Saint Nicolas
de Myre (IVème siècle)
Nicolas était évêque de Myra (Côte sud de l'actuelle Turquie).
On sait avec certitude qu'il fut emprisonné sous Dioclétien; et qu'il participa au concile de Nicée (325) contre l'arianisme
Saint Nicolas est très vénéré en Orient
(Porte extérieure d'un triptyque portable de la fin des années 1250; Monastère Sainte-Catherine, Sinaï) ->
L'extraordinaire popularité de ce saint est due à sa grande (et généreuse) bonté.
• Ses reliques furent volées par des marins et transportées dans leur ville de Bari (Italie), où il fut appelé "Nabulione"
(... d'où le prénom "Napoléon"!). Le bateau transportant ses reliques ayant essuyé une terrible tempête, les marins auraient alors fait le vœu de ne pas vendre les reliques (pratique alors très fréquente) comme ils en avaient l'intention, mais de les apporter dans leur ville et de les y offrir à l'Eglise locale. Aussitôt, la tempête se calma...
Saint Nicolas est alors devenu le saint patron des marins.
La légende rapporte qu'en même temps que les saintes reliques, les marins transportaient une huile "magique", qu'ils s'étaient aussi procurée en Asie Mineure et comptaient également revendre à bon prix; saint Nicolas leur serait apparu vivant, et les aurait contraints à jeter l'huile à la mer - leur faisant faire la différence entre superstition (l'huile) et foi (ses reliques)! L'huile jetée, la tempête se serait calmée.
<- Saint Nicolas avec des scènes de sa vie - vers 1490, Russie du Nord -
Ikonen-Museum, Recklinghausen.
• On rapporte qu'il sauva des jeunes filles (la Légende Dorée précise qu'elles étaient trois) dont le père, ruiné, ne pouvait pas payer les dots; elles étaient pratiquement de ce fait condamnées, tôt ou tard, à la prostitution dans une société
- où le mariage se faisait en fonction de la dot,
- et où une femme (considérée comme mineure sa vie durant) ne pouvait vivre sans un père, un frère, ou un mari.
Il serait donc passé une nuit de terrasse en terrasse jusqu'à celle de la maison, et aurait jeté trois bourses pleines de pièces d'or à l'intérieur de l'habitation par l'ouverture de la terrasse... Les trois sœurs étaient sauvées!
Saint Nicolas est alors devenu le saint patron des jeunes filles sans dot.
La légende, en arrivant en Europe, a "traduit" ce fait très plausible de façon bien plus "miraculeuse": saint Nicolas aurait volé au-dessus de la maison, et jeté les bourses par la cheminée... Tiens, tiens, cela ne vous rappelle-t-il rien?... Un vieillard barbu, qui vole, et envoie des cadeaux par la cheminée...
• On rapporte aussi qu'un père très pauvre avait vendu ses très jeunes enfants (la Légende Dorée précise cette fois encore qu'ils étaient trois) comme esclaves à un boucher. Saint Nicolas les auraient rachetés (beaucoup plus cher: le boucher ne voulait pas y perdre!), les aurait rendus aux parents et aurait veillé toute leur vie sur eux, payant en particulier leurs études jusqu'à leur établissement dans la vie adulte.Saint Nicolas est alors devenu
le saint patron des jeunes enfants et des écoliers.
La légende, là encore, a rendu les faits bien plus "miraculeux": le boucher aurait tué les petits, et aurait mis leur chair au saloir. Saint Nicolas, venu chez le boucher, et ayant pressenti le drame, aurait demandé de la viande au boucher, et aurait ressuscité les enfants...
Gravure (fin du XIXème siècle) représentant saint Nicolas sauvant les jeunes enfants du saloir. ->
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SAINT NICOLAS
(Abbé L. Jaud, Vie des Saints pour tous les jours de l'année, 1950)
Saint Nicolas de Patare, en Lycie, fut le fruit des
prières de ses pieux parents. Il eut l'esprit ouvert aux choses divines
dès sa plus petite enfance ; à peine sut-il manger, qu'il sut jeûner.
Il avait un oncle évêque, qui, voyant avec admiration les vertus de
Nicolas, l'ordonna prêtre dès qu'il eut l'âge requis et fit de lui
cette prédiction : "Il sera la consolation des affligés, le sauveur des
âmes en péril, le bon pasteur qui rassemble ses brebis égarées au
bercail de Jésus-Christ."
Une de ses premières œuvres
fut de sauver l'honneur de trois filles exposées à la perte de leur
vertu ; il les dota toutes, l'une après l'autre, et il le fit si
discrètement, que c'est à la fin seulement que le père, touché
d'admiration, surprit la main du bienfaiteur.
Après un
pèlerinage aux Lieux saints, Nicolas se retira à Myre, espérant
échapper aux honneurs qu'il voulait éviter avec tant de soin, et à la
mort de l'évêque de Myre, qui arriva peu de temps après, il fut élu
pour lui succéder. Dès lors il s'appliqua à devenir le modèle de son
troupeau. Il ne mangea plus qu'une fois le jour, et jamais de viande ;
il faisait toujours lire à sa table quelque livre de la Sainte Écriture
; ses nuits se passaient en oraison, et la terre dure était sa couche
pour le peu de repos qu'il prenait. Levé avant le jour, il réveillait
ses clercs pour chanter des hymnes et des psaumes ; aussitôt le soleil
paru, il allait à l'église et employait le reste du jour à ses diverses
fonctions pastorales.
Nicolas, sous la persécution de
Dioclétien, fut jeté dans un cachot et mis à la torture ; mais on n'osa
pas le faire mourir, par peur de la vengeance de son peuple.
Peu de Saints ont opéré de plus nombreux et de plus éclatants miracles.
Tantôt il apparaît à Constantin pendant la nuit, pour lui ordonner de
mettre en liberté trois innocents qui doivent être exécutés le
lendemain ; tantôt il se montre, en pleine tempête, à des matelots en
danger qui l'ont appelé à leur secours. Il est surtout légendaire entre
mille, le miracle de la résurrection de trois enfants tués par un
boucher et hachés menu, pour être mêlés à la viande de son commerce. On
l'honore comme le patron des écoliers.
Timbre édité en 1951
à l'occasion de la "Journée nationale de l'imagerie française":
Saint Nicolas, et les trois enfants dans le saloir (représenté par un tonneau, à gauche) ->
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Saint Nicolas et le "père Noël"
Depuis le Moyen-Age, et aujourd'hui encore dans de nombreux pays et dans de nombreuses familles, les enfants - dont saint Nicolas est devenu le Saint Patron et le protecteur - reçoivent des cadeaux le jour de la Saint-Nicolas, en souvenir de la générosité du saint évêque.
Représenté coiffé d'une mitre, vêtu en évêque avec sa crosse à la main, il est fêté le 6 décembre, anniversaire de sa mort.
(Dans d'autres pays, les enfants reçoivent des cadeaux à l'Epiphanie, le jour où les "rois" ont apporté des présents à l'Enfant).
Au XVIIème siècle, SinterKlaas, "Saint Nicolas" en néerlandais, débarque en Amérique avec les colons des Pays-Bas dans la colonie de Nieuw Amsterdam (la future New-York). Il porte sur ses vêtements d'évêque un long manteau de fourrure, et est parfois accompagné d'un âne portant les cadeaux destinés aux enfants.
Sa légende se propage et son nom se transforme en Santa Claus. Il est alors encore assez semblable au Saint Nicolas du vieux continent.
Puis, au XIXème siècle, on a voulu désacraliser cette fête en même temps que celle de Noël; on a alors modifié la représentation initiale de Saint Nicolas: on lui a retiré sa mitre et sa crosse d'évêque, et on l'a vêtu à la façon des trolls et autres lutins; on lui néanmoins laissé sa longue barbe blanche.
- Irving en 1809 fait de Santa Claus un homme volant qui distribue ses présents par les airs.
- En 1821, Clément Clark Moore dans un conte de Noël décrit un Santa Claus dodu et jovial.
Il remplace l'âne de saint Nicolas par
huit rennes et un traîneau. Ce conte sera publié en septembre 1823 puis traduit en
plusieurs langues et diffusé dans le monde entier.
- Thomas Nas, illustrateur et caricaturiste au Harper's Illustrated
Weekly a croqué Santa Claus pendant près de 30 ans, depuis sa première
illustration en 1860. En 1885, il établit même la résidence officielle du Père Noël au pôle Nord.
Et peu à peu ce nouveau personnage s'est substitué au bon saint... puis au "Petit Jésus", qui ailleurs était censé apporter des cadeaux aux enfants (pour fêter son "anniversaire"?... Cette idée de Noël était déjà passablement éloignée du véritable sens de la fête: "C'est Noël chaque jour, car Noël, c'est le Christ avec nous!").
Et puis, aux USA, une firme alors toute nouvelle a voulu faire une campagne publicitaire au moment de la Saint-Nicolas et de Noël... Cette société, c'était Coca-Cola...
Sous les crayons de Haddon Sundblom, Santa Claus prend un ventre bien rebondi... Il porte une tunique et un pantalon de fourrure rouge et un bonnet: on a donc vêtu celui qui de "Santa-Claus" était déjà devenu "Father Christmas", le "Père Noël", aux couleurs de la marque...
L'image actuelle du "Père Noël" est donc finalement très éloignée de celle de "Saint
Nicolas"!
Et c'est ainsi qu'on ment tous les ans à des millions d'enfants, en leur racontant des balivernes auxquelles ils font semblant de croire ("On ne sait jamais, si je dis à mes parents que je n'y crois plus, peut-être qu'ils ne m'offriront plus les cadeaux que je demande; peut-être diront-ils: 'puisque tu sais que c'est nous qui payons, tu peux comprendre que nous ne pouvons pas acheter tout ce que tu demandes'... Alors, je fais semblant d'y croire, ainsi, ils se sentent obligés d'acheter: le "père Noël" n'a pas de problèmes avec la crise, lui...").
Allons, parents chrétiens, un peu de courage: assumez!
- Noël, ce n'est pas un "jour de cadeaux", c'est le jour du plus beau cadeau qu'on puisse imaginer: Dieu s'incarne, il vient partager notre vie quotidienne!
- Noël, ce peut être un jour de partage: pourquoi ne pas offrir un peu de notre superflu à ceux qui n'ont pas le nécessaire? On en est beaucoup plus heureux que lorsqu'on reçoit tant de cadeaux qu'on ne sait plus qu'en faire!
- Noël, c'est un jour qu'on prépare... en préparant son cœur: pourquoi ne pas fabriquer un "vrai" calendrier de l'Avent, sur lequel on colle, dessine, etc. l'image de la bonne action que l'on a faite "pour Dieu et pour autrui", ou sur lequel on déplace un enfant qui approche chaque soir de la Crèche, en fonction des efforts de la journée - après la prière familiale, par exemple? N'est-ce pas plus porteur de sens que d'ouvrir une "fenêtre" pour y découvrir une friandise (qui plus est, le plus souvent, de bien piètre qualité!) que l'on va dévorer - alors qu'en Orient petits et grands jeûnent encore en Avent comme en Carême, et partagent le fruit de ce jeûne avec les plus démunis le jour de Noël?
- Noël, ce n'est de toute façon pas un jour de "grande bouffe": une soupe avant d'aller à la messe de minuit, une friandise (chaude!) en en revenant; l'essentiel, c'est la messe, pas le réveillon!
En revanche, la Saint-Nicolas (tout comme l'Epiphanie), ce peut être un merveilleux jour de fête pour les enfants... avec des cadeaux!
Et surtout, pensez qu'en offrant (vous-mêmes!) quelques cadeaux à vos enfants à la Saint-Nicolas ou à l'Epiphanie, et en leur expliquant pourquoi vous le faites, vous vous éviterez d'avoir à leur avouer que vous leur avez menti pendant des années en leur racontant les "histoires du père Noël"...
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Et une dernière anecdote:
Quand on arrive à Myra, on voit d'immenses panneaux, en turc, en anglais, en allemand, en français: "MYRA, LA VILLE DU PERE NOEL!"
Et, partout, des boutiques et éventaires pleins à craquer de pères Noël de toutes tailles et toutes matières... qui ressemblent d'ailleurs en général davantage au Santa Claus américain qu'au "Père Noël" européen... qui clignotent, qui bougent la tête, qui roulent les yeux, qui chantent (pas forcément des chants de Noël, d'ailleurs!), qui dansent...
Mais de trace de saint Nicolas, point... de son église-cathédrale, point...
Aucune trace non plus dans les dépliants-guides touristiques de la ville... Les guides qui la font visiter n'ont jamais entendu parler de saint Nicolas, ni même de sa "Légende dorée"...
Les touristes qui la visitent guère plus - en tout cas ils ignorent qu'il a vraiment existé, que c'était un évêque dont c'était le diocèse (pour la plupart, ils ignorent que la Turquie d'Asie a été christianisée bien avant l'Europe)!
Et lorsque - un peu agacée par ce déploiement de "pères Noël" dans un pays officiellement laïc, mais passablement islamisé - je n'ai pu me retenir de prendre la parole, et de raconter tout cela à notre guide, et au groupe (sportif et culturel, mais pas forcément croyant: nous participions à une sorte "rallye culturel et archéologique à la voile" tout au long de la côte sud de la Turquie) dont nous faisions partie... j'ai reçu
- un immense "merci!" de notre guide (musulman) qui m'a dit: "Enfin une chrétienne qui connaît sa religion et qui n'a pas peur de la dire... Si vous étiez tous comme cela, nous aurions peut-être un peu moins de problèmes avec les islamistes... et vous aussi, d'ailleurs!"...
- et bien des marques de surprises des membres du groupe, ravis "d'avoir appris quelque chose"!...
PS - En cherchant bien, avec l'aide de notre guide, j'ai fini par trouver à Myra une toute petite mais très belle icône de saint Nicolas, dans une vieille échoppe d'antiquités!
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