Au service de l'Ecriture - Yvette Mailliet le Penven

ראש השנה- Roch HaChana



Le Nouvel An

(Cette année 2009 :
les 19 et 20 septembre - 1 et 2 Tichri 5770)



 
ראש השנה - Roch Hachana (littéralement "Tête de l'année"), le Nouvel An juif, dure deux jours, tant en Israël qu'en Diaspora, et tombe le 1 et le 2 du mois de Tichri.
Cette fête annonce une période de dix jours, conduisant à Yom Kippour, qui est appelée "les dix jours de pénitence".

C'est une fête spirituellement et psychologiquement importante, car elle permet à l'homme de faire un bilan annuel de ses actes et pensées, de remettre en question son existence, ses choix, ses options de vie.

Elle rappelle en effet:
- la création d'Adam et Eve, créés à l'image divine, et dont descend l'humanité tout entière.
- la ligature d'Isaac, quand l'Eternel refusa le sacrifice humain pour le sacrifice animal.

La leçon de Roch HaChana est donc double :
- L'humanité dans son ensemble, peuples, individus, est jugée par le Juge suprême, afin de souligner le partenariat irréversible qui existe entre le Créateur et ses créatures.
Ce jugement divin fait écho à la liberté et à la responsabilité des hommes, les uns par rapport aux autres. A Roch HaChana, chaque personne doit répondre à deux questions : comme Adam "Où es-tu ?" et comme Caïn "Où est ton frère ?"
- En refusant le sacrifice d'Isaac, l'Eternel a enseigné que le service divin ne pouvait passer que par le sacrifice de l'animalité intérieure de l'homme et non par le meurtre rituel et l'assassinat.

Toute la liturgie, les prières et les textes bibliques lus formulent cette force intérieure que possède chaque homme de bouleverser son existence et de trouver des chemins nouveaux et originaux.
"Sortez de la routine, sortez des habitudes, sortez de la lourdeur de l'être": telles sont les invitations de la fête de Roch Hachana. Nous trouverons le même contenu dans la fête de Kippour, qui est comme une confirmation des décisions prises à Roch Hachana.

A la synagogue, l'officiant est habillé de blanc pour marquer cette gravité. Mais ce n'est pas une fête triste.
Pour inciter au retour sur soi, on sonne du Chofar de nombreuses fois à chaque prière du matin à la synagogue, car cette sonnerie remue l'être et le remet en question.
Chacun, homme, femme, enfant, est tenu d'écouter les sonneries du Chofar. Pour les personnes malades ou qui ne peuvent se déplacer (femmes ayant une grossesse difficile par exemple), la communauté se charge d'envoyer quelqu'un qui sonnera le Chofar à domicile.
En effet, en écoutant le Chofar, l'homme se rappelle la double leçon de Roch HaChana, afin de revenir vers le Père et d'accepter sa volonté.

Les deux soirs de fête donnent lieu à des manifestations inhabituelles à la table du repas - plus marquées dans les communautés séfarades; on apporte des mets particulièrement préparés pour ces soirs, servant de support aux vœux de bonne année.

Dans les communautés ashkénazes (originaires d'Europe de l'Est), on a l'habitude de tremper des morceaux de pomme nouvelle dans du miel, et de dire: "Que cette année soit pour nous aussi douce que la pomme trempée dans le miel".
Après avoir béni le pain, on le trempe aussi dans le miel, et non dans le sel comme d'habitude.

Dans les communautés séfarades (originaires d'Espagne et des pays arabes essentiellement), on organise un véritable Seder, un vrai rituel: la table de fête est somptueusement décorée, et chargée de mets doux.
Suivant le pays d'origine, on peut trouver certaines variantes - mais fondamentalement l'idée est la même: il s'agit, ces deux soirs, de consommer des aliments dont le nom en hébreu ou en araméen évoque une citation de la Bible,
- pour bénir le peuple juif,
- ou pour maudire ses ennemis.
On retrouve le jeu de va-et-vient entre parole/ Parole, et nourriture (voir page sur Les lois alimentaires).
LE SOIR DE ROCH HACHANA, ON "MANGE LE LIVRE"! C'est un soir de "mets et de mots"!

Ainsi, sur la table d'une famille juive d'origine marocaine, par exemple, on pourra trouver:
- un compotier plein de pommes nouvelles, rouges de préférence;
- un pot de miel dans lequel on trempera des morceaux de pomme, comme on l'a déjà vu plus haut;
- un bol de sésame avec du sucre en poudre: en en prenant, on demandera d'être aussi nombreux que les grains de sésame;
- une assiette de dattes fraîches, avec lesquelles on demandera que disparaissent tous les ennemis;
- un bol de grains de grenade arrosés d'eau de fleur d'oranger: on souhaitera des mérites aussi nombreux que les graines d'une grenade;
- les pains de la fête, que l'on trempera souvent dans le miel;
- le verre du Qiddouch;
- un bol d'olives, car c'est un des fruits favoris d'Israël;
puis des éléments plus "symboliques" que véritablement "alimentaires":
- une assiette contenant des bettes, pour que les ennemis s'éloignent;
- une assiette avec un poisson, car les poissons ont toujours les yeux ouverts - donc sont vigilants - et sont très nombreux;
- une assiette avec une tête de d'agneau, pour être toujours à la tête et non à la traîne;
- un grand plat contenant sept éléments: des carottes (on demande que toute décision mauvaise à notre égard soit annulée), deux variétés de courges (on demande que tout mauvais jugement soit annulé), des pois chiches, des navets, des raisins secs.
On peut aussi trouver des poireaux, des haricots verts, des coings, des jujubes - car ce sont des produits nouveaux, comme l'année nouvelle; ou encore des raisins, pour la même raison...


Jeûne de Guedalia 

Origine historique:
 
Le lendemain de Roch HaChana, soit le 3 Tichri, la communauté juive se souvient de l'assassinat de Guédalia en jeûnant.

Guédalia, fils d'Ahikam, était le gouverneur placé en Judée par Nabuchodonosor, roi de Babylone qui avait détruit le premier Temple en - 586. Le rôle de Guédalia était de maintenir la vie juive dans la contrée désolée, mais dans laquelle il restait encore plusieurs milliers de Judéens.
Mais un zélote fanatique qui refusait toute compromission avec l'ennemi assassina Guédalia. La colère du roi de Babylone ne se fit pas attendre, et les quelques milliers de Judéens qui auraient pu constituer le point de départ d'un nouveau yichouv juif furent à leur tour massacrés ou exilés.

Les rabbins, devant un tel désastre, fixèrent le 3 tichri comme jour de jeûne. 


Signification du jeûne:
 
On peut diviser les jeûnes du calendrier juif en quatre catégories :
- Le jeûne de la Torah: Kippour.
- Les jeûnes liés à la destruction de Jérusalem et à l'exil : 3 tichri, 10 tévet, 17 tamouz, 9 av.
- Les jeûnes liés à d'autres événements historiques: le jeûne des premiers-nés (souvenir de la sortie d'Egypte), le jeûne d'Esther.
- Les jeûnes privés: événement familial ou personnel.

Le jeûne de Guédalia est donc lié au traumatisme de la destruction (hourban) des deux Temples et de Jérusalem (voir page sur Ticha BeAv). Le choc fut terrible, non seulement à cause des nombreuses victimes (Flavius Joseph évalue à près d'un million le nombre de Judéens massacrés par les légions de Titus), mais parce que cette catastrophe, et l'exil qui en découla, sapèrent toute la vision du messianisme biblique que l'on avait reçue depuis Abraham. En effet, le message spirituel d'Israël devait obligatoirement émaner du peuple ayant reçu la Torah à partir de la terre des promesses.
L'exil de 70 obligea le judaïsme à se reconstituer en une foi ardente sans terre. La conquête du Livre remplaça la conquête de l'espace. Cependant, en orientant ses synagogues vers son pays ancestral, en jeûnant le 3 tichri, le 10 téveth, le 17 tamouz et le 9 av et aux trois autres dates, le peuple juif affirme, malgré sa diaspora, son unité religieuse. 
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