהוה אלהים על־הארץ ואדם אין לעבד את־האדמה׃
"Aucun arbuste des champs n'était encore sur la terre, et aucune herbe des champs ne germait encore: car YHWH Dieu n'avait pas fait pleuvoir sur la terre, et il n'y avait point d'homme pour cultiver le sol", ce qui renvoie bien à l'image de la nouvelle création (comp. Is 41,18-20; 42,5); ce qui implique la toute-puissance bienfaisante de Dieu, la bonne volonté nécessaire de l'homme - et le fait que l'œuvre de Salut et de nouvelle création ne s'effectuera pas d'un coup, mais progressivement, par un processus semblable à celui de la plante qui germe. 
Le verset 18, contrairement à ce que pourrait donner à penser la traduction française (qui présente un parallélisme) a une construction concentrique, la coordination וétant son élément central: 
אל־תזכרו ראשׁנותוקדמניות אל־תתבננו - ne pensez plus aux événements passés
et ne considérez plus ce qui est ancien.

Verset 20.  
  תכבדני חית השׂדה תנים ובנות יענה כי־נתתי במדבר מים נהרות בישׁימן להשׁקות עמי בחירי׃ 
Les bêtes des champs me glorifieront,
Les chacals et les autruches,
Parce que j'aurai mis des eaux dans le désert,
Des fleuves dans la solitude,
Pour abreuver mon peuple, mon élu.
YHWH ne se contentera pas de faire jaillir occasionnellement de l'eau d'un rocher (Ex 17,1-7): lors du nouvel exode, une eau abondante irriguera tout le désert (comp. 32,15-17; 35,6-7; 41,18): ce salut sera donc davantage encore que le retour de l'exil babylonien.
במדבר מים נהרות בישׁימן - des eaux dans le désert, des fleuves dans la solitude: Ici encore, la traduction française fait penser à un parallélisme, alors que l'hébreu présente une structure en chiasme: 
נהרות בישׁימן X במדבר מים - des eaux dans le désert, des fleuves dans la solitude.

Verset 21.
  עם־זו יצרתי לי תהלתי יספרו׃
Le peuple que je me suis formé
Publiera mes louanges.
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• Is 49,8-26

Dans la Bible, Dieu se mêle de politique. Cela nous semble étrange – parfois même choquant – de voir le Seigneur retrousser ses manches et plonger dans l’ardeur du combat pour «chercher querelle à qui te cherche querelle». Bien sûr, il s’agit d’une image mais l’image biblique renvoie toujours à une vérité : ce que la Bible veut nous dire par là, c’est que Dieu n’est pas étranger au devenir de l’homme, du monde, de l’histoire. Au temps de Teglat-Phalasar, terrible souverain des Assyriens, cela se traduit par sa présence au milieu des combats et par la victoire à nul autre attribuée qu’au Seigneur des armées, lui qui n’abandonne pas ceux qui se confient en lui et leur fait porter du fruit ; mais à la plénitude des temps, cela se traduit par la présence dans la chair du Verbe du Très-Haut. Dieu n’est étranger à rien de ce qui touche l’homme. Ceux qui espèrent en lui ne seront pas déçus.
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Is 50, 4-7

Le mystérieux « Serviteur de Dieu » entrevu par Isaïe (Is 42,1-8 ; 49,1-6 ; 50,4-9 ; 52,13–53,12 - voir page« Le serviteur de Dieu ») s’arrête un instant pour jeter un regard sur sa mission et la manière dont il l’a accomplie : malgré les persécutions, il est resté fidèle à la Parole de Dieu, entendue jour après jour. Parce qu’à travers tout il a gardé une totale confiance en son Seigneur, rien n’a entamé sa fermeté d’âme, ni sa sérénité profonde.

C’est pourquoi la tradition chrétienne a vu en lui, de tout temps, une annonce du Christ (Ac 8,26-34).
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• Is 50,5-9a.

Tout serviteur (voir cette page) de Dieu fait, d'une manière ou de l'autre, une expérience semblable à celle du mystérieux personnage qu'Isaïe donne en exemple: il lui en coûte de rester fidèle à sa vocation, et il reconnaît que Dieu lui-même est sa force.
C'est également l'expérience d'une communauté inébranlablement attachée au Seigneur.
Et, pour le chrétien, le parfait "Serviteur de Dieu" est le Christ, "obéissant jusqu'à mourir, et mourir sur une croix" (Ph 2,7-8).
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• Is 52,7-10

Un oracle en forme de poème au lyrisme entraînant.

Remarques:

Verset 7.
רגלי מבשׂר - Les pieds de celui qui apporte les nouvelles: lors des batailles, des hommes étaient chargés d'informer le roi et le peuple de leur issue (voir, dans l'Histoire, le "messager de Marathon"; dans la Bible, 2S 18,26). Suivant l'interprétation que l'on donne aux versets 6-10 (l'Eternel manifeste sa puissance aux yeux de tous en ramenant son peuple d'exil; ou le prophète a une vision plus lointaine, messianique voire eschatologique), il peut s'agir ici
- des sentinelles de Jérusalem informant la ville du retour des exilés;
- des prophètes qui annoncent le règne messianique et la venue de YHWH prenant la tête du "nouvel exode" et apportant le Salut à son peuple (cf. verset 8). Comparer: Na 2,1.
מלך אלהיך- ton Dieu règne: la délivrance et le salut accordés à son peuple manifestent que Dieu règne (voir Ps 93,1, et la note sur les "Psaumes du Règne" à cette page).

Verset 8.
בשׁוב יהוה ציון - YHWH ramène Sion:
- le verbe שׁוּבshûb signifie "retourner", transitivement on intransitivement, au sens propre ou au sens figuré; les traductions de cette phrase varient donc grandement: YHWH "revient à Sion" (B.J. et trad. liturgique) ou "retourne dans Sion" (Semeur), "ramène Sion" (L.Segond, Ostervald) ou "ramènera Sion" (Martin), "restaurera Sion" (Darby);
- le texte de Qumrân ajoute "avec amour".

Verset 10.
חשׂף יהוה את־זרוע קדשׁו - YHWH montre le bras de sa sainteté: le bras d'YHWH, qui évoque la puissance de son intervention, est souvent associé au salut du peuple (voir Ex 6,6; Is 51,9 et cette page).
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Is 52,13 - 53,12

Après le monologue où le Serviteur* parlait de lui-même (cf. ci-dessus, 50,4-7), voici une méditation sur ses souffrances, sa mission et sa destinée. Les hommes l’ont méprisé parce qu’ils n’avaient pas vu qu’il avait pris sur lui le poids de leurs péchés. Dieu, lui, a reconnu qu’il était Juste, et a agréé son sacrifice d’expiation. Il en a fait le chef d’une multitude de rachetés. Mais qui est ce « Serviteur » ? De qui est-ce la figure ?
On songe ici à une liturgie de Yôm Kippour, « Jour des Expiations », à un Juste qui récapitule en lui la destinée de tous ceux qui ont été reconnus comme des « Justes d’Israël » pour avoir, au cours des siècles et encore de notre temps, pris sur eux, héroïquement, leur part des souffrances et des persécutions infligées au peuple.
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*Voir page « Le serviteur de Dieu ». Dans ce passage, sa patience (50,6) et son humilité (53,7) le rendent capable d’offrir sa vie et d’accomplir par sa souffrance le dessein d’ יהוה YHWH (53,4sqq ; 53,10) : justifier les pécheurs de toutes les nations (53,8 ; 53,11sqq). ___________________________________________________________________________

• Is 53,10-11.

Cet oracle prophétique est particulièrement suggestif.Il est lu par la tradition chrétienne comme un éclairage sur le mystère de la mort et de la résurrection du Christ, Sauveur du monde.
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• Is 54,1-10.

«Qui m’a enfanté ceux-ci ?», demandait la Fille de Sion. Ici encore, il est question de fécondité et même de nuptialité. C’est peut-être la pointe de la promesse divine à l’égard de son peuple : l’alliance qui se noue entre eux n’est pas une alliance juridique ou politique entre deux suzerains qui y trouveraient un intérêt réciproque ; c’est une alliance entre un époux et une épouse, une alliance scellée par un amour éternel, plus fort que – s’il se pouvait ! – les mouvements des collines. C’est ainsi que l’on peut comprendre la colère de Dieu dans la bouche du prophète : il ne s’agit bien sûr pas de violence, ni même de colère au sens humain du mot, mais de la blessure que cause l’éloignement. Dans le langage du prophète, Dieu «se fâche» de voir son peuple aimé lui tourner le dos, mais cette «colère» ne dure qu’un «court instant» : son vrai visage est celui de la miséricorde.
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• Is 60,1-6
Encore marquée de particularisme historico-religieux, cette vision, a néanmoins un sens fortement prophétique: dans la Jérusalem que tous attendent seront rassemblés pour toujours, dans une louange unanime du Seigneur, ceux qui - dès aujourd'hui - marchent vers elle.

Remarques:
Sur "le" livre d'Isaïe, voir plus haut.
Les chapitres 60-62 célèbrent la gloire à venir de la nouvelle Jérusalem, du nouvel Israël, transformés par l'action divine. A l'aide de nombreuses métaphores, le prophète évoque la grandeur du salut que connaîtra le peuple de Dieu. Celui-ci sera composé non seulement des Juifs (revenus d'exil), mais aussi de païens convertis par le resplendissement de Jérusalem. Le Serviteur de YHWH sera l'auteur de cette œuvre de salut, œuvre de proclamation, de restauration, de libération, de consolation, et source de "joie éternelle".  

Verset 1. 
קומי אורי כי בא אורך וכבוד יהוה עליך זרח׃
Lève-toi, sois éclairée, car ta lumière arrive,
Et la gloire de YHWH se lève sur toi.
קומי - Lève-toi: cet impératif s'adresse à Jérusalem.
אורי - ta lumière: image du salut (voir Is 58,8; 59,9-10). Ce sera l'œuvre du Serviteur d'apporter la lumière (voir Is 42,6; 49,6). Ici, la lumière est la manifestation glorieuse d'YHWH (voir v.2; et 19-20).

Verset 2. 
כי־הנה החשׁך יכסה־ארץ וערפל לאמים ועליך יזרח יהוה וכבודו עליך יראה׃

Voici, les ténèbres couvrent la terre,
Et l'obscurité les peuples;
Mais sur toi YHWH se lève,
Sur toi sa gloire apparaît.
החשׁך - les ténèbres; ערפל - l'obscurité: comparer Is 8,22-9,1; 59,10. ערפל ‛ărâphel - littéralement: nuage bas, épais brouillard.   

Verset 3. 
והלכו גוים לאורך ומלכים לנגה זרחך׃

Des nations marchent à ta lumière,
Et des rois à la clarté de tes rayons.
והלכו גוים לאורך - Des nations marchent à ta lumière: éclairée de la lumière d'YHWH, Jérusalem non seulement sortira des ténèbres de sa prison, mais deviendra elle-même une lumière éclairant tous les peuples (comparer Is 2,2-4); passage cité en Ap 21,24.

Verset 4. 
שׂאי־סביב עיניך וראי כלם נקבצו באו־לך בניך מרחוק יבאו ובנתיך על־צד תאמנה׃ 
Porte tes yeux alentour, et regarde:
Tous ils s'assemblent, ils viennent vers toi;
Tes fils arrivent de loin,
Et tes filles sont portées sur les bras.
On retrouve ici le thème du retour des exilés et du repeuplement de Jérusalem (voir Is 49,17-22; 54,1-3) - qui évoque le salut du peuple de Dieu.

Verset 5. 
אז תראי ונהרת ופחד ורחב לבבך כי־יהפך עליך המון ים חיל גוים יבאו לך׃
Tu tressailliras alors et tu te réjouiras,
Et ton cœur bondira et se dilatera,
Quand les richesses de la mer se tourneront vers toi,
Quand les trésors des nations viendront à toi.
Ce thème de l'afflux des richesses des nations à Jérusalem (que l'on retrouve à plusieurs reprises: Is 18,7; 23,18; 45,14; 60,11; 61,6; 66,12; comparer Ag 2,7) est une façon d'évoquer la grandeur du Salut, ainsi que l'intégration des גוים goïm - non-Juifs au peuple de Dieu (voir Is 2,3). Par ces trésors, eux aussi rendent un culte à YHWH (voir vv.6-7;9).

Verset 6.  
שׁפעת גמלים תכסך בכרי מדין ועיפה כלם משׁבא יבאו זהב ולבונה ישׂאו ותהלת יהוה יבשׂרו׃
Tu seras couverte d'une foule de chameaux,
De dromadaires de Madiân et d'Épha;
Ils viendront tous de Séba; Ils porteront de l'or et de l'encens,
Et publieront les louanges d'YHWH.
מדין midyân - Madiân: les Madianites étaient une population nomade, vivant au sud-est de la Palestine, et descendant, d'après la tradition, de Madiân, fils d'Abraham et de sa concubine Qetourah (Gn 25,2); le nom "Madiân" désigne la population, son territoire, ou son "fondateur". Les Madianites sont mêlés à l'histoire de Joseph (Gn 37,28;36), à l'affaire de Baal-Péor (Nb 25); ils sont les adversaires vaincus par Gédéon (voir note sur Is 9,3: "le jour de Madiân").En revanche, par opposition avec ces épisodes conflictuels, c'est en Madiân que Moïse est accueilli; il épouse Cippora, fille du prêtre madianite Jethro.
עיפה ‛êyphâh - Épha: l'un des fils de Madiân (Gn 25,2;4;13-14; Ps 72,10).
שׁבא shebâ - Séba: nom de trois antiques "fondateurs" de tribus, de ces tribus et de leurs territoires - situés dans la péninsule arabique.Ces régions étaient célèbres pour l'or, les pierres précieuses, et les parfums qu'elles produisaient (Ps 72,15). Ce nom évoque surtout la visite de la reine de "Saba" à Salomon (1R 10,1-11), venue précisément chargée de cadeaux précieux.
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• Is 62,1-5

Pour Dieu, nommer et créer c'est tout un. L'imposition de noms nouveaux a l'efficacité de la parole créatrice. Comme l'œuvre de sept jours a manifesté la gloire et la puissance du Créateur, la restauration de relations confiantes et fécondes avec son peuple comparé à une épouse fait éclater la justice, c'est-à-dire la sainteté de Dieu: quoi qu'il advienne, il ne renie jamais son amour. 

Remarques:
Sur "le" livre d'Isaïe, voir plus haut.
Le passage Is 62,1-12 clôt la section Is 60,1 - 62,12 qui célèbre la gloire à venir de la nouvelle Jérusalem. Sur cette section, voir ci-dessus, introduction à Is 60, 1-6. 

Verset 1.
למען ציון לא אחשׁה ולמען ירושׁלם לא אשׁקוט עד־יצא כנגה צדקה וישׁועתה כלפיד יבער׃
Pour l'amour de Sion je ne me tairai point,
Pour l'amour de Jérusalem je ne prendrai point de repos, 
Jusqu'à ce que sa justice paraisse, comme l'aurore, 
Et que son salut, comme un flambeau, s'allume.
• למען ציון לא אחשׁה ולמען ירושׁלם לא אשׁקוטPour l'amour de Sion je ne me tairai point, Pour l'amour de Jérusalem je ne prendrai point de repos: noter le parallélisme parfait des expressions:
A- למען - pour l'amour de
B- ציון - Sion 
C- לא - ne pas   
D- אחשׁה - je me tairai 
x- ו - et
A'- למען - pour l'amour de 
B'- ירושׁלם - Jérusalem
C'- לא - ne pas
D'- אשׁקוט - je prendrai du repos
Ce parallélisme permet d'insister sur la parole créatrice de Dieu, puisque tous les termes sont exactement identiques ou synonymes (Sion = Jérusalem); ce qui implique que "ne pas se taire" et "ne pas prendre de repos" - donc "parler" et "faire" - sont également synonymes dans la "pensée" divine.
• עד־יצא כנגה צדקה וישׁועתה כלפיד יבערJusqu'à ce que sa justice paraisse, comme l'aurore, Et que son salut, comme un flambeau, s'allumenoter,cette fois, une structure concentrique:
A- יצא - paraisse
B- כנגה - comme l'aurore
C- צדקה - sa justice
x- ו - et
C'- ישׁועתה - son salut
B'- כלפיד - comme un flambeau
A'- יבער- s'allume
Cette construction concentrique, suivant le parallélisme précédent, donne une grande solennité à l'ensemble du verset, très travaillé stylistiquement.
צדקה - justicevoir page sur la צדקה.

Verset 2. 
וראו גוים צדקך וכל־מלכים כבודך וקרא לך שׁם חדשׁ אשׁר פי יהוה יקבנו׃
Alors les nations verront ton salut,
Et tous les rois ta gloire;
Et l'on t'appellera d'un nom nouveau, 
Que la bouche de YHWH déterminera.
 וקרא לך שׁם חדשׁ Et l'on t'appellera d'un nom nouveauil s'agira donc d'une nouvelle Jérusalem, d'un nouveau peuple de Dieu entièrement transformé par YHWH; voir vv.4;12. Comp. Is 4,3; 35,8; 54,3; 60,21; 65,15.

Verset 3.  
והיית עטרת תפארת ביד־יהוה וצנוף מלוכה בכף־אלהיך׃
Tu seras une couronne éclatante dans la main d'YHWH, 
Un turban royal dans la main de ton Dieu.

Verset 4.  
לא־יאמר לך עוד עזובה ולארצך לא־יאמר עוד שׁממה כי לך יקרא חפצי־בה ולארצך בעולה כי־חפץ יהוה בך וארצך תבעל׃
On ne te nommera plus "la Délaissée",
On ne nommera plus ta terre "Désolation"; 
Mais on t'appellera "Mon plaisir en elle", 
Et l'on appellera ta terre épouse; 
Car YHWH met son plaisir en toi, 
Et ta terre aura un époux.
 עזובה "la Délaissée": voir 50,1; 54,1: en raison de son infidélité, Jérusalem (qui représente tout le peuple) a été délaissée par son époux, YHWH. Ce mot - עזובה ‛azûbâh - est le participe passif féminin du verbe עזב‛âzab; mais c'était aussi un prénom féminin connu, tout comme חפצי בּהּ khephtsîy bâhh, "Mon plaisir est en elle" (cf. 1R 22,42: Azouba est la mère de Josaphat; 2R 21,1: Hephtsiba est la mère de Manassé). Le prophète joue sur ces prénoms et leur sens littéral.

Verset 5.  
לא־יאמר לך עוד עזובה ולארצך לא־יאמר עוד שׁממה כי לך יקרא חפצי־בה ולארצך בעולה כי־חפץ יהוה בך וארצך תבעל׃
Comme un jeune homme s'unit à une vierge, 
Ainsi tes fils s'uniront à toi; 
Et comme la fiancée fait la joie de son fiancé,
Ainsi tu feras la joie de ton Dieu.
בניךtes fils: certaines traductions (prenant le mot "fils" au sens "occidental" le plus strict et non au sens sémitique; ignorant par ailleurs la loi du lévirat - et voyant donc ici une image incestueuse) jouent sur l'ambiguïté existant entre le nom בּן bên - fils, et le verbe בּנה bânâh - construire; donner des enfants - qui diffèrent seulement par les points-voyelles, non écrits dans le texte massorétique. Elles donnent (comme la traduction liturgique) "celui qui t'a construite", ou (comme la Bible en français courant) "Celui qui te rebâtit".
Il est possible que le prophète joue sur ces deux possibilités: ce sont les fils de Jérusalem qui la rebâtiront (cf. Is 49,17).
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• Is 66, 10-14c.  

La joie que le Seigneur a « déjà » donnée à ceux qu’il a rassemblés annonce une allégresse plus grande « encore ».  

Sur ce texte:  
Sur les Livres dits « des Prophètes », voir à cette page.
Sur le Livre d’ « Isaïe », voir à plus haut. 
SurIs 65,1 – 66,24:
Ces deux chapitres finaux, reprenant deux thèmes centraux du livre, soulignent à la fois la grandeur et l’ampleur du salut que connaîtra le « reste fidèle » d’Israël et le caractère  inéluctable et radical du jugement que subiront les Juifs infidèles et idolâtres. Si ces deux destinées opposées scindent en deux la descendance de Jacob, en revanche, au « reste fidèle » bénéficiaire du salut, viendront se joindre des hommes et des femmes de toutes les nations. C’est là un des aspects de la nouvelle et extraordinaire œuvre de création que le Saint d’Israël, l’unique Créateur et sauveur, va susciter pour sa plus grande gloire et pour la plus grande joie de son peuple.
Contexte :
Le chapitre 66 décrit le « nouveau peuple » de Dieu ; c’est יהוה qui plaide pour un « nouveau culte » par la bouche du prophète, comme l’indiquent les premiers mots de ce chapitre : « כה אמר יהוה – Ainsi parle YHWH » (1a).
Après avoir évoqué sa grandeur :
« השׁמים כסאי והארץ הדם רגלי אי־זה בית אשׁר תבנו־לי ואי־זה מקום מנוחתי׃ 
Le ciel est mon trône,
Et la terre mon marchepied.
Quelle maison pourriez-vous me bâtir,
Et quel lieu me donneriez-vous pour demeure?  » (v.1), ce qui annonce l’inanité du choix d'un lieu unique d'adoration, puis de l’idolâtrie (vv.3-4), YHWH promet d’une part :
« אל־זה אביט אל־עני ונכה־רוח וחרד על־דברי׃
Voici sur qui je porterai mes regards:
Sur celui qui souffre et qui a l'esprit abattu,
Sur celui qui craint ma parole » (v.2), et d’autre part :
« קול שׁאון מעיר קול מהיכל קול יהוה משׁלם גמול לאיביו׃
Une voix éclatante sort de la ville,
Une voix sort du temple.
C'est la voix de YHWH-l'Éternel,
Qui paie à ses ennemis leur salaire » (v.6).
Ensuite est reprise et filée la métaphore de l’enfantement (voir 54,1), aux vv.7-9) pour décrire la naissance du « nouveau peuple » de Dieu, naissance qui doit se faire en deux temps :
- tout d’abord, un garçon sera enfanté, avant même que Sion n’éprouve les douleurs (v.7) ;
- puis des fils alors que Sion se trouve à peine en travail (v.8).
On peut penser que le « garçon » est le premier membre de ce nouveau peuple, à savoir le Messie, l’Emmanuel (voir 7,14 ; 9,5), le Serviteur de YHWH-l’Éternel. Cette dualité se trouve tout au long du livret des chapitres 40-66, qui associent au Serviteur sa descendance, les « fils » de 66,8, communauté de tous ceux qui bénéficient de son œuvre de salut (voir par ex. 53,11-12).
On peut noter que cette dualité se retrouvera dans le Nouveau Testament, (par ex. Rm 8,29 ; 1Co 15,20-23), et tout particulièrement en Ap 12,5;17.
Le passage lu ici décrit la joie de la « nouvelle Jérusalem » et de ses enfants (vv.10-14), en filant la métaphore de Jérusalem, mère nourricière (vv.11;12b), ou en explicitant la comparaison de Dieu « mère-Père » consolateur (voir note sur v.13 ci-dessous). 
14b ouvre, dans le genre apocalyptique, le thème final d’Is, celui du « jugement de Dieu », qui verra le rassemblement de « toutes les nations » dans « le nouveau ciel et la nouvelle terre » – mais aussi le sort tragique de ceux qui persistent dans leur attitude de désobéissance envers YHWH-l'Éternel.  

Traduction et notes:  

Verset 10.       
שׂמחו את־ירושׁלם וגילו בה כל־אהביה שׂישׂו אתה משׂושׂ כל־המתאבלים עליה׃
Réjouissez-vous avec Jérusalem,
Faites d'elle le sujet de votre allégresse,
Vous tous qui l'aimez;
Tressaillez avec elle de joie,
Vous tous qui menez deuil sur elle;  

Verset 11. 
למען תינקו ושׂבעתם משׁד תנחמיה למען תמצו והתענגתם מזיז כבודה׃
Afin que vous soyez nourris et rassasiés
Du lait de ses consolations,
Afin que vous savouriez avec bonheur
La plénitude de sa gloire.  

Verset 12.   
כי־כה אמר יהוה הנני נטה־אליה כנהר שׁלום וכנחל שׁוטף כבוד גוים וינקתם על־צד תנשׂאו ועל־ברכים תשׁעשׁעו׃
Car ainsi parle YHWH-l'Éternel:
Voici, je dirigerai vers elle la paix comme un fleuve,
Et la gloire des nations comme un torrent débordé,
Et vous serez allaités;
Vous serez portés sur les bras,
Et caressés sur les genoux.  

Verset 13. 
כאישׁ אשׁר אמו תנחמנו כן אנכי אנחמכם ובירושׁלם תנחמו׃
Comme un homme que sa mère console,
Ainsi je vous consolerai;
Vous serez consolés dans Jérusalem.
YHWH-l'Éternel se compare à nouveau à une mère (voir par ex. 49,15).

Verset 14. 
וראיתם ושׂשׂ לבכם ועצמותיכם כדשׁא תפרחנה ונודעה יד־יהוה את־עבדיו וזעם את־איביו׃
Vous le verrez, et votre cœur sera dans la joie,
Et vos os reprendront de la vigueur comme l'herbe;
YHWH-l'Éternel manifestera sa puissance envers ses serviteurs,
Mais il fera sentir sa colère à ses ennemis.  
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Jérémie

    La mort d’Assurbanipal, en 630, marque les débuts de la grande révolte contre l’empire assyrien. Babylone sous Nabopolassar (626-605) et la Médie sous Cyaxare (625-585) retrouvent leur indépendance et, ensemble, assiègent et détruisent Ninive en 612, pour se partager ensuite la plus vaste partie de l’empire assyrien.
    Ces événements secouent le Proche-Orient. Du côté de l’Égypte, le pharaon Nékho tente vainement de se porter au secours des Assyriens qui, dans les sursauts de la fin, résistent à Harân. Nékho occupe des territoires en Syrie, mais ceux-ci sont bientôt repris par Nabuchodonosor (604-562). Le nouvel empire babylonien que bâtit ce dernier aura une puissance et un éclat qui éclipseront tout ce que le monde avait connu jusqu’alors.
    Placé au carrefour des grandes voies de communication, le royaume de Juda subit le contrecoup de ces révolutions. Vassal de l’Assyrie, le roi Josias doit affronter l’Égypte de Nékho. Il est vaincu et tué à Megiddo (photos ci-dessus et ci-contre) en 609. Joachaz lui succède. Trois mois à peine plus tard, Nékho le convoque à Ribla et l’envoie, chargé de chaînes, en Égypte. Il le remplace sur le trône de Juda par son frère Joachîm, dont il fait son vassal. En 605, l’Égypte est battue à Karkemish et passe sous le contrôle de Babylone. Mais Joachîm se révolte et refuse de payer le tribut. Son fils Joiakîn lui succède en 597, et c’est alors que Nabuchodonosor vient mettre le siège devant Jérusalem. Le roi doit se rendre au bout de trois mois et est déporté à Babylone. Nabuchodonosor le remplace par son oncle Sédécias, qui cède au parti pro-égyptien et se joint à une ligue formée contre Babylone. En 588, Jérusalem est de nouveau assiégée, et elle succombe l’année suivante.
    C’est au milieu de cette véritable tourmente que se place l’activité de Jérémie bèn Hilqyahou, dont le nom signifie « Yah élèvera », ou, peut-être, « Yah déliera ». Il est né à Anatot, village situé à quatre kilomètres et demi au nord-est de Jérusalem. C’est un cohèn, probablement un descendant d’Ebyatar (cf. 1 R 2,26-27). Il reçoit son appel prophétique en 626, alors qu’il n’est encore qu’un adolescent. Son action publique connaît une première période, jusqu’en 622. Il s’élève contre une corruption qui gagne les chefs religieux et politiques du pays, d’autant plus dangereusement que l’ennemi du Nord se fait de plus en plus menaçant. De cela, Jérémie a pleinement conscience: Israël est d’autant plus vulnérable qu’il trahit la foi de ses pères.
    Après douze ans de silence sous le règne de Josias, Jérémie reprend son activité à l’avènement de Joachim (609). Peut-être le jour même du couronnement, il se rend au Temple afin de prévenir le peuple contre un excès de confiance. La seule sécurité réelle vient de la pureté du cœur et de la justice des actes. Or nombreux sont ceux parmi les desservants, les chefs du peuple et les fidèles, qui transforment le sanctuaire en une caverne de voleurs. Cette attaque frontale du prophète dresse contre lui ceux qu’il met en cause: le roi, les princes, les desservants. On réclame contre lui la peine de mort. Il se défend en disant qu’il n’a parlé que sur l’ordre de l'Eternel.
    La chute de Karkemish en 605 produit un effet profond sur le prophète. Il sent que le dénouement est proche; il éprouve un besoin urgent de mettre par écrit les discours prononcés par lui jusque-là. Leur lecture, faite devant le roi et ses ministres, fait scandale. Le prophète est arrêté et ses jours, cette fois encore, sont mis en danger.
    En 598, quand Joachim refuse de payer le tribut à Babylone, l’inspiré annonce en termes pathétiques la ruine prochaine de Jérusalem. Mais quand sa prophétie se réalise, il s’identifie au destin de son peuple, dans une élégie d’une poignante beauté (13,15-17). Lorsque le roi Joiakîn est emmené en captivité, le prophète, inflexible, refuse de lui donner le moindre espoir pour lui et pour sa dynastie.
    Sous Sédécias, en 594, alors que les Judéens rêvent d’une action concertée contre Babylone, le prophète, chargé d’un joug et de liens symboliques, mime publiquement le départ de son peuple pour l’exil. Il a l’audace de représenter Nabuchodonosor comme l’envoyé de l'Eternel, le fléau chargé d’exercer une vengeance céleste contre le peuple infidèle. Il est arrêté, battu, accusé d’avoir voulu passer à l’ennemi et jeté dans une fosse. En 597, Jérusalem est prise. Jérémie refuse tout traitement d’exception; il choisit de rester en Judée, auprès de Godolias, nommé gouverneur par les Babyloniens. Mais après l’assassinat de ce dernier, il est entraîné en Égypte par les fuyards qui redoutent la colère de Nabuchodonosor. Il semble qu’il y soit mort dans des circonstances inconnues.
   
    Dans le livre publié sous son nom, la critique reconnaît trois genres distincts: les paroles écrites ou dictées par le prophète, des fragments biographiques peut-être rédigés par son secrétaire Baruch, et des compléments ajoutés par les derniers rédacteurs. D’autres exégètes insistent cependant sur l’unité fondamentale de l’oeuvre. Celle-ci nous est parvenue en deux versions: celle du texte massorétique, suivi par la plupart des traductions modernes de la Bible, et celle des Septante, plus courte et présentée selon un ordre différent. La découverte des manuscrits de la mer Morte a confirmé l’existence d’une édition abrégée, en hébreu, du livre de Jérémie, dont la LXX pourrait être la traduction (voir plus bas, présentation de Jr 33,14-16).
    Disons enfin que cet ouvrage est à l’origine d’un genre littéraire nouveau dont l’influence se retrouvera dans les Psaumes. Jamais peut-être jusqu’alors, l’homme ne s’était analysé avec autant de ferveur, de passion et de vérité, pour exprimer ses doutes, ses tourments, sa détresse, ses angoisses; le tout dominé par une indéracinable espérance. Le génie de Jérémie a su inventer une langue nouvelle pour décrire la vie intérieure de l’homme fait à l’image et ressemblance de l'Eternel et devenu un vrai temple, au centre du monde. C’est lui aussi qui, le premier, a employé l’expression « ברית חבשה, berit khadasha, nouvelle Alliance », qui désignera ultérieurement le recueil des écrits consacrés à Jésus de Nazareth ou centrés sur lui.
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Jr 1,4-10.

Le Seigneur a touché la bouche de Jérémie pour le rendre capable d’annoncer la Parole.

Il a mis à part, « dès le sein de sa mère », celui qu’il destinait à être « pour les peuples » chargé d’annoncer le jugement et de préparer un monde dont, pourtant, il ne vit pas l’éclosion.
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• Jr 1,4-5;17-19.

Jamais Jérémie n'aurait pu assumer sa mission de prophète si, à travers tout, il ne s'était vigoureusement accroché à Dieu, qui lui avait promis d'être sa force pour tenir bon face aux contradictions, voire aux persécutions.

Remarques:
Sur Jérémie, voir à cette page.
Sur Jr 1,1-19:
Outre les trois premiers versets introductifs - qui situent historiquement le ministère de Jérémie, ce premier chapitre relate la vocation (au sens premier, du latin "vocare-appeler") du prophète et la nature de la mission qui lui est confiée. Le contraste entre la difficulté de la tâche et la personne appelée à l'accomplir ressort fortement: c'est à un jeune homme sans expérience qu'est adressée la mission d'annoncer son jugement au peuple coupable de Juda. Jérémie devra surtout "arracher" et "détruire", même s'il est aussi - comme tout prophète - appelé à délivrer ensuite un message d'espérance ("planter" et "construire").
Si cette mission apparaît extrêmement ardue, elle ne sera cependant pas irréalisable: le texte souligne avec force le fait que YHWH-Adonaï sera "avec" son prophète, et lui accordera la capacité et les forces nécessaires à l'accomplissement de sa difficile tâche. 
 
Verset 4.
    ויהי דבר־יהוה אלי לאמר׃
La parole de YHWH me fut adressée, en ces mots: 

Verset 5.
    בטרם אצורך בבטן ידעתיך ובטרם תצא מרחם הקדשׁתיך נביא לגוים נתתיך׃ 
Avant que je t'eusse formé dans le ventre de ta mère, je te connaissais, et avant que tu fusses sorti de son sein, je t'avais consacré, je t'avais établi prophète pour les nations.
• בטרם אצורך בבטן- dans le ventre [de ta mère]: Voir Ps 139,13-16. 
ידעתיך - je te connaissais: Littéralement, le verbe ידעyâda‛ signifie effectivement "connaître"; mais il sert parfois à exprimer l'idée d'un choix divin (comp. Gn 18,19; Am 3,2) - et le contexte peut induire ici la traduction "je t'ai choisi".
הקדשׁתיך נביא לגוים נתתיך - je t'avais consacré, je t'avais établi prophète pour les nations:Le choix que Dieu a fait de Jérémie comme futur prophète est antérieur à sa réponse, antérieur même à sa réponse (comp. Jg 13,15). Ce qui ne supprime cependant pas la nécessité de la réponse du prophète à ce choix et à l'appel adressé (voir vv.6-7).
נביא לגוים - prophète pour les nations:Outre les oracles sur les "גויםgoïm nations" qu'il prononcera (Jr 46-51), il devra aussi s'adresser personnellement aux dirigeants de nations étrangères (Jr 27) et constamment tenir compte de la situation politique internationale. On peut noter que l'apôtre Paul, issu comme Jérémie de la tribu de Benjamin, recevra également la mission d'être porte-parole de Dieu auprès des nations (Ac 9,15; 22,21; 26,17; Ga 2,9).

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Verset 17.
     ואתה תאזר מתניך וקמת ודברת אליהם את כל־אשׁר אנכי אצוך אל־תחת מפניהם פן־אחתך לפניהם׃
Et toi, ceins tes reins, lève-toi, et dis-leur tout ce que je t'ordonnerai. Ne tremble pas en leur présence, de peur que je ne te fasse trembler devant eux.
ואתה תאזר מתניך - Et toi, ceins tes reins: Cette locution, pourtant typiquement biblique, a disparu de la traduction liturgique; on la trouve par exemple en Ex 12,11 (la Pâque), en 2R 4,29 (Élisée et Guéhazi partent ressusciter le fils de la Sunnamite). Elle signifie "prépare-toi à partir"; en effet, pour une longue marche ou un travail important, on relevait les pans de sa tunique, habituellement flottante, et on les attachait dans sa ceinture; Dieu donne donc à Jérémie l'ordre de se préparer à un long voyage et à une rude tâche.
וקמת- lève-toi: Le verbe "קוּםqûm se lever" désigne bien entendu l'action physique; mais - et c'est le cas ici, il implique très souvent la solennité de ce qui va s'accomplir ou être dit ensuite.

Versets 18-19.
    ואני הנה נתתיך היום לעיר מבצר ולעמוד ברזל ולחמות נחשׁת על־כל־הארץ למלכי יהודה לשׂריה לכהניה ולעם הארץ׃ 
Voici, je t'établis en ce jour sur tout le pays comme une ville forte, une colonne de fer et un mur d'airain, contre les rois de Juda, contre ses chefs, contre ses sacrificateurs, et contre le peuple du pays.
     ונלחמו אליך ולא־יוכלו לך כי־אתך אני נאם־יהוה להצילך׃ 
Ils te feront la guerre, mais ils ne te vaincront pas; car je suis avec toi pour te délivrer, dit l'Éternel.
Après avoir prononcé au v.17 une parole qui pourrait sembler dure et inquiétante:
אל־תחת מפניהם פן־אחתך לפניהם
"Ne tremble pas en leur présence de peur que je ne te fasse trembler devant eux" = ne  te laisse pas terrifier par eux, sinon c'est moi qui m'en vais te terrifier, YHWH - au seuil de ce ministère extrêmement difficile qu'il va lui confier - assure Jérémie son prophète de son soutien: il lui donnera toute la force nécessaire à l'accomplissement de cette tâche.
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• Jr 17,5-8.

Une sentence de sagesse irréfutable. Partout et toujours, le bonheur et le malheur tiennent au fait que l'homme met sa confiance, son espérance, sa foi en Dieu - unique source de Vie; ou, au contraire, se détourne de lui et s'appuie sur ce qui est mortel.

Remarques et traduction:
Sur Jérémie, voir à cette page.
Sur Jr 17,5-8:
Dans cette péricope, le prophète - s'inspirant du Ps 1 (voir à cette page), met en évidence les
conséquences néfastes de l'attitude infidèle de ses contemporains.
Liens vers les pages traitant des mots soulignés.
Noter le parallélisme de structure et les oppositions de termes dans les versets 5b et 7a.
 
Verset 5.
     כה אמר יהוה ארור הגבר אשׁר יבטח באדם ושׂם בשׂר זרעו ומן־יהוה יסור לבו׃
Ainsi parle YHWH-Adonaï:
Maudit soit l'homme qui se confie dansl'homme,
Qui prend la chair pour son appui,
Et qui détourne son cœur de YHWH-Adonaï

Verset 6.
     והיה כערער בערבה ולא יראה כי־יבוא טוב ושׁכן חררים במדבר ארץ מלחה ולא תשׁב׃
Il est comme un misérable dans le désert,
Et il ne voit point arriver le bonheur;
Il habite les lieux brûlés du désert,
Une terre salée et sans habitants.

Verset 7.
    ברוך הגבר אשׁר יבטח ביהוה והיה יהוה מבטחו׃
Béni soit l'homme qui se confie dans YHWH-Adonaï,
Et dont YHWH-Adonaï est l'espérance!

Verset 8.
     והיה כעץ שׁתול על־מים ועל־יובל ישׁלח שׁרשׁיו ולא ירא כי־יבא חם והיה עלהו רענן ובשׁנת בצרת לא ידאג ולא ימישׁ מעשׂות פרי׃
Il est comme un arbre planté près des eaux,
Et qui étend ses racines vers le courant;
Il n'aperçoit point la chaleur quand elle vient,
Et son feuillage reste vert;
Dans l'année de la sécheresse, il n'a point de crainte,
Et il ne cesse de porter du fruit.
Voir Ps 1,3 (commentaire à cette page):
 והיה כעץ שׁתול על־פלגי מים אשׁר פריו יתן בעתו ועלהו לא־יבול וכל אשׁר־יעשׂה יצליח׃
"Il est comme un arbre planté près d'un courant d'eau,
Qui donne son fruit en sa saison,
Et dont le feuillage ne se flétrit point:
Tout ce qu'il fait lui réussit. "
Comp. Jr 12,2.
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• Jr 23,1-6  

Les mauvais bergers auront affaire à Dieu parce qu’ils ont trompé sa confiance – mais surtout à cause du mal fait aux brebis de son pâturage, à son peuple.  

Dieu va prendre lui-même en main son troupeau, le rassembler, et susciter – dans la descendance de David – un Berger selon son cœur. 

(Sur le thème du berger biblique, voir en cliquant ici 

Verset 1:
הוי רעים מאבדים ומפצים את־צאן מרעיתי נאם־יהוה׃  
« Malheur aux bergers détruisant et laissant se disperser le petit bétail de mon pâturage! Déclaration d’YHWH l'Eternel. »
Ce verset est à rapprocher de Ez 34,1sqq.

Verset 3:
ואני אקבץ את־שארית צאני מכל הארצות אשר־הדחתי אתם שם
« Moi, je rassemblerai le reste de mon petit bétail de tous les pays où je l’ai banni »
Ce verset est à rapprocher de Jr 31,10 :« Celui qui a dispersé Israël le rassemblera, et il le gardera comme le berger garde son troupeau », et de Is 4,3sqq.

Verset 4:
הנה ימים באים נאם־יהוה והקמתי לדוד צמח צדיק
« Voici, des jours venant, déclaration d’YHWH l'Eternel, et je ferai se lever pour David un rejeton juste ».
Le thème du « צמח – germe », du « נצר - rejeton », du « חטר – rameau » présente un double intérêt :
1. Quand un arbre est abattu et même brûlé, la souche demeure – « la souche est une semence sainte » (Is 6,13).
L’image de la souche, du tronc, est utilisée par Isaïe  pour annoncer un « nouveau David » :
ויצא חטר מגזע ישי ונצר משרשיו יפרה׃
« Et sortira un rameau du tronc de Jessé, et un rejeton de ses racines portera du fruit » (Is 11,1).
Descendant de Ruth (Rt 4,10), Jessé est le père de David, de ses sept frères (1S 16,1-13) et deux sœurs. C’est donc de sa « souche » que sortira le Messie (Is 11,1 et 11,10). C’est à cette image que Jérémie fait ici allusion.
2.Cette image est également l’aboutissement du procédé des « réductions » qui jalonnent l’histoire d’Israël : la grande masse du peuple élu se réduit, par l’épreuve, à un « שאר - petit reste » que conserve la miséricorde de Dieu ; puis ce reste se réduit à un seul Juste, qui devient l’instrument de la régénération – il est l’innocent dont la vie a du « prix aux yeux de Dieu », comme dans le quatrième chant du Serviteur (Is 53,10-11). C’est ce Juste qui prendra, ici, le nom de « Germe » désignant, dans une perspective messianique, un rejeton issu des souches de Jessé et David.
3. (Voir ci-dessous, Jr 33,15: צמח צדיק "Un germe juste / un germe de justice")
צמח "Un germe": ce terme qui désigne au sens concret "la végétation" (Gn 19,25), "un rejeton, un bourgeon" (Ez 17,9) est employé ici métaphoriquement (Is 4,2: "יהיה צמח le germe d'YHWH"; Jr 23,4-5 "צמח צדיק un rejeton légitime").
Cette métaphore, qui était déjà en usage à Ugarit pour désigner l'héritier royal, désigne alors, dans la littérature prophétique, le Messie descendant de la lignée davidique.

<- L'arbre de Jessé (détail) - Antonios Sigalas, 1786 - Musée byzantin (Athènes)

Malgré tous les rois de Juda infidèles, YHWH accomplira la promesse faite à David (2S 7,16).


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• Jr 31,7-4.

Dieu est heureux, il invite la terre entière à s'associer à sa joie: l'épreuve a porté ses fruits, il peut tout pardonner à son peuple repentant!
Comme souvent, ce retournement de situation est évoqué à la manière d'un nouvel exode - où même les handicapés marcheront d'un bon pas, et où ceux qu'une impureté légale (voir en cliquant ici le sang des règles et celui de l'accouchement) tenait à l'écart seront présents.
La fin du schisme entre les tribus du Nord et celles du Sud préfigure le rassemblement de tous les peuples dans l'unité de Dieu.
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Jr 31, 31-34

"Une Alliance nouvelle"(hébreu : ברית חבשה ; grec de la LXX: διαθηκη καινη): cette expression, familière aux chrétiens, ne se trouve qu'une fois dans le Premier Testament, et c'est dans le passage du prophète Jérémie proclamé aujourd'hui. Il s'agit d'une nouveauté radicale - qu'il convient donc de replacer dans son contexte, et surtout dans l'Histoire du Salut.

• La première Alliance, celle du Sinaï (Ex 24), renouvelée après l’entrée en Canaan (Jos 24), prévoyait le péché comme un éventuel manquement de la part du peuple à l’accord conclu avec le Seigneur. Elle énonçait donc les « bénédictions » qui récompenseraient la fidélité, mais aussi les « malédictions » qui s’abattraient sur le coupable (cf., par ex. Dt 28 ; Jos24, 19-20).
L’éventualité du péché se concrétise très vite, quand le peuple, las d’attendre que Moïse redescende de la Montagne avec le document de l’Alliance, se fabrique une idole, le veau d’or (Ex 32). Si ce premier manquement à l’alliance est situé par les auteurs bibliques dès le lendemain de la conclusion de l’alliance sinaïtique, c’est sans doute pour donner à entendre que toute l’histoire d’Israël (et donc de l’humanité) sera marquée par le péché et la désobéissance.

• Devait donc irrésistiblement venir le temps où il faudrait sortir du cercle vicieux et répétitif dans lequel on se trouvait englué : l’engagement à la fidélité ne pouvait manquer d’être bientôt suivi du manquement à la loi, aussitôt sanctionné par le châtiment qui amenait le repentir et le retour, donc à une nouvelle reconduction de l’alliance, et ainsi de suite, indéfiniment.

Au tournant de l’exil à Babylone (voir en cliquant ici), par la bouche de ses prophètes, le Seigneur annonce qu’il conclura avec son peuple une Alliance nouvelle et éternelle dans laquelle le pardon sera accordé au moment même de la conclusion de celle-ci, comme un engagement unilatéral de la part de Dieu, absolument gratuit, et en aucune façon lié à l’accomplissement de la loi. En outre, les dons du Seigneur énumérés dans les bénédictions de la première alliance ne seront plus conditionnées par l’observance de la Loi. Bien plus : la Loi, sa connaissance et sa pratique  deviennent le don par excellence de Dieu ; de condition de la Promesse, elle devient son objet.
C’est le sens de ce texte de Jérémie; on peut le rapprocher d’Ez 16,62; 36,25-26.

La « nouvelle Alliance annoncée par les prophètes » sera donc fondée sur le pardon, offert gratuitement au moment où cette alliance sera conclue. Guérison et rémission des péchés seront le fruit de l’initiative gratuite du Seigneur : c’est exactement ce que nous verrons dans l’Evangile.
Le plus souvent, Jésus guérit quand on l’en prie :
- la mère de Simon (Mt 8, 14-15 // Mc 1,29-31 // Lc 4,38-39),
- les nombreux malades de Capharnaüm (Mt 8,16-17 // Mc 1,32-34 // Lc 4,40-41),
- le lépreux (Mt 8,1-4 // Mc 1,40-45 // Lc 5,12),
- le « garçon » du centurion (Mt 8,5-13 // Lc 7,1-10).
Mais au contraire, le « paralytique de Capharnaüm » (Mt 9,1-8 // Mc 2,1-12 // Lc 5,17-26) ne demande rien ; c’est Jésus qui prend l’initiative et qui le guérit. Mais, avant de le guérir, Jésus lui remet ses péchés. Et le fait est d’autant plus notable que c’est le seul récit de guérison de l’évangile où Jésus pardonne les péchés : le pardon des péchés est le fondement même de la nouvelle Alliance !

D'Origène, Père de l'Eglise grec (~185 à ~254):
Les circonstances historiques de l'activité de Jérémie.
[En Jr 1,1-3,] le texte indique le temps de l'activité prophétique de Jérémie [...]: son activité prophétique s'est étendue sous trois rois "jusqu'à la captivité de Jérusalem, au cinquième mois". Quel est donc l'enseignement qui nous est donné là, si nous appliquons notre esprit à la lecture?
La raison de la prédication au temps du prophète.
Dieu a condamné Jérusalem à cause de ses péchés et la sentence était de livrer ses habitants à la captivité. Toutefois, le moment venu, Dieu envoie encore ce prophète sous le troisième règne* avant la captivité pour que ceux qui le voudraient se repentent grâce aux paroles du prophète. Il avait chargé le prophète de prophétiser aussi sous le deuxième roi** après le premier***, et encore sous le troisième roi* [...].Car Dieu dans sa longanimité accordait un répit jusqu'à la veille, pour ainsi dire, de la captivité, en exhortant les auditeurs à se repentir afin de supprimer le chagrin de la captivité [et] la captivité avait commencé que Jérémie prophétisait encore, à peu près en ces termes: Vous voilà devenus prisonniers; même dans cet état, repentez-vous, car si vous vous  repentez, les souffrances de la captivité ne se prolongeront pas, mais la miséricorde de Dieu s'étendra sur vous.
L'application morale à tous les temps.
[...] Si nous péchons, nous devons nous aussi devenir captifs, car "livrer un tel homme à Satan"**** ne diffère en rien de livrer les habitants de Jérusalem à Nabuchodonosor: de même qu’ils étaient livrés à ce dernier à cause de leurs péchés, de même nous sommes livrés à Satan à cause de nos péchés […] ; l’Apôtre dit encore, en parlant d’autres pécheurs : « Ceux que j’ai livrés à Satan pour leur apprendre à ne plus blasphémer »***** 
[…] Une captivité nous menace donc, nous aussi(1), à cause de nos péchés, et nous devons être livrés, si nous ne nous repentons pas, à Nabuchodonosor et aux Babyloniens, pour être torturés par eux au sens spirituel(1). Devant cette menace, les paroles des prophètes, les paroles de la Loi, les paroles des apôtres, les paroles de notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ, nous parlent de repentir(1), nous invitent à une conversion(1). Si nous les écoutons, croyons Celui qui a dit : « Je me repentirai moi aussi de tout le mal que j’avais parlé de leur faire ».(1)
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Notes:
* "Sédécias, fils de Josias, roi de Juda".
** "Joachim, fils de Josias, roi de Juda".
*** "Josias, fils d'Amos, roi de Juda".
**** 1Co 5,5.
*****1Tm 1,20
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