Au service de l'Ecriture - Yvette Mailliet le Penven

• Ps 103 (hébraïque) /  102  ( LXX, Vulgate et liturgique), 1-4;6-8;11.

Pardon, guérison, tendresse, justice: révélation du mystère de Dieu à travers ses desseins et ses hauts faits.
_________________

• Ps 103/102,1b-4;8;10;12-13

Action de grâce du pécheur qui connaît la joie du pardon.
_________________

• Ps 103/102,1-4;9-12; antienne: 8a

L’Éternel ne garde jamais rancune de nos offenses: dans sa tendresse, il pardonne toujours.
_________________


Remarques:

Ce psaume attribué "לדוד à David" est un hymne de louange à YHWH; il exhorte à l'adoration (vv.1-2,20-22) et souligne les nombreux bienfaits qu'il dispense à chacun en particulier, et à tout son peuple (vv.3-19).

Traduction et remarques:

Verset 1.
 לדוד ברכי נפשׁיאת־יהוה וכל־קרביאת־שׁם קדשׁו׃
De David.
Mon âme, bénis YHWH-Adonaï!
Que tout ce qui est en moi bénisse son saint Nom!
נפשׁי - Mon âme: Rappel: on traduit généralement le terme "נפשׁ nephesh" par "âme"; en fait, il désigne, bien plus largement tout ce qui fait la vie d'un être, tout principe vital (voir ici).
Comp. Dt 6,5:
 ואהבת את יהוה אלהיך בכל־לבבך ובכל־נפשׁך ובכל־מאדך׃ 
Et tu aimeras YHWH-Adonaï, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force.
כל־קרבי - tout ce qui est en moi: Le terme "קרב qereb" désigne tout ce qui est "intérieur". Cette locution "כל־קרב" désigne donc l'être intime du psalmiste.
שׁם קדשׁו - son saint Nom: Cette locution est employée par les Juifs pour désigner Dieu (voir page sur les noms de Dieu).
Ce verset est donc composé sur un strict parallélisme rhétorique, grammatical et sémantique:
ברכי - bénis:    
- נפשׁי - mon âme // וכל־קרבי - et tout ce qui est en moi -> vocatifs (= "sujets" du verbe à l'impératif), avec le suffixe י marqueur du possessif à la 1ère pers. sg;
- את־יהוה- YHWH //את־שׁם קדשׁו - son saint Nom -> accusatifs (= COD du même verbe), avec leur marqueur את־.
En outre, on en retrouvera le premier membre comme premier membre du verset suivant; la composition de ce psaume est très richement "travaillée".
Ce v. sert d’exemple à Schoettgen pour sa Loi V ("Quelquefois, une partie du prédicat manque") sur l'exergasia:
          Bénis       |      le Seigneur        |      ô mon âme,
Et     
          Ø           |       son saint nom   |       tout mon être.

Verset 2.
 ברכי נפשׁי את־יהוה ואל־תשׁכחי כל־גמוליו׃
Mon âme, bénis YHWH-Adonaï,
Et n'oublie aucun de ses bienfaits!
גמוליו - ses bienfaits: Ils seront énumérés dans toute la suite du psaume.

Verset 3.
 הסלחלכל־עונכיהרפאלכל־תחלאיכי׃
C'est lui qui pardonne toutes tes iniquités,
Qui guérit toutes tes maladies;
עונכי - tes iniquités: Dieu pardonne, voir Ps 32,5; 51,3-4; 99,8; et aussi Ex 34,7; Mi 7,18.
Nouveau verset composé sur un strict parallélisme rhétorico-grammatical:
- הסלח - celui qui pardonne // הרפא - celui qui donne guérison -> participes apposés à יהוה - YHWH (au v. précédent);
- לכל־עונכי - à toute ta faute // לכל־תחלאיכי - à toutes tes maladies -> COI des deux participes, comportant tous deux le terme כּל, et tous deux introduits par le préfixe prépositionnel ל.
En outre, on sait que dans l'Orient ancien, la maladie était liée dans l'esprit des hommes soit à la volonté d'esprits malfaisants, soit à une transgression par rapport aux dieux; pour obtenir la guérison on pratiquait donc soit des exorcismes, soit des supplications accompagnées de sacrifices (la littérature babylonienne fournit de nombreux exemples de formulaires des deux sortes). Aussi la "médecine" relevait-elle davantage des prêtres et restait très proche de la magie.
Ce n'est qu'avec les Grecs que l'on verra se développer une "médecine" plus "scientifique".
Dans le monde du Premier Testament, tout dépend d'abord de la causalité divine, y compris la maladie; dans le judaïsme post-exilien, l'attention se portera de plus en plus sur l'action des "démons": mais comment cette présence démoniaque est-elle possible, puisque Dieu est le maître absolu? Par un mouvement spontané, le sens religieux de l'homme établira un lien entre maladie et péché (cf. Gn 3,16-19; Ex 9,1-12; Dt 28,21sqq;27sqq;35...). L'expérience de la maladie doit donc avoir pour résultat d'aiguiser chez l'homme la conscience de son péché (voir en part. les Psaumes de supplication, où la demande de guérison s'accompagne toujours d'un aveu des fautes: Ps 38,2-6; 39,9-12; 107,17).
Et lorsque la maladie frappe des justes (Job, Tobit), elle ne peut être qu'une épreuve provisoire destinée à montrer leur fidélité.

Donc, dans ce verset aussi, le parallélisme est également sémantique, puisque "faute" et "maladie" sont étroitement liées.

Verset 4.
 הגואל משׁחת חייכי המעטרכי חסד ורחמים׃
C'est lui qui délivre ta vie de la fosse,
Qui te couronne de bonté et de miséricorde;
הגואל משׁחת חייכי - C'est lui qui délivre ta vie de la fosse: Dieu délivre d'une mort prématurée (voir Ps 102,25). Cette phrase se rattache à l'idée exprimée au verset précédent; en effet
le verbe-racine "גּאל gâ'al" exprime l'idée du "rachat",de "racheter" (originellement, lorsque des membres de la famille sont en cause: racheter les biens d'un parent ruiné, prendre en charge la veuve et les enfants d'un parent décédé, racheter un parent fait prisonnier lors d'une guerre, etc.);
de même, Dieu "rachète" la vie de l'homme pécheur car il est plein de
"חסד ורחמים" - ce qui est une paire figée "classique" s'agissant de Dieu.

Verset 6.
 עשׂה צדקות יהוה ומשׁפטים לכל־עשׁוקים׃
YHWH-Adonaï fait justice,
Il fait droit à tous les opprimés.

Verset 7.
 יודיע דרכיו למשׁה לבני ישׂראל עלילותיו׃
Il a manifesté ses voies à Moïse,
Ses œuvres aux enfants d'Israël.

Verset 8.
 רחום וחנון יהוה ארך אפים ורב־חסד׃
YHWH-Adonaï est miséricordieux et compatissant,
Lent à la colère et riche en bonté;
Voir en Ex 34,6: ce qui était là autoproclamation divine révélant l'être même de YHWH deviendra une expression classique de la foi d'Israël, rappelée à diverses reprises dans la TaNaKh (Nb 14,18; Dt 5,9-10; 7,9-10; Né 9,17; Ps 86,15; ici; Ps 145,8; Jl 2,13; Jon 4,2).

Verset 9.
 לא־לנצח יריב ולא לעולם יטור׃
Il ne contestera pas sans cesse, et il ne garde pas pour toujours sa colère.

Verset 10.
 לא כחטאינו עשׂה לנו ולא כעונתינו גמל עלינו׃
Il ne nous traite pas selon nos péchés,
Il ne nous punit pas selon nos iniquités.

Verset 11.
 כי כגבה שׁמים על־הארץ גבר חסדו על־יראיו׃
Car autant les cieux sont élevés au-dessus de la terre,
Autant sa bonté est grande pour ceux qui le craignent.

Verset 12.
כרחק מזרח ממערב הרחיק ממנו את־פשׁעינו׃
Autant l'orient est éloigné de l'occident,
Autant il a éloigné de nous nos transgressions.
Voir v.3 et note; Is 1,18;38,17;43,25; Jr 31,34;50,20; Mi 7,18-19. 

Verset 13.
 כרחם אב על־בנים רחם יהוה על־יראיו׃
Comme un père a compassion de ses fils, 
YHWH-l'Éternel a compassion de ceux qui le craignent.
יראיו - ceux qui le craignent (?):
Le système comparatif (1) et le parallélisme structurel (2) montrent bien ici le sens (3) à donner au verbe "יראyârê' ":
(1) Système comparatif:
- Comparant: (a) un père (b) ses fils
- Comparé: (a') YHWH (b') ceux qui le craignent
- Point commun entre comparé et comparant: la compassion 
- Terme explicitant la comparaison: comme
(2) Parallélisme structurel:
כרחם אב על־בנים רחם יהוה על־יראיו
Litt.: Comme a compassion   un père  vers  ses fils
                    a compassion   YHWH    vers  ceux qui le craignent
(3) YHWH est un père aimant, plein de compassion; les humains, ses enfants, le "craignent", c'est-à-dire qu'ils le respectent et obéissent à ses prescriptions - car ils savent qu'elles sont édictées pour leur bien - et l'aiment en retour (voir ici) - mais en aucun cas il n'ont "peur" de lui.

_________________________________________________________________________


Assistant de création de site fourni par  Vistaprint