Premier Testament
תורה- Torah - Pentateuque
בראשית Bereshit (Au commencement) - Genèse (Gn)
שמות Shemot (Les Noms) - Exode (Ex)
ויקרא Vayyiqra (Il appelle) - Lévitique (Lv)
במדבר Bemidbar (Dans le désert) - Nombres (Nb)
דברים Devarim (Les paroles) - Deutéronome (Dt)
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בראשית - Bereshit (Au commencement) -
Genèse (Gn)
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"γένεσις - Génésis - naissance" (nom dont notre mot "Genèse" est la transcription), titrait la traduction grecque des Septante. "בראשׁית - BeRéshit - en un commencement", dit
l’hébreu, suivant en cela le premier mot du texte. André Chouraqui traduit "Entête". Et, de fait, ce livre ne cesse pas d’être l’Entête du Pentateuque et de
la Bible tout entière. Non seulement il rapporte la genèse du monde,
mais il donne aussi la clé du Livre. Ce volume, qui commence par
décrire les origines de l’univers et de l’humanité, est l’irréfutable
témoin d’une des plus profondes expériences, à jamais actuelle, de
l’esprit en quête de ses racines et de ses finalités.
L’œuvre est composée comme une symphonie.
L’auteur débute par le
thème le plus général qui se puisse concevoir: la création de
l’univers.
De là il passe à celle de l’humanité, au récit de sa chute
que suit le premier assassinat, le meurtre d’Abel par son frère
Caïn.
Puis vient le déluge, après lequel l’humanité prend un
nouveau départ.
Abraham, descendant de Noé, est un
nouvel adâm-Adam autour de qui s’articule l’histoire d’un peuple. Ainsi la
symphonie traite-t-elle de thèmes de plus en plus restreints. Le récit
continue en maniant les genres avec maîtrise: les dialogues de YHWH-Adonaï et d’Abraham, le pacte et la promesse, la rencontre de Melchisédech à Salem (Jérusalem), l’épisode savoureux de
l’annonciation d’Isaac, le bannissement d’Ismaël,
et enfin l’un des sommets de la littérature biblique: le récit du
sacrifice offert par Abraham (ch. 22).
Les histoires de Jacob et de Joseph terminent allègrement le livre sur le thème de la réconciliation et du salut
d’Israël et des nations, la promesse faite aux Hébreux du don de leur
pays étant confirmée.
La guerre des rois, rapportée au ch. 14, est un texte très ancien,
que certains supposent avoir été écrit en akkadien ou en cananéen, puis
traduit en hébreu, et dont plusieurs protagonistes sont difficiles à
identifier.
La tradition judéo-chrétienne attribuait la paternité de ce volume,
comme celle d’ailleurs de tout le Pentateuque (la Tora'), à Moïse.
Cependant, dès le IIème siècle de notre ère, des voix s’élèvent qui
mettent en cause cette attribution.
Au XIIème siècle, Abrahâm ibn ‘Ezra-Abraham, fils d'Esdras (Espagne) fait remarquer que plusieurs passages du Pentateuque,
notamment le verset 9 du chapitre 31 du Deutéronome, ne pouvaient se
concilier avec la thèse traditionnelle.
Il fallut cependant attendre
les premiers essais de la critique biblique,au XVIIème siècle, pour voir
le problème sérieusement soulevé.
C’est alors que Baruch Spinoza et Richard Simon ouvrent la voie à un
courant de pensée qui aboutira à la théorie documentaire, adoptée
aujourd’hui par la quasi-unanimité des exégètes: le Pentateuque n’est
pas l’œuvre d’un seul homme, Moïse; c’est une collection d’écrits
rédigés, au cours des siècles, par de nombreux écrivains. Les exégètes
fondent leurs conclusions sur des anachronismes, sur l’alternance dans
le texte de noms différents pour désigner Dieu, sur la diversité du
vocabulaire, du style, et même de l’inspiration. Auprès d’un premier
document dit yahwiste (J), il existerait une source élohiste (E), un
document sacerdotal (P), et enfin une tradition deutéronomiste (D),
tout entière contenue dans le dernier livre du Pentateuque (voir cette page).
Si le morcellement de l’ouvrage semble indéniable quant à son
origine, le texte, cependant, résiste à ce traitement de la critique.
Il garde une incontestable unité et ne cesse de s’imposer à nous, tant
par son contenu que par son style et sa composition.
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• Gn 2,18-24
C'est une monde masculin et féminin, pas seulement masculin, que Dieu a créé.
L'homme
et la femme sont des partenaires appelés à dialoguer sur un pied
d'égalité. Briser cette unité, attenter à cette complémentarité, rompre
cet équilibre dynamique et fécond, introduirait dans l'œuvre de Dieu
un grave désordre.
Cet
enseignement, fruit de la longue méditation des sages, est transmise
sous la forme d'un récit populaire, compréhensible par tous.
L'homme et la femme se détachent de leurs parents pour s'attacher l'un à l'autre,
parce que, répond l'un des auteurs de la Genèse, Dieu les a voulus
partenaires égaux et complémentaires, destinés à ne "faire plus qu'un".
Cette page du premier de livres du Pentateuque, de la תורה-Tora', a été rédigée après l'époque des Patriarches qui a connu la pratique courante de la polygamie.
Il y eut aussi un temps où la répudiation de la femme par son mari était admise et réglementée.
Il n'en est donc que plus remarquable de voir l'origine de l'humanité évoquée dans le cadre d'un couple monogame.
Notes:
- Verset 18:
"עזר - aide": dans le Premier Testament, ce mot est souvent utilisé pour exprimer l'aide que Dieu apporte à son peuple.
"בד - seul" / " נגד vis-à-vis":
dès l'origine, l'être humain est un "être-avec", dont l'épanouissement
ne se réalise que dans la relation à l'autre.
- Versets 19 et 20:
"קרא -
appeler": ce verbe rythme tout le "premier récit de la Création" (voir
en cliquant ici), où il est employé cinq fois (pour le jour et la nuit,
le ciel, la terre et la mer) en Gn 1,5-10; le geste créateur donne
certes naissance, mais le nom assigne une fonction et établit chaque
créature à sa juste place; celui qui nomme devient souverain sur celui
qui est nommé. Dieu permet à l'homme de nommer les animaux, il lui
confie donc un pouvoir sur la nature. - Verset 21:
1."צלעת - côte, côté": L'auteur joue sur le double sens du mot. M. Henry en tire l'exégèse suivante: Dieu
n'a pas fait la femme à partir "de la tête de l'homme, pour qu'elle
domine sur lui; ni de ses pieds, pour qu'il la piétine; mais de son
côté, pour qu'elle soit son égale, sous son bras pour qu'il la
chérisse". 2. Traduction liturgique très inexacte: en fait, les textes disent:
ויקח אחת מצלעתיו ויסגר בשר
LXX: ελαβεν μιαν των πλευρων αυτου και ανεπληρωσεν σαρκα αντ' αυτης
Vulgate: tulit unam de costis eius et replevit carnem pro ea
"[Dieu] prit un de ses côtés/une de ses côtes, et referma la chair à la place".
Illustration: Eve tirée du côté d'Adam - Détail de La création du Monde (Bible de Souvigny - fin du XIIème siècle - Bibliothèque municipale de Moulins)
- Verset 23:
En hébreu, le terme désignant la femme, אשה isha, dérive du terme désignant l'humain, איש ish- comme la femme dérive de l'homme.
- Verset 23:
"בשר אחד"
littéralement "une seule chair". L'expression ne désigne pas seulement
l'acte conjugal, mais elle signifie aussi la formation d'une nouvelle
cellule de la communauté humaine - d'où la nécessité de quitter son
père et sa mère.
Ce verset est cité dans le Nouveau Testament en Mt 19,5; Mc 10,7-8 ; 1Co 6,16; Ep 5,31.
Commentaire:
Ce récit de la création de l'homme et de la femme veut répondre aux questions : Qu’est-ce que l’homme ? Pourquoi est-il homme et femme ?
Pourquoi la sexualité, l’amour, le mariage ? La Bible ne répond pas
avec un traité philosophique, mais avec un récit concret où la
profondeur le dispute à la saveur.
Au commencement le Seigneur dit : "Il n’est pas bon que l’homme soit
seul". Effectivement, le mâle est ordonné à l’autre, il a besoin de
partenaire.
Alors Dieu fit défiler devant l’homme des aides possibles,
bêtes des champs et oiseaux du ciel. Mais l’homme n’y trouva aucune
aide qui lui corresponde. L’animal ne peut être le vrai partenaire de
l’homme, puisque celui-ci le domine en donnant à chacun des animaux un
nom. Dans l’antiquité, donner un nom, c’était plus que coller une
étiquette, c’était percer l’identité du nommé et, de la sorte, avoir
prise sur lui. Indirectement, le récit insinue que la femme n’est pas
une bête - chose pas tellement évidente à l’époque, ni même aujourd’hui
où la femme est souvent ravalée à ce niveau.
Vient alors le récit qui choque parfois les femmes et qui, pourtant, les
valorise : Dieu fit tomber sur l’homme un mystérieux sommeil, il prit
de la chair de son côté (ou une côte) et en forma la femme.
L’homme, dans un cri de bonheur, dit : "Cette fois-ci j’ai ce qui me
manquait! Voilà qui me correspond parfaitement, qui est de ma nature,
égal à moi : os de mes os et chair de ma chair".
Quant au sommeil de l’homme, il indique
l’impuissance de celui-ci à se donner lui-même un complément : la femme
lui est donnée comme une grâce, un don. La LXX rend "ויישן il l'endormit" par "υπνωσεν", d'où viendront tous nos mots construits sur la racine "hypno-" !
"On l’appellera femme". En hébreu, un beau jeu de mots : homme = איש ish; femme = אשה isha, pour indiquer leur identité et leur complémentarité. Cette
correspondance est si forte, l’un a tant besoin de l’autre qu’ils
quittent ce qu’ils ont de plus cher, père et mère, pour ne plus faire
qu’un.
C’est presque trop beau - en regard de la réalité. Et pourtant cela
devrait être ainsi, selon le plan de Dieu!
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• Gn 11,1-9
Le récit de Babel * conclut – dans le même genre littéraire imagé – la
réflexion sur les origines de l’humanité, sur le péché et sur ses conséquences. Les hommes ne peuvent construire leur unité en-dehors de leur Créateur.
C’est Dieu qui les rassemblera tous, sans distinction de langues, races,
cultures – non dans une construction humaine, mais par son Esprit qui fera leur
unité dans la diversité.
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* Sur Babel= בבל , hébreu (de l’akkadien : Bab-Ilu = « porte du dieu »)
pour Babylone (du grec βαβυλων) ; ville,
pays et peuple de Basse-Mésopotamie (sud de l’Iraq actuel). Voir aussi cette page. Aux débuts de l’Histoire,
Babel est la grande ville qui veut détrôner Dieu.
Le premier texte biblique qui
la mentionne est Gn 10,10 ; c’est l’une des capitales de l’empire
du héros mésopotamien Nemrod. Ici, en Gn 11,2-9, il est fait allusion à
ses fameuses ziggourats (temples-tours à étages) – surtout à celle du grand temple
de la ville.
Illustration:
<- La ziggourat d'Our (Mésopotamie méridionale); on pense que la grande ziggourat de Babylone a servi de modèle pour sa construction.
Seuls ont été reconstitués le premier escalier latéral (une centaine de marches) et la première plate-forme. De là partaient autrefois deux escaliers latéraux, à gauche et à droite, et plus haut se trouvaient deux autres étages avec plate-forme.
Les briques (rouge terrecuite, vertes, grise) ont été cimentées avec de l'asphalte; certaines datent de l'édifice originel, et l'on peut y voir des inscriptions portant les noms d'our-Naoum, et du roi Nabonide qui reconstruisit la ziggourat.
Le texte hébreu rattache artificiellement son nom au verbe בלל, « brouiller »,
« confondre » - la confusion des langues étant regardée comme le châtiment
de l’idolâtrie et de la prétention des hommes à assurer l’unité de l’humanité
par un impérialisme politico-religieux dont Babylone aurait servi d’exemple :
- Gn 11,9 :
על־כן קרא שמה בבל כי־שם בלל יהוה שפת
כל־הארץ ומשם הפיצם יהוה על־פני כל־הארץ׃
Littéralement : על־כן – c’est pourquoi ; קרא – on appela ;
שמה – son nom ; בבל – Babel – כי – parce que ; שם – là ;
בלל – brouilla ; יהוה – l’Eternel ; שפת – la lèvre de ; כל – toute ;
הארץ – la terre.
« C'est pourquoi son nom fut appelé Babel (confusion); car l'Éternel y
confondit le langage de toute la terre, et de là l'Éternel les dispersa sur
toute la face de la terre. »
Remarque – LXX traduit le début de ce verset : δια τουτο εκληθη το
ονομα αυτης συγχυσις – Littéralement : δια – à cause de ; τουτο –
cela ; εκληθη – fut appelé ; το ονομα – le nom ; αυτης – de celle-ci ;
συγχυσις – "confusion" – sans mentionner de nom propre géographique, Babel ou Babylone ;
les juifs de langue grecque, plus portés sur l’abstraction, ne font plus mention
de la ville sacrilège des hébraïsants, mais restent dans la légende plus que dans le
mythe biblique (mythe = légende rattachée à un/des élément(s) concrets(s) qu’elle veut
expliquer) ; d’autre part, même si les rabbins auteurs de la traduction
connaissaient la fausse étymologie du nom hébraïque de la ville, ils ne s’en « encombrent »
pas, puisque la grande majorité de leurs lecteurs ne la comprendrait plus.
- Is 13,19 :
והיתה בבל צבי ממלכות תפארת גאון כשדים
כמהפכת אלהים את־סדם ואת־עמרה׃
Littéralement : והיתה – et sera ; בבל – Babylone ; צבי – l’ornement
de ; ממלכות – les royaumes ; תפארת – la beauté de ; גאון – l’orgueil
de ; כשדים – les Chaldéens ; כמהפכת – comme le renversement par ;
אלהים – Dieu ; את־סדם – de Sodome ; ואת־עמרה – et Gomorrhe.
« Et Babylone, l'ornement des
empires, la parure et l'orgueil des Chaldéens, sera comme Sodome et Gomorrhe,
que Dieu détruisit. »
Remarque – Ici, et dans les passages suivants, LXX traduit bien בבל par βαβυλων,
puisqu’il s’agit de prophéties concernant la ville et la civilisation babyloniennes, persécutrices du peuple juif - et non plus d'un mythe.
- Is 14,4 :
ונשאת המשל הזה על־מלך בבל ואמרת איך שבת
נגש שבתה מדהבה׃
Littéralement : ונשאת –
et tu élèveras ; המשל – la fable ; הזה – celle-ci ;
על – contre ; מלך – le roi de ; בבל – Babylone ; ואמרת – et tu
diras : איך – comment ?; שבת – a cessé ; נגש – un qui opprime ;
שבתה – a cessé ; מדהבה – la tyrannie.
« Tu commenceras ce chant sur le
roi de Babylone, et tu diras: Comment a fini le tyran, comment a fini
l'oppression? »
- Jr 51,41 :
איך נלכדה ששך ותתפש תהלת כל־הארץ איך
היתה לשמה בבל בגוים׃
Littéralement : איך – comment ? ; נלכדה – est investie ;
ששך – Shéshak ; ותתפש – et a été occupée ; תהלת – la célébrité de ;
כל – toute ; הארץ – la terre ; איך – comment ?; היתה – est devenue ;
לשמה – une désolation ; בבל – Babylone ; בגוים – parmi les nations. « Comment Shéshac a-t-elle été prise? Comment a-t-elle été saisie,
celle que louait toute la terre? Comment Babylone est-elle réduite en
désolation parmi les peuples? »
Remarque – « La vierge, fille de Babel », « la fille des
Chaldéens », « le superbe joyau des chaldéens », « Shéshak »
sont les noms donnés à Babylone par les prophètes lorsqu’ils annoncent sa
chute, comme punition de Dieu vengeant son peuple opprimé.
- Jr 51,53 :
כי־תעלה בבל השמים וכי תבצר מרום עזה
מאתי יבאו שדדים לה נאם־יהוה׃
Littéralement : כי – quand ; תעלה – monterait ; בבל –
Babylone ; השמים – aux cieux ; וכי – et quand ; תבצר – elle rendrait
inaccessible ; מרום – l’élévation de ; עזה – sa force ; מאתי –
de ma part ; יבאו – viendraient ; שדדים – des dévastateurs ; לה –
contre elle ; נאם – déclaration de ; יהוה – l’Eternel.
« Quand Babylone s'élèverait
jusqu'aux cieux, et quand elle rendrait inaccessible sa forteresse, les
dévastateurs y entreront de par moi, dit l'Éternel. »
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• Gn 14,18-20.
Un mystérieux "prêtre du Très-haut" bénit Abraham, "le père des croyants" qui lui offre la dîme de son butin.
Sur ce texte:
• Sur 14,1-24:
Abram,
le nomade sans propriété foncière, est vainqueur de quatre rois: c'est
une préfiguration de l'accomplissement de la promesse concernant le
pays de Canaan. Melkisédek, personnage mystérieux et prêtre d'אל עליון - El le Très Haut, discerne la raison de cette victoire: c'est le Très Haut qui l'a rendu vainqueur de ses ennemis. En son nom, il bénit Abram.
Traduction et notes:
Verset 18.
ומלכי־צדק מלך שׁלם הוציא לחם ויין והוא כהן לאל עליון׃
Melkisédek, roi de Salem, fit apporter du pain et du vin: il était prêtre du Dieu Très Haut.
• מלכי־צדק - Melkisédek: Le nom de ce personnage n'est mentionné qu'une autre fois dans le PT (Ps 110,4); il jouera un rôle important en Hé7,1-10. Son nom מלכּי־צדקmalkîy-tsedeq signifie "mon roi est justice" (voir page sur la צדקה tsedâqâh). Il est la première personne dans la Bible à être qualifié de "כּהן kôhên", "prêtre" - et la seule en-dehors de la famille d'Aaron, et la seule aussi à avoir uni l'office royal et le sacerdoce.
Dans l'antiquité, les fonctions royales et sacerdotales étaient souvent remplies par la même personne, mais pas en Israël.
Le
don du pain et du vin à Abram constitue-t-il un geste d'amitié (le pain
et le vin étant la nourriture et la boisson ordinaires - voir Jg 19,19)? ou un geste sacerdotal (comme la bénédiction de la dîme)?
• שׁלם - Salem: Désigne Jérusalem (voir Ps 76,3); mot apparenté à שׁלםshâlôm, la paix.
• אל עליון - Dieu Très Haut: אל עליון - 'êl ‛elyôn - El le Très Haut désignait fréquemment la divinité cananéenne considérée comme au-dessus des autres dieux (voir à cette page). Abram l'a identifié à YHWH-l'Éternel (v.22), désignant par là-même Melkisédek comme un adorateur du seul vrai Dieu.
<-Le sacrifice de Melkisédek - 1740-1742 - Jean-Baptiste Tiepolo - Eglise de Verolanuova.
Le roi-prêtre de Salem apporte du pain (qu'il a entre ses mains)
et du vin (posé sur la table-autel) à Abram qui porte encore son armure
au soir de la "Bataille des Rois", et le bénit. A gauche, la population
civile (femmes, enfants et vieillards compris), à droite, les soldats;
derrière l'autel, une procession triomphale s'approche.
Les costumes sont "à l'antique" selon l'idée qu'on s'en faisait au XVIIIème siècle.
Au ciel, des anges et angelots regardent la scène; un ange agite un encensoir.
Verset 19.
ויברכהו ויאמר ברוך אברם לאל עליון קנה שׁמים וארץ׃
Il bénit Abram, et dit: Béni soit Abram par le Dieu Très Haut, maître du ciel et de la terre!
Verset 20.
וברוך אל עליון אשׁר־מגן צריך בידך ויתן־לו מעשׂר מכל׃
Béni soit le Dieu Très Haut, qui a livré tes ennemis entre tes mains! Et Abram lui donna la dîme de tout.
• מעשׂר - la dîme: Le dixième (du latin decim-
même famille que "décimal(e)"). En lui remettant le dixième du butin
remporté sur l'ennemi, Abram reconnaît que Melkisédek sert le même Dieu
que lui. Voir Ps 110,4 et note ci-dessous; Hé 7,11sqq. De même, au v.22, Abram en jurant "à main levée" fait un geste de serment solennel (voir Dn 12,7) et reconnaît ainsi dans le "אל עליון" de Melkisédek le Dieu créateur que lui-même révère.
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• Gn 15,5-12;17-18.
Abraham
est la figure emblématique des croyants de tous les âges du monde. Il a
tout quitté parce que Dieu le lui demandait. Maintenant, le Seigneur
lui promet une descendance innombrable et la possession du pays: "Je
m'y engage".
Remarques et traduction:
• Sur Gn 15,1-21:
Ce chapitre, particulièrement dense, marque un tournant: alors que les chapitres 12-14
traitaient surtout du Pays promis, à partir du chapitre 15 le thème de
la postérité d'Abram devient le thème majeur (même si celui du pays
n'est pas absent). A la plainte du patriarche ("Je n'ai pas d'enfant" -
15,2a;3a) et à ses projets tout humains (son serviteur Éliézer
de Damas - peut-être le "serviteur plus ancien qui tous ses biens" dont
il sera question en Gn 24,2 - sera son héritier - 15,2b;3b), YHWH répond par la promesse d'une authentique (15,4b) et nombreuse descendance (15,5), et scelle cette promesse par une alliance (15,9-10;17-18).
Dieu révèle à Abram que c'est à cette descendance que sera donné -
certes dans un lointain avenir - le Pays promis (15,16;18-20). Et Abram croit (15,6).
Il croit en cette promesse, accorde sa confiance à Celui qui s'est
engagé à son égard. En raison de sa foi, "Abram eut confiance en YHWH, qui le lui imputa à justice".
Cette affirmation, particulièrement importante dans le Premier
Testament, énonce la pleine approbation divine à l'égard de cet homme,
non pas irréprochable au plan moral, mais qui a su adopter la juste
attitude face à la révélation divine. • Même
si la traduction liturgique lui donne déjà le nom d' "Abraham" ("Père
d'une multitude"), Abram ("Père éminent") ne recevra de Dieu ce nom
qu'en Gn 17,5.
• Le
texte liturgique omet les vv.13-16, dans lesquels Dieu annonce les
conditions dans lesquelles son alliance avec Abram sera réalisée; mais - comme on ne dit donc pas que Dieu plonge Abram "dans un sommeil mystérieux" pour s'adresser à lui en songe - on ne comprend pas pourquoi ce sommeil, ni pourquoi la "sombre et profonde frayeur"...
En
outre, la traduction de cette dernière locution ne correspond pas au
texte hébreu (verset 12)... qui parle de "l'horreur d'une grande
obscurité"!
Verset 5.
ויוצא אתו החוצה ויאמר הבט־נא השׁמימה וספר הכוכבים אם־תוכל לספר אתם ויאמר לו כה יהיה זרעך׃
Et
après l'avoir conduit dehors, il dit: Regarde vers le ciel, et compte
les étoiles, si tu peux les compter. Et il lui dit: Telle sera ta
postérité.
• כה יהיה זרעך - Telle sera ta postérité: Voir Gn 22,17.
Dans le ciel d'Orient, on peut voir à l'œil nu un peu plus de 8000
étoiles. Le Livre de l'Exode souligne l'accomplissement de cette
promesse en Égypte (voir Ex 1; voir aussi Dt 1,10).
Verset 6.
והאמן ביהוה ויחשׁבה לו צדקה׃
Abram eut confiance en YHWH-Adonaï, qui le lui imputa à justice.
• ויחשׁבה לו צדקה - et il le lui imputa à justice: Voir pratiquement la même locution (ותחשׁב לו לצדקה - Cela lui fut imputé à justice) en Ps 106,31.
La formule signifie que la foi en la promesse divine était tout ce que
YHWH attendait d'Abram pour réaliser cette promesse. Abram a pleinement
satisfait par là aux exigences de Dieu, d'où le fait qu'il soit
considéré comme le "père de tous les croyants" (voir Rm 4,11). Paul, en
bon connaisseur de la TaNaKh (voir à cette page),
accordera une grande importance à ce texte; il y fera appel pour
démontrer que l'homme est justifié non par l'obéissance à la Loi mais
par la foi (Rm 4; Ga 3,6; voir aussi Jc 2,23).
Verset 7.
ויאמר אליו אני יהוה אשׁר הוצאתיך מאור כשׂדים לתת לך את־הארץ הזאת לרשׁתה׃
YHWH-Adonaï lui dit encore: Je suis YHWH-Adonaï, qui t'ai fait sortir d'Ur en Chaldée, pour te donner en possession ce pays.
Verset 8.
ויאמר אדני יהוה במה אדע כי אירשׁנה׃
Abram répondit: Seigneur YHWH-Adonaï, à quoi connaîtrai-je que je le posséderai?
Verset 9.
ויאמר אליו קחה לי עגלה משׁלשׁת ועז משׁלשׁת ואיל משׁלשׁ ותר וגוזל׃
Et [YHWH-Adonaï]
lui dit: Prends une génisse de trois ans, une chèvre de trois ans, un
bélier de trois ans, une tourterelle et une jeune colombe.
• משׁלשׁת - de trois ans: Condition requise pour la plupart des animaux de sacrifice.
Verset 10.
ויקח־לו את־כל־אלה ויבתר אתם בתוך ויתן אישׁ־בתרו לקראת רעהו ואת־הצפר לא בתר׃
Abram
prit tous ces animaux, les coupa par le milieu, et mit chaque morceau
l'un vis-à-vis de l'autre; mais il ne partagea point les oiseaux.
• ויבתר אתם בתוך ויתן אישׁ־בתרו לקראת רעהו - les coupa pour lui par le milieu, et mit chaque morceau l'un vis-à-vis de l'autre:
Dans le Proche-Orient ancien, une alliance était souvent scellée par un
sacrifice dans lequel les victimes étaient coupées en deux moitiés; les
contractants passaient entre elles, en appelant les divinités à leur
faire subir le même sort que celui de ces animaux s'ils rompaient leurs
engagements (comp. Jr 34,18).
Verset 11.
וירד העיט על־הפגרים וישׁב אתם אברם׃
Les oiseaux de proie s'abattirent sur les cadavres; et Abram les chassa.
Verset 12.
ויהי השׁמשׁ לבוא ותרדמה נפלה על־אברם והנה אימה חשׁכה גדלה נפלת עליו׃
Au coucher du soleil, un profond sommeil tomba sur Abram; et voici, la frayeur causée par une grande obscurité vint l'assaillir.
•אימה חשׁכה גדלה - l'horreur causée par une grande obscurité: Comme on l'a vu dans l'introduction, la traduction liturgique commet une erreur grammaticale:
- les mots אימה 'êymâh (littéralement: "une idole horrible, effrayante", d'où le sens principal dans la Bible: "la frayeur", "l'horreur") et חשׁכה khăshêkâh (sens propre: "l'obscurité", sens figuré: "la misère") sont comme on le voit des substantifs;
- seul le mot גּדל gâdôl , "grand", est un adjectif - accordé au féminin singulier, donc avec le nom féminin qui en est le plus proche: חשׁכה - lequel est lui-même complément de détermination du nom qui le précède: אימה. Donc on ne peut traduire littéralement que par "l'horreur d'une grande obscurité".
La
frayeur d'Abram est causée par l'étrangeté de son sommeil, par
l'obscurité (alors que le soleil est en train de se coucher, il ne fait
donc pas encore nuit noire), et peut-être aussi par le pressentiment
que Dieu va à nouveau lui parler (puisqu'il l'a déjà fait "dans une
vision"; mais, alors, YHWH avait pris soin de rassurer préalablement
Abram: "Abram, ne crains point; je suis ton bouclier, et ta récompense
sera très grande" - 15,1).
Traduction des vv.13-16:
13: Et YHWH-Adonaï dit à Abram:
"Sache
que tes descendants seront étrangers dans un pays qui ne sera point à
eux; ils y seront asservis, et on les opprimera pendant quatre cents
ans.
14: Mais je jugerai la nation à laquelle ils seront asservis, et ils sortiront ensuite avec de grandes richesses.
15: Toi, tu iras en paix vers tes pères, tu seras enterré après une heureuse vieillesse.
16: A la quatrième génération, ils reviendront ici; car l'iniquité des Amoréens n'est pas encore à son comble".
Quelques remarques sur les vv.13-16:
• étrangers dans un pays qui ne sera point à eux; ils y seront asservis, et on les opprimera: Annonce de la captivité en Égypte.
• quatre cents ans: Ex 12,40 indique 430 ans, ce qui suggère l'emploi de chiffres arrondis.
• une heureuse vieillesse: L'accomplissement de cette promesse est signalée en Gn 25,8.
• A la quatrième génération: Pour concilier cette affirmation avec la durée de 400 ans, on a avancé cette explication: "une génération" est l'âge d'un homme à la naissance de son premier fils; or Isaac (le premier fils d'Abraham avec sa femme, Saraï-Sarah) est né à la suite de l'épisode de Mambré (Gn 18,1-17 - voir l'étude d'icônes typologiques de cet épisode à cette page); Abraham avait 99 ans lors de sa circoncision, qui précéda cet épisode (17,24), et il en avait 100 lors de la naissance d'Isaac (21,5). Il y a alors concordance entre "quatre générations" et "400 ans". • Amoréens:
(ou Amorites) Population cananéenne habitant la terre promise, avant
l'arrivée d'Israël - tantôt mentionnés avec d'autres peuples
(ci-dessous, v. 21; ou Ex 3,17, par ex.) à côté des Cananéens,
tantôt semblant désigner l'ensemble des anciens occupant du pays, et
être une sorte de synonyme de "Cananéens" (Dt 1,7;44).
• l'iniquité des Amoréens n'est pas encore à son comble:
Le don effectif du pays de Canaan à Israël - et donc la dépossession
qu'elle entraînera pour les Cananéens - n'aura lieu qu'à ce moment-là,
représentant alors un jugement divin.
De
nombreux documents écrits (en particulier des lettres d'El-Amarna) ont
mis en évidence un certain nombre de traits de la religion cananéenne
qui faisaient que la Bible interdisait tout contact avec les cananéens:
vénération des dieux de la mythologie épique cananéenne, mais également
de dieux propres aux différentes cités, syncrétisme religieux,
prostitution sacrée des deux sexes, et même sacrifices d'enfants,
divination, etc. (comp. Dt 18,9-12).
Verset 17.
ויהי השׁמשׁ באה ועלטה היה והנה תנור עשׁן ולפיד אשׁ אשׁר עבר בין הגזרים האלה׃
Quand
le soleil fut couché, il y eut une obscurité profonde; et voici, ce fut
une fournaise fumante, et un flambeau en feu passa entre les animaux
partagés.
•תנור עשׁן ולפיד אשׁ - une fournaise fumante, et un flambeau en feu: Le feu signale la présence de YHWH (voir par ex. Ex 3,2; 14,24; 19,18; 1R 18,38)
Ainsi, en passant entre les animaux partagés, Dieu s'engage à respecter son alliance, à accomplir la promesse faite à Abram.
Versets 18-21.
ביום ההוא כרת יהוה את־אברם ברית לאמר לזרעך נתתי את־הארץ הזאת מנהר מצרים עד־הנהר הגדל נהר־פרת׃
En
ce jour-là, l'Éternel fit alliance avec Abram, et dit: Je donne ce pays
à ta postérité, depuis le fleuve d'Égypte jusqu'au grand fleuve, au
fleuve d'Euphrate,
את־הקיני ואת־הקנזי ואת הקדמני׃
le pays des Qéniens, des Qeniziens, des Qadmoniens,
ואת־החתי ואת־הפרזי ואת־הרפאים׃
des Héthiens, des Phéréziens, des Rephaïm,
ואת־האמרי ואת־הכנעני ואת־הגרגשׁי ואת־היבוסי׃
des Amoréens, des Cananéens, des Guirgasiens et des Jébusiens.
•ברית- alliance: Sur ce terme, voir cette page. YHWH conclut une alliance avec Abram (voir chap.17), tout comme il l'avait fait avec Noé (Gn 9,9). •מנהר מצרים - depuis le fleuve d'Égypte:
Contrairement à ce que pensent certains (qui optent ici pour le Nil),
il s'agit beaucoup plus vraisemblablement du torrent d'Égypte
(aujourd'hui appelé Wadi-el-Arish) qui constitue la frontière sud de la
Palestine.
• Cette
promesse signifie que le royaume d'Israël s'étendra entre l'Égypte et
la Mésopotamie; elle a été réalisée sous le règne de Salomon (1R 5,1; 2Ch 9,26).
___________________________________________________________________________
• Gn 18,1-10a (et trad. 10b-15).
Dans ce récit, il est curieusement question de trois voyageurs, puis d'un seul, comme si Abraham ne voyait alors plus que lui - à partir du moment où il annonce, avec la prochaine maternité de Sara la stérile, la réalisation longtemps attendue de la promesse d'une descendance (Gn 15,1-6; voir plus haut).
Remarques et traduction:
• Sur la Genèse, voir plus haut.
• Sur Gn 18,1-16:
Dans la continuité des chapitres précédents, cette péricope souligne l'engagement de Dieu envers Abraham et Sara: ils auront bientôt - enfin! - un fils.
Au rire d'incrédulité d'Abraham en 17,17 répond celui de Sara: comment deux vieillards pourraient-ils encore donner la vie? Cela est certes impossible à vues humaines et selon les seules ressources naturelles - mais rien n'est impossible à YHWH-l'Éternel, en particulier dans le domaine de la création (voir par ex. Jr 32,17).
• Bien que la lecture liturgique s'arrête en 10a, je ne résiste pas au plaisir de donner la traduction du savoureux passage du "rire de Sara" - plein de verve et d'humanité (vv.10b-15), et celui de l'accomplissement "concret" de la promesse (21,1-3;6-7).
Verset 1.
וירא אליו יהוה באלני ממרא והוא ישׁב פתח־האהל כחם היום׃
YHWH-l'Éternel lui apparut parmi les chênes de Mamré, comme il était assis à l'entrée de sa tente, pendant la chaleur du jour.
• וירא אליו יהוה - YHWH-l'Éternel lui apparut: Les apparitions de YHWH revêtent des formes différentes (voir par ex. 12,7; 18,1sqq; Ex 33,18 - 34,9; 1R 19,9-13; Is 6,1-7). Souvent, comme ici, le mode d'apparition n'est pas précisé. En outre, la suite du récit ne "clarifie" pas les choses (voir v.2 et v.10, ainsi que les illustrations ci-dessous) - ce qui explique que, alors que le thème présente une iconographie très riche, cette dernière est assez variée.
• באלני ממרא - parmi les chênes de Mamré:
- Le français a tendance à utiliser la transcription grecque du nom (LXX: Μαμβρη), alors que les autres langues (en particulier l'anglais) utilisent plus volontiers la transcription directe de l'hébreu (ממרא mamrê').
- Il faut en outre savoir qu'il s'agit d'un nom de personne, et non d'un nom de lieu. Mamré était un Amoréen allié d'Abram (Gn 14,13:
אברם העברי והוא שׁכן באלני ממרא האמרי אחי אשׁכל ואחי ענר והם בעלי ברית־אברם׃ ...
"... Abram, l'Hébreu; celui-ci habitait parmi les chênes de Mamré, l'Amoréen, frère d'Eschcol et frère d'Aner, qui avaient fait alliance avec Abram").
- Ces chênes étaient situés à 3km d'Hébron (l'une des plus anciennes villes du Proche-Orient, elle-même à env. 35km au sud-ouest de Jérusalem), Gn 13,18:
ויאהל אברם ויבא וישׁב באלני ממרא אשׁר בחברון ויבן־שׁם מזבח ליהוה׃
"Abram leva ses tentes, et vint habiter parmi les chênes de Mamré, qui sont près d'Hébron. Et il bâtit là un autel à l'Éternel". Il ne faut pas confondre ce sanctuaire avec celui de Moré (Gn 12,6).
- Le lieu s'appelle aujourd'hui El Khâlil, "l'ami de Dieu", en souvenir d'abraham.
• כחם היום - pendant la chaleur du jour: C'est-à-dire au début de l'après-midi.
Verset 2.
וישׂא עיניו וירא והנה שׁלשׁה אנשׁים נצבים עליו וירא וירץ לקראתם מפתח האהל וישׁתחו ארצה׃
Il leva les yeux, et regarda: et voici, trois hommes étaient debout près de lui. Quand il les vit, il courut au-devant d'eux, depuis l'entrée de sa tente, et se prosterna en terre.
• שׁלשׁה אנשׁים - trois hommes: Littéralement "les trois êtres humains". Abraham voit dans ces voyageurs de simples hommes, et accomplit envers eux ce que les règles de l'hospitalité des nomades (et des orientaux en général, même sédentarisés) lui commandent (vv.2-8).
La suite du récit indique que deux d'entre eux étaient en fait des anges (chap. 19, surtout vv.11;13;21); quant au troisième, le texte suggère que c'était YHWH lui-même (chap. 18,1;13;17;20;26;33, et surtout v.22). Voir aussi Ps 91,12 et note à cette page).
Versets 3-6.
ויאמר אדני אם־נא מצאתי חן בעיניך אל־נא תעבר מעל עבדך׃
Et il dit: Seigneur, si j'ai trouvé grâce à tes yeux, ne passe point, je te prie, loin de ton serviteur.
יקח־נא מעט־מים ורחצו רגליכם והשׁענו תחת העץ׃
Permettez qu'on apporte un peu d'eau, pour vous laver les pieds; et reposez-vous sous cet arbre.
ואקחה פת־לחם וסעדו לבכם אחר תעברו כי־על־כן עברתם על־עבדכם ויאמרו כן תעשׂה כאשׁר דברת׃
J'irai
prendre un morceau de pain, pour fortifier votre coeur; après quoi,
vous continuerez votre route; car c'est pour cela que vous passez près
de votre serviteur. Ils répondirent: Fais comme tu l'as dit.
ימהר אברהם האהלה אל־שׂרה ויאמר מהרי שׁלשׁ סאים קמח סלת לושׁי ועשׂי עגות׃
Abraham
alla promptement dans sa tente vers Sara, et il dit: Vite, trois
mesures de fleur de farine, pétris, et fais des gâteaux.
• שׁלשׁ סאים - trois mesures: Le סאה se'âh est
une mesure de capacité pour les matières sèches; selon les lieux et les
époques, il équivaut à une capacité de 7,5 à 12 litres.
• קמח סלת - fleur de farine: Que l'on considère la quantité ou la qualité (voir
note précédente), on est loin du "morceau de pain" du verset précédent;
voir également la suite des préparatifs dans les vv. suivants!
• עגות - gâteaux:
En fait, du pain "oriental", rond, plat, sans croûte (un peu comme une
galette ou une crêpe - voir le pain libanais ou la pita grecque), cuit
sur un four en terre. Voir cette page.
Versets 7-10.
ואל־הבקר רץ אברהם ויקח בן־בקר רך וטוב ויתן אל־הנער וימהר לעשׂות אתו׃
Et Abraham courut à son troupeau, prit un veau tendre et bon, et le donna à un serviteur, qui se hâta de l'apprêter.
ויקח חמאה וחלב ובן־הבקר אשׁר עשׂה ויתן לפניהם והוא־עמד עליהם תחת העץ ויאכלו׃
Il
prit encore de la crème et du lait, avec le veau qu'on avait apprêté,
et il les mit devant eux. Il se tint lui-même à leurs côtés, sous
l'arbre. Et ils mangèrent.
ויאמרו אליו איה שׂרה אשׁתך ויאמר הנה באהל׃
Alors ils lui dirent: Où est Sara, ta femme? Il répondit: Elle est là, dans la tente.
ויאמר שׁוב אשׁוב אליך כעת חיה והנה־בן לשׂרה אשׁתך ושׂרה שׁמעת פתח האהל והוא אחריו׃
L'un
d'entre eux dit: Je reviendrai vers toi au temps fixé; et voici,
Sara, ta femme, aura un fils. Sara écoutait à l'entrée de la tente, qui
était derrière lui.
•כעת חיה - au temps fixé: Littéralement "selon le temps de la vie", expression diversement interprétée: selon les uns, "au temps du renouveau", i.e. à l'automne ou au printemps (saisons des pluies indispensables à la vie); selon d'autres "lorsque le temps nécessaire à la vie, le temps de la gestation, sera achevé", i.e. dans neuf mois. En revanche, on comprend mal comment la traduction liturgique arrive à "dans un an"...
L'hospitalité
d'Abraham - Gerbrand
van den EECKHOUT (1621-1674, Amsterdam) - 1656 -
L'Ermitage, Saint-Pétersbourg.
Au
plan artistique, on notera que l’artiste a vêtu Abraham « à l’orientale »,
selon son temps, et qu’au lieu de le représenter devant une tente, il le place
devant des constructions « en dur ». Il respecte en revanche la notation du v.4: les personnages sont bien installés sous un chêne.
On remarquera également l’impression
d’opulence que dénotent la richesse des tissus et de la vaisselle, le nombre de
serviteurs (vêtus comme des paysans du XVIIème s.) et des animaux domestiques,
ainsi que le paon au premier plan à gauche.
Au
plan théologique, on notera que van den Eeckhout, s’il a doté d’ailes les
trois visiteurs d’Abraham, il a donné à deux d’entre eux des couleurs (teint, vêtements)
« humaines », tandis que le troisième semble irradier une lumière
blanche, surnaturelle. Il différencie ainsi « les deux anges » de « YHWH-l’Éternel » (voir note sur le v. 2);
c’est d’ailleurs bien ce dernier personnage « lumineux » qui, le repas
achevé, tourné vers Abraham, adresse à ce dernier (qui semble esquisser un
geste d’humilité) la prophétie du v.10.
Versets 11-15.
ואברהם ושׂרה זקנים באים בימים חדל להיות לשׂרה ארח כנשׁים׃
Abraham et Sara étaient vieux, avancés en âge: et Sara ne pouvait plus espérer avoir des enfants.
ותצחק שׂרה בקרבה לאמר אחרי בלתי היתה־לי עדנה ואדני זקן׃
Elle rit en elle-même, en disant: Maintenant que je suis vieille, aurais-je encore des désirs? Mon seigneur aussi est vieux.
ויאמר יהוה אל־אברהם למה זה צחקה שׂרה לאמר האף אמנם אלד ואני זקנתי׃
YHWH-l'Éternel dit à Abraham: Pourquoi donc Sara a-t-elle ri, en disant: Est-ce que vraiment j'aurais un enfant, moi qui suis vieille?
היפלא מיהוה דבר למועד אשׁוב אליך כעת חיה ולשׂרה בן׃
Y a-t-il rien qui soit étonnant de la part de YHWH-l'Éternel? Au temps fixé je reviendrai vers toi, à cette même époque; et Sara aura un fils.
ותכחשׁ שׂרה לאמר לא צחקתי כי יראה ויאמר לא כי צחקת׃
Sara mentit, en disant: Je n'ai pas ri. Car elle eut peur. Mais il dit: Au contraire, tu as ri.
CHAPITRE 21
Versets 1-3.
ויהוה פקד את־שׂרה כאשׁר אמר ויעשׂ יהוה לשׂרה כאשׁר דבר׃
YHWH-l'Éternel se souvint de ce qu'il avait dit à Sara, et YHWH-l'Éternel accomplit pour Sara ce qu'il avait promis.
ותהר ותלד שׂרה לאברהם בן לזקניו למועד אשׁר־דבר אתו אלהים׃
Sara devint enceinte, et elle enfanta un fils à Abraham dans sa vieillesse, au temps fixé dont Dieu lui avait parlé.
ויקרא אברהם את־שׁם־בנו הנולד־לו אשׁר־ילדה־לו שׂרה יצחק׃
Abraham donna le nom d'Isaac au fils qui lui était né, que Sara lui avait enfanté.
•יצחק - Isaac: Le nom יצחק yitskh'âq / ישׂחק yiśkh'âq "Isaac" est à rattacher au verbe- racine צחק tsâkh'aq "rire".
Versets 6-7.
ותאמר שׂרה צחק עשׂה לי אלהים כל־השׁמע יצחק־לי׃
Et Sara dit: Dieu m'a fait un sujet de rire; quiconque l'apprendra rira de moi.
ותאמר מי מלל לאברהם היניקה בנים שׂרה כי־ילדתי בן לזקניו׃
Elle ajouta: Qui aurait dit à Abraham: Sara allaitera des enfants? Cependant je lui ai enfanté un fils dans sa vieillesse.
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• Gn 18,20-32.
Abraham - fort de la "bénédiction" que les trois visiteurs ont prononcée sur lui, et qui doit s'étendre à toutes les nations (voir ci-dessus) - s'adresse à Dieu et "ose" intercéder avec insistance pour Sodome dont la faute "est lourde". Il croit en la justice et en l'incommensurable miséricorde de Dieu, prêt à pardonner une multitude de péchés. Il sait aussi que, pour le Seigneur, les justes sont d'un prix tel qu'ils "protègent" les pécheurs de la colère divine, et leur obtiennent un délai pour se convertir.
Remarques et traduction:
• Sur la Genèse, voir plus haut.
• Comme on l'a dit en introduction, on assiste ici à une sorte de "controverse bilatérale" (ריב –
rîb en hébreu), entre Abraham et YHWH; l'Éternel met en accusation les habitants des villes de la plaine, et Abraham, même s'il ne fait pas partie de ces derniers, plaide néanmoins en faveur des justes qui pourraient se trouver parmi eux... et il "marchande" même avec ce qu'on pourrait appeler un certain irrespect (v.25 par ex.)! • Je donne également le v.33, qui clôt de façon cyclique la péricope constituée par ce chap.18.
Verset 20.
ויאמר יהוה זעקת סדם ועמרה כי־רבה וחטאתם כי כבדה מאד׃
Et YHWH-l'Éternel dit: Le cri contre Sodome et Gomorrhe s'est accru, et leur péché est énorme.
• זעקת סדם ועמרה - Le cri contre Sodome et Gomorrhe: Le péché de ces villes a déjà été signalé (Gn 13,13); il deviendra ensuite typique (Is 3,9; Jr 23,14; Lm 4,6; Ez 16,49-50; So 2,8-9).
• כי־רבה - s'est accru: Litt. "כי - oui; רבה - [il est] grand". Déjà précédemment (Gn 6,5; 11,7), le péché des humains avait attiré l'attention de Dieu et entraîné son intervention.
Verset 21.
ארדה־נא ואראה הכצעקתה הבאה אלי עשׂו כלה ואם־לא אדעה׃
C'est pourquoi je vais descendre et je verrai s'ils ont agi entièrement selon le bruit venu jusqu'à moi; et si cela n'est pas, je le saurai.
• ארדה־נא - C'est pourquoi je vais descendre: Litt. "ארדה - je vais descendre; נא - donc". Comp. Gn 11,5;7. Cet anthropomorphisme indique une intervention particulière, "personnelle", de YHWH. Il souligne ici qu'il ne châtie pas de façon arbitraire ou injuste, mais toujours en connaissance de cause et pour de bonnes raisons.
Verset 22.
ויפנו משׁם האנשׁים וילכו סדמה ואברהם עודנו עמד לפני יהוה׃
Les hommes s'éloignèrent, et allèrent vers Sodome. Mais Abraham se tint encore en présence de l'Éternel.
• האנשׁים [...] יהוה - Les hommes [...] l'Éternel: Voir plus haut, 18,2 et note; ainsi que le commentaire du tableau de Gerbrand
van den EECKHOUT.
Versets 23-27.
ויגשׁ אברהם ויאמר האף תספה צדיק עם־רשׁע׃
Abraham s'approcha, et dit: Feras-tu aussi périr le juste avec le méchant?
אולי ישׁ חמשׁים צדיקם בתוך העיר האף תספה ולא־תשׂא למקום למען חמשׁים הצדיקם אשׁר בקרבה׃
Peut-être y a-t-il cinquante justes au milieu de la ville: les feras-tu périr aussi, et ne pardonneras-tu pas à la ville à cause des cinquante justes qui sont au milieu d'elle?
חללה לך מעשׂת כדבר הזה להמית צדיק עם־רשׁע והיה כצדיק כרשׁע חללה לך השׁפט כל־הארץ לא יעשׂה משׁפט׃
Faire mourir le juste avec le méchant, en sorte qu'il en soit du juste comme du méchant, loin de toi cette manière d'agir! loin de toi! Celui qui juge toute la terre n'exercera-t-il pas la justice?
ויאמר יהוה אם־אמצא בסדם חמשׁים צדיקם בתוך העיר ונשׂאתי לכל־המקום בעבורם׃
Et YHWH-l'Éternel dit: Si je trouve dans Sodome cinquante justes au milieu de la ville, je pardonnerai à toute la ville, à cause d'eux.
ויען אברהם ויאמר הנה־נא הואלתי לדבר אל־אדני ואנכי עפר ואפר׃
Abraham reprit, et dit: Voici, j'ai osé parler au Seigneur, moi qui ne suis que poussière et cendre.
• עפר ואפר - poussière et cendre:
- Cette locution, qui est un mérisme pour désigner l'anéantissement, présente en outre une extraordinaire allitération (= retour de consonnes): "עפר‛âphâr - poussière" et "אפר'êphêr - cendre".
- Cette expression (typiquement biblique) souligne l'insignifiance face à YHWH (voir par ex. Jb 30,19); on s'asseyait littéralement sur "la poussière et la cendre" en signe de deuil ou de repentance (voir par ex. Jb 42,6; Jon 3,6).
- Alors que l'on pourrait penser à la lecture de cette locution qu'Abraham prend conscience de son insolence du v.25, l'emploi des particules "הנה־נא" annonce déjà qu'il va "pousser" son marchandage...
Versets 28-33.
אולי יחסרון חמשׁים הצדיקם חמשׁה התשׁחית בחמשׁה את־כל־העיר ויאמר לא אשׁחית אם־אמצא שׁם ארבעים וחמשׁה׃
Peut-être des cinquante justes en manquera-t-il cinq: pour cinq, détruiras-tu toute la ville? Et YHWH-l'Éternel dit: Je ne la détruirai point, si j'y trouve quarante-cinq justes.
ויסף עוד לדבר אליו ויאמר אולי ימצאון שׁם ארבעים ויאמר לא אעשׂה בעבור הארבעים׃
Abraham continua de lui parler, et dit: Peut-être s'y trouvera-t-il quarante justes. Et YHWH-l'Éternel dit: Je ne ferai rien, à cause de ces quarante.
ויאמר אל־נא יחר לאדני ואדברה אולי ימצאון שׁם שׁלשׁים ויאמר לא אעשׂה אם־אמצא שׁם שׁלשׁים׃
Abraham dit: Que le Seigneur ne s'irrite point, et je parlerai. Peut-être s'y trouvera-t-il trente justes. Et YHWH-l'Éternel dit: Je ne ferai rien, si j'y trouve trente justes.
ויאמר הנה־נא הואלתי לדבר אל־אדני אולי ימצאון שׁם עשׂרים ויאמר לא אשׁחית בעבור העשׂרים׃
Abraham dit: Voici, j'ai osé parler au Seigneur. Peut-être s'y trouvera-t-il vingt justes. Et YHWH-l'Éternel dit: Je ne la détruirai point, à cause de ces vingt.
ויאמר אל־נא יחר לאדני ואדברה אך־הפעם אולי ימצאון שׁם עשׂרה ויאמר לא אשׁחית בעבור העשׂרה׃
Abraham dit: Que le Seigneur ne s'irrite point, et je ne parlerai plus que cette fois. Peut-être s'y trouvera-t-il dix justes. Et YHWH-l'Éternel dit: Je ne la détruirai point, à cause de ces dix justes.
וילך יהוה כאשׁר כלה לדבר אל־אברהם ואברהם שׁב למקמו׃
YHWH-l'Éternel s'en alla lorsqu'il eut achevé de parler à Abraham. Et Abraham retourna chez lui.
• למקמו - chez lui: C'est-à-dire dans son campement, sous les chênes de Mamré (voir ci-dessus, 18,1). Le chapitre se termine donc là où il avait commencé.
En effet, au v.16, nous avions appris qu'Abraham avait quitté son campement pour raccompagner ses hôtes:
ויקמו משׁם האנשׁים וישׁקפו על־פני סדם ואברהם הלך עמם לשׁלחם׃
"Ces hommes se levèrent pour partir, et ils regardèrent du côté de Sodome (= ils prirent la direction de Sodome). Abraham alla avec eux, pour les accompagner"; et que c'est alors qu'YHWH choisit d'avertir Abraham du châtiment qu'il réserve aux villes de la plaine, en 18,17-19:
ויהוה אמר המכסה אני מאברהם אשׁר אני עשׂה׃
ואברהם היו יהיה לגוי גדול ועצום ונברכו בו כל גויי הארץ׃
כי ידעתיו למען אשׁר יצוה את־בניו ואת־ביתו אחריו ושׁמרו דרך יהוה לעשׂות צדקה ומשׁפט למען הביא יהוה על־אברהם את אשׁר־דבר עליו׃
"Alors YHWH-l'Éternel dit: Cacherai-je à Abraham ce que je vais faire?...
Abraham deviendra certainement une nation grande et puissante, et en lui seront bénies toutes les nations de la terre.
Car je l'ai choisi, afin qu'il ordonne à ses fils et à sa maison après lui de garder la voie de l'Éternel, en pratiquant la droiture et la justice, et qu'ainsi YHWH-l'Éternel accomplisse en faveur d'Abraham les promesses qu'il lui a faites..."
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שמות - Shemot (Les Noms)
Exode (Ex)
Ce
deuxième volume du Pentateuque est intitulé « שמות - Shemot, Noms », d’après ses premiers mots: « ואלה שמות- Voici
les noms ». Fidèles à l’usage grec, les LXX lui ont donné le titre d’εξοδος- exodos (sortie), Exode d’un mot
qui résumait l’essentiel de l’œuvre. La Genèse, « בראשית- Berèshit, En un début » avait
décrit la création du monde et rapporté l’histoire des patriarches, d’Adam et
d’Abraham à Joseph. L’Exode fera le récit de la libération du peuple d’Israël
tombé en esclavage en Égypte, de ses errances dans les déserts du Sinaï et de
son pacte avec YHWH. Moïse en sera le personnage central: c’est lui qui
libérera son peuple et sera son législateur inspiré.
Ici
encore, la théorie documentaire ne doit pas masquer la profonde unité de l’œuvre,
d’une œuvre qui transmet dans chacune de ses parties une série ininterrompue
d’images et de messages fulgurants. L’esclavage subi sous la férule d’un tyran,
Moïse sauvé des eaux, la naissance d’une vocation de libérateur, l’appel de YHWH,
la révélation du Nom ineffable, l’affrontement du tyran et de l’inspiré, les
dix plaies d’Égypte, la mer du Jonc qui s’ouvre pour laisser passage aux
fugitifs, sont autant d’épisodes frappants que poètes et mystiques, peintres et
sculpteurs n’ont cessé d’illustrer. L’événement central est sans doute le don
de la Torah au sommet du Sinaï; la proclamation des « Dix Paroles »
(ch. 19 et 20). Les « tables du témoignage », לחת
העדת- louhot ha-‘édout (Ex 32, 15), qui
les contiennent, seront placées dans le coffre du pacte ou arche d’alliance, en
signe de la présence toujours actuelle de YHWH et de sa parole au sein de son
peuple. Le pacte devient ainsi le lieu permanent de leur rencontre.
L’Exode
entend bien rapporter un fait historique: la délivrance des Hébreux esclaves en Égypte et leur sortie de ce pays. Les documents égyptiens qui parlent de
l’asservissement d’étrangers ou de la fuite d’esclaves dans le désert ne sont
toutefois pas suffisants pour asseoir une certitude précise à ce sujet. Selon
la tradition biblique, il se serait écoulé 480 ans entre la sortie d’Egypte et
la construction du Temple de Salomon (cf.
1 R 6,1), ce qui situerait l’Exode entre 1450 et 1430. Mais la plupart
des historiens identifient le pharaon qui asservit les Hébreux avec Ramsès II
(1301-1234). Ils se divisent sur la question de savoir s’il faut situer l’exode
sous son règne ou sous celui de son fils Ménephtah (1234-1225). Dans ce dernier
cas, l’oppresseur des Hébreux aurait pu être, non pas Ramsès II, mais son père
Séthi 1er (1317-1301).
Par
ailleurs, la controverse demeure vive quant à l’itinéraire suivi par les
fugitifs. La Bible énumère avec force détails les étapes de leur errance, sans
toutefois que l’on puisse en retracer avec certitude le trajet. Les livres de
l’Exode (ch. 12-19), des Nombres (13,20-22) et du Deutéronome (1,2) semblent
faire partir les Hébreux de la mer du Jonc ou mer Rouge, en un point dont la
localisation demeure problématique, pour leur faire traverser le désert de Shur
(Ex 15,22) en contournant Rephidim,
où ils guerroyèrent contre les Amalécites (Ex 17,8-16), avant d’aboutir au
Sinaï.
Le lieu
exact où l’Exode situe le don de la Torah est lui aussi indéterminé. Il
s’agissait d’une montagne non identifiée. Si les Hébreux n’ont pas conservé de
tradition concernant sa situation exacte, c’est que cela importait moins à
leurs yeux que ce qui s’y était passé et en avait résulté. Depuis le IVème
siècle, une tradition orthodoxe désigne le Djebel Moussa ou mont Moïse. Les
moines ont bâti un monastère au lieu-dit de la théophanie du buisson ardent et,
au VIème siècle, l’empereur Justinien y a édifié une puissante forteresse afin
de les protéger (voir photos ci-dessous, en Ex 3,1).
Après la
théophanie du Sinaï, le peuple se remet en marche pour gagner la Terre promise.
Chacune des étapes de ce long voyage soulève des problèmes dont la complexité
est telle que leur localisation est la plupart du temps impossible.
La critique
biblique repousse l’affirmation traditionnelle selon laquelle la législation
consignée dans l’Exode et dans les livres suivants du Pentateuque aurait été l’œuvre
de Moïse écrivant sous la dictée de YHWH. Elle y voit une œuvre composite, qui
s’est progressivement constituée au cours des siècles à partir de sources
multiples. Quelles que soient ses similitudes avec d’anciens codes, celui
d’Hammourabi par exemple, cette législation possède ses caractères propres.
Elle a un aspect toujours actuel par son humanisme, sa quête passionnée de
justice et de paix, les perspectives apocalyptiques qu’elle assigne au terme de
l’histoire humaine, et la vocation divine dont elle ouvre la vision à l’homme
créé à la ressemblance du Créateur. Le message central de la Torah réside dans
le monothéisme éthique que les Hébreux furent les premiers à propager.
L’adoration d’un Dieu unique, juste, invisible, créateur des ciels et de la
terre, impliquait le rejet, par les Fils d’Israël, de toutes les idoles adorées
par les nations, de toute forme de paganisme.
Le livre
de l’Exode, ou des Noms, illustre ainsi le récit de la naissance d’une nation,
Israël, fruit de l’amour de YHWH, de sa révélation et de sa puissance.
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• Ex 3,1-8a;10;13-15.
Vocation
et mission de Moïse, révélation du nom divin: un des plus célèbres
récits de la Bible, un seuil capital dans l'histoire du salut. L'Exode,
événement fondateur du peuple de Dieu, va s'engager sous la conduite de
Moïse, envoyé par le Seigneur, le Dieu des pères, fidèle à ses
promesses. Leur contenu précis se dévoilera progressivement, mais
l'intention en est énoncée dès ce moment-là: délivrer le peuple choisi
des souffrances et de la servitude. Au cours de cette vision, Dieu
révèle son Nom, Celui qui transcende le temps et l'histoire, le Même
hier, aujourd'hui et demain, Celui qui est, qui était et qui vient...
Sur ce passage:
• Sur l'Exode, voir ci-dessus.
• Sur Ex 3 - 4: Ce récit de la vocation de Moïse constitue un des sommets du livre de l'Exode (et de la TaNaKh), tant est profonde la Révélation dont il est porteur. • On peut y discerner cinq parties:
- l'appel proprement dit: 3,1-12;
- la révélation du nom de Dieu: 3,13-22;
- les signes: 4,1-9;
- la "bouche" de Moïse (ici elle est dite "כּבד kâbêd lourde"; en 6,12;30 elle sera dite "ערל ‛ârêl incirconcise"): 4,10-17;
- le retour en Égypte: 4,18-31.
• Moïse y est l'homme choisi par Dieu pour réaliser son dessein: mettre fin à la détresse de son peuple (voir 2,23-25; 3,7-9;16-17; 4,31), "le délivrer de la main des Égyptiens, et pour le faire monter de ce pays dans un bon et vaste pays" (3,8; voir aussi 3,10;12;17).
• Mais
Moïse y apparaît aussi comme un homme ordinaire, réticent à répondre à
l'appel de Dieu (il avance cinq objections), de sorte que ce récit de
vocation est aussi un "bras de fer" (on peut y voir une préfiguration
de la ריב – rîb qui opposera ensuite régulièrement Dieu, par la bouche des prophètes, à son peuple pécheur) entre YHWH et Moïse. • Celui-ci finit par obéir et, selon la promesse divine, les Hébreux le reconnaissent comme un véritable prophète de YHWH (4,31).
• Larévélation du Nom de Dieu est au cœur du récit: Dieu s'y révèle comme "Celui qui est" (3,14), qui a agi dans le passé ("le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob"), qui est présent au cœur
de l'histoire ("Je suis"), au côté de Moïse et du peuple ("Je
suis/serai avec toi"), et qui va manifester sa puissance par toutes
sortes de prodiges en vue de la libération de son peuple.
Ce texte est le seul de toute la TaNaKh à donner une explication au Nom de Dieu - et c'est Dieu lui-même qui la donne.
• Il introduit en outre celui de la présence divine - qui forme la trame de tout le Livre. YHWH manifeste sa présence à Moïse dans le buisson, et la lui promet (3,12).
Ici
encore, l'histoire de Moïse préfigure celle d'Israël, car cette même
présence sera ensuite accordée à l'ensemble du peuple; en particulier,
Dieu se révèle à Moïse sur "la montagne de Dieu" comme il le fera plus
tard (Ex 19 - 20) à tout le peuple.
• Sur les noms de Dieu, et en particulier sur יהוה, voir cette page.
Traduction et remarques:
Verset 1.
ומשׁה היה רעה את־צאן יתרו חתנו כהן מדין וינהג את־הצאן אחר המדבר ויבא אל־הר האלהים חרבה׃
Moïse
faisait paître le troupeau de Jéthro, son beau-père, sacrificateur de
Madian; et il mena le troupeau derrière le désert, et vint à la
montagne de Dieu, à Horeb.
• יתרו - Jéthro: Le beau-père de Moïse est ailleurs (Ex 2,18) appelé "רעוּאלre‛û'êl - ami de אל Dieu";יתרו yithrô, que nous transcrivons "Jéthro" et prenons pour un nom est en fait un titre (ce que tend à confirmer son rôle de "כּהןkôhên, prêtre sacrificateur"), dérivé (avec un suffixe pronominal) de יתרyether, et que l'on devrait traduire par "son excellence".
• אל־הר האלהים חרבה - à la montagne de Dieu, à Horeb: Le mot חרבkhôrêb, que nous transcrivons "Horeb", vient de la racine חרבkhâ̂rab et signifie "désert", "désolation". Le même massif montagneux est également appelé Sinaï dans la suite du récit. <- (Lever de soleil sur le Sinaï)
Les
premières traditions chrétiennes l'identifient à une haute montagne
(Ras-es-Safsaf) appartenant massif du Mont Sinaï (Djebel-Mousa, le
"Mont de Moïse"), au pied de laquelle Justinien Ier fit construire en
527 un monastère dédié à Sainte Catherine d'Alexandrie ->
<- et
qui conserve un buisson qui serait le "buisson ardent" (v.2); en tout
cas, cet arbuste ne se rattache à aucune espèce botanique répertoriée,
reste invariablement vert, ne se multiplie pas (ni par bouturage, ni
marcottage, ni par graines: il ne fleurit pas et ne produit donc pas de
fruits).
Verset 2.
וירא מלאך יהוה אליו בלבת־אשׁ מתוך הסנה וירא והנה הסנה בער באשׁ והסנה איננו אכל׃
L'ange
de YHWH-Adonaï lui apparut dans une flamme de feu, au milieu d'un
buisson. Moïse regarda; et voici, le buisson était tout en feu, et le
buisson ne se consumait point.
• מלאך יהוה - L'ange de YHWH-Adonaï: Voir, par ex. Gn 16,7, et note sur Ps 91,12 à cette page. Dans la suite du récit, il s'agira d'YHWH lui-même. • בלבת־אשׁ - dans une flamme de feu: Le feu accompagne à plusieurs reprises la révélation de Dieu aux hommes (Ex 13,21; 19,18; 1R 18,24;38).
• מתוך הסנה - au milieu d'un buisson: En Dt 33,16, Dieu sera appelé
"שׁכני סנה - Celui qui demeure dans le buisson".
Verset 3.
ויאמר משׁה אסרה־נא ואראה את־המראה הגדל הזה מדוע לא־יבער הסנה׃
Moïse dit: Je veux me détourner pour voir quelle est cette grande vision, et pourquoi le buisson ne se consume point.
Verset 4.
וירא יהוה כי סר לראות ויקרא אליו אלהים מתוך הסנה ויאמר משׁה משׁה ויאמר הנני׃
YHWH-Adonaï vit qu'il se détournait pour voir; et Dieu l'appela du milieu du buisson, et dit: Moïse! Moïse! Et il répondit: Me voici!
• יהוה - YHWH-Adonaï: C'est
maintenant YHWH lui-même qui est au milieu du buisson, comp. v.2:
"l'ange d'YHWH" serait donc une figure sous laquelle YHWH lui-même
apparaît (voir Gn 16,7; Jg 6,11; 13,3...).
Verset 5.
ויאמר אל־תקרב הלם שׁל־נעליך מעל רגליך כי המקום אשׁר אתה עומד עליו אדמת־קדשׁ הוא׃
Dieu dit: N'approche pas d'ici, ôte tes souliers de tes pieds, car le lieu sur lequel tu te tiens est une terre sainte.
• שׁל־נעליך - ôte tes souliers: En signe de profond respect.
• אדמת־קדשׁ - une terre sainte: Un lieu "saint", "sacré", est un lieu où Dieu est présent, et c'est cette présence qui le sanctifie (comp. Gn 2,3).
Verset 6.
ויאמר אנכי אלהי אביך אלהי אברהם אלהי יצחק ואלהי יעקב ויסתר משׁה פניו כי ירא מהביט אל־האלהים׃
Et
il ajouta: Je suis le Dieu de ton père, le Dieu d'Abraham, le Dieu
d'Isaac et le Dieu de Jacob. Moïse se cacha le visage, car il craignait
de regarder Dieu.
• אלהי אברהם אלהי יצחק ואלהי יעקב - le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac et le Dieu de Jacob: Voir Gn 2,24.
Ce nom que Dieu se donne souligne qu'il est le Dieu qui a conclu une
alliance avec les patriarches, le Dieu de la promesse. Par l'alliance
du Sinaï, il deviendra le Dieu de tout le peuple d'Israël.
• Cette locution est citée en Mc 12,26-27 (trad. LXX: " Ἐγώ εἰμι ὁ θεὸς τοῦ πατρός σου, θεὸς Αβρααμ καὶ θεὸς Ισαακ καὶ θεὸς Ιακωβ - Je suis le Dieu de ton père, le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac et le Dieu de Jacob"; texte cité par Marc:"ἐγὼ ὁ Θεὸς ᾿Αβραὰμ καὶ ὁ Θεὸς ᾿Ισαὰκ καὶ ὁ Θεὸς ᾿Ιακώβ - Je suis le Dieu de ton père, le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac et le Dieu de Jacob"; or sa formule introductive est: "ἐν τῇ βίβλῳ Μωϋσέως, ἐπὶ τοῦ βάτου - dans le livre de Moïse, au passage du buisson").
L'intérêt historico-rhétorique de cette formule est qu'elle prouve bien qu'aux premiers siècles de notre ère,
1°/ la TaNaKh, même sous sa forme grecque de la LXX, ne comportait pas
- de titres de Livres (ou plutôt de rouleaux), puisqu'on appelle "Livre de Moïse" ce que nous appelons "Exode"; - de divisions en chapitres et versets, puisque l'on fait allusion à son contexte pour situer la citation;
2°/
l'on citait vraisemblablement très facilement par oral le texte
hébraïque, que l'on connaissait à peu près par cœur; mais que lorsqu'on
transcrivait en grec ces paroles en utilisant la LXX, on pouvait en
faire une citation plus approximative.
• מהביט אל־האלהים - de regarder Dieu: Selon la TaNakh, on ne peut voir la face de Dieu et vivre (Voir Gn 32,31; Ex 33,20;23:
Moïse jouit d'une expérience limite de vision, puisqu'il voit Dieu "de
dos", c'est-à-dire de façon partielle, imparfaite et non en plénitude, cf. Gn 24,10-11; Is 6,1-4; Ez 1; voir aussi Jg 6,22-23; 13,22). Moïse connaîtra par la suite d'autres révélations divines (Ex 19,3sqq; 24,9-10; 33,11;18-23; 34, 29-35; Nb 12,6-8; Dt 34,10).
Verset 7.
ויאמר יהוה ראה ראיתי את־עני עמי אשׁר במצרים ואת־צעקתם שׁמעתי מפני נגשׂיו כי ידעתי את־מכאביו׃
YHWH-Adonaï
dit: J'ai vu la souffrance de mon peuple qui est en Égypte, et j'ai
entendu les cris que lui font pousser ses oppresseurs, car je connais
ses douleurs.
• La
sainteté de Dieu qui demande à Moïse de se déchausser (v.5) ne
l'empêche pas de voir la souffrance de son peuple (v.7) et de s'en
approcher (v.9).
Verset 8a.
וארד להצילו מיד מצרים ולהעלתו מן־הארץ ההוא אל־ארץ טובה ורחבה אל־ארץ זבת חלב ודבשׁ
Je
suis descendu pour le délivrer de la main des Égyptiens, et pour le
faire monter de ce pays dans un bon et vaste pays, dans un pays où
coulent le lait et le miel
• אל־ארץ זבת חלב ודבשׁ - dans un pays où coulent le lait et le miel: Pays
offrant de nombreux pâturages permettant l'élevage de vaches laitières,
et où les abeilles produisent du miel en quantité grâce à une riche
végétation - donc un pays permettant la sédentarisation. L'expression
évoque un idéal d'abondance et de prospérité; elle deviendra courante
pour désigner la terre promise (14 occurrences d'Ex à Dt, 5 occurrences dans le reste de la TaNakh).
Verset 10.
ועתה לכה ואשׁלחך אל־פרעה והוצא את־עמי בני־ישׂראל ממצרים׃
Maintenant, va, je t'enverrai auprès de Pharaon, et tu feras sortir d'Égypte mon peuple, les enfants d'Israël.
• פרעה - Pharaon: D'après
la date de l'Exode, il s'agit soit d'Aménophis II, fils de Thoutmosis
III, soit de Ramsès II, pharaon de la 19ème dynastie, qui entreprit de
grands travaux de construction (1290/79 - 1224/12 av. notre ère).
Verset 13.
ויאמר משׁה אל־האלהים הנה אנכי בא אל־בני ישׂראל ואמרתי להם אלהי אבותיכם שׁלחני אליכם ואמרו־לי מה־שׁמו מה אמר אלהם׃
Moïse
dit à Dieu: J'irai donc vers les enfants d'Israël, et je leur dirai: Le
Dieu de vos pères m'envoie vers vous. Mais, s'ils me demandent quel est
son nom, que leur répondrai-je?
Verset 14.
ויאמר אלהים אל־משׁה אהיה אשׁר אהיה ויאמר כה תאמר לבני ישׂראל אהיה שׁלחני אליכם׃
Dieu
dit à Moïse: Je suis qui je suis. Et il ajouta: C'est ainsi que tu
répondras aux enfants d'Israël: Celui qui s'appelle 'Je suis' m'a
envoyé vers vous.
• אהיה אשׁר אהיה - Je suis qui je suis: Dieu ne veut pas dire son nom, le mystère de la personne divine est inaccessible à l'humain.
Autres traductions proposées:
- "Je suis celui qui est"; mais elle ne respecte pas la conjugaison.
- "Je suis: je suis"; mais elle ne traduit pas le relatif אשׁר.
-
"Je suis qui je serai"; possible grammaticalement (l'inaccompli peut se
traduire, entre autres, par le présent ou le futur), mais peu
vraisemblable logiquement (pourquoi traduire différemment la même forme verbale dans la même phrase?).
- "Je suis celui que je suis" (i.e.: je suis et reste ce que je suis, fidèle à moi-même et à mes promesses) ou "Je suis ce que je serai" (i.e.:
je suis un être parfaitement libre, qui ne peut être connu des hommes
que par ce qu'il va leur révéler); mais ces deux traductions se
heurtent au fait qu'en hébreu la relative n'est jamais ailleurs
utilisée comme attribut du sujet, le relatif étant (comme en grec ou en
latin) en même temps son propre antécédent.
Dans la suite du verset, Dieu se présente simplement comme "אהיה - Je suis"; et au verset suivant, il se présentera comme "יהוה - YHWH" - voir à cette page. LXX traduit: " Ἐγώ εἰμι ὁ ὤν - Moi je suis celui qui [est l']étant".
Moïse
vient d'exprimer sa préoccupation (v.13): comment les Hébreux
pourront-ils faire confiance à un Dieu inconnu, dont ils ignorent
l'identité (donc l'essence)?... Au nom de qui Moïse veut-il prendre
autorité sur eux, et les sortir hors d'Égypte?...
En
se présentant ainsi, même si c'est de façon quelque peu énigmatique,
Dieu affirme qu'il est l'Être par excellence, qui ne tient son
existence d'aucun autre, et qui est à l'origine de tout ce qui existe -
contrairement aux idoles qui ne sont rien (voir Is 41,24; 43,10-13).
Moïse
peut donc s'engager dans sa mission avec confiance, malgré la taille de
ses adversaires (pharaon, ses dieux, ses magiciens, ses armées),
puisqu'il a YHWH avec lui (v.12).
Verset 15.
ויאמר עוד אלהים אל־משׁה כה־תאמר אל־בני ישׂראל יהוה אלהי אבתיכם אלהי
אברהם אלהי יצחק ואלהי יעקב שׁלחני אליכם זה־שׁמי לעלם וזה זכרי לדר דר׃
Dieu
dit encore à Moïse: Tu parleras ainsi aux enfants d'Israël: L'Éternel,
le Dieu de vos pères, le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac et le Dieu de
Jacob, m'envoie vers vous. Voilà mon nom pour l'éternité, voilà mon
mémorial de génération en génération.
• יהוה - L'Éternel: Une autre tentative de traduction du tétragramme divin (voir à cette page; vers le IVème siècle av.notre ère, les Juifs prirent l'habitude de ne plus prononcer le tétragramme, mais "אדני'ădônây Adonaï - Seigneur", ce que la LXX a "entériné" en le traduisant par "κύριος kurios". • אלהי אברהם אלהי יצחק ואלהי יעקב - le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac et le Dieu de Jacob: Voir note au v.6. Par là, Dieu souligne le fait qu'il s'est déjà révélé dans le passé, aux patriarches, aux ancêtres des Hébreux.
• זה־שׁמי לעלם וזה זכרי לדר דר - Voilà mon nom pour l'éternité, voilà mon mémorial de génération en génération: Ce "nom" a pour fonction de permettre aux hommes de se "remémorer" qui est Dieu pour toujours.
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• Ex 16,2-4;12-15
L'Exode
est l'événement fondateur du peuple de Dieu et de sa foi. Cette épopée,
inlassablement racontée et relue, s'est progressivement enrichie de
détails dont les sages se sont attachés à découvrir la valeur
symbolique. Certaines de leurs réflexions ont été consignées par écrit:
entre autres celles qui concernaient la manne, don de Dieu en même temps qu'épreuve pour la foi.
Remarque:
Le « pain » est « nourriture » qui « rassasie » dans « le désert » (versets 11-15):
- les synoptiques (Mt 14,15-20//Mc 6,35-42//Lc 9,12-17)
- et même Jn 16,1-15, dans leurs récits de la multiplication des pains,
- ainsi que Jn 6,16-21, dans la péricope sur le Pain de Vie, font très clairement allusion à ce passage du Premier Testament.
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• Ex 19,3-8a;16-20b
Coups de tonnerre, nuée, bruit de « trompette puissante »
(en fait, de shofar*): autant de signes annonciateurs des manifestations du
Dieu Tout-Puissant.
Étonnement des témoins qui se
rassemblent mais se tiennent à une distance respectueuse.
Tel est, dans la Bible, le cadre traditionnel et quasi liturgique des
théophanies**.
Celle-ci remet en mémoire ce que Dieu a fait dans le passé ;
elle est promesse et gage de
bienfaits encore plus grands.
Mais l’attention doit porter sur la
Parole, l’ordre confié au messager choisi par Dieu pour les transmettre au peuple, exhorté à l’obéissance, et à la
conversion.
Haggadah de Ferrare (1583):
Moïse recevant les Tables de la Loi sur le Mont Sinaï.
En bas, le peuple attend le retour de Moïse. ->
(Paris, Bibliothèque Nationale)
Tous ces traits invitent le chrétien à
faire le rapprochement entre la théophanie du Sinaï, qui eut lieu « le
troisième mois qui suivit la sortie d’Égypte » et celle qui eut lieu « le cinquantième jour après la Pâque » (Ac
2,1-11)***
Remarques –
* Le shofar est une corne de bélier utilisée comme trompe. Cet
instrument possède une symbolique très riche, puisque la tradition en fait
remonter l’usage au « non-sacrifice » d’Isaac. Lorsque Abraham « monta »
pour sacrifier son fils conformément à l’ordre divin, un ange intervint au
dernier moment pour arrêter sa main, et désigna un bélier qui serait sacrifié à
la place du jeune garçon. Ce geste marque une véritable révolution dans les
mentalités : désormais, il ne sera plus jamais fait de sacrifices humains
au sein du peuple de Dieu. En souvenir de cet animal qui sauva la vie d’Isaac,
et qui symbolise un moment si important dans l’histoire humaine, on sonne
symboliquement le shofar, la corne de bélier. (Voir pages sur le shofar, sur Roch HaChana et Kippour). ** Théophanie :
manifestation de Dieu (du grec : θεος Dieu ; φανειν – (se) montrer) ;
je prépare un article sur les différents types de théophanies dans la TaNaCh (Premier
Testament).
*** Voir le texte de Saint Bruno de Segni en fin de page en cliquant ici.
- Note sur le verset 5 –
Remarquer la binarité constituée par l’ « infinitif absolu », également dit « accusatif
d’objet interne » par analogie avec les langues à déclinaison comme le
grec et le latin : אם־שמוע תשמעו – Littéralement : « si
écouter tu écoutes », pour dire « si tu écoutes bien ». Voir note sur l'infinitif absolu. ___________________________________________________________________________
• Ex 24,3-8
Dieu accueille favorablement les sacrifices offerts avec un cœur sincère.
Le rite de l’aspersion de sang, de l’autel érigé par Moïse d'abord, puis du
peuple, est le moment le plus significatif des rites de conclusion de l’Alliance :
Dieu rend la vie qui lui est offerte ; mieux, il en renouvelle le don
(voir page « Le sang dans la Bible »).
Ce rituel a donc une
très haute portée religieuse.
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במדבר- Bemidbar (Dans le désert)
Nombres (Nb)
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• Nb 6,22-27
Verset 22:
וידבר יהוה אל־משׁה לאמר׃
YHWH-L'Éternel parla à Moïse, et dit:
Verset 23:
דבר אל־אהרן ואל־בניו לאמר כה תברכו את־בני ישׂראל אמור להם׃
Parle à Aaron et à ses fils, et dis: Vous bénirez ainsi les enfants d'Israël, vous leur direz:
Versets 24-26:
• Cette bénédiction, particulièrement riche quant à son contenu, est également très élaborée:
- elle est de structure tripartite;
- chacune de ses parties contient le nom de YHWH et deux éléments de bénédiction;
-
ces trois parties sont de longueur croissante: le v.24 comporte trois mots, le v.25 cinq mots, le v.26 sept mots.
• Elle était sans doute prononcée chaque matin, à l'issue de la prière.
• L'emploi de la 2ème personne du singulier pour désigner le peuple juif appartient au style liturgique traditionnel.
Verset 24:
יברכך יהוהוישׁמרך׃
Que YHWH te bénisse,
et qu'il te garde!
Verset 25:
יאר יהוהפניו אליך ויחנך׃
Que YHWH fasse luire sa face sur toi,
et qu'il t'accorde sa grâce!
• יאר יהוה פניו אליך - Que YHWH fasse luire sa face sur toi: l'expression "faire luire la face sur quelqu'un" exprime l'approbation de YHWH (Ps 4,7; 31,17; 80,4) - Page sur "La face de Dieu" en préparation.
Verset 26:
ישׂא יהוה פניו אליך וישׂם לך שׁלום׃
Que YHWH tourne sa face vers toi,
et qu'il te donne la paix!
• ישׂא יהוה פניו אליך - Que YHWH tourne sa face vers toi: "tourner la face vers quelqu'un" exprime la bienveillance, la sollicitude.
• שׁלום - la paix: le
terme a un sens bien plus étendu qu'en français: ce n'est pas seulement
l'absence de conflits, mais c'est aussi la prospérité, le bonheur
(c'est pourquoi ce mot est, aujourd'hui encore, une salutation).
Verset 27:
ושׂמו את־שׁמי על־בני ישׂראל ואני אברכם׃
C'est ainsi qu'ils mettront mon nom sur les enfants d'Israël, et je les bénirai.
• שׂמו את־שׁמי על־בני ישׂראל - ils mettront mon nomsur les enfants d'Israël: "apposer
le Nom" signifie invoquer, demander la bénédiction de YHWH; comme on
l'a vu, "השםHaShèm le Nom" (autre façon de parler de YHWH sans prononcer son nom) est invoqué trois fois dans cette bénédiction.
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• Nb 11,25-29.
Aucune enceinte, même sacrée, ne saurait emprisonner l'Esprit...
Il faut se réjouir de sa liberté!
Un jour, deux des "anciens" établis par Moïse pour le seconder dans la
conduite du peuple étaient restés dans le camp, au lieu de se rendre à l' אֹהֶל,
le "Tabernacle", la "tente de la Rencontre", lieu habituel
des manifestations du Seigneur.
Or voici qu'eux aussi, remplis de l'Esprit, se mettent à prophétiser!
"Intolérable! Fais-les taire!" dit Josué à Moïse, qui lui a
répondu: "Pas question! Il faut plutôt admirer la souveraine liberté de
Dieu que rien ne peut entraver! Avec moi, appelez de vos vœux le jour où
tous, sans distinction, deviendront aussi prophètes!"
La réaction de Josué ne surprend pas: on
réagit en effet, assez spontanément, comme si l'on avait un droit d'exclusivité sur les dons de la grâce!
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• Nb 21,4b-9
L'Exode
est une sorte de parabole de toute l'histoire du Salut, un miroir qui
renvoie au peuple des croyants de tous les temps l'image de ses
infidélités toujours recommencées.
Une
parabole aussi de la conduite de Dieu à l'égard de ceux qui
l'abandonnent: il s'efforce de les faire revenir dans le droit chemin,
en leur faisant prendre conscience de leur péché.
Au premier signe de repentir, dès qu'ils se tournent à nouveau vers lui, il les sauve.
L'épisode du serpent d'airain (sur ce thème, voir Jn 3,14-21 à cette page) en est une illustration mémorable. Dieu intervient d'une manière inespérée: en faisant d'une cause de mort une cause de salut! ___________________________________________________________________________
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דברים- Devarim (Paroles)
Deutéronome (Dt)
Ici encore, le livre est intitulé d’après son premier mot
significatif, et, en l’occurrence, ce mot est particulièrement bien
choisi, puisqu’il s’agit d’une série de discours:
אלה הדברים אשׁר דבר משׁה אל־כל־ישׂראל
"Voici les paroles
dont Moïse parla à tout Israël".
Un autre nom, cependant, eut cours dès
l’Antiquité, celui de Mishné Tora', "Tora' Seconde ou Répétition de la
Tora'". Cette expression se trouve d’ailleurs dans le livre lui-même
(17,18: משׁנה התורהMishné haTora') et dans Jos 8,32 (משׁנה תורת משׁה Mishné haTorat Moshé'); c’est elle qui a donné le nom de Deutéronome,
emprunté au grec et signifiant « Deuxième Loi ».
Le style de l’ouvrage est différent de celui des autres livres du
Pentateuque. Dans les passages parallèles, il est moins concis et sa
syntaxe est plus complexe. On y trouve des expressions particulières
qui ont fait école et ont probablement influencé les rédacteurs
d’autres ouvrages bibliques. Cette originalité du Deutéronome par
rapport aux autres livres de la Tora a été reconnue dès l’Antiquité.
Certes, il était considéré comme le Livre de Moïse, et, par exemple, Néhémie le cite sous ce nom (Ne 13,1: ספר משׁה). Mais les rabbis du
Talmud se sont déjà demandés comment Moïse aurait pu décrire sa propre
mort et son ensevelissement (Dt 34). Ils en avaient conclu que cette
dernière partie du livre tout au moins avait été rédigée par Josué. D’autres indices encore empêchent de voir dans ce livre
l’œuvre du grand législateur.
C’est dès l’Antiquité aussi qu’on a cru reconnaître le Deutéronome
dans ce livre de la Tora' dont la découverte, au temps du roi Josias,
est rapportée par 2 R 22,8 sqq (voir page "Josias et le Livre de la Loi"). Certains en ont déduit que l’ouvrage
avait été rédigé à cette époque par un groupe d’hommes soucieux de
diriger et d’éclairer la réforme entreprise par ce souverain; ce qui
est probablement exagéré. On peut penser toutefois que le Deutéronome
est une composition très élaborée, le fruit d’une longue évolution qui
ne s’est terminée que peu de temps avant la ruine du premier Temple, ou
même, selon certains critiques, après l’exil à Babylone (586-538). Les controverses dont ce livre est encore l’objet ne doivent pas
nous en voiler la grandeur. Le Deutéronome est l’un des textes les plus
émouvants de la TaNaKh et, littérairement, l’un des plus parfaits. Le
nouveau récit qu’il fait de certains aspects de l’histoire de Moïse, de
sa vie et de sa mort, décrit bien le pacte dont il est l’intermédiaire
entre YHWH-Adonaï et Israël comme étant le lieu métaphysique privilégié
de la rencontre de l’être et de l’univers. Les "Dix Paroles"
conditionnent le fonctionnement d’une alliance qui préfigure les
accomplissements messianiques promis, à l’heure des triomphes
universels de la justice et de la paix.
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• Dt 4,32-34 ;39-40
Attribuée à Moïse (voir ci-dessus), cette page du
Deutéronome témoigne de l’expérience séculaire du peuple de la Bible. Il a
progressivement acquis une conscience toujours plus vive de la présence du Seigneur
au milieu de lui, dans son histoire singulière. Ses initiatives révèlent « la
vigueur de son bras » mise au service du dessein de salut dont rien ni
personne ne saurait entraver l’accomplissement. Il n’est pas un dieu parmi d’autres :
il est l’Unique:
יהוה הוא האלהים אין עוד מלבדו׃
Littéralement : יהוה – YHWH l’Eternel ; הוא – lui ; האלהים –
Dieu ; אין – pas un ; עוד – encore ; מלבדו – en dehors de lui
seul. (Dt 4,35)
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• Dt 26,4-10.
De
l'offrande des prémices, commune à la plupart des religions, le
Deutéronome fait ici une profession de foi unique et explicite en Dieu
libérateur de son peuple sur lequel il ne cesse de veiller, et à qui il a donné une terre nouvelle.
Le mémorial de l'Exode, cet événement fondateur, est dès ce moment au coeur du culte biblique.
Sur ce passage:
• Sur le Deutéronome, voir plus haut.
• Sur la section Dt 22,1 - 26,19: Les lois édictées ici, aussi nombreuses que diverses, qui concernent les différents domaines de la vie sociale et familiale d'Israël, visent à favoriser la pratique de la צדקהjustice (voir cette page).
On peut noter tout particulièrement le grand souci de la protection du
plus faible et du plus démuni, l'exhortation à l'entraide, et la
protection de la femme. Les derniers versets du chapitre 26 servent de conclusion non seulement à cette section, mais à plus largement à l'ensemble de la Loi (Dt 4,44 - 26,15). • Les
deux phrases introduisant la lecture liturgique de ce texte ne figurent
pas dans l'original hébreu; elles sont déduites des versets 5,1a et 26,1-2,
que je vais donc également donner ici; en effet, l'introduction
liturgique laisse croire à tort qu'il s'agit du rite annuel de
l'offrande des prémices (voir traduction de 26,2 et note).
Traduction et remarques:
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CHAPITRE 5
Verset 1a.
ויקרא משׁה אל־כל־ישׂראל ויאמר אלהם
Moïse convoqua tout Israël, et leur dit:
• כל־ישׂראל - tout Israël: Moïse,
avant de disparaître, veut s'assurer que "tout Israël", c'est-à-dire
non seulement la génération de l'Alliance du Sinaï mais aussi la
deuxième génération, a bien compris que cette Alliance concerne toutes
les générations.
CHAPITRE 26
Versets 1-2.
והיה כי־תבוא אל־הארץ אשׁר יהוה אלהיך נתן לך נחלה וירשׁתה וישׁבת בה׃
Lorsque tu seras entré dans le pays que l'Éternel, ton Dieu, te donne pour héritage, lorsque tu le posséderas et y seras établi,
ולקחת
מראשׁית כל־פרי האדמה אשׁר תביא מארצך אשׁר יהוה אלהיך נתן לך ושׂמת בטנא
והלכת אל־המקום אשׁר יבחר יהוה אלהיך לשׁכן שׁמו שׁם׃
tu
prendras des prémices de tous les fruits du sol, que tu retireras du
pays que l'Éternel, ton Dieu, te donne, tu les mettras dans une
corbeille, et tu iras au lieu que choisira YHWH-Adonaï, ton Dieu, pour
y faire résider son nom.
• ולקחת מראשׁית כל־פרי האדמה - tu prendras des prémices de tous les fruits du sol: Cette offrande ne doit pas être confondue avec l'offrande annuelle des prémices (voir Dt 18,4); elle ne sera apportée qu'une fois, comme signe de prise de possession du pays et de reconnaissance du peuple envers YHWH-Adonaï. Voir Ex 23,19.
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Verset 4.
ולקח הכהן הטנא מידך והניחו לפני מזבח יהוה אלהיך׃
Le sacrificateur recevra la corbeille de ta main, et la déposera devant l'autel de YHWH-Adonaï, ton Dieu.
Verset 5.
וענית ואמרת לפני יהוה אלהיך ארמי אבד אבי וירד מצרימה ויגר שׁם במתי מעט ויהי־שׁם לגוי גדול עצום ורב׃
Tu prendras encore la parole, et tu diras devant YHWH-Adonaï, ton Dieu: "Mon
père était un Araméen nomade; il descendit en Égypte avec peu de gens,
et il y fixa son séjour; là, il devint une nation grande, puissante et
nombreuse.
• ארמי אבד - un Araméen nomade: Allusion
à Jacob-Israël, père des douze tribus, obligé de fuir d'abord la maison
familiale, puis celle de son beau-père, à Harân, pour émigrer enfin en
Egypte (Gn 27,41 - 28,5; 31,1-21; 46).
Verset 6.
וירעו אתנו המצרים ויענונו ויתנו עלינו עבדה קשׁה׃
Les Égyptiens nous maltraitèrent et nous opprimèrent, et ils nous soumirent à une dure servitude.
Verset 7.
ונצעק אל־יהוה אלהי אבתינו וישׁמע יהוה את־קלנו וירא את־ענינו ואת־עמלנו ואת־לחצנו׃
Nous criâmes à YHWH-Adonaï, le Dieu de nos pères. YHWH-Adonaïentendit notre voix, et il vit notre oppression, nos peines et nos misères.
• Voir Ex 2,23-25.
Verset 8.
ויוצאנו יהוה ממצרים ביד חזקה ובזרע נטויה ובמרא גדל ובאתות ובמפתים׃
Et YHWH-Adonaï nous fit sortir d'Égypte, à main forte et à bras étendu, avec des prodiges de terreur, avec des signes et des miracles.
Verset 9.
ויבאנו אל־המקום הזה ויתן־לנו את־הארץ הזאת ארץ זבת חלב ודבשׁ׃
Il nous a conduits dans ce lieu, et il nous a donné ce pays, pays où coulent le lait et le miel.
Verset 10.
ועתה הנה הבאתי את־ראשׁית פרי האדמה אשׁר־נתתה לי יהוה והנחתו לפני יהוה אלהיך והשׁתחוית לפני יהוה אלהיך׃
Maintenant voici, j'apporte les prémices des fruits du sol que tu m'as donné, ô YHWH-Adonaï!"
Tu les déposeras devant YHWH-Adonaï, ton Dieu, et tu te prosterneras devant YHWH-Adonaï, ton Dieu.
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• Dt 30,10-14.
La Loi divine est un code d'alliance, de relations fondées sur l'amour et la fidélité réciproque des deux partenaires. L'obéissance aux commandements est ainsi l'expression de l'attachement sincère et profond à Celui qui se fait proche: elle ne saurait qu'être intérieure; elle vient du cœur dans lequel la Loi de Dieu est gravée.
Sur ce passage:
• Sur le Deutéronome, voir plus haut.
• Sur Dt 30: Ce chapitre révèle "le cœur de Dieu": son dessein et son désir ne sont pas le malheur et la mort de son peuple, mais au contraire sa vie et son bonheur. Ceux-ci sont inséparables de l'amour de YHWH et de l'obéissance à sa Loi. Israël est exhorté à sa responsabilité et à effectuer le bon choix, celui de l'Eternel, donc de la vie et du bonheur.
• Remarque: Le texte liturgique est très curieusement découpé, puisque le v.10 est la suite d'une phrase commencée au v.9; d'où la nécessité d'ajouter une phrase d'introduction: "Moïse disait au peuple d'Israël" et surtout un début de verset (qui rappelle le שׁמע ישׂראלSh'ma Israël; la formule:
שׁמע ישׂראל את־החקים ואת־המשׁפטים אשׁר אנכי דבר באזניכם
"Écoute, Israël, les lois et les ordonnances que je te fais entendre" revient, avec quelques variantes, à plusieurs reprises dans le Dt - en 4,1; 5,1; 6,3-4; 9,1; 20,3; 27,9 - pour marquer le début d'un discours;je donne ci-dessous Dt 30,9).
Traduction et remarques:
Verset 9.
והותירך יהוה אלהיך בכל מעשׂה ידך בפרי בטנך ובפרי בהמתך ובפרי אדמתך לטבה כי ישׁוב יהוה לשׂושׂ עליך לטוב כאשׁר־שׂשׂ על־אבתיך׃
YHWH, ton Dieu, te comblera de biens en faisant prospérer tout le travail de tes mains, le fruit de tes entrailles, le fruit de tes troupeaux et le fruit de ton sol; car YHWH prendra de nouveau plaisir à ton bonheur, comme il prenait plaisir à celui de tes pères,
Verset 10.
כי תשׁמע בקול יהוה אלהיך לשׁמר מצותיו וחקתיו הכתובה בספר התורה הזה כי תשׁוב אל־יהוה אלהיך בכל־לבבך ובכל־נפשׁך׃
lorsque tu obéiras à la voix de YHWH, ton Dieu, en observant ses commandements et ses ordres écrits dans ce livre de la loi, lorsque tu reviendras à YHWH, ton Dieu, de tout ton coeur et de toute ton âme.
Verset 11.
כי המצוה הזאת אשׁר אנכי מצוך היום לא־נפלאת הוא ממך ולא רחקה הוא׃
Ce commandement que je te prescris aujourd'hui n'est certainement point au-dessus de tes forces et hors de ta portée.
• Voir29,28:
הנסתרת ליהוה אלהינו והנגלת לנו ולבנינו עד־עולם לעשׂות את־כל־דברי התורה הזאת׃
"Les choses cachées sont à YHWH, notre Dieu; les choses révélées sont à nous et à nos enfants, à perpétuité, afin que nous mettions en pratique toutes les paroles de cette loi".
Cette parole (en forme de maxime sapientiale) met en évidence à la fois les limites de la condition humaine et la responsabilité de l'homme (ici, plus particulièrement celle d'Israël, le peuple de l'Alliance).
L'être humain ignore bien des choses, et ne possède pas de réponses à toutes ses questions, mais la Révélation de Dieu l'informe néanmoins de tout ce qui lui est nécessaire pour vivre selon la volonté divine.
Il est donc redevable de son comportement devant Celui qui lui a révélé sa Loi.
• Les vv. 30,11-14 insistent sur la valeur de la Loi et l'exigence de sa mise en pratique. Israël n'a pas d'excuse: s'il n'obéit pas aux commandements de YHWH, c'est en raison de sa mauvaise volonté, de son caractère pécheur, et non pas de la Loi elle-même, qui est compréhensible et applicable, à la portée du peuple de l'Alliance.
Verset 12.
לא בשׁמים הוא לאמר מי יעלה־לנו השׁמימה ויקחה לנו וישׁמענו אתה ונעשׂנה׃
Il n'est pas dans le ciel, pour que tu dises: Qui montera pour nous au ciel et nous l'ira chercher, qui nous le fera entendre, afin que nous le mettions en pratique?
Verset 13.
ולא־מעבר לים הוא לאמר מי יעבר־לנו אל־עבר הים ויקחה לנו וישׁמענו אתה ונעשׂנה׃
Il n'est pas de l'autre côté de la mer, pour que tu dises: Qui passera pour nous de l'autre côté de la mer et nous l'ira chercher, qui nous le fera entendre, afin que nous le mettions en pratique?
Verset 14.
כי־קרוב אליך הדבר מאד בפיך ובלבבך לעשׂתו׃
C'est une chose, au contraire, qui est tout près de toi, dans ta bouche et dans ton coeur, afin que tu la mettes en pratique.
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