Au service de l'Ecriture - Yvette Mailliet le Penven
Le ספר תורה - Sefer Tora'

La confection de ces rouleaux, la particularité de leur écriture et de leur mise en page, leurs divers ornements - tout cela constitue un monde passionnant, tant au plan intellectuel qu'esthétique, et, bien entendu, religieux.


Un des moments importants de la liturgie synagogale est la lecture de la Tora'. Comme on l'a vu aux pages "Notes sur 'la' Bible","Torah-Pentateuque", "Fixation du canon de la תנך, TaNaCh", on appelle précisément  תורה-Torah les cinq livres attribués à Moïse:
בראשיתBereshit (Au commencement) - Genèse (Gn)
שמותShemot (Les Noms) - Exode (Ex)
ויקראVayyiqra (Il appelle) - Lévitique (Lv)
במדבר Bemidbar (Dans le désert) - Nombres (Nb)
דברים Debarim (Les paroles) - Deutéronome (Dt).

Depuis l'époque d'עזרא Ezra (VIème siècle avant l'ère courante), la תורה est lue en public 
• trois fois par semaine: le lundi, le jeudi et le samedi; 
• les jours de fête;
le premier jour de chaque mois (Roch Hodèche);
• les jours de jeûne.
Il faut au moins un Minyane (dix personnes) pour pouvoir faire cette lecture publique.

Entre trois et sept personnes sont appelées à lire un passage, ou à dire une bénédiction avant la lecture - qui est en général faite par un spécialiste de la cantilation biblique.

La תורה est lue entièrement en un an; elle est divisée en cinquante-quatre partie appelées chacune Sidra (de סדר Seder, ordre) ou פּרשׁה Paracha' (passage, morceau).
Chaque שבת Shabbat, on lit une Paracha différente; le Shabbat est désigné par le premier mot de sa Paracha
Ainsi, par exemple, la première Paracha s'appelle בראשית Bereshit, du premier mot du premier verset de la תורה-Torah 
בראשית ברא אלהים את השמים ואת הארץ׃
בראשית Beréchit (en un commencement) - ברא Bara (créa) - אלהים Elohim (Dieu) - את השמים Èt HaChamyim (les cieux) - ואת הארץ WÈt HaArets (et la terre)
"Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre." 
Le Shabbat où on lit cette première Paracha sera donc appelé "בראשית שבת Shabbat Beréchit".

Ainsi, de semaine en semaine, chaque samedi, dans le monde entier, tous les Juifs lisent le même texte le même jour, "déroulant" l'histoire biblique de la création du monde jusqu'à la mort de Moïse et à l'entrée en Terre Promise.

L'office public

Lors de l'office public, après la lecture des bénédictions, des Psaumes, du Sh'ma Israel et de la Amida (prière silencieuse qui se fait debout, les pieds joints), on sort les Sifré Torah (pluriel de Sefer Torah) de l'arche sainte,   ארון־הקדש Arone HaQodèche. 







L'arche sainte, ארון־הקדש Arone HaQodèche.

L'arche sainte se trouve au fond de la synagogue, à l'opposé de l'entrée et orientée vers Jérusalem.


C'est une armoire qui contient en général plusieurs rouleaux habillés de "manteaux" richement décorés, brodés avec des fils d'or ou d'argent sur lesquels on peut lire les noms des donateurs et les occasions pour lesquelles ces rouleaux ont été offerts. ->





Les ornements.
Sur ces manteaux sont 
<- accrochées des plaques en argent (ou en autre métal) sur lesquelles on peut lire - sur des plaquettes gravées interchangeables - le nom de la Parasha de la semaine.





Sur les supports de bois des rouleaux se trouvent soit une couronne qui les englobe tous deux, soit deux petites couronnes, appelées רמנים Rimonim - "grenades" ->





La main de lecture ouידYad
Une main ou un doigt en argent ou en bois (ou en toute autre matière) est généralement aussi accroché à ces rouleaux (voir photos des rouleaux habillés et de la plaque, et ci-contre). Il sert à la lecture, car il est interdit de toucher le rouleau à main nue.






L'exposition de la Tora'
Un fidèle est appelé pour ouvrir l'arche sainte et porter le rouleau jusqu'à la table de lecture (la בימה Bima ou תבהTeva), située au centre de la synagogue. Le rouleau, posé sur la table, est d'abord "déshabillé" de ses ornements, puis ouvert au passage qui doit être lu.








Un fidèle est alors appelé pour soulever le rouleau ouvert et le présenter à toute l'assemblée présente dans la synagogue. Pour ce faire, il tourne sur lui-même, les bras étendus vers le haut.
Cette présentation est appelée הגבה HaGuebaha, c'est-à-dire "élévation".

C'est un grand honneur d'être appelé pour faire la HaGuebaha, pour lire ou dire une bénédiction devant les rouleaux ouverts.
Lors des grandes occasions, on procède à une "mise aux enchères" de la participation à ces différents rites: c'est une manière indirecte de faire participer tous les fidèles à la fois à ceux-ci et aux frais de fonctionnement de la synagogue. On a aussi l'habitude de faire un don lorsqu'on monte à la Tora'.


Les ספר תורה- Sifré Tora' 


Les outils du scribe
Les Sifré Tora sont des rouleaux faits de cuir tanné ou parcheminé. Ils sont constitués de lés de peau cousus entre eux, et réglés au poinçon sec, horizontalement et verticalement.
Le ספר Sofèr, ou scribe, copie les Textes sacrés avec un calame de roseau en Orient, une plume d'oie en Occident. Il doit suivre scrupuleusement un modèle afin de ne pas se tromper, car il utilise une encre spéciale - qui ne s'efface donc que très difficilement - afin de résister à l'usure du temps.

La structure du Texte
Comme nous l'avons souvent écrit, ce Texte n'utilise aucune voyelle: il faut donc avoir une bonne préparation pour pouvoir lire et cantiler correctement, d'autant qu'il n'existe également aucune ponctuation. Rien ne signale le passage d'une phrase à une autre, ni le rythme de la lecture: rien ne vient donc interrompre le flot des vocables - sinon, de temps à autre, des espaces blancs (qui séparent les Parachot les unes des autres) et un espace de quatre lignes entre chaque livre de la Tora'.


Certaines lettres sont surmontées de petites fioritures appelées כּתרים Ketarim, couronnes. Ces sept lettres sont:
Shin שAyin עTeth טNun נZayin זGhimel גTsadé צ

que l'on retient par la formule mnémotechnique: ShATNeZ-GaTs
(voir l'alphabet hébraïque en cliquant ici).

Sur l'écriture hébraïque, il faut faire une autre remarque.
Comme nous l'avons déjà fait remarquer (et comme le souligne Rabbi Tsadoq Hakohen de Lublin), il y a une différence essentielle (au sens étymologique fort du mot) entre les caractères hébraïques et les autres: c'est la position de la lettre par rapport à sa ligne tutrice. Dans l'écriture hébraïque, la lettre est en effet accrochée, comme suspendue à cette ligne:
La ligne tutrice prend ainsi une valeur symbolique: elle trace une limite entre l'écriture, et l'au-delà de l'écriture.

Pourtant, une lettre fait exception: le למד Lamed - qui est la racine sémantique de tout ce qui entretient un rapport quelconque avec l'étude, l'enseignement, l'"apprendre"...
Apprendre, c'est entrer dans un mouvement de dépassement de la ligne du verset, c'est aller "au-delà du verset", aller de l'écriture à l'Ecriture...

למד Lamed signifie "étudier"; de cette lettre, de ce verbe, vient le mot Talmud, livre-clef de la pensée juive. Ce n'est pas le lieu recueilli d'un savoir établi, mais l'exigence de la recherche, du questionnement, de l'interprétation - tout comme, d'ailleurs, l'absence de vocalisation et de ponctuation des Textes, qui ouvre la possibilité permanente de leur questionnement.






La "vie" du Sefer Tora'
Ecrire un livre fait partie des six cent treize commandements.
De ce fait, il existe une habitude d'écrire ou de faire écrire un livre ou une partie d'un livre à son nom. Certaines communautés se cotisent pour acheter un livre de la Tora', chacun de ses membres payant l'écriture d'une lettre, d'un chapitre ou un passage entier, selon ses moyens.

Les vieux rouleaux, comme les vieux livres de prière, Mezouzot et Téfilin (page en préparation) endommagés, ne sont pas détruits:
- soit ils sont enterrés dans une partie du cimetière juif,
- soit ils sont rassemblés dans une Guéniza (salle dépendant de la synagogue).



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