טו בשבט
Tou BiChevat
(15ème jour du mois de Chevat)
Nouvel An des arbres
Cette année 5772:Mercredi 8 février 2012
Présentation de la fête
Tou BiChevat signifie "15 (du mois) de chevat"; cette fête est qualifiée de Nouvel An des arbres (Roch Hachana lailanot)
car elle correspond au
moment de la montée de la sève dans l'arbre, avant le bourgeonnement du printemps.
Le Talmud (traité Roch Hachana) parle de "quatre Roch
HaChana" dans le calendrier juif. Si le 1er tichri, chaque être humain est jugé
au regard des "fruits" de ses actions, le 15 chevat c'est sa nourriture
originelle, le fruit de l'arbre, qui l'est: c'est une manière de souligner que la
nature est placée sous le regard du Créateur. C'est pourquoi en cette occasion on mange toutes sortes de fruits (voir plus bas), en louant l’Eternel.Tou BiChevat rappelle aussi le lien indéfectible de la communauté juive avec la terre d'Israël, lieu d'épanouissement spirituel
et terre des promesses divines. C'est pourquoi en cette occasion on plante des arbres, en louant Dieu.
Remarque: la fête de Tou BiChevat étant d'institution rabbinique, on n'évoque pas la mort des trois Justes (Joseph, Moïse et David) lors du Shabbat après-midi.
Historique de la fête
Bien que Tou BiChevat
soit mentionné dans le Talmud, ce jour n’a pris son véritable caractère festif
qu’au XVIème siècle avec les kabbalistes de Safed.
Leur réflexion sur la Création
du monde les amenait à penser aux différents niveaux d’existants, et en
particulier aux différentes formes de fruits germant sur la terre.
Si l’Eternel a créé tant
d’espèces, c’est que fondamentalement la bénédiction, qui se traduit par la
multitude, est inscrite dans la réalité. Cette prise de conscience d’un monde
béni est actualisée, en permanence, par la récitation de diverses bénédictions
ou berakhot. Finalement, les rabbins auraient pu composer une seule berakha
pour toutes les formes de jouissance – « Tout a été créé par Sa Parole », par
exemple, mais ils ont préféré composer des berakhot différentes pour les
gâteaux, les fruits de l’arbre, les fruits de la terre, le tonnerre,
l’arc-en-ciel, les parfums, etc. afin d’éduquer les fidèles à cette idée que,
du Dieu Un, découle une multiplicité de formes, de goûts et de couleurs, qui
participent de l’unité cosmique.
La coutume s’est répandue
d’organiser le 15 chevat (comme à Pessah ou Roch HaChana, un Séder ou « Ordre » de consommation de fruits,
accompagné de la récitation de versets bibliques, de passages du Talmud et du
Zohar liés à cette circonstance. Le séder le plus connu est celui tiré du livre
Péri 'Ets Hadar, imprimé pour la première fois à Salonique en 1753, et qui fut
diffusé dans le monde entier. Il fut réimprimé à Pise en 1763, à Amsterdam
en 1859, à Izmir-Smyrne en 1876, à Livourne en 1885 et à Bagdad en 1936, c'est-à-dire là où se
trouvaient de grandes communautés juives.
Le seder
Règles générales:
• On lira tout d’abord les
textes suivants en hébreu et en français, si l’entourage ne comprend pas la
langue de la Bible :
- Gn 1,9-13: récit
de la création des végétaux.
- Lv 26, 3-13:
les bénédictions.
- Dt 8,1-10: L'éloge des sept fruits de la terre d'Israël : blé, orge, raisin, grenade,
figue, olive, datte.
- Ez 17; 34; 36; 47.
- Jl 2.
- Ps 72; 147; 148;
65; 126.
• Le seder consiste à manger essentiellement des fruits, précédés de la berakha adéquate.
• Le chef de famille pourra dire, seul, les berakhot, et les participants répondre "Amen".
• Si l’on
mange un fruit pour la première fois cette année on récite :
"Baroukh' attah Adonaï-Elohénou, mélekh' aolam, chéhé'eyanou vekiyyémanou, veigianou lazemân azé - Loué sois-Tu Éternel,
notre Dieu, Roi de l 'univers, qui nous as fait vivre et atteindre cette époque-ci."
• Mais on
ne répète pas la bénédiction pour un deuxième fruit nouveau au même repas.
• On doit veiller à ce qu'aucun fruit consommé ne soit véreux.
Le Blé On commence la dégustation d’un gâteau à base de
blé ou d'orge.
C’est en effet le blé qui inaugure l'éloge des fruits de la terre
d'Israël: "Une terre qui produit le blé et l'orge" (Dt 8, 8).
Le blé, cité 30 fois dans la Bible, est l'aliment de base de
l'homme.
Avant la consommation, on récite :
"Baroukh' attah Adonaï-Elohénou, mélekh' aolam, boré miné mézenot - Loué sois-Tu Éternel,
notre Dieu, Roi de l 'univers, qui crées
toutes sortes d'aliments."
L’Olive Ensuite on prend une olive.
L'olivier qui devient très
vieux, millénaire dit-on, symbolise l'ancienneté, et ses feuilles
persistantes, l'opiniâtreté.
De son fruit, on tire par pression l'huile d'olive, qui
porte la lumière (de la ménorah du Temple) ou qui sert à la consécration du roi
ou du Grand Prêtre (le Messie, le Mashiakh' est littéralement "l'Oint").
Le fruit vert, confit dans la
saumure et consommé comme olive de table, nous enseigne que l'amer s'adoucit
par le travail et le temps...
L’olive est citée 38 fois dans la Bible : "Tes
fils seront comme des plants d'olivier autour de la table" (Ps 128,3).
Avant la consommation, on récite :
"Baroukh' attah Adonaï-Elohénou, mélekh' aolam, boré peri aets - Loué sois-Tu Éternel,
notre Dieu, Roi de l 'univers, qui crées
le fruit de l'arbre."
La DatteOn enchaîne avec la datte : symbole de la douceur.
Quand la Torah fait référence au miel, il s'agit vraisemblablement du sucre de la datte.
Ses graines, pourvues d'un albumen oléagineux donnent l'huile
de palmiste.
"Le juste fleurit comme le palmier dattier » (Ps 92,13) est
l’une des 12 citations de la datte dans la Bible.
Le RaisinEnsuite, on mange le raisin, si souvent mentionné dans la
tradition juive. Le raisin donne le vin qui occupe une place de choix dans le
culte.
D'où l'obligation de ne consommer que du vin ou du jus de
raisin casher. Le vin peut à la fois servir
pour les grandes cérémonies (kiddouch, mariage, etc.) mais il peut également
égarer l’homme (l'alcoolisme).
Le raisin est mentionné 19 fois dans la Bible, et
le vin 141 fois, comme : "Et le vin réjouit le cœur de l'homme." (Ps 104,15).
La première coupe de Vin
Ici on boit la 1ère coupe de vin blanc, après avoir fait
la bénédiction :
"Baroukh' attah Adonaï-Elohénou, mélekh' aolam, boré peri agfen - Loué sois-Tu Éternel,
notre Dieu, Roi de l'univers, qui crées
le fruit de la vigne."
La FigueSelon le midrash, les feuilles de figue ont servi à
couvrir la nudité d'Adam et Ève après leur faute. On retrouve des figues, "après que Nabuchodonosor, roi de
Babylone, eut exilé de Jérusalem et amené à Babylone Yekhonia roi de Juda [...] dans deux corbeilles [...] étaient placées devant le sanctuaire de Dieu.
L'une contenait des figues excellentes et l'autre des figues extrêmement
mauvaises" (Jr 24).
Même si pour les botanistes,
elle est un "faux fruit", la figue n'en reste pas moins un végétal très prisé
car elle n'a ni coquille, ni pépins, ni noyaux: elle devient "le fruit" par
excellence!
Elle apparaît 39 fois dans la Bible. "Comme les premiers fruits
mûrs sur le figuier, j'avais considéré vos ancêtres" (Os 9,10).
La Grenade En hébreu, la grenade évoque l'élévation (rimôn <-> ram),
mais aussi le prélèvement (térouma). Le prophète Jérémie enseigne que cent grenades d’airain se trouvaient
sur les colonnes du Temple de Jérusalem, et la Torah (Ex 28, 33) qu’elles se trouvaient autour de la bordure de
la robe du Grand Prêtre (36 devant et 36 derrière). Ces grenades-grelots annonçaient le passage du Cohen et
permettaient aux gens impurs de s’écarter de lui.
La grenade est mentionnée 32
fois dans la Bible.
"Puissions-nous être remplis de mitsvot comme la
grenade!" souhaite-t-on le soir de Roch HaChana; pourquoi pas à Tou BiChevat?
Le CédratLe cédrat ou étrog fut, selon un avis rabbinique, le fruit
de la connaissance du bien et du mal (mais selon d'autres, il s'agissait du
raisin ou du blé).
L’étrog n’est pas mentionné nominativement dans la
Bible, mais uniquement comme péri 'ets hadar, "fruit du bel arbre".
La PommeLa pomme est mentionnée dans le Cantique des Cantiques.
Le "champ de pommes", le verger des secrets, se trouve abondamment cité dans la
Kabbale.
A propos du doux parfum qui émane des vêtements de Jacob,
venant recevoir la bénédiction de son père Isaac (Gn 27, 27), le midrash
enseigne que ses vêtements provenaient du paradis, dont les pommes exhalaient
un parfum enivrant.
La pomme est mentionnée 6 fois
dans la Bible: "L'odeur de tes narines - par où Dieu insuffla l'âme à l'homme -
est comme celle des pommiers". (Ct 7, 9).
La
deuxième coupe de Vin
On boit ensuite la 2ème coupe de vin blanc mélangé à un
peu de vin rouge.
La Noix La noix évoque la boîte crânienne, la coque
de la noix protégeant un fruit ressemblant au cerveau
(cerneau).
La noix, egoz, a pour valeur numérique 17 qui est égale au
mot tov, "bon".
Comme elle est composées de quatre parties, les kabbalistes y décèlent
les quatre lettres du Tétragramme divin (Zohar II 15 B). Il n'existe
qu'une seule mention de la noix dans la Bible : "Vers le verger des noyers je
suis descendue". (Ct 6,11).
L’Amande Dans tous les pays où il pousse, l’amandier est le premier arbre à
fleurir. Réputée pour sa promptitude, l’amande arrive à maturation (après
la chute de la fleur) en 21 jours.
Cela n’est pas sans évoquer les trois semaines qui
séparent le 17 tamouz du 9 Av (période de deuil). La branche d'amandier
fleurie confirma aux yeux de tout Israël l’élection d’Aaron (Nb 17,33) et inaugure la
prophétie de Jérémie (Jr 1,11). Déjà dans la Torah, les amandes sont
envoyées comme offrande par Jacob au vice-roi d'Égypte (qu’il ne sait pas être
son fils Joseph) afin de l'amadouer. (Gn 43,11).
Le Caroube Le caroubier, à l'opposé de l'amandier, est très long à
donner des fruits (70 ans). Il symbolise les efforts des générations
précédentes pour les suivantes:
"Un jour, alors que ‘Honi marchait sur la route, il vit un
homme qui plantait un caroubier:
- Combien d'années faut-il pour qu'un caroubier
porte des fruits ? lui demanda ‘Honi.
- Soixante-dix ans, répondit le paysan.
- Et tu ne te demandes pas si tu vas vivre soixante-dix ans, si tu vas pouvoir manger de
ses fruits ?"
L’homme répondit: "Dès ma jeunesse, j'ai trouvé des caroubiers,
car mes ancêtres en ont donc planté pour moi; de même j'en plante pour mes
descendants..." (TB Taanit 23 a).
Le mot "carat", unité de mesure de masse du diamant et de
l’or, vient de "caroube", et correspondait au poids d'une graine de caroube
(entre 185 et 205 mg; 1 carat = 200 mg).
La Poire
Originaire du Proche-Orient et du nord de l'Asie centrale,
la poire a plus de 4000 ans d’âge.
Elle se consomme de nombreuses façons : crue et cuite sous
forme de compotes, poires au four, tartes, pâtisseries, confitures... Elle est
aussi transformée en fruits confits, sirop, alcools.
La
troisième coupe de Vin
On boit ensuite la 3ème coupe de vin moitié rouge moitié
blanc.
A partir de là, les fruits mentionnés dans le Péri 'Ets Hadar ne sont pas
facilement identifiables.
Ils correspondent sans doute à des fruits des régions où
vécurent les communautés juives. Chacun complétera donc cette liste pour accomplir le verset : "De tous les arbres du jardin tu
mangeras". Certains mangent 15 sortes de fruits, selon le nombre de
cantiques des degrés (Chir HaMaalot) des Psaumes, d'autres en mangent 30 ou
plus, chacun suivant ses coutumes, ses moyens et les disponibilités du
marché.
La quatrième coupe de Vin
On terminera avec la 4ème coupe de vin rouge additionnée
d'un peu de vin blanc.