Le Temps Ordinaire - Années C
Les dimanches
Deuxième dimanche
Chaque
année, au moment d'entrer dans la longue série des dimanches du Temps
ordinaire, la liturgie est célébrée devant une sorte de grande fresque,
tirée de l'Évangile selon saint Jean. On y contemple successivement:
- le Seigneur auquel le Précurseur rend témoignage (années A);
- Jésus entouré de Jean, Simon et André, qui décident de le suivre (années B);
-
cette année: le "premier signe" accompli par Jésus, au cours de noces
auxquelles il a été invité avec Marie et ses disciples, à Cana en
Galilée.
<- Détail des Noces de Cana (1303-1309), Giotto - Chapelle des Scrovegni, Padoue.
Marie semble demander au "maître du repas" son avis sur le vin qu'on vient de lui apporter.
En
revanche, l'époux (reconnaissable à sa couronne: aujourd'hui encore,
lors de la liturgie du mariage dans les rites orientaux, les mariés
sont couronnés par le célébrant), qui n'a pas vu d'où provenait le bon
vin, semble étonné par l'interpellation du "maître du repas".
A
l'intervention de sa mère, qui a pressenti avec délicatesse dans quelle
confusion vont se trouver les époux, Jésus change en excellent vin
l'eau versée dans six grandes cuves de pierre. Il le fait sans éclat,
au point qu'en dehors de Marie et des serviteurs personne, ni le "maître
du repas" ni l'époux, n'ont compris d'où provenait le bon vin servi à
la fin du repas. Manifestement, l'évangéliste a rapporté ce
"commencement des signes que Jésus accomplit" en raison de sa valeur
symbolique, soulignée par plusieurs notations.
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Troisième dimanche
Aujourd'hui commence la lecture de l'Évangile selon saint Luc, qui caractérise les années C.
Comme on a pu le lire dans l'introduction à cet évangile (à cette page), l'auteur déclare avoir écrit "καθεξῆς - de façon suivie" des événements qui ont déjà été rapportés par des "αὐτόπται - personnes qui ont vu de leurs propres yeux"; "παρηκολουθηκότι ἄνωθεν πᾶσιν ἀκριβῶς
- après avoir fait des recherches exactes sur toutes ces choses depuis
leur origine", il a donc fait œuvre d'historien - mais pas au sens
moderne du terme: il n'a pas rapporté les événements dans un ordre
chronologique, ni dans un cadre géographique stricts. Il a adopté le
plan qui - tout en restant fidèle à l'authenticité des faits - lui a
semblé le mieux correspondre à son propos: permettre au lecteur de
reconnaître "λόγων τὴν ἀσφάλειαν - la certitude des enseignements" qu'il a reçus par ailleurs.
Saint Luc commence son exposé de la vie publique de Jésus (Evangile: Lc 1,1-4; 4,14-21) par la première intervention doctrinale de celui-ci: "ἦλθεν
εἰς τὴν Ναζαρέτ, οὗ ἦν τεθραμμένος, καὶ εἰσῆλθε κατὰ τὸ
εἰωθὸς αὐτῷ ἐν τῇ ἡμέρᾳ τῶν σαββάτων εἰς τὴν συναγωγήν - Il se rendit à Nazareth, où il avait été élevé, et, selon sa coutume, il entra dans la synagogue le jour du Sabbat". Il a été investi lors du baptême dans l'eau du Jourdain (voir à cette page et à celle-ci) de la "δύναμις τοῦ Πνεύματος - puissance de l'Esprit" et depuis lors sa "φήμη ἐξῆλθεν καθ᾿ ὅλης τῆς περιχώρου περὶ αὐτοῦ -
renommée s'est répandue dans tout le pays d'alentour". Il est donc
normal qu'on lui demande de faire la lecture prévue ce jour-là pour
l'office synagogal (voir à cette page), puis de la commenter - en tant que rabbi de passage.Or il s'agit d'un texte d'Isaïe (Is 61,1-2)
annonçant un envoyé de Dieu, chargé de porter la Bonne Nouvelle aux
pauvres, la lumière aux aveugles, et la liberté aux prisonniers et aux
opprimés.
Mais Luc ne retient du commentaire de Jésus que l'affirmation centrale: "σήμερον πεπλήρωται ἡ γραφὴ αὕτη ἐν τοῖς ὠσὶν ὑμῶν
- Aujourd'hui cette parole de l'Écriture, que vous venez d'entendre,
est accomplie". Voilà donc, d'emblée, Jésus présenté tel que les
chrétiens le reconnaissent: il est, personnellement, l'accomplissement des Écritures.
La
seconde partie de l'œuvre de saint Luc, les Actes des Apôtres, montre
comment cette Parole s'est répandue et a engagé, dans le monde entier,
une multitude d'hommes et de femmes à s'attacher au Seigneur (Ac 5,14).
Cet élan missionnaire de l'Eglise exige que chacun,
sans chercher à se faire valoir personnellement, mette au service de
tous les dons, les charismes, qu'il a reçus de l'Esprit, afin que grandisse le corps entier dont le Christ est la tête (Deuxième Lecture: 1Co 12,12-30).
Ce dimanche remet devant les yeux des croyants l'idéal et la vocation de la Communauté rassemblée (Première Lecture: Né 8,1-4a;5-6;8-10) autour de la Parole de Dieu (Psaume: Ps 19,8-10;15)
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Quatrième dimanche
Comme dimanche dernier, la liturgie d'aujourd'hui met les fidèles en présence de Jésus, assis dans la synagogue de Nazareth (Evangile - Lc 4,21-30)
où il a proclamé ouverte l'ère de grâce annoncée par le prophète
Isaïe.Dans un premier temps, les auditeurs (exaspérés par l'occupation
romaine, et attendant un "messie" qui viendrait les en délivrer)
accueillent favorablement cette déclaration: "Ils lui rendaient
témoignage" (v.22), ce qui signifie: "ils se rangeaient de son côté".
Mais
à ces bonnes intentions succède aussitôt le doute: d'où peut bien venir
cette sagesse dont fait preuve "le fils de Joseph", le charpentier du
village?
Jésus sait les pensées de
ses auditeurs, il a vu leurs regards étonnés ou narquois... Démasqués,
ils sont "furieux" (v.28) de s'entendre assimiler à ceux qui rejetaient
les prophètes (qui - heureusement! - avaient Dieu avec eux: Première Lecture - Jr 1,4-5;17-19; Psaume - Ps 71,5-8;15;17;19). Alors
les gens de Nazareth veulent faire périr Jésus (v.29); mais c'est
librement - à son heure - qu'il prendra lui-même la direction de
Jérusalem où il doit mourir (Lc 9,51).
Dans
cette sorte d'introduction à l'ensemble de l'œuvre évangélique de Luc,
affleurent plusieurs des grands thèmes qui le caractérisent.
<- Le
jour de la Présentation au Temple, Syméon a déclaré que Jésus, "lumière
des nations", serait "signe de contradiction" pour un grand nombre (Lc 2,32;34). Par ailleurs, l'universalisme du Salut est une insistance de l'évangéliste; enfin, il ne faut pas oublier que les
Actes des Apôtres est la seconde partie de l'œuvre de saint Luc, qui se
plaît à montrer comment la mission se situe dans la continuité de celle
du Seigneur. Rejetés comme lui par leurs concitoyens, les Apôtres
seront amenés à prêcher l'Évangile au-delà des frontières de leur pays.Le
prophétisme, celui des missionnaires et celui des communautés
chrétiennes, ne s'accommode pas d'un provincialisme étroit, d'un
particularisme borné: le rappel de la conduite de Dieu-Fils doit sans
cesse retentir dans l'assemblée chrétienne réunie pour célébrer le
mystère du Salut.
Ce qui fait l'unité des communautés ecclésiales, et de l'Eglise entière, c'est la charité sans limite (Deuxième Lecture - 1Co 12,31 - 13,13).
Ceux qu'elle anime - loin de garder jalousement les dons reçus de Dieu,
de se replier frileusement sur leurs propres intérêts de peur de les
perdre - doivent désirer plus que tout voir le plus grand nombre
possible en bénéficier. La foi s'étiole et finit par s'éteindre quand on ne la partage pas.
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Cinquième dimanche
Le tableau que l'Évangile met aujourd'hui devant nos yeux (Évangile - Lc 5,1-11) montre Jésus dans une attitude hiératique, qui évoque déjà celle du Ressuscité. Luc
en effet passe sans transition du titre de "Maître" à celui de
"Seigneur"; Pierre "tombe aux pieds" de Jésus: ce titre et cette
prosternation annoncent l'attitude des disciples lors de l'Ascension.
Placée
aux premières pages de son évangile, cette scène correspond aux
intentions de saint Luc: elle invite à aborder le lecture de l'Évangile
en confessant la véritable identité de celui auquel les disciples ont
donné leur foi (voir l'introduction au troisième dimanche du TO-C à cette page, et les notes sur Lc 1,1-4 à cette page).
Par
ailleurs, Luc, qui est aussi l'auteur du Livre des Actes des Apôtres, a
vu dans cet épisode - qu'il tient de la tradition - un certain nombre
de traits qui se vérifient dans la vie ecclésiale.
L'enseignement que les croyants ont reçu vient de Jésus qui parlait à la foule, avide d'écouter sa parole.
L'abondance
de la pêche évoque l'extraordinaire succès de la prédication
apostolique, et justifie par avance l'audace des Apôtres, devenus
"pêcheurs d'hommes", qui pousseront au large pour s'efforcer de gagner
au Christ le plus grand nombre possible de leurs auditeurs.
Cette
tâche aurait de quoi les effrayer. Mais Jésus leur dit "Soyez sans
crainte": cela suffit à leur donner l'audace de tout abandonner pour le
suivre, quel que soit leur passé.
Un "homme aux lèvres impures" n'a-t-il pas été choisi comme "messager" par YHWH (Première Lecture - Is 6,1-2a;3-8)? Un "persécuteur" comme Saül n'a-t-il pas été choisi pour annoncer la Bonne Nouvelle (Deuxième Lecture - 1Co 15,1-11)? Ils ont pu le faire parce que Dieu était avec eux (le psalmiste en rend grâce au Seigneur: Psaume - Ps 138,1b-5;7c-8), et qu'ils se sont montrés disponible pour accomplir leurs missions respectives.
Aujourd'hui
encore, il faut faire confiance au Seigneur et, "sur son ordre", jeter
à nouveau les filets - même après de longues nuits de travail
infructueux.
La contemplation du
Christ, et la scène de la pêche miraculeuse doivent raviver le courage,
la confiance et l'élan missionnaire des communautés chrétiennes (et de
leurs membres, individuellement) - que l'apparente inutilité des
efforts consentis pourrait affaiblir...
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Sixième dimanche
La liturgie d'aujourd'hui (Première Lecture - Jr 17,5-8; Psaume - Ps 1,1-4;6; Deuxième Lecture - 1Co 15,12;16-20; Evangile - Lc 6,17;20-26) situe
l'assemblée dominicale au coeur de la vie croyante et de son mystère:
Dieu seul donne à l'existence humaine de porter un fruit qui demeure. Celui qui met en lui son espérance et sa confiance est donc assuré de
pleinement s'épanouir, quoi qu'il arrive; au contraire, se détourner de
lui et chercher un confort illusoire dans des choses caduques et des êtres de chair conduit à la ruine de l'âme.
Il
en va de même pour les plantes, qui poussent rapidement et ont une
belle apparence lorsque la saison est favorable (ceux qui ont vu
fleurir un désert savent combien les couleurs des fleurs sont
intenses!) mais qui s'étiolent lamentablement dès que le temps change.
D'autres, beaucoup plus modestes, trouvent le terrain qui les maintient
vivaces et resplendissantes à longueur d'année.
Ce
que proclame un oracle du Livre de Jérémie, beaucoup d'autres auteurs
bibliques le disent également, spécialement les psalmistes qui chantent
à l'envi la sagesse de ceux qui mettent leur foi, leur confiance en
Dieu.
Le "Discours sur le
plateau" (traduit à tort - voir plus bas - "dans la plaine") tel que le
rapporte saint Luc s'adresse directement aux foules. A des personnes un
peu en marge de la société, méprisées des "grands", il dit: "Heureux,
sautez de joie: vous êtes maintenant dans l'indigence, le mépris; un jour vous aurez votre récompense; tandis que ceux qui sont aujourd'hui 'du bon côté' déchanteront".
La portée sociale de ces paroles est indéniables.
Mais
elles ne font pas l'apologie de la misère (dont il faudrait prendre son
parti en attendant "un monde meilleur"), non plus qu'elles ne
condamnent ceux qui ont acquis quelque bien par leur travail - deux
interprétations qui ont eu cours tour à tour.
En
effet, lorsqu'il décrit la communauté chrétienne idéale, saint Luc dit
qu'elle se caractérise par le partage des biens, de telle sorte que nul
ne soit dans le besoin (Ac 2,44-45), ce qui est l'application de la notion de la
Mais
ceux qui "maintenant"partagent la condition du Christ humilié, bafoué,
seront également associés "demain" à sa gloire auprès du Père - car
c'est "à cause" de son abaissement que le Seigneur a été "élevé
au-dessus de tout" (Ep 2,5-11).
Si
la mort devait nous laisser tels que nous sommes dans cette vie, dit
saint Paul, nous serions "les plus malheureux des hommes", parce que
nous aurions cru en vain. Mais non! Le Christ est ressuscité et nous
aurons part à sa vie. Il est notre espérance. C'est par rapport à lui
que nous devons tout apprécier.
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En cette année 2010, nous sommes passés de ce "Sixième dimanche du Temps Ordinaire", après les Temps de Carême, puis de Pâques-Pentecôte,
- et, après le "Sacré-Cœur", le vendredi 11 juin, au "Onzième dimanche du T.O.", le dimanche 13 juin.
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Onzième dimanche
La
foi en la miséricorde de Dieu qui ne désire rien tant que pardonner les
péchés s'exprime, tout au long de la Bible, en images et en termes
variés, parfois d'une audace extraordinaire. Le pardon accordé par Dieu
est, en même temps, d'une efficacité créatrice: il change le coeur de
celui qui l'accueille, crée en lui un coeur pur, le renouvelle au plus
profond de son être (cf. Ps 51,12). Seul le Créateur peut
pardonner ainsi. La Bible ne laisse aucun doute à ce sujet - non plus,
d'ailleurs que le Sacrement de la pénitence et de la réconciliation
d'aujourd'hui. La parole de pardon fait toujours appel à l'autorité de
Dieu: "Le Seigneur a pardonné ton péché".
S'il
s'était contenté de prêcher la miséricorde divine et d'exhorter les
pécheurs à la conversion, Jésus aurait parlé comme les prophètes. Mais
à une pécheresse venue le rencontrer dans la maison du pharisien qui
l'avait invité, il déclare: "Tes péchés sont pardonnés. Ta foi t'a
sauvée".
Il y a là bien des sujets d'étonnement:
- l'audace de cette femme qui entre dans la maison d'un "pur";
- son comportement;
- plus encore, la parole de Jésus qui pardonne les péchés.
Les
chrétiens que nous sommes pourraient être tentés de se laisser
imprégner par les sentiments premiers que cette scène suscite, et, par
exemple, s'indigner de la réaction du pharisien... sans penser à celle
qu'ils auraient si une prostituée notoire ou en "tenue de travail"
entrait dans une église durant l'Eucharistie, remontait l'allée
centrale sans rien dire et sans se préoccuper des membres de
l'assemblée, s'agenouillait en pleurs au pied de l'autel, et y faisait
brûler un encens de grand prix, ou y répandait des litres du parfum le
plus cher...
Saurions-nous
ne pas oublier que tous, dans l'assemblée réunie autour de la Table du
Seigneur, nous sommes des pécheurs pardonnés par la foi en Jésus
Christ, et non à cause de nos mérites ou de nos bonnes actions?...
L'attitude de Jésus nous invite à purifier le regard porté sur les autres.
Lui,
le Juste, il n'humilie pas les pécheurs, mais les accueille avec une
extrême délicatesse. Il sait que l'amour de Dieu peut être grand même
chez les pécheurs - d'autant plus grand qu'ils ont été pardonnés de
nombreux péchés.
L'Eucharistie
est bien une "action de grâce" (sens étymologique du mot) pour
l'infinie miséricorde de Dieu révélée en Jésus Christ, dont toutes et
tous avons à proclamer la Bonne Nouvelle.
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Douzième dimanche
Toute proclamation de foi en Jésus, Fils de Dieu, qui vit et
règne avec le Père et l’Esprit Saint pour les siècles des siècles est vaine, si
elle ne conduit pas à « suivre » celui qu’on acclame ainsi, à « marcher
à sa suite ». Il faut en outre comprendre que ces deux expressions doivent
être prises dans leur double acception, concrète et figurée.
Ici, il s’agit donc à la fois de se conformer,
intellectuellement et moralement à son enseignement, de prendre sa doctrine comme
ligne de conduite ; et de parcourir un véritable chemin en portant sa
croix, en « renonçant à soi-même », en « perdant sa vie » pour
ressusciter avec le Christ.
Tout au début, les disciples de Jésus, avant de recevoir à
Antioche le nom de « chrétiens » (Ac 11,26), ont été appelés « les adeptes de la Voie »
(Ac 9,2). Cette « voie », c’est le Christ lui-même, Chemin,
Vérité et Vie. Pour y accéder, il faut passer par la porte du repentir que la
grâce suscite chez ceux qui, « levant les yeux » vers l’homme qui a
été transpercé, reconnaissent en lui le « fils unique » dont le sang lave
de la souillure du péché.
Cette union au Christ s’opère sacramentellement lors de la réception du baptême. Plongé dans les
eaux purificatrices, le croyant naît à la vie nouvelle, qui vient du Christ. Ici,
les mots doivent être entendus au sens concret le plus fort : comme le
Fils de Dieu s’est « dépouillé de lui-même » et a pris la condition
humaine (Ph 2,7), au baptême les hommes se dépouillent de leur condition
de pécheurs pour « revêtir le Christ », « l’homme nouveau ».
Devenus par lui et avec lui des « fils de Dieu », ils entrent en
possession de l’héritage promis à Abraham et à sa descendance. Du même coup,
les barrières, les différences entre Juifs et païens, esclaves et hommes libres,
hommes et femmes sont abolies. « Tous, nous ne sommes plus qu’un dans le Christ
Jésus ».
Tel est le mystère de renouveau radical et d’unité
universelle que célèbre l’Eucharistie, Mémorial de la mort, de la résurrection
et de l’exaltation du Christ. En distribuant la communion, saint Augustin disait :
« Deviens ce que tu reçois : le corps du Christ ! »
Vraiment, perdre sa vie pour le Seigneur c’est la sauver.
Prendre sa croix « chaque jour » c’est aller pas à
pas vers sa Pâque et la nôtre.
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Treizième dimanche
Saint Luc a fait œuvre d'historien, mais aussi d'auteur.
Il
ne porte pas un regard froid sur des faits considérés comme simples
objets de curiosité ou même, seulement, comme riches d'enseignements
pour le présent.
La lecture et
l'examen des informations et des témoignages recueillis l'ont
particulièrement rendu sensible à la relation étroite entre, d'une
part, les paroles et les actions de Jésus, et, d'autre part, ce qui
s'est passé dans l'Église après la Pentecôte.
L'enseignement,
les initiatives et les actes des Apôtres, la vie des communautés
chrétiennes, leur activité missionnaire, l'extraordinaire diffusion de
l'Évangile (= la "Bonne Nouvelle") dans le monde entier s'enracinent
directement dans les paroles, la vie, l'activité et les initiatives de
Jésus. Pas le moindre hiatus: l'œuvre de Jésus se prolonge et se
déploie aujourd'hui selon ses intentions, sous la conduite de l'Esprit
envoyé aux siens par le Ressuscité.
C'est
ce qui ressort, en particulier, de la manière dont saint Luc a
rassemblé, dans le cadre littéraire d'une longue montée à Jérusalem,
l'ensemble du ministère de Jésus après ses débuts en Galilée. Le terme
de cette route est fixé: la Ville de pèlerinage, celle où aura lieu la
Pâque de mort-résurrection du Seigneur. Son tracé, en revanche, est
sinueux. Il se découvre progressivement, et dépend de circonstances
imprévues - comme un accueil chaleureux qui retient les marcheurs, ou
au contraire un refus d'accueil.
Pour
s'engager sur cet itinéraire à la suite du Christ, il faut, comme lui,
faire preuve de courage, de résolution, il faut répondre à son appel
sans tergiverser, et tout abandonner - car rien ne doit lui être
préféré.
Pour autant, la
vie de nomades que Jésus propose à ses disciples n'est ni morose, ni
triste. La joie déborde du cœur des chrétiens, qui veulent la faire
partager au monde entier.
L'évangéliste
insiste sur le caractère radical des exigences de l'Évangile parce que,
il le sait d'expérience, il vaut vraiment la peine de se lancer dans
l'aventure, sans autre loi que celle de l'amour, sans autre maître que
l'Esprit, dans une communauté fraternelle où chacun, selon ses moyens
et ses charismes, contribue au bien de tous. Il a vu comment certains
allaient jusqu'à se dépouiller allègrement de leurs biens, pour les
mettre à la disposition des Apôtres qui les distribuaient à ceux qui
étaient dans le besoin (Ac 2,44-45). Saint Luc a aussi été
témoin du climat de sérénité, de paix et de bonheur qui régnait dans
les Églises animées de cet idéal - ainsi que de l'extraordinaire
rayonnement de celles-ci (Ac 5,14).
Puisse-t-il en être ainsi parmi nous!...
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Quatorzième dimanche
Parmi les nombreux disciples groupés autour de lui, Jésus,
après une nuit passée en prière, en a choisi douze, les « Apôtres ».
Mais cette élection n’a pas fait des Douze un groupe fermé. Des témoins de ces
temps-là ont rapporté à saint Luc que le Seigneur avait désigné un groupe de 70 ou 72
disciples anonymes : 72, comme le nombre de clans issus de Noé qui
repeuplèrent la terre après le déluge (Gn
10). Jésus les a envoyés « devant lui dans toutes les villes et
localités où lui-même devait aller ». Les instructions qu’il leur donne,
identiques à celles que les Douze ont reçues, comme le message qui leur est
confié, montrent clairement qu’ils sont vraiment chargés d’annoncer l’Évangile,
et pas seulement de préparer matériellement le passage de Jésus.
Saint Luc a certainement retenu cette information parce
qu’il a vu, dans la mission des Soixante-douze, une préfiguration de ce qui a
été fait après la Pentecôte. Alors, en effet, des disciples, appelés eux aussi
« apôtres », ont été investis du même ministère. Par la suite,
d’autres, nombreux, leur ont encore été associés. Les Soixante-douze constituent ainsi les prémices
des missionnaires et des prédicateurs qui porteront la Bonne Nouvelle de la paix
de Dieu à toutes les nations, jusqu’au jour où Satan, définitivement vaincu, « tombera
du ciel comme l’éclair ».
Ces envoyés du Seigneur parcourront la terre entière et non
plus seulement les villes et localités du petit pays où Jésus a lui-même exercé
son ministère. De toutes les nations ils feront un seul peuple de Dieu
rassemblé autour de la croix, leur « seul orgueil ». Ils apportent à
ceux qui les reçoivent la joie et la paix promises par les prophètes, en
particulier Isaïe, les œuvres qu’ils accomplissent accréditant leur message.
Par ailleurs, saint Luc mentionne dans son évangile la présence de femmes
auprès de Jésus, au pied de la croix et lors de son ensevelissement. Ce sont
aussi des femmes qui ont les premières appris la nouvelle de la Résurrection,
l’ont apportée aux disciples. Et dans son livre des Actes, il fait mention
d’autres femmes qui jouèrent un rôle important dans les premières communautés
chrétiennes : le nom de certaines a été conservé.
La mission des Soixante-douze donne ainsi, à l’avance,
une image de l’Église missionnaire telle que l’a voulue le Seigneur.
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Quinzième dimanche
Cette période de l’année est, pour beaucoup de chrétiens, l’occasion
de rencontres imprévues, au cours desquelles ils abordent, avec des inconnus de
la veille, des sujets importants dont ils ne parlent pas habituellement.
Et voici que les évangiles proclamés les
dimanches d’été rapportent une série d’enseignements donnés par Jésus au gré
des rencontres faites comme au hasard, sur les routes de Jérusalem.
Un jour, un docteur de la Loi lui demande ce qu’il doit faire pour
avoir part à la vie éternelle. C’était « pour le mettre à l’épreuve »,
comme on le fait parfois en nous posant une question de cet ordre. La réaction
de Jésus est exemplaire. Au lieu de donner une réponse – et en bon rabbi qu’il
était – il demande à son tour à son interlocuteur : « Que penses-tu
toi-même ? Que lis-tu dans la Loi ? »
Le docteur n’hésite évidemment pas. L’énoncé du double commandement de
Dieu et du prochain – rappelé au début de la prière juive récitée tous les
jours (le Sh’ma Israël) – vient
spontanément sur ses lèvres.
Comme souvent aussi dans de tels cas, la première question en
préparait une autre : « Qui est mon prochain ? »
Cet homme pieux s’attendait peut-être à ce que Jésus lui donne une
liste précise des personnes à l’égard desquelles il avait des devoirs stricts.
Quoi qu’il en soit, Jésus n’entre pas dans les perspectives d’une
quelconque casuistique : il raconte une parabole pour amener à poser le
problème autrement.
Une certaine manière de comprendre le commandement de l’amour pour
tous pourrait en effet aller de pair avec une pratique de fait très
restrictive : tous en général bien sûr, mais dans des circonstances
particulières seulement. Et l’on risque de se cacher derrière la Loi pour
avancer ces circonstances amenant des restrictions…
Or ce que Jésus veut faire comprendre c’est : « Tu dois agir
de telle manière que chacun, en toute circonstance, reconnaisse en toi son
ami ». N’est-ce pas ainsi que Dieu fait ? Il nous a secourus, lorsque
nous gisions sur la route, écrasés, mourants, sous le poids de notre péché…
« Va, et fais de même ».
La Loi de Dieu écrite n’est pas un ensemble de prescriptions et
d’interdictions détaillées ; elle doit imprégner l’esprit et le cœur.
Alors, en toute circonstance, ainsi imprévue soit-elle, pas la moindre
hésitation sur ce qu’il faut faire ou éviter. Agir partout et toujours comme
Dieu à l’égard de tous et de chacun, comme le Christ « image du Dieu
invisible ».
Telle est la Loi.
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Seizième dimanche
La Bible prône de mille manières la valeur religieuse de l'hospitalité. C'est toujours, en quelque sorte, Dieu qu'on reçoit dans l'hôte accueilli: il pourrait bien être, à son insu, porteur d'un message du Seigneur.
Ainsi en fut-il pour Abraham.
Les évangiles attestent qu'à diverses reprises Jésus a explicitement et solennellement déclaré qu'on l'a accueilli en recevant ses envoyés, mais également un petit ou un pauvre. Il a dit aux Soixante-dix (ou Soixante-douze) de s'en remettre à la bonne volonté des personnes rencontrées sur leur chemin de prédicateurs du Royaume: leur hospitalité vaudra aux habitants de la maison où on les aura accueillis le don - bien plus précieux que l'or ou l'argent - de la paix messianique.
Jésus lui-même a bénéficié du bienfait et du réconfort de l'hospitalité. Le Livre des Actes des Apôtres et les Épîtres de saint Paul de leur côté mentionnent avec reconnaissance l'hospitalité accordée aux missionnaires de la Bonne Nouvelle.
Voici que, reçu dans la maison des deux sœurs, Jésus laisse Marthe faire seule le service, et déclare même que Marie, assise à ses pieds pour l'écouter, a choisi la meilleure part, qui ne lui sera jamais enlevée.
<- Le Christ dans la maison de Marthe et Marie - 1570-75 -
Le Tintoret (Venise, 1518-1594) - Alte Pinakothek, Munich.
Cette attitude du Seigneur et ses propos surprennent: ne se montre-t-il pas injuste et même ingrat à l'égard de Marthe qui s'évertue à bien le recevoir?...
Mais ce n'est pas de cela qu'il s'agit; les paroles de Jésus ne doivent pas être prises comme faisant peu de cas du zèle de Marthe.
Il ne s'agit pas davantage - bien que cela ait été souvent dit - d'établir une hiérarchie entre "vie active" et "vie contemplative".
Il s'agit ici d'un enseignement valable pour tous et toujours. L'écoute de la Parole dans la foi a, et doit garder, la priorité absolue. Bien sûr, cela impose des choix, des renoncements. Mais ce n'est pas affaire de répartition de temps, ou de conflit de devoirs. Sans en négliger ni en mépriser aucun, il est absolument nécessaire de s'asseoir régulièrement aux pieds du Seigneur, dans l'attitude du disciple attentif à sa Parole - qu'il faut ensuite mettre en pratique au milieu des multiples occupations de la vie et du service des autres.
Rien, pas même les souffrances ou l'inaction - imposée par une incarcération comme celles qu'a connues saint Paul - la maladie ou les infirmités ne doit détourner de cet accueil primordial du Seigneur, toujours premier servi!
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Dix-septième dimanche
Jésus, rapporte saint Luc avec une insistance particulière, passait des nuits entières à prier dans la solitude. Quel était le contenu et la forme de ce longs entretiens avec Dieu? Les disciples ont dû souvent se poser la question.
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1er août 2010
Dix-huitième dimanche
La longue "montée de Jésus à Jérusalem" se présente, dans l'évangile selon saint Luc comme une sorte d'itinéraire catéchétique. Il serait certes vain d'essayer de répartir cet "exposé suivi" des enseignements du Seigneur en sections rigoureusement découpées, consacrées à des sujets bien déterminés; mais ils ne se suivent pourtant pas sans ordre. La rédaction se développe selon une logique interne très subtile qui correspond à l'intention pédagogique de l'évangéliste. C'est ainsi que les quatre étapes parcourues ce dimanche et les dimanches suivants pourraient s'intituler: "En toutes choses, considérer la fin", ce dernier mot désignant ici le terme de la vie terrestre.
Lorsque l'heure est venue, que reste-t-il de ce qui a demandé tant de peine, de fatigue?
Dans l'au-delà vers lequel nous allons inexorablement, tous, nous n'emporterons rien des richesses, des biens péniblement amassés.
Alors faut-il dire pour autant: "Tout est du vent. La vie ne vaut pas d'être vécue"?
Les réalités d'ici-bas n'ont pas de consistance en elles-mêmes, mais seulement en raison de leur poids d'éternité. Alors les réflexions apparemment désabusées de l'Ecclésiaste s'avèrent paroles de sagesse.
Cependant Jésus fait écho de manière plus concrète et plus positive à cette manière de voir. Sollicité d'arbitrer une querelle d'héritage, il dit à la foule qui l'entoure: "Gardez-vous de toute âpreté au gain, car la vie d'un homme, fût-il dans l'abondance, ne dépend pas ses richesses". Pour illustrer ce propos, il prend l'exemple d'un riche exploitant agricole qui n'a d'autre préoccupation que de stocker ses abondantes récoltes. "Il est fou! Il mourra avant d'avoir eu le temps de jouir de ses richesses, et sans savoir qui en bénéficiera après lui".
Mais Jésus n'en reste pas là. Ce qui compte, ajoute-t-il, c'est de se faire "riche pour Dieu", sans préciser comment. L'évangéliste ne laisse pourtant aucun doute à ce sujet, et donne dans les Actes des Apôtres des exemples de bonne manière de faire. On devient riche "pour Dieu" dans la mesure où on ne garde pas jalousement pour soi les richesses acquises. Leur meilleur usage consiste à s'en défaire pour les distribuer aux pauvres. Et cela s'entend de tous les biens, pas seulement des possessions matérielles. "Tendez vers les réalités d'en haut, et non pas vers celles de la terre!" dit saint Paul...
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8 août 2010
Dix-neuvième dimanche
Première Lecture - Sg 18,6-9
Psaume - Ps 33/32,1;12;18-20;22
Deuxième Lecture - Hé 11,1-2;8-19
Evangile - Lc 12,32-48
L’Exode, première grande étape de la marche des
croyants vers la libération définitive, est la promesse et le gage de la
victoire du bien sur le mal, du salut des justes de tous les temps unis dans la
même espérance. Par la célébration annuelle de la Pâque, toutes les générations
participent à cet événement et en accueillent les fruits. La célébration
sacramentelle de ce haut fait de Dieu donne d’entrer dans la dynamique du plan
divin, qui se déploie au long des siècles. Nous pouvons donc dire en toute
vérité, transportés de joie et dans l’action de grâce :
« Aujourd'hui, c’est la Pâque du Seigneur ! Il nous appelle à partager
sa gloire, et réalise les promesses auxquelles les Pères ont cru avant
nous ».
En effet, « la foi est le moyen de posséder
déjà ce qu’on espère et de connaître des réalités qu’on ne voit pas », ce
qui revient à dire deux fois la même chose – car, dans le langage biblique,
« connaissance » signifie « union intime »,
« communion profonde ». La lumière de la foi fait entrevoir – dans
les réalités d’hier dont on fait mémoire et dans celles d’aujourd'hui – les
prémices de ce qui apparaîtra demain en plein jour. Voilà pourquoi le fait de
n’être qu’un « petit troupeau » à miser sur l’invisible ne doit pas
décourager.
Quiconque entreprend une grande randonnée ne
s’encombre pas de bagages inutiles. Lorsqu’il s’agit de la marche vers le
Royaume, il faut se défaire des possessions terrestres pour disposer, à
l’arrivée, d’un « trésor inépuisable » que personne ne peut
ravir : l’or, inoxydable, de la charité.
Nul ne connaît à l’avance la durée de cet exode, ni
le moment de la venue du Fils de l’homme. Loin de faire perdre patience, cette
incertitude doit stimuler le zèle à s’acquitter fidèlement des tâches fixées
par le Seigneur lors de son départ. Les « intendants » préposés à la
tête de la communauté des pèlerins ont une responsabilité particulière au
service de ceux qu’ils ont mission de conduire et de stimuler de leur exemple.
Mais chacun – quelle que soit sa place dans la « caravane » – aura à
répondre de l’usage fait des dons reçus.
Et au terme du voyage,
le Maître fera asseoir à la table de ses noces ceux qui auront bien travaillé,
et il servira lui-même ses convives. N’est-ce pas ce qui se passe déjà lors du
repas eucharistique ?
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